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Campagnes Solidaires 301

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Le numéro 301 (décembre 2014) de Campagnes Solidaires en lecture complète.

Text of Campagnes Solidaires 301

  • Mensuel de la Confdration paysanneCampagnes solidaires

    N 301 dcembre 2014 5,50 ISSN 945863

    Pho

    to :

    Geo

    rges

    Bar

    toli

    Relocalisation

    Penserglobal,

    mangerlocal !

    1000 vaches Un appel pour tre - cette fois - entendusGrands projets inutiles Sivens vu du Larzac

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  • 2 \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 Les textes publis dans Campagnes solidaires peuvent tre reproduits avec indication dorigine lexception de ceuxde la rubrique Point de vue qui sont de la responsabilit de leurs auteurs et pour lesquels un accord pralableest requis. Campagnes solidaires est imprim sur du papier recycl

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    plo

    mb

    s

    Vie syndicale

    Actualit

    Procs de lindustrialisation de lagriculture

    Les bonnes questions

    Un appel pour tre - cette fois - entendus

    Grandes cultures

    Une campagne en demi-teinte

    Industrialisation de lagriculture

    Un nouveau monstre en Touraine

    Grands projets inutiles Sivens vu du Larzac

    Points de vue

    Jos Bov Des nanos pour le Tafta ?

    Agriculture paysanne

    Vende Une installation individuelle,

    mais pas sans les autres !

    Rhne Ctait viable !

    Internationales

    Colombie Limpossible commerce quitable

    Envie de paysans !

    Franche-Comt Envie de sols vivants !

    Pays Basque Lurrama, la ferme Pays

    Basque est paysanne

    Alsace Une visite de ferme qui donne envie !

    Culture

    Pour une mort digne des animaux

    Annonces

    Le salon de lenfumage

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    Sommaire

    Partout, les paysans de la Conf sont mobiliss FACE la drive de lagriculturevers un systme sans paysan, vou lexportation et LA production dune ali-mentation standardise.Ces combats, nous les menons avec vous, et pour vous. Lagriculture nous concernetous, car cest de notre alimentation quil sagit ! Nous nous battons, ensemble,malgr la RPRESSION contre un modle, mais surtout pour un projet : lagri-culture paysanne, garante de cration demplois agricoles, de territoires vivants,dun environnement respect, dune alimentation de qualit.Ce projet nest pas celui de la comptitivit tout prix, devenue le seul mot dordrede nos gouvernants, cest celui du vivre ensemble, du vivre bien, de LA SOLIDARIT.Pour cela, nous avons aussi besoin de votre soutien financier.

    Dossier

    Penser global, manger (autant que possible) local !

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  • Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / 3

    Mensuel dit par : lassociation Mdia Pays104, rue Robespierre 93170 BagnoletTl. : 0143628282 fax : [email protected]

    www.confederationpaysanne.fr

    www.facebook.com/confederationpaysanne

    Twitter : @ConfPaysanne

    Abonnements : [email protected]

    Directeur de la publication :Laurent Pinatel

    Directeur de la rdaction :Christian Boisgontier

    Rdaction : Benot Ducasse et Sophie Chapelle

    Rdaction, secrtariat de rdaction : Benot Ducasse

    Maquette : Fascicule

    Dessins : Samson

    Diffusion : Anne Burth et Jean-Pierre Edin

    Comit de publication :Jo Bourgeais, Michel Curade, Vronique Daniel, Florine Hamelin,Jean-Claude Moreau, Josie Riffaud,Genevive Savigny, Vronique Lon

    Impression : Chevillon26, boulevard KennedyBP 136 89101 Sens Cedex

    CPPAP n 1116 G 88580

    N 301 dcembre 2014

    Dpt lgal : parution

    Bouclage : 27 novembre 2014

    Josian Palach,

    paysan dans le Tarn-et-Garonne,

    secrtaire national

    DDurant cette anne 2014, la Confdration paysanne a crois le fer avec lagricultureindustrielle applique aux ruminants, travers les actions menes contre lusinedes 1 000 vaches, dans la Somme. Ce modle, dj trs prsent pour llevagedes monogastriques (porcs, volailles), ne doit pas sappliquer aux animaux capablesde valoriser la matire premire la moins onreuse quest lherbe.Cest la Conf qui dnonce les drives de lvolution de lagriculture durantces cinquante dernires annes, drives encourages par lutilisation dnergies fossilesjusque-l abondantes et peu onreuses. Ce combat est cohrent et en lien direct aveccelui contre les OGM ou les drives du commerce international. Le rchauffementclimatique, la dgradation de la qualit de leau et de lair sont autant de sujetssur lesquels lagriculture industrielle agit aussi ngativement.

    Cest nous, paysans, de nous lever, de nous faire entendre par les dcideurs aveclappui de nos concitoyens responsables, et de porter auprs de nos voisins un projetdagriculture paysanne qui respecte la nature, les hommes qui la faonnentet transmettent aux gnrations futures une plante viable.

