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Text of Aphrodite   D©los.pdf

  • Publi dans la REG 119 (2006/1), p. 83-113. [p. 83]

    Ccile DURVYE

    APHRODITE DLOS : CULTE PRIV ET PUBLIC

    LPOQUE HELLNISTIQUE

    RSUM. Cette communication, prononce le 5 dcembre 2005 lors dune sance de lAssociation des tudes grecques, a pour objet de proposer une synthse de nos connaissances sur le culte dAphrodite Dlos lpoque hellnistique. Ce culte revt trois formes principales. Un culte public donnant lieu des ftes, les Aphrodisia, est pratiqu pendant toute la priode de lIndpendance dlienne (314-167 av. J.-C). Paralllement, un culte prsentant de forts caractres familiaux est fond la fin du IVe sicle par un Dlien nomm Stsilos ; pendant lIndpendance, les descendants du fondateur continuent intervenir dans ce culte localis dans un sanctuaire construit par Stsilos. lpoque de la domination athnienne, on ne sait si le culte public persiste ; le sanctuaire de Stsilos en revanche connat une frquentation accrue, mais son public sest modifi. ABSTRACT. This paper was presented the 5th December 2005 at the Association des Etudes grecques. Its purpose is to offer a synthesis of our knowledge concerning the cult of Aphrodite at Delos during the Hellenistic times. This cult has three main forms. A public cult including festivals, the Aphrodisia, is practised during all Delos Independence (314-167 BC). Another cult characterized by a strong familial dimension is created at the end of the 4th century by a Delian named Stesileos who founded a sanctuary ; during the time of Delos Independence, the founders descendants maintain the cult. We dont know if the public cult survives in the period of the Athenian domination, but the sanctuary of Stesileos develops and welcomes numerous and quite different worshippers.

    Dans ses Recherches sur les cultes de Dlos lpoque hellnistique et lpoque impriale, Philippe Bruneau a rassembl les [p. 84] documents disponibles sur le culte dAphrodite Dlos1 pour dresser un tableau de ce culte qui forme un volet de sa prsentation gnrale des cultes pratiqus Dlos. la lumire des rcentes dcouvertes2 et dune recherche spcifiquement consacre Aphrodite, jessaierai ici danalyser diffrentes pratiques cultuelles adresses Aphrodite Dlos, soit lchelle de la cit, soit une chelle plus rduite.

    Un culte public est rendu la desse ds le dbut de lpoque hellnistique ; paralllement ce culte officiel apparat lpoque de lIndpendance (cest--dire au dbut de lpoque hellnistique, puisque Dlos recouvre son indpendance en 314) un culte fond titre priv par un Dlien nomm Stsilos. En 167, Rome livre Dlos Athnes et la population dlienne est expulse de lle ; le culte fond par Stsilos change alors de statut.

    1 Ph. Bruneau, Recherches sur les cultes de Dlos lpoque hellnistique et lpoque impriale, BEFAR 217 (1970), p. 331-348, abrg dsormais en CDH. 2 Ltude et la fouille de lAphrodision, commences en 1912 par P. Roussel (Dlos colonie athnienne, BEFAR 111 [1916, deuxime dition augmente de complments bibliographiques 1987], cit dsormais DCA, p. 240-242) et poursuivies en 1946 par H. Gallet de Santerre et J. Trheux (BCH 71-72 [1947-48], p. 411-412) puis en 1957-1958 par Fr. Salviat (BCH 82 [1958], p. 821), ont t reprises en 2005.

  • I. PRATIQUE PUBLIQUE

    LAphrodite de Thse

    LHymne Dlos de Callimaque, rdig au dbut du IIIe sicle, fait concider avec le passage de Thse Dlos linstallation dans lle dune statue dAphrodite : la tradition littraire, dont Callimaque est le plus ancien reprsentant, affirme unanimement que Thse, aprs avoir abandonn Ariane Naxos, sest arrt Dlos et y a dpos une statue dAphrodite. Le texte de Callimaque est le suivant (Hymne Dlos, v. 307-309) :

    D tte ka stefnoisi barnetai rn galma Kpridoj rcahj rikoon, n pote Qhsej esato sn padessin te Krthqen nplei.

    On pourrait le traduire ainsi : Cest alors que lon charge de couronnes lillustre statue sacre de

    lantique Cypris, que dposa Thse en revenant de Crte avec les jeunes gens . Le texte apporte deux lments concernant une clbration dAphrodite [p. 85] qui remonterait aux poques lgendaires : il indique la prsence Dlos dun galma ancien et vnrable venu de Crte et voque une fte lors de laquelle la statue est couronne. Les vers qui suivent immdiatement ce passage lient la clbration dAphrodite la granos, une danse mene pour la premire fois par Thse et ses compagnons autour dun autel3. Malgr lambigut du texte, il a t clairement dmontr que cet autel tait celui dApollon4 et que la granos nest pas une manifestation destine Aphrodite. Il faut toutefois noter que la clbration des deux rites, couronnement dAphrodite et danse de la granos, est prsente par Callimaque comme concomitante et de mme origine ; le fait nest pas ngligeable, la danse de la granos tant lun des rituels dliens les plus anciens et les plus sacrs.

    La statue dAphrodite apporte de Crte par Thse est voque par deux autres tmoignages littraires plus tardifs, un passage de Plutarque5 et un autre de Pausanias. Le texte de Plutarque prsente une analogie frappante avec le passage de Callimaque.

