Allais Alphonse - Faits Divers

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Allais Alphonse

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    ALPHONSE ALLAIS

    FAITS DIVERS

  • ALPHONSE ALLAIS

    FAITS DIVERS

    Un texte du domaine public.Une dition libre.

    ISBN978-2-8247-1219-2

    BIBEBOOKwww.bibebook.com

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  • I que lon passe ct dAllais, cest--direquon le trouve ennuyant parce quon na pas eu la chance de lireses meilleurs textes. Alphonse Allais est comme tous ceux quicrivent sans relche, ingal lui-mme. Particulirement lui qui crivaitses textes le mercredi soir an quils paraissent dans plusieurs revues lejeudi matin et qui suivait dlement la voie trace par son ami Jean Gou-dezki : Si lide est drle, Allais fait un article. Si lide nest pas drle,il fait un article. Et sil na pas dide du tout, il fait un article.

    Nous vous proposons ici son meilleur cru, quand lauteur exploite lanarration complice avec le lecteur au maximum de ses possibilits, quandil raconte jusquau bout la logique absurde inscrite dans le quotidien dufait divers et de lanecdote.

    Peut-tre aurez-vous le sentiment de redcouvrir Alphonse Allais ;cest dans ces textes quil matrise le mieux son art de conteur.

    Jean-Claude Boudreault

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  • CHAPITRE I

    Mes dbuts dans la presse

    L des turpitudes de ce sminaireet bien dcid plaquer ltat ecclsiastique auquel me desti-naient mes parents, je russis enn mvader de ltablisse-ment, se dressa devant moi, pre et dsol, le problme de la vie gagner.

    Je dtenais sur moi un lger pcule, o le cuivre jouait un rle plusconsidrable que largent et do lor et le papier semblaient banniscomme plaisir.

    Un ami denfance que je rencontrai mindiqua : Il y a un imprimeur que je connais et qui dsire fonder un petit

    journal local ; son absence peu prs complte dorthographe le pousse prendre un rdacteur aubl, comme dit Laurent Tailhade , de vagueshumanits. Consentirais-tu devenir cet homme ?

    Je suis lhomme de cee place, nen doute pas, je serai the right man1. Laurent Tailhade (1854-1919), anarchiste, pote et chroniqueur.

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  • Faits divers Chapitre I

    in the right place. Alors, viens, je vais te prsenter.Lhomme en question tait une excellente pte dimprimeur jovial et

    muni de grosses moustaches grisonnantes. Son accueil fut charmant : Un fait divers, un simple fait divers, sauriez-vous le rdiger ?En mon for intrieur, je haussai les paules.Le clairvoyant typo insista : Oui, un fait divers, mais pas un fait divers comme on les crit dans

    les petits canards provinciaux. Moi, dans mon journal, je veux des faitsdivers qui ne ressemblent pas ceux des autres.

    Dsirez-vous messayer ? Volontiers, tenez, asseyez-vous mon bureau et crivez-nous une

    vingtaine de lignes sous ce titre : Imprudence dun fumeur .Cinq minutes ntaient pas coules que je lui remeais mon papier.

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  • CHAPITRE II

    Imprudence dun fumeur

    L Montsalaud vient dtre le thtre dun tristedrame qui sest droul par suite de limprudence dun fumeur.Un sieur D. . ., sabotier, rentrait chez lui, hier soir, vers dixheures, tenant sa bouche une pipe allume de laquelle schappaient chaque instant de lgres ammches.

    En traversant le petit bois de sapins appartenant Mme laMarquise deChaudpertuis, notre homme ne prit point garde quune simple tincellepouvait enammer les pommes de pin et les branches sches qui recou-vraient le sol.

    Il continuait donc fumer sa pipe quand, soudain, il poussa un cri.Sur le bord du chemin, deux pauvres enfants dune douzaine dannes

    dormaient, troitement enlacs et greloant de froid.Le sieur D. . ., excellent cur, rveilla les bambins et les aida faire un

    bon feu de bois mort qui les rchaua un peu, puis il sloigna.Malheureusement, le feu ne se trouvait pas susamment allum, car

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  • Faits divers Chapitre II

    il steignit bientt.On a trouv ce matin les cadavres des deux pauvres petits, morts de

    froid.. . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    la bonne heure ! scria mon nouveau patron, voil ce que jappelleun fait divers pas banal ! Topons l, jeune homme !

