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ASSOCIATION HUMANISTE DU QUÉBEC 1225 Est, boul. Saint Joseph, Montréal, Québec, H2J 1L7 Tel. 514-333-5560 - assohum.org Analyse des fondements et des contenus du programme Éthique et culture religieuse Daniel Baril, M. Sc, anthropologie Avril 2015 Avec la collaboration du Mouvement laïque québécois

Analyse des fondements et des contenus du programme Éthique et

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  • ASSOCIATION HUMANISTE DU QUBEC 1225 Est, boul. Saint Joseph, Montral, Qubec, H2J 1L7

    Tel. 514-333-5560 - assohum.org

    Analyse des fondements et des contenus

    du programme thique et culture religieuse

    Daniel Baril, M. Sc, anthropologie

    Avril 2015

    Avec la collaboration du Mouvement laque qubcois

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    Table des matires

    Introduction ........................................................................................................................3

    1. Gense et fondements du cours ..................................................................................4

    1.1 Une exclusion du deuxime groupe en importance au Qubec ........................4

    1.2 Imbrication contre-nature .......................................................................................6

    1.3 Les fondements ........................................................................................................7

    1.4 Le grand oubli : lenfant du primaire ...................................................................8

    1.5 Une thique du relativisme! ..............................................................................10

    1.6 Un cours inadapt aux besoins actuels ..............................................................10

    2. Les contenus ................................................................................................................11

    2.1 Au primaire..............................................................................................................12

    2.2 Au secondaire.........................................................................................................17

    2.3 Promotion de valeurs inacceptables ...................................................................24

    2.5 Un chantillon modeste.........................................................................................25

    3. Ressources externes...................................................................................................26

    4. Posture et formation des enseignants ......................................................................27

    4.1 Formation continue ................................................................................................28

    5. Tmoignages de parents et dlves.........................................................................29

    6. Solutions .......................................................................................................................31

    6.1 Une voie viter : lexemption .............................................................................31

    6.2 Mettre fin au financement des coles confessionnelles ...................................32

    6.3 Retrait du volet culture religieuse ........................................................................32

    6.4 Pour une thique humaniste et engage ............................................................33

    Annexes (document spar)

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    Introduction

    Nous avons analys les fondements et objectifs du programme thique et culture religieuse (CR) ainsi que les contenus dune vingtaine de volumes et cahiers destins aux lves du primaire et du secondaire.

    Il en ressort que les contenus denseignement transmis aux lves sont manifestement et mme explicitement confessionnels. La juxtaposition de diverses religions ne change en rien ce caractre.

    Lexclusion de personnes sans religion des contenus de ce programme (sauf une mention en secondaire 4) donne une image dforme de la ralit socioreligieuse et, premire vue, semble contrevenir au droit lgalit reconnu dans les chartes qubcoise et canadienne puisque ces citoyens ne sont pas traits de faon gale par ce programme scolaire obligatoire pour tous.

    la lumire du rcent jugement de la Cour suprme du Canada sur les prires dans les assembles municipales, il semble bien que ce cours ne passerait pas plus le test des droits la libert de conscience et la libert de religion ni lobligation de neutralit religieuse de ltat. Dans ce jugement, la Cour a en effet affirm plusieurs reprise que

    ltat ne doit pas singrer dans le domaine de la religion et des croyances. Ltat

    doit plutt demeurer neutre cet gard, ce qui exige quil ne favorise ni ne dfavorise

    aucune croyance, pas plus que lincroyance. (p. 7 de la version PDF)

    Manifestement, il y a exclusion de lincroyance dans le programme CR et cette exclusion est intentionnelle. La prtendue approche culturelle du religieux, qui ne rsiste pas lanalyse des contenus, ne saurait non plus servir de caution. La Cour affirme en effet que

    Si, sous le couvert dune ralit culturelle, historique ou patrimoniale, ltat adhre

    une forme dexpression religieuse, il ne respecte pas son obligation de neutralit.

    (p. 8)

    Il ne nous apparat pas souhaitable de rtablir le droit lexemption de ce cours mme si la situation apparat, sous certains gards, pire qu lpoque du rgime dexemption. Ce serait un pis aller augmentant encore plus leffet dexclusion. Bien que la preuve semble avoir t dficiente, une telle disposition a dailleurs t refuse par la Cour suprme aux parents de la Commission scolaire des Chnes.

    Saupoudrer des contenus humanistes incroyants ici et l ne nous semble pas la solution non plus.

    Nous prconisons plutt le retrait pur et simple du volet culture religieuse et lenrichissement du volet thique. Nous prsentons ici lensemble des lments qui nous conduisent cette conclusion.

    http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/15288/1/document.dohttp://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/7992/index.do?r=AAAAAQAMUy5MLiBldCBELkouAAAAAAEhttp://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/item/7992/index.do?r=AAAAAQAMUy5MLiBldCBELkouAAAAAAE

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    1. Gense et fondements du cours

    Le cours thique et culture religieuse n'a t demand par personne en dehors du lobby catholique. Du ct des minorits religieuses, un tel cours ne faisait lobjet daucune demande de la part des musulmans, des juifs, des bouddhistes, des sikhs ou des autochtones. Mme chose du ct de la mouvance humaniste laque.

    La question poser est donc de savoir pourquoi CR a t mis en place. Les conditions prsidant sa conception montrent quil sagissait de toute vidence dun compromis destin maintenir de l'enseignement religieux l'cole. Comme cet enseignement ne pouvait plus tre restreint au catholicisme et au protestantisme, on lui a ajout l'ensemble des croyances des autres religions. CR est donc un reliquat de l'cole confessionnelle dans une cole suppose laque.

    Non seulement ce cours na t demand par aucune minorit mais il fomente les tensions entre les communauts religieuses ou ethniques en ramenant au niveau de la classe les conflits internationaux. Certains enfants sont mme effrays dapprendre que le djihad, dont ils voient les horreurs la tlvision et sur Internet, est une guerre sainte mene au nom de Dieu (voir les tmoignages la section 5).

    1.1 Une exclusion du deuxime groupe en importance au Qubec

    Selon le recensement canadien de 2011, 937 545 personnes au Qubec, soit 12% de la population, se dclarent sans religion (athes, agnostiques, humanistes, sans religion). Il sagit du deuxime en importance aprs les catholiques romains (75%). Cette ralit sociologique est totalement vacue du programme CR dont les objectifs deviennent ds lors discriminatoires. Les autres religions, auxquelles le programme consacre une importance dmesure, reprsentent 3,5% pour les principales glise protestantes (anglicans, baptistes luthriens, pentectistes, presbytriens, glise unie, protestants [n.d.a.]), 3% pour les musulmans, 1% pour les juifs et 0,6% pour les bouddhistes.

    tant donn la question pose par le recensement de Statistique Canada, les donnes sur les citoyens sans appartenance religieuse sont excessivement conservatrices. Un sondage CROP ralis pour lmission Second regard en

    fvrier 2014 indique que 18% des rpondants affirment tre sans religion. Pour 58% de lensemble des rpondants, la religion est peu ou pas du tout importante dans leur vie quotidienne. Chez les rpondants que se dclarent catholiques, 16% disent ne pas croire en Dieu et 60% disent ne parler de religion leurs enfants que rarement ou jamais; seulement 23% de ces catholiques participent un office religieux en dehors des occasions spciales (mariages, funrailles, baptmes).1

    1 Certaines de ces prcisions concernant les catholiques nous ont t donnes par lanimateur de

    lmission Second regard, Alain Crevier.

    http://www12.statcan.gc.ca/nhs-enm/2011/dp-pd/dt-td/Rp-fra.cfm?TABID=2&LANG=F&APATH=3&DETAIL=0&DIM=0&FL=A&FREE=0&GC=0&GK=0&GRP=0&PID=105399&PRID=0&PTYPE=105277&S=0&SHOWALL=0&SUB=0&Temporal=2013&THEME=95&VID=0&VNAMEE=&VNAMEF=http://ici.radio-canada.ca/emissions/second_regard/2013-2014/fichiers/sondage-sans-religion.pdf

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    Cette distanciation des croyants par rapport lorthodoxie religieuse contraste avec les contenus confessionnels retrouvs dans les manuels et qui vhiculent lide que tous les croyants sont des pratiquants (voir la section Contenus).