    Pour se faire entendre, la Confdration paysanne doit utiliser des mthodespas toujours lgales, mais lgitimes. Ces actions ne peuvent se raliser que grce des militants motivs, sexposant dans notre organisation socitale une rpressionjudiciaire souvent svre.

    La force de notre syndicat est de compter dans ses rangs des claireurs de consciencequi travaillent et vivent de la terre. Nos messages peuvent ne pas tre compris de tousles actifs de la production agricole dans un environnement o le chacun pour soi tend se dvelopper. Mais les questions alimentaires et environnementales prennentde plus en plus dimportance dans la socit, et il est important que la Conf portele tmoignage, lanalyse et les propositions de ces acteurs la source que sontles paysans.

    Lindustrialisation de lagriculture doit tre combattue de tous les cts, aussi pardes mesures fiscales. Ces cinquante dernires annes, la fiscalit a t favorable linvestissement, base de lindustrialisation. Il est urgent dorienter la fiscaliten faveur de lemploi paysan. Cest possible, et la Confdration paysanne y travailleactuellement. En toute cohrence avec ses autres combats.

    On louvreLindustrialisation de lagriculturedoit tre combattue de tous les cts

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  • Vie syndicale

    4 \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Dans un communiqu de presse publi le 17 novembre, la Confdra-tion paysanne de Charente-Maritime exprime son opposition la miseen place, prs de Rochefort, dune nouvelle ferme-usine destine produire prs de dix mille tonnes de tomates par an grce la chaleurfournie par un super-incinrateur.Les porteurs du projet de serres sont trois associs : la socit Cham-bertin, dirige par le prsident dune des plus importantes entreprisesdu BTP de la rgion, un exploitant agricole producteur de noisettes sur40 hectares, et la socit hollandaise A + G Van Den Bosch, spcialisedans les tomates hors sol. Au total, 44 hectares de terres agricolesseraient acquis par Les Jardiniers charentais (si !) et 17 hectares, dansun premier temps, construits sous forme de serres de six mtres de haut.Pour la Confdration paysanne, les conditions de production vontengendrer non seulement des besoins en eau et en produits chimiques,

    mais aussi une qualit douteuse destine approvisionner les grandessurfaces des prix encore plus bas.Dans les emplois crs, combien le seront effectivement ? Dans quellesconditions de travail ? Que vont devenir les producteurs locaux ?Quel bilan nergtique peut-on en attendre ? Car, pour brler desordures mnagres riches en humidit, il faudra beaucoup dnergie fos-sile (gaz ou ptrole). Quelles consquences sur lenvironnement et lerchauffement climatique ?Dun ct, on strilise dfinitivement des terres agricoles grandscoups de barrages, daroports, de LGV et dun autre, on invente desprojets inutiles quon impose aux populations sans concertation, sanstudier correctement des solutions alternatives et pour le profit dequelques industriels avides de profit immdiat et de subventionspubliques, avec la complicit des pouvoirs publics.

    Des paysans japonais BagnoletDes paysans japonais BagnoletLe 13 novembre, une dlgation de paysans japonais, dlgus de la chambre nationale dagriculture en voyage dtude en Europe, ont t reusau sige de la Confdration paysanne par Marie-Nolle Orain, secrtaire gnrale et Emmanuel Aze, membre du comit national. Ils souhaitaientconnatre les positions de la Conf sur divers sujets, de la formation des prix et du revenu des paysans linstallation et la transmission des fermes.

    Manifestation en octobre contre le projet de super-incinrateur chillais, prs de Rochefort. Le projet est men par Vinci, la firme de BTP qui porte celuidaroport Notre-Dame-des-Landes Le projet dusine tomates est coupl celui du super-incinrateur.

    Contre une usine tomates en Charente-Maritime

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  • LArdche et lIsre agricoles hors-TaftaLe 21 novembre, linitiative de la Confdration paysanne, la chambredagriculture de lArdche a adopt, lunanimit, une motion deman-dant larrt des ngociations sur le Partenariat transatlantique de com-merce et dinvestissement (plus connu aujourdhui sous le nom-acro-nyme de Tafta) et louverture dun dbat parlementaire sur tout projetdaccord de ce type. Plus gnralement, la motion demande la trans-parence des ngociations pour tout projet daccord, avec lensemble

    des acteurs concerns (agriculture, services, industrie), le respect des rgles euro-pennes (sanitaires, traabilit, protection de lenvironnement, sociales), la reconnaissance rciproque et nonquivoque des rgles de protection des origines gographiques et des cahiers des charges de qualit, lquilibredans les volumes en jeu et la prise en compte des filires en place, le renforcement de lidentification des pro-duits (tiquetage, IPG, AOP) pour linformation des consommateursLe mme jour, la chambre de lIsre votait elle aussi lunanimit une motion similaire propose par la Conf-dration paysanne. Contact : [email protected]

    Le

    ru

    rale

    ur

    Le ruraleurBalaize ! La troisime rvolution agri-cole et alimentaire ne fait paspeur Xavier Beulin. Cest unpeu comme le mot politiqueclbre : Ces vnements-lnous dpassent, feignons dentre les organisateurs !