    'Ek d tj Krthj poplwn ej Dlon katsce, ka t qe qsaj ka naqej t

    'Afrodsion par tj 'Aridnhj laben, creuse met tn iqwn corean n ti nn pitelen Dhlouj lgousi...

    Revenant de Crte, (Thse) aborda Dlos, et, aprs avoir sacrifi au dieu et consacr la statue

    dAphrodite quil avait reue dAriane, il excuta avec les jeunes gens un chur de danse que lon dit tre encore en usage aujourdhui chez les Dliens

    La figure dAriane napparaissait pas chez Callimaque6 et Plutarque ne mentionne pas le couronnement

    de la statue. ces deux lment prs, la tradition est visiblement la mme que dans le texte prcdent : on y retrouve le retour de Crte, le dpt de la statue et la danse. La similitude entre les deux textes est trs grande, aussi bien par lordre des faits rapports (dpt de la statue, puis danse) que par les lments en prsence (mention de la Crte, du voyage par mer, prsence des compagnons de Thse). De lgres diffrences de vocabulaire sont notables : l o Callimaque voque un galma Kpridoj, Plutarque cite un [p. 86] 'Afrodsion ; lun parle de padessin, lautre diqwn, rcsanto rpond creuse, le coro devient corean. Il me semble que ces diffrences, sur une tradition si proche, peuvent ntre pas le fruit du hasard : je considrerais volontiers que Plutarque cherche par ces variations systmatiques se dmarquer de Callimaque.

    3 Sur la granos, voir entre autre Ph. Bruneau, CDH, p. 29-32 ; Deliaca (VII), 54 : Toujours la granos , BCH 112 (1988), p. 575-577. 4 Ph. Bruneau, CDH, p. 23. 5 Vie de Thse, 21, 1. 6 Sur les rapports entre Thse, Ariane et Aphrodite, cf. V. Pirenne-Delforge, LAphrodite grecque, Kernos Suppl. 4 (1994), p. 166 et 349-350. Sur une possible assimilation dAriane et Aphrodite Dlos, cf. H. Gallet de Santerre, Dlos primitive et archaque, BEFAR 192 (1958), p. 153-154.

  • Le troisime texte citant la statue crtoise dAphrodite est un passage de Pausanias qui, dans son livre sur la Botie, dresse une liste des uvres de Ddale7.

    Ka Dhloij 'Afrodthj stn o mga xanon, lelumasmnon tn dexin cera p to

    crnou kteisi d nt podn j tetrgwnon scma. Peqomai toto 'Aridnhn laben par Daidlou, ka nka koloqhse t Qhse, t galma pekomzeto okoqen faireqnta d atj tn Qhsa otw fasn o Dlioi t xanon tj qeo naqenai t 'Apllwni t DhlJ.

    Il y a aussi chez les Dliens un petit xoanon dAphrodite, abm la main droite par le temps ; il

    sachve, la place de jambes, en forme de paralllpipde8. Je crois que cest celui-ci quAriane reut de Ddale, et que lorsquelle accompagna Thse, elle emporta la statue de chez elle. Lorsque Thse labandonna, selon les Dliens, il consacra le xoanon de la desse Apollon Dlien .

    La tradition rapporte ici diffre un peu de la prcdente : le thme de la conscration de la statue est

    isol et dvelopp. Deux lments nouveaux sont apports. Le premier est une description de la statue : le terme xoanon dsigne chez Pausanias une statue ancienne, probablement en bois9 et concorde donc avec la formule employe par Callimaque. Il sagit apparemment dune reprsentation partiellement figurative puisquelle a des mains, mais se termine en pilier10. Le deuxime lment nouveau est lattribution de la statue Ddale.

    La seule certitude quapportent les tmoignages littraires est celle de la prsence dans le sanctuaire dApollon, entre lpoque de Callimaque et celle de Pausanias, dune statue dAphrodite [p. 87] considre comme ancienne et dorigine crtoise. Le passage de Thse Dlos est traditionnellement considr comme fondateur dun certain nombre de rites spcifiques, en particulier la danse de la granos, dont ltranget semble attester larchasme, mme si nous nen avons que des tmoignages rcents. La statue dAphrodite est lie ces rites puisque, dans deux des tmoignages qui la mentionnent, elle apparat juste avant la danse de la granos ; mais elle nen est quun lment trs secondaire, et nest mme pas cite dans la plupart des textes qui parlent de la granos, de lautel de cornes, des jeux et des concours institus par Thse11. Le rle de la statue nest pas assur. Le don du xoanon dAphrodite napparat pas ncessairement comme la fondation dun nouveau culte, mais simplement comme une offrande Apollon : Plutarque et Pausanias emploient le verbe naqenai, Callimaque le terme plus neutre de esato. Lhypothse dun culte li cette statue ne repose que sur le texte de Callimaque, qui en rapporte le couronnement annuel. Aucun des textes ne donne dindication sur le contexte matriel de linstallation de la statue Dlos ; il semble toutefois probable quelle ait t dpose dans le sanctuaire dApollon, puisquelle lui est consacre.

    Le culte public En dehors du domaine lgendaire dont relvent ces textes, nous navons aucune mention littraire de

    la statue dAphrodite. Toutefois la prsence de la desse dans le sanctuaire dApollon est atteste par un certain nombre dinscriptions, en particul