    Dans la quinzaine de manuels que nous avons parcourus pour le primaire, nous navons trouv que deux paragraphes mentionnant lexistence de lathisme (Une vie bonne, Primaire 2e cycle, Manuel de llve B, Fides, 2008, p. 52)

    Mais le mme manuel affirme aussi que les non-croyants apprcient les textes religieux, ce qui constitue une rcupration de lincroyance (p. 49) :

    Lautre exemple provient dun autre manuel de Fides (Une vie grande, Troisime

    cycle du primaire, Manuel de llve B, 2009, p. 87) :

    Cette exclusion dune tranche importante de la population, tranche qui saccrot au fil des recensements et des sondages, fait que les objectifs de reconnaissance de lautre , de poursuite du bien commun et douverture la diversit sont fondamentalement vicis au dpart.

    Il ny a quen secondaire 4 que le programme prvoit aborder les expressions culturelles et celles issues de reprsentations du monde et de ltre humain qui

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    dfinissent le sens et la valeur de lexprience humaine en dehors des croyances et des adhsions religieuses sont abordes (une longue priphrase pour viter les mots humanisme et athisme). Le programme ne propose par contre aucun contenu ou activit propre ce thme.

    1.2 Imbrication contre-nature

    Limbrication du volet thique celui de la culture religieuse est un lment qui confirme lanalyse prcdente concernant la volont de maintenir de lenseignement religieux lcole, ce qui est explicitement reconnu dans le programme lui-mme

    d'un programme d'enseignement moral qui ne comportait pas de rfrence

    religieuse, mais o l'on dveloppait dj la pratique du dialogue moral et la

    rflexion thique, on passe un programme d'thique qui tient compte d'lments

    de la culture religieuse. (Programme dthique et culture religieuse, Primaire,

    2007, p. 5-6)

    Cette imbrication des deux volets est en soi une aberration philosophique et lexpression tient compte savre un euphmisme. Cest en fait toute la rflexion thique qui se fait en contexte religieux comme si la morale n'tait possible qu'au sein des religions et comme si les religions entranaient par elles-mmes un comportement thique. Mme le rapport Proulx, d'o mane l'approche culturelle des religions, n'a pas propos un tel amalgame. Lors de la gense du cours, les fonctionnaires attachs ce dossier taient contre une telle avenue mais ce sont les responsables du Comit sur les affaires religieuses qui voyaient les choses ainsi et qui ont eu gain de cause.

    Leffet du religieux sur lthique na pas chapp aux juges de la Cour suprme dans leur jugement de la plainte du collge Loyola:

    Le programme CR a pour objectifs explicites la reconnaissance de lautre et la poursuite du bien commun . Ces objectifs visent inculquer aux lves un esprit douverture aux droits de la personne et la diversit ainsi que le respect de lautre. Pour raliser ces objectifs, le programme CR comprend trois volets : les religions du monde et le phnomne religieux, lthique et le dialogue. Ces trois volets sont censs se complter et se renforcer lun lautre. (page 6)

    moins que les juges naient pas compris les fondements du programme, le volet religieux est donc cens renforcer lthique, contrairement ce que lon nous a fait miroiter avant limplantation de ce cours. Cette ralit enlve toute crdibilit au cours et annule toute prtention la neutralit.

    Nous sommes ainsi revenus une situation pire que celle qui prvalait avant limplantation de ce cours, soit le rgime doption entre enseignement religieux et enseignement moral. Mme avant ce rgime doption, il tait possible dtre exempt de lenseignement religieux. Il nest dsormais plus possible dviter la formation religieuse lcole publique dite laque .

    Ce tout la religion est le fruit dune approche vicie par les biais idologiques duniversitaires derrire la mise en uvre du cours ou derrire le soutien apport aux enseignants. Voici, par exemple, ce que lon peut lire

    http://scc-csc.lexum.com/scc-csc/scc-csc/fr/14703/1/document.do

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    propos de la rgle ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas quon vous fasse dans un texte du groupe de lUniversit Laval Enseigner lCR et

    destin aux enseignants:

    Il est plus facile daffirmer que beaucoup dthiques, issues de traditions religieuses diffrentes, ont retenu cette fameuse rgle dor que de citer les textes qui en font mention.

    Cette citation rvle une conception religieuse de la morale et de lthique. Si la rgle dor est prsente dans toutes les cultures, cest quelle nest pas issue dune tradition religieuse. Cette rgle est biologiquement inscrite dans les mcanismes sociaux de notre espce. Comme les autres rgles morales ou thiques, elle prcde la religion et est mme observable chez les autres espces sociales.

    1.3 Les fondements

    La soit disant approche culturelle des religions reflte une vision dulcore, nave et complaisante de la religion qui ne colle pas la ralit. Ce prjug idologique dnature la ralit de lhistoire des religions et rvle une intention de promouvoir une identit et une appartenance religieuses.

    Lemphase mise sur les particularismes religieux (croyances, rites et coutumes propres chaque religion) et leur valorisation est en contradiction avec la poursuite du bien commun que vise le programme en sinspirant des chartes des droits fondamentaux. Il est tonnant de constater quel point ces lments souvent inconciliables sont toujours placs galit.

    Le philosophe Georges Leroux, ardent dfenseur du cours CR, demeure une rfrence pour comprendre les fondements et les orientations du cours; lanalyse de ses textes nous parat donc pertinente pour en clairer la nature. Dans une confrence prsente au congrs de 2008 de lAssociation qubcoise en thique et culture religieuse (AQCR), M. Leroux fait du pluralisme et du dialogue des valeurs suprmes en soi, sans aucune exception pour aucune composante de ce pluralisme. Le but est le dialogue tout prix, peu importe les positions exprimes :

    Le pluralisme est devenu pour nous une richesse, une valeur en soi, et cest pour cette raison que le dialogue est aussi ncessaire : le dialogue opre en profondeur, il nous permet la rencontre de lautre comme vraiment autre, sa diffrence ne doit pas tre rduite, mais infiniment et absolument respecte. (p.

    33)

    Le pluralisme nest pas une valeur mais un fait social. Il ne peut pas tre en soi une bonne chose qui doit tre absolument respecte puisquil inclut tout ce dont ltre humain est politiquement et culturellement capable, soit le meilleur et le pire de lespce humaine.

    Soutenir que le dialogue opre en profondeur rvle une conception idaliste des rapports sociaux et relve presque de la pense magique. Le dialogue, tout ncessaire et louable soit-il, peut devenir insuffisant, voire impossible en certaines circonstances et M. Leroux la rcemment expriment dans sa relation

    http://www.enseigner-ecr.org/docs/Regledor_ACouture.pdfhttp://www.aqecr.com/wp-content/uploads/2010/04/Conference_GLeroux.pdfhttp://www.aqecr.com/wp-content/uploads/2010/04/Conference_GLeroux.pdf

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    avec limam Adil Charkaoui. Le dialogue ncessite des conditions pralables, dont celle de partager un minimum de valeurs communes, ce que le programme se refuse affirmer de faon claires et nettes au nom du relativisme.

    Une manifestation de la pense quasi magique transparat dans cet extrait de la mme confrence :

    Endoctriner, cest promouvoir la vrit dune croyance, ou encore la vrit de la croyance, ou la vrit de lincroyance, et un programme comme le ntre doit viter cet cueil en le dsignant explicitement comme une position viter. Mais cela suffit-il pour protger lenseignement des faits du risque de lendoctrinement? Cette question engage un dbat sur la connaissance, dans lequel je crois ncessaire de prendre position : mes yeux, les connaissances nengagent jamais la croyance, elles ne peuvent que solliciter une attitude de

    respect et de tolrance. (p. 16)

    En bon hellniste, le professeur Leroux a sans doute t marqu par le dialogue entre Socrate et Gorgias sur la science et la croyance. On peut souhaiter que les connaissances nengagent pas les croyances, mais nous savons tous que cela est anglique et quune telle affirmation est scientifiquement fausse : chez un dvot ou un convaincu, les croyances sont plus fortes que la connaissance et persistent malgr la dmonstration rationnelle de la fausset de la croyance ou de lopinion. La littrature dite scientifique publie par les tenants crationnistes du dessein intelligent en est une belle dmonstration.