    Aprs avoir tap sur le gou-vernement qui distribue pro-bablement les nitrates lavole uniquement pour emb-ter le brave agriculteur quechacun est, aprs avoir ceteffet envoy des manifestantsdverser des lisiers ici et l (enfait, toujours sur des btimentspublics, comme si lennemitait le fonctionnaire de lad-ministration !), aprs avoir dis-tribu lappellation de dji-hadistes verts ceux quinont pas la mme notion dedveloppement durable quelui, voil donc le prsident deSofiprotol et nanmoins pr-sident de la Fnsea (casquettesles plus connues) en organisa-teur de la rvolution agricoleet alimentaire (1) : faire deschanges o tous les acteursconomiques de la chane ali-mentaire se retrouveraient .Et qui sont ces acteurs? Il sagitdes semenciers, producteurs,transformateurs, transporteurs,distributeurs, restaurateurs etconsommateurs .

    Je ne sais si la prsance don-ne aux semenciers est for-tuite ou indicative dune orien-tation qui ncarte pas lesOGM. Je ne sais ce quen pensele consommateur qui auraiteffectu une malencontreusedmarche la prfecture lejour de la dcharge de lisier. Jene sais ce quon dirait dans lesmdias de lOpen Agrifood si celui-ci stait produit enmme temps que la dchargede lisier prcdemment envi-sage. Je ne sais si Danone etLeclerc auront laudace de direquils prennent leur feuille deroute conomique lOpenagrifood. Je ne sais finalementpas grand-chose. Mais XavierBeulin sait, lui. Il sait trouver desfinances publiques pour fairela pub de Leclerc et Danonetout en badigeonnant les pr-fectures. Balaize, le mec !

    (1) cf. p. 20, Open Agrifood, Orlans,20 et 21 novembre 2014.

    25 novembre 2014

    Vie syndicale

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / 5

    En Picardie aussi, les paysans ont de lavenirOn est bien en Picardie,

    mais loin de lusine

    des 1 000 vaches. Et loin

    de la fatalit qui pourrait

    sembler sabattre sur la

    rgion et ses vastes

    plaines dsoles.

    Prenons Mlanie. Elle a

    remplac le 1er janvier

    de cette anne son beau-

    pre parti la retraite. Elle

    nest pas arrive seule aux cts de son mari : un autre couple sest install la mme date, diver-

    sifiant la ferme (lait avec transformation, crales, marachage). Un dpart pour trois arrives sur

    le mme site, a peut tre a aussi, la Picardie. Le documentaire pour Internet Les paysans ont de

    lavenir donne dautres exemples de paysans et acteurs ruraux qui portent dans leur rgion un

    autre modle que celui, mortifre, de lagriculture industrielle. Ce webdoc , comme on dit, clair,

    beau (oui, aussi) et pdagogique, est voir sur le site de la Confdration paysanne, ou directe-

    ment sur : lespaysansontdelavenir.fr

    Chane de solidarit pour les apiculteurs des PyrnesLes Pyrnes lArige et les Pyrnes-Orientales surtout ont t fortement touches par les mortalits dabeillescette anne. La commission apicole de la Confdration paysanne sassocie la Fdration franaise des apicul-teurs professionnels (FFAP) pour organiser une collecte dessaims sur cadres afin de reconstituer un cheptel dansles dpartements impacts.Est fait appel tous les apiculteurs pou-vant donner un ou plusieurs essaims detype Dadant, bio ou conventionnel.Cette chane de solidarit permettra, cesten tout cas lespoir et lobjectif, de sau-ver les exploitations les plus dcimes.Les essaims seront achemins finmars 2015 et nous devons organiser leschoses avant le 15 dcembre. Merci derpondre avant cette date.Contact : [email protected]

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  • cobrvesClimat :

    a bouge un peuAlors que le rapport des scien-tifiques du Giec (cf. CS n 300)annonce des lendemains quidchantent, les instances poli-tiques sagitent un peu la vuedu sommet mondial sur le cli-mat, fin 2015 Paris-Le Bour-get. Ainsi la France a adopt, enpremire lecture, la loi sur latransition nergtique pr-voyant de rduire de 40 % sesmissions de CO2 dici 2030.LUnion europenne a repris cetobjectif fin octobre, de mmeque celui de pourvoir cettechance 27 % de ses besoinspar les nergies renouvelables.Mais lUE ne reprsente que10 % des missions mondialesde gaz effet de serre. Les tats-Unis et la Chine qui a eux deuxreprsentent plus de 45 % desmissions de CO2 de la plante annoncent ce mois-ci une rduc-tion de leurs missions de 26 28 % dici 2025 pour les tats-Unis, la Chine sengageant, elle, rduire son pic dmissiondici 2030 . En attendant, lesChinois sont pris de prendredes masques ! Le sommet de2015 aura du mal atteindre desobjectifs que le Giec juge indis-pensables

