A Corps Perdu n°1 (2008)

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Text of A Corps Perdu n°1 (2008)

  • Revue anarchiste internationale

    Dix coups de poignard la politique Quest-ce que le terrorisme ? Emile Henry et la propagande par le fait Sur la responsabilit individuelle Le droit la paresse et lexpropriation individuelle Les cendres des lgendes - pour en finir avec lapologie illgaliste

    Dossier Etrangers de partout ? Toucher au coeur: propos des rackets sur les immigrs A lassaut de Ceuta et Melilla Beau comme des centres de rtention qui flambent A ceux qui ne sont pas rests au chaud pendant la tempte 1

    december2008

  • Oui, mais...Dix coups de poignard la politique 4Quest-ce que le terrorisme ? 7Emile Henry et la propagande par le fait 11Sur la responsabilit individuelle 18Le droit la paresse et lexpropriation individuelle 21Les cendres des lgendes - pour en nir avec lapologie illgaliste 29

    Dossier: Etrangers de partout ?Toucher au cur: propos des rackets sur les immigrs 36A lassaut de Ceuta et Melilla 43Beau comme des centres de rtention qui ambent 49A ceux qui ne sont pas rests au chaud pendant la tempte 58

    Commentaires dplacsO en sommes-nous ? et autres textes 61Del tiempo en que los violentos tenan razn 63Incognito - ervaringen die de identicatie tarten 64

    Fil noir de lhistoireLe groupe De Moker: la jeunesse rebelle dans le mouvement libertaire hollandais des annes folles 65

    CETTE REVUE part dune exigence commune : dpasser la ncessaire agi-tation du quotidien des luttes pour prendre le temps de lapprofondis-sement et aiguiser nos armes. Parce que nous ne sparons pas la thorie de la pratique, que nos dsirs de li-bert se forgent dexpriences comme de rexions, nous avons souhait apporter une autre contribution la guerre sociale en cours. Un moment qui soit une source dides et pas dopinions, un lieu o rinventer un espace commun de dbat partir de contextes particuliers.

    Mais cette revue part aussi dune in-satisfaction : lire ce que nous navons pas trouv ailleurs, porter une pers-pective anarchiste qui parte de lin-dividu pour la relier lantagonisme social quotidien, retrouver le got dune subversion aranchie des classi-ques de la critique autoritaire, mme htrodoxe. En somme, dbarrasse de la politique.

    Si des compagnons de plusieurs pays y participent, les textes publis ne re-prsentent personne et naspirent pas le faire. Ils doivent leur prsence ici un contenu que nous avons jug dintrt, sans que nous partagions ncessairement en entier leur forme ni que cela signie en soi une anit avec leur auteur.

    SOMMAIRE

    A corps perdu21ter, rue Voltaire75011 Paris

    revue.acorpsperdu@gmail.comhttp://www.acorpsperdu.net

    Prochain numro: avril 2009

    Copies : 3 euros (frais de port inclus)

    Distributeurs (5 exemplaires) : 10 euros (frais de port inclus)

    Paiements :

    * Pour la France:Envoyez un chque lordre de Ce

    * Ailleurs:Adresses la page 74

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    La politique est lart de la sparation. L o la vie a perdu sa plnitude, o la pense et lac-tion des individus ont t sectionns, catalogus et enferms dans des sphres spares, l commence la politique. Ayant loign certaines activits des indi-vidus (la discussion, le conit, la dcision en com-mun, laccord) en une zone en soi quelle prtend gouverner, forte de son indpendance, la politique est en mme temps sparation parmi les sparations et gestion hirarchique du cloisonnement. Elle se rvle ainsi comme une spcialisation, contrainte transformer le problme en suspens de sa propre fonction en un prsuppos ncessaire pour rsoudre tous les problmes. Cest justement pour cela que le rle des professionnels de la politique est indiscuta-ble et la seule chose quon peut faire cest les subs-tituer, en changer de temps en temps. Chaque fois que les subversifs acceptent de sparer les dirents moments de la vie et pour changer, en partant de cette sparation, les conditions donnes, ils devien-nent les meilleurs allis de lordre du monde. Cest justement parce quelle aspire tre une sorte de condition premire de la vie mme que la politique insue partout son haleine mortifre.

    La politique est lart de la reprsentation. Pour gouverner les mutilations iniges la vie, elle con-traint les individus la passivit, la contemplation du spectacle mettant en scne sa propre impossi-bilit dagir, la dlgation irresponsable de ses pro-pres dcisions. Alors, tandis que labdication de la volont de se dterminer soi-mme transforme les individus en appendices de la machine tatique, la politique recompose en une fausse unit la totalit des fragments. Pouvoir et idologie clbrent ainsi leurs propres noces funestes. Si la reprsentation est

    ce qui enlve aux individus la capacit dagir, leur fournissant en contrepartie lillusion dtre des par-ticipants et pas des spectateurs, cette dimension du politique rapparat toujours l o une quelconque organisation supplante les individus et un quelcon-que programme les maintient dans la passivit. Elle rapparat toujours l o une idologie unit ce qui est oppos dans la vie.