    Georges Leroux commet une autre erreur montrant quil nest gure inform des contenus des manuels utiliss en CR :

    si nous prsentons le christianisme historique, comme croyance et comme institution dans une culture, cest--dire comme vie et comme fait social, nous ne pouvons selon [les adversaires lacistes] viter lendoctrinement et le proslytisme. Ont-ils raison ? Je crois que non, car un cours de culture religieuse ne peut que prsenter toutes les religions comme des phnomnes contingents, rels et historiques, et non comme des vrits en soi ou transhistoriques. (p. 16)

    Le cours CR ne porte pas sur les phnomnes contingents historiques ayant prsid lapparition dune religion mais sur les croyances, les coutumes et les rites propres chaque religion. Ces contenus sont bel et bien prsents par le programme, ou tout le moins perus par llve, comme des vrits en soi ou transhistoriques comme nous le verrons dans la section Les contenus.

    Les contextes historiques lis lclosion des diffrentes religions napparaissent quen secondaire 4 et 5. Par ailleurs, laffirmation de Leroux tmoigne dune profonde mconnaissance de la faon dont les enfants peroivent les choses comme nous le soulignons dans la section qui suit.

    1.4 Le grand oubli : lenfant du primaire

    Voici quel est lobjectif du volet culture religieuse tel que prsent dans le programme du primaire (p. 9) :

    La culture religieuse consiste en une comprhension des principaux lments constitutifs des religions qui repose sur lexploration des univers socioculturels

    http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/433648/charkaoui-chaoui-et-autres-faut-il-interdire-les-predicateurs-musulmans

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    dans lesquels celles-ci senracinent et voluent. Des textes sacrs, des croyances, des enseignements, des rites, des ftes, des rgles de conduite, des lieux de culte, des productions artistiques, des pratiques, des institutions et des modes dorganisation sont au nombre des lments auxquels la culture religieuse sintresse. La connaissance de ces lments permet aux lves de saisir progressivement, compte tenu de leur ge, le phnomne religieux dans ses dimensions exprientielle, historique, doctrinale, morale, rituelle, littraire,

    artistique, sociale ou politique.

    Mme en tenant compte de la progression dans lapprentissage, comment peut-on croire quun tel objectif, qui pourrait tre le plan de carrire dun sociologue des religions, sadresse des enfants de 8 12 ans?

    Il est tonnant de constater quel point les dfenseurs de ce cours en prsentent une analyse livresque et ne tiennent pas compte quil sadresse des enfants du primaire. Ce biais est particulirement manifeste dans la confrence de Georges Leroux cite plus haut o il semble prendre pour acquis que les enfants se situent dans la mme posture intellectuelle que la sienne. Le professeur croit quun enfant fera la diffrence entre un fait historique contingent et une vrit transhistorique , ce que des adultes sceptiques endurcis ne parviennent accomplir quavec un effort intellectuel soutenu.

    Cette drive dans les concepts de base du programme postulant que les enfants vont faire une diffrence entre croyance et connaissance est sans doute le plus grand leurre de toute cette aventure.

    Les travaux rcents en psychologie dveloppementale et en psychologie cognitive montrent que lenfant peroit de la mme faon des choses quil na jamais vues (bactrie, girafe, Blanche Neige) lorsque ces lments sont prsents comme vrais par des informateurs en qui lenfant a confiance. Un rcit religieux comme le Dluge nest pas peru comme une fiction du type Petit Poucet sil y est fait mention dune intervention surnaturelle anthropomorphique. Les recherches montrent galement que les enfants ayant reu une ducation religieuse sont plus enclins considrer comme relles des histoires relatant des faits impossibles ou magiques - comme sparer une montagne avec une baguette magique pour ouvrir un passage - que les enfants nayant reu aucune ducation religieuse.2

    Autrement dit, les enfants du primaire reoivent comme des faits rels les rcits religieux que leur prsente le programme CR, quel que soit le contenu du rcit et quelle que soit la religion familiale. Pour la plupart dentre eux, cette faon de voir persistera tout au long de la vie. Les enfants issus de famille non religieuse auront de meilleures chances de sen tirer mais seulement dans la mesure o les parents sauront rtablir la nature des faits, cest--dire dconstruire la pense religieuse professe par lcole.

    2 Kathleen H. Corriveau, et al.; Judgments About Fact and Fiction by Children From Religious

    and Nonreligious Backgrounds , Cognitive Science (2014) 130. Paul Harris; Les enfants croient-ils tout ce quon leur dit? , Cerveau & Psycho, nov. 2014-janv. 2015, 8-13.

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    Quoi quil en soit, penser que lon puisse transformer les enfants en sociologues de la religion exerant un discernement que les adultes croyants ne sont pas en mesure de faire relve de laveuglement idologique.

    Voici ce propos lavis du sociologue Jacques Rousseau3 :

    Je minterroge sur la pertinence du cours thique et culture religieuse, destin des enfants du primaire. Il me semble que la rflexion sociologique sur le phnomne religieux et ses diverses manifestations exige une pense critique qui se dveloppe surtout aprs ladolescence. Ne risque-t-on pas, sinon, de transformer cette formation en futiles connaissances encyclopdiques et, par consquent, de lui enlever sa lgitimit?

    1.5 Une thique du relativisme!

    Le volet thique tant imbriqu dans le volet religieux qui est, lui, dvelopp dans loptique du relativisme et du multiculturalisme o tout est gal, il prsente donc les mmes biais relativistes. Si le relativisme est une bonne chose dans le domaine des croyances religieuses, il est pernicieux et mme dangereux dans le domaine de lthique.

    Dans son tmoignage titre dexpert au procs des parents de la Montrgie qui rclamaient le droit lexemption du cours CR, Georges Leroux affirmait:

    D'abord, nous devons constater, contrairement ce que soutiennent les

    requrants, que le programme [CR] est neutre eu gard aux convictions religieuses et aux positions morales : il ne prsente aucune doctrine et ne favorise aucun positionnement moral particulier. (citation rapporte par le site Vie chrtienne)

    Cette prtention la neutralit est non seulement un leurre pdagogique mais une position philosophiquement et moralement condamnable. Elle rvle une perte des repres qui fondent les valeurs humanistes universelles dont lexpression qui nous est la plus proche est celle issue du sicle des Lumires. Ces valeurs humanistes ont donn lieu la notion de droits fondamentaux; elles ne sont pas neutres mais engages envers un mieux tre personnel et collectif et rejettent dautres postures thiques qui seraient contraires aux droits fondamentaux tels lgalit et la libert de conscience.

    1.6 Un cours inadapt aux besoins actuels

    Dans un article rcent, Georges Leroux reconnaissait la ncessit de renforcer la dimension de reconnaissance civique et de dialogue rationnel du programme CR afin de mieux faire face lintgrisme religieux. Mme avec une rvision la hausse du contenu civique dCR, on ne voit pas comment une approche qui se vaut aussi complaisante lgard de toutes les formes de pense religieuse pourrait faire le poids face aux discours intgristes. Face aux croyances crationnistes comme celles de lex-dput James Lunney qui rclame le droit

    3 Professeur retrait de lUniversit du Qubec Trois-Rivires.

    http://www.samizdat.qc.ca/cosmos/sc_soc/ECR_religion_dEtat.htmhttp://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/433648/charkaoui-chaoui-et-autres-faut-il-interdire-les-predicateurs-musulmanshttp://www.ledevoir.com/politique/canada/436089/le-creationnisme-fait-une-victime

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    lexemption des cours de science o il est question de la thorie de lvolution, CR na que le dialogue proposer.