    La manif contre toutAprs limpact mdiatique duprocs confdr contre lusinedes 1000 vaches, Amiens le28 octobre, la Fnsea-Ja voulaitreprendre la main. Ce quelle atent de faire le 5 novembre.Quoi de plus facile que de mobi-liser contre les rglementations,ladministration, les contrles, lesrgles environnementales etautres directives nitrates? Lepoujadisme est trs tendancedu temps qui court. a vite deposer les questions sur lagri-culture de demain. Alors, fumieret lisier volont, devant ou surles btiments administratifs,voire la permanence des colos,a dfoule. Par contre, craserdes ragondins qui nont pas prisla direction espre, comme asest pass Nantes, a faittche et cest mdiatique, maispas dans le sens recherch! Unemobilisation nationale beau-coup plus modeste quindique:la Fnsea annonce 36000 mani-festants, mais cest sans douteen considrant quun tracteurvaut dix manifestants. Nem-pche, Beulin va encore exer-cer son pouvoir de nuisanceauprs du gouvernement.

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    Actualit

    Procs de lindustrialisation de lagriculture

    Les bonnes questionsAprs le 28 octobre et le procs de neuf militants poursuivis suite deux actions syndicales surle site de la ferme des 1000 vaches, dans la Somme, o en sommes-nous des relations de plusen plus troites entre la Confdration paysanne et la Justice ?

    6 \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Le 28 octobre, lorsque le tri-bunal correctionnel dAmiens,aprs 9 heures daudience, amis fin aux dbats, nous imagi-nions revenir trois mois plus tarddans cette mme salle afin deconnatre le jugement. Que nenni!Il nous tait annonc qu 20 heuresce mme jour, nous serions infor-ms de notre sort.

    Je ne reviens pas, bien vide-ment, sur la lourdeur des peines,mais la rapidit des dlibrations( peine une heure) a de quoiinterroger.

    Alors que, gnralement, le tempsest pris pour ranalyser le dossier la lumire et des tmoignages etdes auditions des prvenus devantde tribunal, l, tout laisse penserque les lments apports par nosavocats, par nos quatre tmoins etpar nous-mmes nont pas tentendus.

    Peu importe, cest une dcisionde Justice et, parce que nous avonsconfiance dans les institutions denotre pays, nous la respectons,malgr son arrire-got de je-ne-sais-quoi qui a du mal passer

    Alors, forts de nos convictions,forts de notre lgitimit, persua-ds que nos actions sont justes etpertinentes, nous avons dcid defaire appel des peines prononces.

    Appel, donc! Un appel pour fairequoi?

    Un appel, une nouvelle proc-dure, pour faire valoir nos droits,pour clamer que oui ! nousavons confiance en la Justice, cellequi protge les plus faibles, lesplus dmunis des exactions desplus gros ! Un appel pour alerterune nouvelle fois lopinionpublique sur cette drive inte-nable de notre agriculture, de notresystme alimentaire. Non, nosfermes ne sont pas des usines !Non, lalimentation des citoyensne doit pas tre standardise,industrialise !

    Par la question alimentaire, laConfdration paysanne sinscritdans la lutte contre les exclusions,des paysans comme des citoyens. Ily a, parmi nous, ceux dont on ditquils ne sont pas assez compti-tifs pour rester ou devenir paysans,ceux que les politiques publiquespoussent dehors en favorisant inva-riablement lagrandissement, lac-caparement des moyens de pro-duction entre les mains dequelques-uns, la concentration desproductions. Cette poursuite de lacomptitivit touche la socit toutentire, et lalimentation en est unsymptme: ceux qui sont exclus dela rpartition des richesses nont pasdroit une alimentation de qualit.

    Noublions pas que lheure est aupessimisme le plus absolu. Le cest la crise, on ny peut rien est de mise alors que notre paysreste la 5e puissance conomiquemondiale.

    Alors, oui, le problme de larpartition dans ce pays est pospar la Confdration paysanne, etlalimentation doit tre au cur denos mobilisations.

    Puisque la Confdration pay-sanne continue imposer les ques-tions qui drangent, la police, elle, fait son travail . Je suis nou-veau convoqu, cette fois pourune vitre brise lors de loccupa-tion du sige social de Ramery SAle 12 septembre 2013, ouvrantdonc une nouvelle procdure, etla pression saccentue auprs deresponsables locaux de la Conf.