    La politique est lart de la mdiation. Entre la tota-lit prsume et la singularit, et entre les individus. Tout comme la volont divine a besoin de ses pro-pres interprtes et reprsentants terrestres, la Collec-tivit a besoin de ses propres dlgus. Tout comme il nexiste pas dans la religion de rapports entre les hommes mais seulement entre les croyants, ce ne sont pas les individus qui se rencontrent dans la po-litique, mais les citoyens. Les liens dappartenance empchent lunion, parce que ce nest que dans la dirence que disparat la sparation. La politique nous rend gaux parce quil ny a pas de diversit dans lesclavage galit devant Dieu, galit de-vant la loi. Au dialogue rel qui, lui, nie le pouvoir en niant la mdiation, la politique substitue son idologie. Le racisme est lappartenance qui emp-che les rapports directs entre les individus. Toute politique est une simulation participative. Toute politique est raciste. Ce nest quen dmolissant ses barrires dans la rvolte quon peut rencontrer les autres dans leur et notre singularit. Je me rvolte donc nous sommes. Mais si nous sommes, adieu r-volte.

    La politique est lart de limpersonnel. Toute ac-tion est unique et particulire. Toute occasion est comme linstant dune tincelle qui fuit lordre du vague. La politique est ladministration de cet or-dre. Quel sens veux-tu quaie une action face la complexit du monde ? Cest ainsi quargumen-tent les endormis par la double somnolence dun Si

    Tous les hommes dEtat ne sont pas pays par le gouvernement. Ils existent des fonctionnaires qui ne sigent pas au parlement et encore moins

    dans ses pices adjacentes.

  • qui nest personne et dun Plus tard qui nest jamais. La bureaucratie, dle servante de la politique, est le rien administr an que Personne ne puisse agir. An que daucun ne reconnaisse jamais sa propre responsabilit dans lirresponsabilit gnralise. Le pouvoir ne dit plus que tout est sous contrle, il dit au contraire : Si mme moi je ne russis pas trouver des remdes, imaginez quelquun dautre . La politique dmocratique se base dsormais sur lidologie catastrophiste de lurgence ( Cest nous ou le fascisme, cest nous ou le terrorisme, cest nous ou linconnu ). Le vague, mme celui qui est antagoniste, est toujours un vnement abstrait, un vnement qui narrive jamais et qui eace tout ce qui advient. La politique invite chacun participer au spectacle de ces mouvements en arrt.

    La politique est lart de lajournement. Son temps est le futur, cest pour cela quelle nous empri-sonne tous dans un misrable prsent. Tous en-semble, mais demain. Quiconque dit Moi et maintenant ruine, avec cette impatience qui est lexubrance du dsir, lordre de lattente. Attente dun objectif qui sorte de la maldiction du par-ticulier. Attente dun groupe dans lequel ne pas mettre en pril ses propres dcisions et cacher ses propres responsabilits. Attente dune croissance quantitative adquate. Attente de rsultats me-surables. Attente de la mort. La politique est la tentative permanente de transformer laventure en avenir. Mais cest uniquement si moi et mainte-nant le dcide quil peut exister un nous qui ne soit pas lespace dun renoncement rciproque, le mensonge qui fait de lun le contrleur de lautre. Celui qui veut agir tout de suite est toujours vu comme suspect. Si ce nest pas un provocateur, dit-on, il en a certainement lapparence. Mais cest linstant dune action et dune joie sans lendemain qui nous porte au matin suivant. Sans le regard x aux aiguilles de la montre.

    La politique est lart de laccommodement. Atten-dant toujours que les conditions soient mres, on nit un jour ou lautre par sallier au patron dans lattente. Au fond la raison, qui est lorgane de lchelonnement et de lajournement, ore toujours une bonne justication pour se mettre daccord, pour limiter les dgts, pour sauver quelques dtails dun tout que lon mprise. La raison politique a des yeux perants pour dnicher des alliances. Tout nest pas gal nous dit-on. Rifondazione comunista nest certes pas comme cette droite rampante et dangereuse. (Aux lections on ne vote pas pour elle nous sommes abstentionnistes, nous mais les co-mits citoyens, les initiatives dans la rue, cest autre

    chose). La sant publique sera toujours mieux que lassistance prive. Un salaire minimum garanti sera toujours prfrable au chmage. La politique est le monde du moins pire. Et en se rsignant au moin-dre mal, on accepte pas pas ce tout, lintrieur duquel ne nous sont concdes que des prfren-ces. Celui qui en revanche ne veut rien savoir de ce moins pire est un aventuriste. Ou un aristocrate.

    La politique est lart du calcul. An que les alliances soient protables il est ncessaire dapprendre les se-crets de ses allis. Le calcul politique est le premier des secrets. Il faut savoir o on met les pieds. Il faut rdiger des listes dtailles des eorts et des rsultats obtenus. Et force de m