    Le dialogue serait aussi la seule rponse offrir llve qui affirmerait que lislam est sa seule nation et quil na obir quaux lois dAllah comme le lui enseigne son imam.

    Il y a pire que lintgrisme dun James Lunney ou dun croyant pieux. Le cours CR sera tout fait impuissant contrer lendoctrinement qui va jusqu conduire de jeunes cgpiens rejoindre les groupes djihadistes ou affirmer comme celui-ci sur sa page Facebook :

    Si mon dieu me dis [sic] dliminer les infidles comme toi je vais le faire. La religion prime sur la libert dexpression point final (Annexe 1).

    Cette attitude mprisante et violente est soutenue par le concept de rvlation maintes fois valoris dans le cours CR. Pour contrer cet intgrisme qui sme la haine et la violence, il faut donc dconstruire la pense religieuse qui en est la source et qui fait la vie belle au concept antiscientifique et antihumaniste de religions rvles.

    Dans ce mme article, Georges Leroux souhaite que les rfrences lislam dans le programme dCR soient augmentes afin que les jeunes musulmans se sentent reconnus dans nos coles. Voila prcisment lapproche communautarienne que ce cours visait supposment viter! Faut-il voir dans ces propos un dsaveu des fondements du cours?

    Cette nouvelle proposition de Leroux nous montre que lapproche inhrente ce cours ne peut que conduire laccroissement de ses contenus confessionnels afin de satisfaire les attentes de chaque religion. Le rsultat ultime sera un cours sur mesure pour chaque religion, cest--dire la voie communautarienne rejete par le rapport Proulx.

    2. Les contenus

    Le programme CR demande daborder des mythes et des croyances comme les Rois mages, le Dluge, Nanabojo, Glouskap, la rvlation de Mahomet, lAnnonciation, la naissance de Bouddha, le roi David et le gant Goliath, la rsurrection de Jsus, etc. Comment peut-on parler de faon culturelle de ces croyances des enfants de 6 12 ans? Tous ces rcits mythiques prsents comme des faits historiques sont au programme du primaire.

    Le programme demande galement de faire tmoigner l'enfant sur ses pratiques religieuses telles la premire communion, la messe, la confirmation, la prire du vendredi, le shabbat, la contemplation, autant d'lments confessionnels sur lesquels porte ce qui est considr comme de la culture religieuse. Comment peut-on tmoigner culturellement de ces pratiques religieuses confessionnelles?

    Il existe plusieurs dizaines de manuels denseignement et de cahiers pour le cours CR et nous en avons examin une vingtaine. Tous les documents

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    abondent dexemples o la distinction entre une approche culturelle et une approche croyante du fait religieux savre impossible faire. En voici plusieurs exemples:

    2.1 Au primaire

    1er cycle du primaire

    Dans le volume Prs de moi (1re anne, ditions CEC, 2008), le conte

    amrindien dAnishinabe, relatant comment les enfants humains ont appris marcher, est prsent comme une lgende amrindienne . Mais le mme volume prsente le conte de No et du dluge sans dire quil sagit dune lgende ou dun mythe. Il y a donc des lgendes, comme celle dAnishinabe, et des faits historiques vridiques comme celui du dluge (page 10 et 13):

    Lenfant apprend donc que, il y a longtemps de cela, Dieu a parl No, quil a sauv la plante et quil a tabli une alliance avec lui comme sil sagissait de lhistoire de lhumanit. Lenfant doit redire cette croyance religieuse dans ses mots. Il sagit dun apprentissage en tous points catchtique.

    Le mme volume prsente larrive au monde denfants chrtien, juif, musulman, inuit et atikamekw, qui tous profitent de rituels bienfaisants et suscitent des

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    rjouissances, mais rien sur la ralit tout aussi rjouissante des enfants sans religion. Ces derniers ne peuvent que vivre une telle situation en se sentant marginaliss, voire infrioriss.

    Avec le manuel Mlodie (ditions Modulo, 2008, p. 44), lenfant append comment

    lange Gabriel est apparu Marie pour lui annoncer quelle tait enceinte et quelle allait enfanter rien de moins que le fils de Dieu :

    Il ny l rien de culturel; un tel enseignement est exactement de mme nature que lancien enseignement religieux catholique. Ce type de contenu est reprsentatif de tout ce que lon retrouve dans ces manuels, page aprs page.

    2e cycle du primaire

    Dans le manuel Une vie bonne (Manuel de llve B, Fides, 2008, p. 31), lenfant

    apprend que le chaman amrindien dtient des pouvoirs paranormaux :

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    Le manuel Franchir le seuil (ditions La pense, 2010, p. 17-24) prsente les

    portrait de trois enfants, un chrtien, un juif et un musulman, en dcrivant, sous forme de dialogue entre eux, comment ils passent la fin de semaine et quelles crmonies religieuses ils assistent. Llve doit par la suite rsumer dans un tableau les lments des clbrations religieuses de chacun. Aucune description de la fin de semaine vcue par un enfant sans religion ou dont les parents sont non pratiquants. Ces enfants, qui reprsentent la majorit des lves, sont exclus de ce cours qui sadresse pourtant tout autant eux quaux enfants pratiquants. On ne peut que ressentir un vide angoissant devant une telle prsentation des choses.

    Le mme volume (p. 60-71) prsente les mythes crationnistes de toutes les religions : le texte de la Gense est reproduit mot mot, les sourates du Coran, le crapaud des amrindiens, luf dor et le mantra OM des hindous, mais pas un mot sur les connaissances scientifiques de lorigine de lunivers.

    On prsente aussi les rituels funraires de chaque religion. Mais quarrive-t-il donc, lors du dcs, ceux qui sont sans religion???? Silence complet.

    Un cahier de llve pour les classes de troisime anne la Commission scolaire des samares (Annexe 2 a et 2 b, diteur non identifi [document altr par le parent]) fait faire lexercice suivant aux lves :

    Dessine la scne o Mahomet et lanimal montent au paradis Raconte ce que Mahomet a vcu quand il est all au paradis

    Ces lments mythologiques sont prsents comme des faits : Mahomet est mont au paradis. Impossible de prsenter les choses autrement, ce qui revient affirmer que ce sont des ralits dignes de foi quelle que soit la religion de lenfant et de ses parents. Les croyants, chrtiens comme juifs ou sikhs, devraient donc logiquement se convertir lislam.

    3e cycle du primaire

    Dans le manuel Faire escale (ditions La pense, 2008, p. 27-28), le mythique

    Abraham est prsent comme un personnage historique ayant vcu autour de 1800 av. J.-C. et qui est mort lge de 175 ans! On apprend aussi aux enfants quil a eu un fils avec son esclave Agar et que telle tait la volont de Dieu.

  • 15

    Jsus a pour sa part accompli les miracles quon lui connat et est ressuscit (p. 33-34) :

    Le mme volume enseigne que lon peut arriver se sortir du cycle des rincarnations en menant une vie exemplaire (p. 38).

    Au terme du chapitre sur les 10 commandements que Mose a reus de Dieu (ce ne sont plus les commandements de Dieu , mais rien ny change), on demande llve (p. 81) :

    Maintenant que tu as pris connaissance des 10 commandements, crois-tu quils sont encore respects aujourdhui?

    Quels sont les supposs dune telle question? Si la rponse est oui, la religion est sauve et tout va bien. Si la rponse est non, ne faudrait-il pas revenir ces commandements?

    Dans ce volume comme dans les autres, la culture religieuse nest ainsi quune devanture servant transmettre des croyances religieuses.

    Mmes contenus confessionnels retrouvs dans le volume Horizons (Manuel de

    llve A, ditions Chenelire, 2010) : les 10 commandements, quoi servent les normes religieuses? , la rgle dor de toutes les religions , les cinq piliers de lislam, Abraham et sa servante Agar , la Pentecte, etc. Une belle petite histoire aide comprendre le mystre de Pques, soit la rsurrection de Jsus (p. 84) :

  • 16

    :

    Le livre enseigne que lange Gabriel est apparu Muhammad pour lui transmettre un message de Dieu (p. 93). Muhammad est qualifi de Prophte, ce qui est une reconnaissance de sa mission divine.