    Pourquoi un tel acharnement ?Pourquoi vouloir casser la

    Confdration paysanne ?Nous posons de bonnes ques-

    tions et a drange ?Ok, ok Moi, a me donne

    envie de continuer ! Pas vous ? nLaurent Pinatel,

    porte-parole national

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    Une participationdnonce

    La FGA-Cfdt dnonce la ferme-ture des chambres dagriculturele 5 novembre, en soutien lamanifestation de la Fnsea-Ja.Elle regrette la confusion desgenres qui va plutt contri-buer dcrdibiliser leschambres, tant auprs des agri-culteurs que des pouvoirspublics . Le syndicat en profitepour rappeler son oppositiontotale aux revendications de laFnsea, comme la TVA sociale oule maintien des exonrations decotisations sur les emplois sai-sonniers agricoles .

    Lagrocologiesimplifie

    Sensible aux coups de mentonde Xavier Beulin, Stphane LeFoll annonait la veille de la manif contre tout du5 novembre la mise en placedune mission pour descontrles moins contraignantspour lagriculture . Cette mis-sion est confie au prfet deBretagne lequel selon leCanard enchan , malgr unedouble annulation par le tribu-nal administratif dun arrt pr-fectoral autorisant une porche-rie usine (23000 porcelets/an)a renouvel le dcret en faveurde la mgaporcherie, srementau nom de la simplificationadministrative. La simple dcla-ration jusqu 2000 porcs aulieu de 400 prcdemment ,cest aussi par simplificationLa mission va srement ajouterdes facilitations. Cest sans douteau nom de lagrocologie que LeFoll a plaid et obtenu deBruxelles lligibilit aux aides du verdissement de la Pac dela monoculture du mas, par lebiais dun couvert hivernal, cedont se rjouit la Fnsea. La mis-sion ne manquera pas dlar-gir le champ du possible delagrocologie

    LApli en AGLassociation des producteursde lait indpendants (Apli), affi-lie lEuropean Milk Board(EMB), tenait son AG le20 novembre, dans lIlle-et-Vilaine. Elle poursuit son travaildorganisation transversale etvient de conclure un contrat-cadre avec la laiterie Bongrain, quilibr selon lassocia-tion, avec des avances sur ladure et le renouvellement.Quant au prix garanti, a restela pierre dachoppement !

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / 7

    Avocate des Neuf dAmiens,Ltitia Peyrard revient sur sonengagement auprs des paysanspoursuivis et analyse le procsdu 28 octobre.

    Jai dfendu avec mesconfrres, Me Grgoire Fri-son et Me GuillaumeCombes, les neuf prvenus lorsde laudience devant le tribunalcorrectionnel dAmiens, le28 octobre 2014.

    Javais dj en 2012, aux ctsde Me Chantal Jullien, dfenduneuf agriculteurs (dont LaurentPinatel) cits devant le tribunalcorrectionnel de Saint-tiennepour avoir, au moment de la criselaitire en 2009, dvers du lait surplusieurs btiments de la Cit delAgriculture.

    Javais t touche par la dtressede ces paysans confronts cettegrave crise laitire, le prix de leurlait notamment achet par lesindustriels ne leur permettant plusde vivre de leur travail.

    Dfendre les neuf personnespoursuivies pour avoir agi dansle but de dnoncer les dangers de

    lusine des milles vaches, cestpour moi porter la parole de ceuxqui nacceptent pas de se rsi-gner.

    La Justice leur reproche : de ne pas avoir accept le pr-

    lvement de leur ADN ; davoir, le 11 au 12 sep-

    tembre 2013, dgonfl 27 pneusdengins sur le site de lusine etinscrit un tag gant sur le chan-tier en construction (dsormaisinvisible car recouvert dunedalle) ;

    davoir le 28 mai 2014,dmont en partie la salle detraite de lusine pour apportercertaines pices au ministre delAgriculture.

    Le 28 octobre, aprs avoirinterrog chaque prvenu surson implication, aprs avoirentendu les tmoins cits pourexpliquer les dangers de lusinedes milles vaches, aprs avoirentendu deux salaris de laSCEA Cote de la Justice (cf.encadr), aprs avoir entendula plaidoirie de lavocat de lapartie civile, le rquisitoire duministre public et les plaidoi-ries des avocats des neuf prve-nus, le tribunal a pris environune heure pour rflchir cesdbats et prendre sa dcision.

    lissue de ce dlai, le dlibr :tous coupables, condamns despeines demprisonnement avecsursis (de 3 5 mois) et uneamende de 300 euros pour ceux

    ayant refus le prlvementdADN.

    Le tribunal a dcid de ne pasretenir ltat de ncessit, cest--dire quil a considr que lusine desmilles vaches ne constituait pas undanger imminent qui justifierait lacommission dune infraction .

    Plus largement, il a retenu quau-cun combat ne justifie de trans-gresser la loi. Alors quil lui taitdemand de considrer cesactions comme lgitimes et sym-boliques, le tribunal a retenu leurillgalit et leur gravit. Il a, enconsquence, condamn les pr-venus comme des dlinquantsayant port gravement atteinte la proprit prive.