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  • CHAPITRE III

    Le drame dhier

    U et des plus insolites sest droul hier au seinde la coquee localit ordinairement si paisible de Paris (Seine).Il pouvait tre dans les 3 ou 4 heures de laprs-midi, et par unede ces tempratures !. . .

    Devant le bureau des omnibus du boulevard des Italiens, deux voituresde la Compagnie, lune destination de la Bastille, lautre cinglant verslOdon, se trouvaient pour le moment arrtes, et, comme on dit en ma-rine, bord bord.

    Rien de plus ridicule, en telle circonstance, que la situation respectivedes voyageurs de limpriale de chaque voiture, lesquels, sans jamais avoirt prsents, se trouvent brusquement en direct face face et nontdautre ressource que de se dvisager avec une certaine gne qui, pro-longe, se transforme bientt en pure chiendefaencerie.

    Cest prcisment ce qui arriva hier.Sur limpriale Madeleine-Bastille, une jeune femme (crature das-

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  • Faits divers Chapitre III

    pect physique fort sduisant, nous ne cherchons pas le nier, mais derudimentaire culture mondaine et de colloque trivial) clata de rire lavue du monsieur dcor qui lui faisait vis--vis sur Batignolles-Clichy-Odon et, narquoise, lui posa cee question fort la mode depuis quelquetemps Paris et que les gens se rptent tout propos et sans lapparencede la plus faible ncessit :

    est-ce que tu prends, pour ton rhume ?Le quinquagnaire sanguin auquel sadressait cee demande saugrenue

    ntait point, par malheur, homme desprit ni de tolrance.Au lieu de tout simplement hausser les paules, il se rpandit contre

    la jeune femme frivole en mille invectives, la traitant tout la fois degrue, de veau, et de morue, triple injure nindiquant pas chez celui qui laprofrait un profond respect de la zoologie non plus quun vif souci de lalogique.

    Va donc, h, vieux dos, rpliqua la jeune femme.(Le dos est un poisson montmartrois qui passe tort ou raison pour

    vivre du dbordement de ses compagnes.)Jusqu ce moment, les choses navaient revtu aucun caractre de

    gravit exceptionnelle, quand le bonhomme eut la malencontreuse idede tirer bout portant un coup de revolver sur la jeune femme, laquelleriposta par un vigoureux coup dombrelle.

    ( suivre)

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    1. En argot de lpoque, le dos, ou dos vert, est un maquereau.

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  • CHAPITRE IV

    Le drame dhier

    (Suite)

    S lecteur veut bien, en dpit de lexcessive tem-prature dont nous jouissons, faire un lger eort de mmoire, ilse rappellera que nous en tions rests cemoment du drame oun monsieur, assis limpriale de lomnibus Batignolles-Clichy-Odontirait un coup de revolver sur une jeune femme occupant un sige lim-priale de Madeleine-Bastille, coup de revolver auquel la personne rpon-dait par un nergique coup dombrelle sur le crne du bonhomme.

    Ce fut, chez tous les voyageurs de la voiture Madeleine-Bastille unespontane et violente clameur.

    Lhomme au revolver fut hu, invectiv, trait de tous les nomspossibles, et mme impossibles.

    Juste ce moment, les oprations du contrle se trouvant termines,les deux lourdes voitures sbranlrent et partirent ensemble dans lamme direction, lune cinglant vers la Bastille, lautre vers la rue de Ri-

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  • Faits divers Chapitre IV

    chelieu.Malheureusement, durant le court trajet qui spare le bureau des Ita-

    liens de la rue de Richelieu, les choses senvenimrent gravement et lemonsieur dcor crut devoir tirer un second coup de revolver sur un hautjeune homme qui se signalait par la rare virulence de ses brocards.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

    Les voyageurs domnibus ont bien des dfauts, mais on ne saurait leurrefuser un vif sentiment de solidarit et un dvouement aveugle pourleurs compagnons de voiture.

    Aussi nest-il point tonnant que les voyageurs Madeleine-Bastilleaient pris fait et cause pour la jeune femme lombrelle cependant queceux du Batignolles-Clichy-Odon embrassaient le parti du quinquagnaire larme feu.

    Les cochers eux-mmes des deux vhicules se passionnaient cha-cun pour leur cargaison humaine, changeaient des propos haineux, etquand Batignolles-Clichy-Odon senfourna dans la rue de Richelieu,Madeleine-Bastille nhsita pas. Au lieu de