    Aux chapitres des activits, on propose aux lves dorganiser dans la classe un salon des religions et des aliments , ce qui permet de transmettre aux enfants les rituels et les interdits alimentaires de chaque religion et de leur faire apprendre le bndicit (p. 41-51) :

    Ce livre des ditions Fides mrite tout de mme une mention spciale puisquil est le seul, avec lautre manuel du mme diteur mentionn plus haut, souligner lexistence de lathisme alors que rien ne ly oblige. On retrouve galement, la page 73, une brve prsentation de lhumanisme.

  • 17

    2.2 Au secondaire

    Secondaire 1

    En secondaire 1, llve apprend comment prier dans chacune des religions laide du volume et des cahiers Vivre ensemble (Cahier de savoirs et dactivits,

    ditions du Renouveau pdagogique, 2013). Voici lexemple de lislam:

    Et le devoir pour mesurer si llve sait correctement prier selon les diverses traditions :

  • 18

    Secondaire 2

    Le manuel crans sur le monde (ditions Grand Duc, 2012) prend clairement

    position dans le dbat entourant le port de signes religieux dans les institutions publiques dont lcole (p. 16-17) :

    Aprs une telle prsentation biaise de ce dbat, on oriente la rflexion de llve de la faon suivante :

    Dans ce mme volume, llve apprend : que les anges sont des cratures purement spirituelles, incorporelles, invisibles et immortelles; que ce sont nanmoins des tres personnels, dous dintelligence et de volont (p. 25); que les dmons peuplent lenfer [et] sont les serviteurs de Satan [qui] reprsentent le mal dans le monde (p. 29); comment cueillir leau de Pques aux proprits bnfiques, mme magiques, de gurison et de protection contre certaines catastrophes naturelles (p. 73); que le rituel dabatage hallal doit primer sur la loi contre la cruaut envers les animaux et que penser le contraire est un prjug (p. 106) :

  • 19

    Secondaire 4

    Vivre ensemble (Cahier de savoirs et dactivits, 4e secondaire, ditions du

    renouveau pdagogique, 2009). Comme dans les autres volumes, la rsurrection de Jsus, preuve de lexistence de Dieu , est prsente comme un fait historique de mme nature que sa crucifixion (p. 29) :

    Le terme mythologie est utilis pour qualifier les croyances hindoues (p. 134), mais ce terme nest jamais utilis pour les croyances des autres religions.

    Lastrologie, la numrologie et autres pseudosciences acquirent leurs lettres de noblesse (p. 175) :

  • 20

    Lathisme, qui est au programme en secondaire 4, nest prsent dans ce manuel quen textes complmentaires dans la section Bote outils la fin du volume, sans quaucun chapitre ne traite de ce thme et sans quaucun exercice ne sy rapporte.

    Tisser des liens (Manuel de llve A, volume 1, ditions CEC, 2010) rduit les

    croisades de pieux plerinages (p. 73) :

    toutes les autres expressions du religieux abordes tout au fil des annes, on ajoute maintenant lillumination et lextase (p. 94-95).

    Dans le volume 2 du Manuel de llve Tisser des liens (CEC, 2011), on retrouve

    cette tonnante description des constituants de ltre humain (p. 62) :

  • 21

    Il est faux daffirmer que les motions, les penses, les sensations et les souvenirs sont immatriels . Tous ces lments sont bel et bien matriels, mme sils ne sont pas des objets, et nexistent pas en dehors des tissus et rseaux neuronaux qui leur donnent naissance. Il ne sagit pas l dune croyance mais dun fait scientifique. Affirmer le contraire est une croyance qui doit tre prsente comme tel et non comme une ralit tel que le prtend ce paragraphe qui transmet ainsi une conception mtaphysique dualiste des habilets intellectuelles.

    Des 425 pages que totalisent les deux volumes du manuel Tisser des liens, deux

    pages et demi sont consacres lexistence du divin conteste (p. 75-77), expression qui rvle une perspective manifestement croyante face lathisme. Lquivalant serait de dire que la croyance est une contestation de linexistence du divin .

    Secondaire 5

    Aprs les grandes religions, lastrologie et les pseudosciences, le manuel Vivre ensemble (Cahier de savoirs et dactivits, 5e secondaire, ERPI, 2014) accrdite

    le vodou. Remarquons la faon affirmative de dire quil existe un autre monde que celui peru par les sens , autre monde qualifi de ralit et avec lequel les prtres, chamans et gourous sont en contact :

    Le vodou (p. 4) :

  • 22

    La ralit invisible (p. 5) :

    Reconnaissance des pouvoirs magiques des chamans (p. 9) :

  • 23

    Reconnaissance de lexistence des chakras et que lon peut agir sur ces centres nergtiques laide dun pendule (p. 126) :

    Tisser des liens (Manuel de llve B, ditions CEC, 2010). Llve apprend ici le

    dogme de l Immacule Conception et ses apparitions prsentes comme des faits (p. 104) :

  • 24

    Malgr quelques exemples de ce genre et quil est impossible dviter lorsquon prsente des croyances et des doctrines aux enfants, ce manuel nous parat exemplaire comparativement aux autres.

    2.3 Promotion de valeurs inacceptables En plus de contenus confessionnels, certains manuels font la promotion de valeurs totalement inacceptables. Cest le cas du cahier dexercices Rond-Point,

    (2e anne du 1er cycle du secondaire, ditions Lidec, 2007) qui prsentait, en guise dimage de bienvenue dans le cours CR, une enseignante et un groupe de trois lves dont lune porte le niqab. Cest une normalisation inacceptable de ce vtement diffamant portant atteinte la dignit et lintgrit physique des femmes.

    La description du hidjab prsente dans ce manuel en rend le port obligatoire au nom de la pudeur (p. 11, texte complet en Annexe 3):

  • 25

    Celles qui ne portent pas de foulard islamique sont donc impures. (Ce manuel est toujours offert par Lidec, mais il ne nous a pas t possible de vrifier si ces pages y figurent toujours.)

    Cet exemple fait ressortir une profonde contradiction dans les fondements du cours CR : comment, en effet, peut-on la fois rechercher le bien commun et le respect de lautre en sinspirant des chartes des droits fondamentaux et transmettre de faon plus que complaisante des systmes de pense qui nient les principes noncs dans ces chartes?

    Visiter un imam pro-charia

    Dans le manuel du matre Enseigner l'thique et culture religieuse: les fondements et la pratique au primaire et au secondaire (ditions CEC, 2010), on

    retrouve la suggestion suivante :

    Une visite de ces lieux et une rencontre avec un prtre, le pasteur, limam ou le moine sont une excellente faon de favoriser la culture religieuse et louverture lautre (p. 111)

    Dans cette veine, le Rseau pour le dveloppement des comptences par lintgration des TIC (RCIT), un organisme priv qui offre des ressources complmentaires entre autres aux enseignants dCR, offre une visite virtuelle de la mosque de Brossard tenue par l'imam Foudil Selmoun. Cet imam a fait les manchettes il y a quelques annes pour ses propos controverss favorables la charia. Ces propos ont mme fait lobjet dune dnonciation lAssemble nationale par lex-ministre de la Scurit publique, Robert Dutil.

    2.4 Un procd littraire qui ne trompe personne

    On aura remarqu, dans certains de ces extraits, le recours au procd littraire consistant placer des lments destins prsenter un recul face la croyance exprime et qui sera introduite par des termes tels pour les chrtiens/juifs/musulmans ; selon la Bible/la Torah/le Coran ; selon une lgende amrindienne ; cette croyance est importante pour les chrtiens/juifs/musulmans , etc.