    Tant les arguments juridiquesdvelopps que les explicationsdonnes sur les raisons de cesactions nont pas t retenus :cest pour ces raisons quil a tdcid de faire appel de la dci-sion rendue.

    Il appartiendra la cour dappelqui doit rejuger lintgralit dudossier (1) de sinterroger tant surla lgitimit de ces actions quesur la participation effective desneuf personnes que la Justice achoisi de poursuivre parmi len-semble des personnes prsenteslors de cette dnonciation col-lective. n

    Ltitia Peyrard,

    avocate au barreau de Saint-tienne

    (1) lheure du bouclage, nous ignorons ladate du procs en appel (NDLR).

    RameryficationsLa socit civile dexploitation agricole (SCEA) Cte de la Justice est pro-pritaire des murs de lusine des 1 000 vaches, de 180 hectares de terreautour et du mthaniseur (plus exactement du futur mthaniseur, puis-quil nest pas encore construit). 51 % des parts de la socit appartien-nent Michel Ramery, les 49 % restant tant dtenus par la socitMR Finances, MR comme Michel Ramery. Le cheptel est lui la propritde la socit civile laitire (SCL) Lait pis carde , galement employeurdes salaris de lusine, dont lun des quatre grants est Michel Ramery.La SCL qui loue loutil la SCEA regroupe les troupeaux des divers agri-culteurs ou autres socits agricoles associs : deux, bientt quatre, unedouzaine ambitionne dans les prochains mois. En amont, a a t plusdirect : cest Michel Ramery lui-mme qui a dpos le permis de construirede lusine, et ric Mouton, le maire de Buigny-Saint-Maclou, la communesur laquelle elle est construite, qui en a fait les plans puisque, a tombebien, il est architecte

    Un appel pour tre - cette fois - entendus

    Actualit

    Nmes, lors dun rassemblement de soutien auxNeuf dAmiens, le 28 octobre, jour de leur pro-cs. Plusieurs rassemblements de ce type se sonttenus ce jour-l, dans des villes trs loignes dela Picardie, comme encore Saintes ou Nice.

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  • cobrves

    Les cancers

    chez les paysans

    Selon une enqute de la MSA,

    les risques de cancers chez les

    agriculteurs sont infrieurs la

    moyenne parce que le taba-

    gisme y est beaucoup moins

    frquent , mais certains can-

    cers touchent particulirement

    les paysans ! Ainsi les arbori-

    culteurs au contact de pesti-

    cides sont plus sujets au can-

    cer de la prostate, mais aussi

    du poumon. Les leveurs de

    bovins ont deux fois moins de

    risques de cancer du poumon,

    mais les insecticides pour trai-

    ter les animaux favorisent les

    cancers de la prostate. Dautres

    cancers sont spcifiques aux

    paysans, tel le mlanome de la

    peau chez les femmes. Ces

    rsultats proviennent dune

    tude lance en 2005 dans

    onze dpartements auprs de

    180000 professionnels. Ltude

    se poursuit afin de regarder

    dans les annes venir les acti-

    vits agricoles risque La

    MSA ne semble pas presse de

    reconnatre ce qui pourrait rele-

    ver de la maladie profession-

    nelle : les pesticides sont pour-

    tant clairement identifis.

    Monsanto indemnise

    des agriculteurs

    Habituellement Monsanto

    attaque en justice aux tats-

    Unis et au Canada les produc-

    teurs qui se retrouvent pollus

    accidentellement par des

    OGM. Cette fois, la situation

    est inverse. Suite la dcou-

    verte dun bl OGM non auto-

    ris dans ltat dOregon (USA),

    certains pays, notamment le

    Japon, avaient suspendu leurs

    importations. Des agriculteurs

    amricains avaient port

    plainte suite la contamina-

    tion de rcoltes en 2013. Pour

    viter le procs, Monsanto a

    accept de payer 2,375 mil-

    lions de dollars dindemnisa-

    tion pour les producteurs ayant

    vendu du bl pollu aux OGM

    en 2013. Si ce bl avait t

    autoris, la peine aurait t

    inverse. Do lintrt de sop-

    poser aux autorisations !

    c

    ob

    rv

    es

    8 \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Grandes cultures Une campagne en demi-teinte pour les craliersUne production mondialerecord en bl et mas :la campagne 2013/14 a tplace sous le signede labondance et de prixen retrait. En France, les alasclimatiques se sont ajoutsaux alas conomiques.

    Dune faon gnrale, lesproducteurs en grandescultures subissent deuxalas + un. Lun de ces alas estcelui des marchs : partout cetteanne, dans les pays exportateurs,les rcoltes sont bonnes envolume, la production est sup-rieure la consommation et unstock de report consquent se des-sine pour la fin de campagne. Lescours du bl et du mas sont donclogiquement tirs vers le bas (lorgenest pas dans ce cas de figure,mais en est quand mme un peutributaire).

    Lautre ala est climatique. Lesconditions de fin de culture et dercolte tempratures fraches etpluies estivales ont altr la qua-lit meunire dune partie des blsfranais et europens, de faontelle que certains marchs lex-

    port ne sont plus accessibles, oudifficilement. La situation nestcependant pas partout pareille.Certaines rgions, lEst de laFrance, ont plutt subi une sche-resse au printemps, cependantque lOuest a t moins impactpar la dgradation de la qualitmeunire (en Poitou-Charentes,les bls sont de bonne qualitmeunire). Labondance de bl quine peut tre valorise quen ali-mentation animale, dans uncontexte o la rcolte de mas at abondante, a entran les prixvers le bas. La diffrence de prixentre un bl fourrager et un blmeunier, qui tait en moyenne dedeux trois euros par tonne, estpasse sur cette campagne dansune fourchette de 20 40 eurospar tonne.

    En gnral, un ala climatique estcompens par un ala de march,mais cette anne, ils saddition-nent. Il faut noter par ailleurs quele prix des betteraves sucre et ducolza a aussi beaucoup baiss,celui des pommes de terre sef-fondrant.

    Les producteurs sont aussi vic-times de trois annes de bons

    revenus qui les ont pousss opti-miser fiscalement , cest dire dfiscaliser leurs revenus en inves-tissant de faon importante. Lemachinisme agricole en a bien pro-fit, beaucoup dinvestissementsmatriels ont t avancs, unique-ment pour des raisons fiscales. Maisaujourdhui, ces cultivateurs doi-vent faire face une trsorerie net-tement amoindrie et/ou des rem-boursements dempruntsconsquents. De plus, certains pro-ducteurs imposs socialement(MSA) en moyenne triennale ontla malchance de payer avec lesrevenus dune mauvaise anne descotisations calcules sur des annes fort revenus.

    Ce dernier point est rarementmis en avant. Il est trs facile (etvrai) de dire que la situation co-nomique est actuellement diffi-cile pour les producteurs engrandes cultures, mais on oubliede dire que la moyenne des reve-nus sur les quatre dernires annespour ces mmes cultivateurs estsuprieure aux autres systmes deproduction. n

    Gilles Menou,

    paysan en Eure-et-Loir

    Actualit

    En France, la rcolte de bl tendrecette anne est value 37,5 millions de tonnes, en haussede 1,8 % par rapport lannedernire. La production se situeau-del du niveau moyen desrcoltes 2009 2013 (+ 5,5 %)et atteint un niveau ingaldepuis une dizaine dannes.Selon une note de FranceAgri-Mer, publie mi-novembre, lex-ception du bl dur, les prix actuelsdes grandes cultures conserventune importante dcote, compa-rs ceux relevs la mmepriode les quatre prcdentescampagnes. Pour le bl tendre,les orges fourragres et le mas,les prix fermes actuels sont inf-rieurs de prs de 20 % ceuxrelevs en octobre 2013. Pour letriticale, la dcote atteint 30 %.

    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:48 Page 8

  • Actualit

    c

    ob

    rv

    es cobrves

    Des faucheurs

    chez Limagrain

    Cest pour dnoncer entre

    autres la recherche sur le

    bl OGM quune centaine de

    faucheurs a occup le

    6 novembre les locaux de

    Limagrain, Chappes (Puy de

    Dme). On est venu faire une

    inspection citoyenne , ont-

    ils dclar. Rien de cass, du

    moins du ct de Limagrain,

    car pour les faucheurs il nen

    a pas t de mme. Une cen-

    taine dadhrents de la Fnsea

    ont vandalis leurs voitures :

    pneus crevs, peintures rayes

    et autres dgradations, sous

    lil bienveillant des gen-

    darmes, eux aussi appels la

    rescousse ! Au cours de loc-

    cupation, une rencontre sest

    tenue avec deux dirigeants.

    Discours habituels : Les

    OGM, cest pour produire plus,

    avec moins de ressources et

    La coexistence de toutes les

    cultures, OGM et non-OGM,

    peut et doit tre respecte .

    La preuve en est faite par

    Monsanto (cf. p. 8) !

    Sapin soulage

    les actionnaires

    Le ministre des Finances,

    Michel Sapin, a indiqu le

    31 octobre que le gouverne-

    ment sopposait un amen-

    dement, adopt quelques

    jours plus tt par lAssemble

    nationale, prvoyant dassu-

    jettir les dividendes verss

    par les socits anonymes aux

    cotisations sociales. Cette

    annonce vient aprs une vive

    raction du Medef. Un

    amendement qui nest pas

    compris, cest un amendement

    qui est mauvais , a justifi le

    ministre. Cest vrai a, les tra-

    vailleurs qui voient une par-

    tie de leur travail confisque

    par la finance ne compren-

    draient pas quon rduise les

    profits par des cotisations. Il

    ny a que des gauchistes pour

    penser cela !