    Ces formules ajoutes ici et l, montrant que les rdacteurs ont suivi les mmes consignes, vise manifestement donner une impression de neutralit au texte mais cela ne change en rien la nature de ce qui est transmis par le texte. La plupart des adultes ne remarqueront dailleurs pas ces tournures faussement neutres et les enfants nen saisiront aucunement la subtilit.

    2.5 Un chantillon modeste

    Nous pourrions poursuivre ainsi pendant des pages et des pages; ce que nous soulignons pour un volume est gnralement observable dans les autres et nous navons examin quune mince partie du matriel existant. Nous ne mentionnons ici que quelques exemples afin dillustrer la vraie nature du contenu supposment culturel du cours dCR. Ouvrir ces manuels quelle que page que ce soit des chapitres du volet culture religieuse donne les mmes rsultats.

    http://www.recitdp.qc.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=6:ethique-et-culture-religieuse&Itemid=4http://www.recitdp.qc.ca/index.php?option=com_content&view=article&id=441:centre-communautaire-islamique&catid=24:lieux-de-cultes-islamiques&Itemid=29http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/337603/charia-des-propos-qui-meritent-d-etre-denonceshttp://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/337603/charia-des-propos-qui-meritent-d-etre-denonceshttp://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-2/journal-debats/20111208/49427.html#_Toc311205436http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/39-2/journal-debats/20111208/49427.html#_Toc311205436

  • 26

    Vouloir prsenter des contenus de croyances religieuses de faon culturelle relve de la quadrature du cercle et est un leurre intellectuel. Ce cours na rien de diffrent des anciens cours denseignement religieux catholique et denseignement religieux protestant sur le plan de la transmission de croyances religieuses. Le programme CR a tout simplement augment le contenu religieux en ajoutant, ces deux religions, les lments confessionnels du judasme, de lislam, des religions orientales et des croyances autochtones. Dun enseignement confessionnel, nous sommes passs un enseignement multiconfessionnel.

    Alors que lancien enseignement confessionnel tait optionnel, le nouveau est obligatoire pour tous et est dispens tout aussi bien ceux qui ne veulent pas de transmission religieuse.

    3. Ressources externes

    Le groupe de recherche de lUniversit Laval Enseigner lCR, qui offre du matriel et des activits de soutien lenseignement dCR, propose entre autres une fiche et une vido portant sur le chemin de croix du Sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap, documents produits par le sanctuaire lui-mme. Le contenu de ce chemin de croix, qui se termine par le Christ ressuscit , est purement doctrinal et na rien dhistorique.

    Il y a pire. Le site internet de Carrefour ducation - un service de soutien qui, selon ce quon peut y lire, est une cration du ministre de l'ducation, de l'Enseignement suprieur et de la Recherche - prsente un guide thmatique intitul Le cours d'thique et de culture religieuse dmystifi suggrant les activits suivantes :

    Visiter des lieux de culte Rencontrer des croyants

    Rciter et inventer des prires

    Lire des extraits des livres de rfrence (Bible, Coran...) et s'en inspirer pour rdiger

    d'autres histoires

    Vivre une journe en respectant les principes cls de chaque religion (ex. : amour de

    son prochain, partage...)

    Organiser une vritable clbration religieuse en classe la manire de chacune des

    religions

    Apprendre mditer et dvelopper sa spiritualit

    Pourtant, on peut lire dans lintroduction de ce guide :

    dmystifiez les objectifs et la philosophie de ce cours sans avoir besoin de recourir la prire ou d'invoquer les dieux de toutes les religions [] Le programme se veut tre une ouverture aux religions afin de mieux vivre ensemble. Il ny a donc pas de propagation de la foi ni dvanglisation

    Non seulement demande-t-on llve de recourir la prire, dinvoquer les dieux de toutes les religions et de dvelopper sa spiritualit , mais on lamne

    http://www.enseigner-ecr.org/http://www.enseigner-ecr.org/ressources/themes/expressions-du-religieux-dans-l-environnement-du-jeune.aspxhttp://carrefour-education.qc.ca/guides_thematiques/le_cours_d%C3%A9thique_et_de_culture_religieuse_d%C3%A9mystifi%C3%A9

  • 27

    mme remplir le rle dun officiant religieux pour clbrer des crmonies religieuses en classe. Cette liste dactivits na rien de culturel; il sagit bel et bien de propagation de la foi et de proslytisme. Ajoutons, titre dexemple, que des musulmans proslytes proposent aux tudiantes universitaires de vivre une journe en portant un voile musulman afin de normaliser ce signe religieux; une telle activit pourrait rpondre lobjectif vivre une journe en respectant les principes cls de chaque religion vis par le programme.

    Les contradictions de ce guide endoss par le ministre de lducation et directement inspir des objectifs et des contenus du programme CR sont symptomatiques de la confusion dans les concepts la base du cours, confusion qui continuent de nourrir les dfenseurs de ce programme.

    4. Posture et formation des enseignants

    Voici la posture attendu des enseignants selon le programme CR :

    Pour favoriser chez les lves une rflexion sur des questions thiques ou une comprhension du phnomne religieux, lenseignant fait preuve dun jugement professionnel empreint dobjectivit et dimpartialit. Ainsi, pour ne pas influencer les lves dans llaboration de leur point de vue, il sabstient de donner le sien. []

    Tout au long de lapprentissage, lenseignant aide les lves passer de la simple expression dopinions la clarification de points de vue et leur analyse afin den valuer la pertinence et la cohrence. Ainsi, il permet le dveloppement dun sens critique qui aide les lves comprendre que toutes les opinions nont

    pas la mme valeur. (Programme, p. 25)

    Laffirmation leffet que toutes les opinions nont pas la mme valeur est bien fonde mais il faut souligner ici que cet objectif porte sur la simple opinion et non sur le jugement moral. Soutenir, par exemple, que lhomosexualit devrait tre rprime parce quelle est un pch est un jugement moral sans faille si lon accepte le postulat religieux. Si lhomophobie est combattre, ce nest pas parce quelle repose sur une faille rationnelle mais parce quelle heurte les postulats humanistes.

    Par ailleurs, comment lenseignant sy prendra-t-il pour dvelopper le sens critique sil ne doit pas influencer llve? La dmarche qui consiste faire progresser le jugement de lenfant par confrontation avec dautres opinions ou avec les consquences dun point de vue a du sens en thique mais est inapplicable des contenus religieux. Comment dvelopper le jugement critique face des croyances qui relvent de la foi? Le contenu du volet culture religieuse est tout simplement inappropri une telle dmarche.

    La revue CRAN, publie par lAQCR, prsente une entrevue avec une enseignante du primaire, Mme Claudia Cantin, dans son numro du printemps 2009. En voici un extrait (p. 8) :

    CRan : Outre le dialogue, y a-t-il dautres difficults rencontres?

    http://www.aqecr.com/wp-content/uploads/2010/02/ECRan_Vol1_no3.pdf

  • 28

    Mme Cantin : La posture professionnelle exige par le programme est une autre

    difficult. Jai souvent limpression que je dois me reprendre ou me corriger. Le

    Petit Jsus a quelques fois tendance vouloir prendre le dessus dans mon

    discours et ce sont souvent les lves qui mamnent dans ce pige. Il est aussi

    difficile de ne pas faire de morale avec les lments de contenu en thique.

    Souvent, les thmes sy prtent bien. Par contre, je sais quand je ne suis plus dans

    mes souliers CR et que je glisse dans une mauvaise direction. Je tente

    toujours de revenir la bonne posture. Quelques fois avec facilit, mais souvent

    avec difficult.

    CRan : Avez-vous limpression que cest la mme chose pour vos collgues?

    Mme Cantin : Je ne suis vraiment pas certaine que cest la mme chose pour eux.

    Pour certains enseignants, jai limpression que CR est une corve parce quils

    ne sont pas bien avec la posture professionnelle exige et ne savent pas o et

    comment sarrter. Ils regardent aussi le contenu de formation et ne se sentent pas

    laise. []

    CRan : Y a-t-il eu des problmes majeurs lis limplantation du programme

    dans votre cole?

    Mme Cantin : Au dbut de lanne, jai vcu une situation assez difficile. Des

    parents ont dcid de retirer leur enfant de ma classe lors du cours CR. La

    situation semblait surraliste parce que la maman de lenfant ma fait parvenir

    moi, personnellement, une lettre minformant de ses convictions ainsi quune

    lettre davocat en copie conforme la direction de mon cole.

    Malgr son attitude positive lgard du cours, cette enseignante ne peut cacher que son enthousiasme nest vraiment pas partag par tous et que la drive croyante guette sans cesse les enseignants.

    Des enseignants de deux coles primaires (Commission scolaire des navigateurs et Commission scolaire de Montral) nous ont affirm navoir aucun autre document que la version web du programme CR accessible sur le site du MELS et se limitant aux grands thmes du cours. Donc, aucun manuel ni aucun cahier. Ce qui signifie quils dispensent ce programme quand et comme bon leur semble. Ils affirment dailleurs naccorder de temps quau volet thique, sauf lors de grandes ftes.

    Les rticences des enseignants face ce cours et leurs stratgies dvitement sont les mmes que celles observes du temps de lenseignement religieux confessionnel.

    4.1 Formation continue

    LAssociation qubcoise en thique et culture religieuse (AQCR) offre des activits de mise jour aux enseignants dCR notamment par le congrs annuel. Nous avons jet un coup dil sur le contenu de celui de novembre 2014.

    Le titre de ce congrs, Quand le religieux sexprime (affiche en annexe 4), est problmatique en ce quil ne porte que sur le volet religieux dCR. Il est

    http://www.aqecr.com/http://jpfc.aqecr.com/attachments/session_doc_7.pdfhttp://jpfc.aqecr.com/attachments/session_doc_7.pdf

  • 29

    galement rvlateur dune orientation particulire pouvant dcouler dune posture intellectuelle prise par les enseignants : en effet, ce titre nannonce pas un regard sur le fait religieux mais une activit dexpression du religieux.

    Sur les 21 ateliers et activits offerts aux participants, 12 traitaient exclusivement de contenus religieux (dont une visite au Muse des religions) alors que seulement deux taient consacrs exclusivement au volet thique (deux autres portaient sur la pdagogie et quatre traitaient de thmes relis aux deux volets).

    5. Tmoignages de parents et dlves

    De plus en plus de parents se plaignent de lendoctrinement religieux dont leurs enfants font les frais dans le cours CR. Voici des extraits de quelques tmoignages.

    Lettre dun pre de Montral reue lAssociation humaniste du Qubec (23 novembre 2014, Annexe 5) :

    Je suis pris au dpourvu face au cours de ECR que ma fille de 6 ans doit

    maintenant suivre lcole. []

    Nous avons reu des instructions de son professeur de 1re anne. Je navais

    jamais abord ces sujets (rituel, baptme) avec une telle prcision. [] Que toutes

    ces religions voient leurs rituels couverts avec cette sorte de dtail, tout en

    minimisant/ignorant/rduisant le rle ou la contribution des non-croyants qui

    nont pas de tels rituels me dgoute profondment.

    Ce qui me gne particulirement cest que jai limpression que je dois faire une

    contre-ducation par rapport tout cela. Ou en remettre pour corriger le tir. Je ne

    suis pas satisfait de ce qui est montr ici. Ils doivent dcrire, dessiner ces rituels.

    Et je suppose que ce nest que le dbut. Cest pris compltement dans un contexte

    pur, o jassume quil nest mentionn nulle part le rle des religions dans les

    inconvnients, les ingalits, les mensonges, les atrocits et les injustices qui ont

    flagell tout le monde depuis laube des temps. Jusqu rcemment on parlait de

    ce quon parlait et cest tout.

    Maintenant, il faudrait que jenseigne pour combler tous les oublis de ce cours,

    ou pour dbarrasser la poutine du portrait? Je ne suis pas historien ou philosophe !

    Je nai pas la formation ou le temps de contrer tout ce qui se dit dans ce cours

    pour apporter un correctif.

    Le cas dune cole de la Commission scolaire des samares, o un pre estime que lenseignement des croyances musulmanes son fils brime sa libert de religion, a fait les manchettes des mdias. Voici le tmoignage quune proche de ce pre publi sur la page Facebook du pre :

    Prsentement il vie avec sa conjointe des heures d'angoisse terriblement

    intenses! Il a peur , entre autres , que cela ne se retourne contre ses enfants. Mme

    qu'il m'a fait part (dans la confidence) que 2 de ses enfants ont t pris partie par

    des enfants musulmans , insultes - tiraillage- coups physiques ports etc. Rien de

    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2015/04/20150403-131319.htmlhttps://www.facebook.com/pages/En-soutien-%C3%A0-Mr-Jacques-Maurice-un-papa-inquiet/469847759834095?fref=ts

  • 30

    bien grave m'avoue-t-il mais tout de mme ,assez pour qu'il s'en inquite de plus

    en plus.

    Une mre dlve de lcole Hlne-Boull de la Commission scolaire de Montral (correspondance reue au Mouvement laque qubcois, 9 avril 2015, Annexe 6) :

    Un cours sur lthique? Gnial. Mais sur la culture religieuse, non merci. Le sujet de la religion est complexe et je ne crois pas quun enfant de 6 ans soit en mesure

    dinterprter toute cette connaissance. Mon enfant ma dit au dbut de la premire anne, aprs un cours dthique et culture

    religieuse Quon tait oblig de croire en Dieu. La fume me sortait par les oreilles. Il a manqu un bout, tait distrait, peu importe, cest la conclusion laquelle il est arriv aprs ce cours

    Je suis athe et humaniste. Aborde-t-on lathisme dans ce cours? Parle-t-on du choix de ne pas avoir de religion et de ne pas croire en Dieu? Apparemment, non. Ce cours doit tre limin. Cest mon droit en tant que citoyenne et parent dexiger quil le soit.

    Tmoignages de parents et dlves recueillis par Andra Richard4 :

    JPM, pre dun lve de 12 ans lcole Vision, une cole prive non confessionnelle de Saint-Augustin-de-Desmaures qui dispense le cours CR tel que prescrit par le Rgime pdagogique :

    On vhicule des affirmations sans fondements qui n'ont aucun intrt pour ces jeunes enfants. [] Cette anne, [mon fils] apprend le Djihad, c'est dire la guerre sainte que pratiquent les musulmans. Il me dit qu'il est trs angoiss chaque fois qu'il est question de cela car, il se rend compte que la ralit de l'actualit est trs grave. Il nous demande de nous abstenir d'aborder ces sujets la maison devant lui et de couper les radios et TV quand le sujet des musulmans est d'actualit. Il en fait trop d'angoisse.

    [Mon fils] a reu un enseignement sur les religions qui sont fait par de jeunes

    maitres biens sympathiques mais totalement inconscients de ce que reprsente la

    port des symboles transmis de jeunes cerveaux.

    On vhicule des affirmations sans fondements qui n'ont aucun intrt pour ces

    jeunes enfants. Quand on parle de Marie et de Joseph et que le soir votre enfant

    qui tait peut-tre distrait lors du cours mais qui vous affirme que Marie n'a pas eu

    d'enfant et que c'est Joseph qui tait enceinte. On sent bien que les ides

    vhicules non aucun bon sens. [] J'eu prfr qu'il passt du temps apprendre

    compter plutt qu' perdre son temps avec ces balivernes.

    Trois autres parents de lcole primaire Saint-Eugne, Commission scolaire Chemin du Roy Trois-Rivires, dsirant garder lanonymat et partageant les mmes opinions :

    - Les professeurs, parfois un prof dducation physique, ne sont pas forms pour

    ce cours.

    4 Auteure et membre de lAssociation humaniste du Qubec.

  • 31

    - Nous ne savons pas ce que les professeurs enseignent nos enfants, nous

    n'avons pas les manuels, et au primaire les devoirs sont fait lcole.

    - Le peu que nos enfants nous disent, nous constatons quils sont mls, confus

    dans leurs propos, et nous pensons quon leur enseigne des conneries.

    - Nous aimerions mieux quon leur donne un autre cours que les religions.

    Tmoignages des enfants de ces parents :

    Y.: La semaine dernire le prof nous a parl de Pques, je ne comprenais pas la

    rsurrection, il nous a dit que cela voulait dire que Jsus a ressuscit dans un uf de

    Pques. Le professeur fait souvent des farces sur Jsus. Nos parents disent quils nous apprennent des niaiseries. Ma mre aimerait quils

    nous donnent pas ce cours. Je peux pas vous en parler plus, cest trop compliqu, je ne retiens pas ce quil nous

    enseigne. Je naime pas ce cours. Jaimerais mieux quon donne plus de temps pour

    les arts plastiques.

    O.: Cette semaine le prof nous a expliqu le mariage, il a dit quon met lanneau dans le

    doigt annulaire, parce que de l passe un nerf qui va jusquau cur; et quaujourdhui

    il y a beaucoup de divorces. On ne sait pas ce qui est vrai ou ce qui est pas vrai. On na pas de devoirs faire. Pour le reste je me souviens pu.

    K. : Lorsque cest lheure du cours, on pousse tous un grand soupir, parce que personne

    aime ce cours. Le prof aime mieux nous faire lire, il naime pas trop parler, alors on fait de la

    lecture, on n'a pas de devoirs faire, pi moi je me souviens pas bien de tout ca, parce

    que je me sens mle! Il y en a trop de religions apprendre, on peut ne pas retenir

    tout ca. Ce serait excitant si on avait la place, de la musique ou apprendre a faire la

    cuisine.

    6. Solutions

    6.1 Une voie viter : lexemption

    Bien que nous estimons que la situation actuelle ne constitue en rien une amlioration par rapport la priode de lenseignement confessionnel et que sous certains aspects elle est mme pire, il nous apparat impensable de revenir linique procdure dexemption, ou doption, inapplicable entre enseignement religieux dit culturel et thique.

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    En matire dthique et de valeurs, nous privilgions un cours commun tous les lves et toutes les coles, tant publiques que prives.

    6.2 Mettre fin au financement des coles confessionnelles

    Un enseignement religieux culturel gomtrie variable adapt aux diverses coles prives confessionnelles afin de rpondre au jugement de la Cour suprme concernant le collge Loyola est aussi carter. Cela ne ferait que drainer davantage dlves vers ces coles et accentuer le dveloppement communautariste de la socit en ghettos religieux.

    Dans le sondage CROP/Second regard cit plus haut, 64% des rpondants se disent contre le financement des coles prives confessionnelles.

    6.3 Retrait du volet culture religieuse

    Nous croyons par ailleurs quil ne servirait rien de saupoudrer ici et l quelques informations sur la non croyance pour rtablir lacceptabilit de ce cours. Cette voie ne ferait que maintenir lendoctrinement religieux en plus de crer du mcontentement chez les croyants et sans vritablement rtablir le droit lgalit pour tous.

    En rsum :

    - parce que le cours CR na t demand par personne en dehors du lobby confessionnaliste;

    - parce que lenseignement du fait religieux ne peut viter de transmettre des croyances religieuses et faire la promotion dune appartenance religieuse;

    - parce que ce cours est en dcalage profond davec la ralit socioreligieuse du Qubec;

    - parce que ce cours brime la libert de religion des croyants ainsi que la libert de conscience et le droit lgalit des non-croyants;

    - parce que ltat na pas promouvoir lappartenance ni lidentit religieuses;

    - parce que lcole publique doit tre laque;

    - parce que lcole publique doit miser sur les valeurs communes;

    - parce quil importe de contrer lintgrisme religieux menant la violence;

    la seule avenue cohrente et socialement dfendable est le retrait du volet culture religieuse de lactuel cours CR.

    Linformation sur lhistoire des religions peut faire partie du cours dhistoire. Une approche culturelle du fait religieux pourrait la rigueur tre offerte en option en secondaire 5 dans la mesure o les lves auront t bien quips intellectuellement pour analyser rationnellement le discours religieux prsent.

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    6.4 Pour une thique humaniste et engage

    En principe, le volet thique nous semble par ailleurs maintenir mais avec de profonds changements de cap.

    Reprenons une citation de Georges Leroux prsente plus haut et rvlatrice de lorientation du volet :

    le programme [CR] est neutre eu gard [] aux positions morales : il ne

    prsente aucune doctrine et ne favorise aucun positionnement moral particulier.

    Cette position relativiste, fonde sur lide que toutes les positions morales sont gales et acceptables, est prcisment ce quil importe dviter en thique. Lthique humaniste prsidant la notion des droits fondamentaux ne tombe pas du ciel et ne coule pas de source. Il faut savoir la nommer et savoir la situer dans lhistoire. Il faut aussi savoir condamner ce qui va lencontre de cette thique.

    Lancien cours de Formation morale, qui tait autonome et indpendant de toute conception religieuse de la morale, pourrait tre mis contribution pour llaboration dun cours en thique humaniste. Pour toffer ce volet et viter que la formation se fasse vide, il serait peut-tre opportun de revenir plusieurs des contenus de lancien programme de Formation personnelle et sociale (Relations interpersonnelles, ducation la sant, ducation la sexualit, ducation la consommation, ducation la vie en socit). Cette mise jour rpondrait par ailleurs la demande des parents dsirant rintroduire lducation sexuelle lcole.

    Dvelopper lesprit critique

    Lcole ne peut enseigner une chose et son contraire, cest--dire prtendre former la pense critique et propager des croyances religieuses qui sont lantithse de la pense critique. Le retrait du volet culture religieuse et le dveloppement du volet thique sont insuffisants en soi pour assurer la formation de la pense critique.

    Nous croyons que le recours au procd dj prouv de la philosophie pour enfants serait un outil pertinent pour atteindre cet objectif. Un rapport dvaluation5 dune exprience ralise dans des coles de la rive-sud de Montral montre quelle donne des rsultats encourageants notamment concernant la prvention de la violence. Selon la conclusion des auteurs :

    Notre tude atteste que la frquentation de la philosophie pour enfants telle que

    propose par La Traverse dans loptique de la prvention de la violence a eu

    beaucoup plus dimpact que peut en avoir le milieu socio-conomique sur

    laptitude au raisonnement moral et sur la dtection de la violence.

    Le projet pilote actuellement en cours dexprimentation dans trois coles secondaires de lOntario, projet soutenu par le ministre de lducation dOntario

    5 Serge Robert et al.; RAPPORT DE RECHERCHE SUR LVALUATION DES EFFETS DU PROGRAMME DE

    PRVENTION DE LA VIOLENCE ET PHILOSOPHIE POUR ENFANTS SUR LE DVELOPPEMENT DU RAISONNEMENT MORAL ET LA PRVENTION DE LA VIOLENCE LA COMMISSION SCOLAIRE MARIE-VICTORIN,

    2009. http://www.latraversee.qc.ca/images/document/Rap_recherche_raisonnement_moral1.pdf

    http://www.latraversee.qc.ca/images/document/Rap_recherche_raisonnement_moral1.pdf

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    et dvelopp en collaboration avec lUniversit de Toronto, pourrait lui aussi servir dexemple pour rehausser le jugement critique des lves (Annexe 7).

    Ces outils seraient toutefois insuffisants pour assurer une thique digne de ce nom puisquils ne visent qu assurer un raisonnement logique. Llve pourrait ainsi logiquement soutenir un raisonnement raciste, sexiste ou crationniste, ce qui, dans le cadre actuel du relativisme social sur lequel le cours CR est construit, reprsenterait une atteinte des objectifs.

    La pense critique doit donc prendre appui la fois sur une thique humaniste et sur de bonnes connaissances scientifiques. Nous croyons donc que la combinaison des quatre composantes que sont la formation personnelle, lthique, les connaissances scientifiques et la pense critique sont essentielles pour atteindre les objectifs dune formation scolaire de qualit.