    Jo Bourgeais

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / 9

    Avec la fin des quotas en avrilprochain, combien de fermes-

    usines vont pousser dansnos campagnes ? Zoom

    sur un projet de demandedaugmentation deffectifs

    danimaux en Touraine, bienreprsentatif de la course

    qui sengage verslindustrialisation

    de lagriculture.

    Prs de Tours, un gaec de troisfrres a dpos la prfec-ture une demande dexten-sion de son levage. Le projet veutdoubler le troupeau laitier en pas-sant de 200 vaches 420 vacheslaitires et 140 gnisses, et qua-drupler la production de taurillonsen passant de 50 200 units. Cenest pas tout : il y a dj un trou-peau de 1200 chvres et chevrettessur lexploitation. Argumentantleur projet, les trois associs seconsidrent comme les sauveursde la dprise laitire en Touraine .Larrt des quotas leur donne desailes

    Dans le dossier est mentionnela cration dun seul emploi.Le plan dpandage prvoit unesurface de 890 hectares, rpartissur sept communes, dont la plusloigne est 20 km, en zonehumide qui plus est.

    La Confdration paysanne deTouraine ne pouvait que ragir. Enquelques jours, le syndicat a pr-sent ses revendications auprsdu commissaire enquteur. Auxcts des positions des associa-tions de dfense de lenvironne-ment apparat ainsi dans lenqutepublique la parole de paysansopposs au projet.

    Nous avons ensuite organis le3 novembre une manifestationdevant la mairie de la communeconcerne, Monts. Une bonnecouverture mdiatique a permis demettre ce dossier la une des jour-naux.

    Pour animer la manifestation etfaire le tour des diffrents pro-

    blmes poss par lindustrialisationde lagriculture, nous avions pr-par plusieurs questions : Uneferme-usine, a sauve lemploi ?Un besoin de lait en quantit ? Unmoyen de garder des territoiresvivants ? Un risque pour lenvi-ronnement ? Concentration desanimaux, concentration des nui-sances ? Agriculture industrielleet agriculture paysanne peuventcohabiter ?

    Enjeux en jeuLe jeu des vrai/faux a permis

    une trs bonne participation dupublic, beaucoup de discussions,de prises de position point parpoint. Et un effet stimulant pourles habitants de la commune quise sentaient bien seuls jusque-l,et dont plusieurs ont salu la prisede position de paysans. A t ga-lement discute la cration duncollectif pour tre capable, commepour lusine des 1000 vaches dansla Somme, de se mobiliser rapi-dement et efficacement si ce pro-jet (et dautres) menaait dedmarrer.

    La manifestation a t loccasionpour le syndicat de dnoncer unefois encore les effets pervers de lin-dustrialisation de lagriculture :course aux volumes, destruction

    de lemploi paysan, dvitalisationdes territoires que cela entrane.

    Des citoyens sinquitent desnuisances sonores et olfactivesdune telle ferme. Ce fut loccasionde rappeler notre grande inqui-tude sur le respect du plan dpan-dage, vu lloignement des terres.Notre inquitude est dautant plusforte que nous avons lexempledune ferme similaire dans le suddu dpartement qui ne respectepas son plan dpandage, ladmi-nistration ne parvenant visible-ment pas la contraindre res-pecter cette obligation lgale.

    Ici, comme dans la Somme, laquestion est simple : peut-onaccepter la disparition de quatreexploitations de cinquante vacheslaitires au profit dun tel projet ?Et ici comme dans la Somme, lescitoyens prsents la manifesta-tion de Monts (quils soient pay-sans ou non), ont rpondu hautet fort : pour des territoires vivants,pour lemploi, pour lenvironne-ment, pour la qualit de lali-mentation, il vaut mieux des pay-sans nombreux et rpartis sur leterritoire plutt que quelquesfermes-usines ! n

    Herv Bedouet

    et Frdric Gervais,

    leveurs laitiers en Indre-et-Loire

    Industrialisation de lagriculture Un nouveau monstre en Touraine

    Le 3 novembre Monts, la Confdration paysanne de Touraine a invit les mani-festants sexprimer point par point sur le projet de ferme-usine, puis a donn saposition sur ce projet aux antipodes de lagriculture paysanne.

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  • Actualit

    10 \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Lacharnement de quelques-uns dfendre ce projet bancal du barragede Sivens interpelle. Pour un gou-vernement et dans un tat de droit, il est horsde question de cder la violence, notammentquand il sagit de projets qui prparent lave-nir prtend Manuel Valls Et pourtant,lcotaxe, projet davenir pour freiner lestransports routiers polluants, nest-elle paspasse la trappe suiteaux actions muscles des Bonnets rouges(Fnsea y compris), alorsquelle avait t vote laquasi-unanimit lAs-semble nationale ? ()

    Le barrage serait dclardutilit publique. Pitreclassement quand on saitpar exprience que lesdclarations dutilitpublique (DUP) sontdcides par un com-missaire enquteur sou-vent potiche, qui dit rare-ment le contraire de celuiqui lindemnise : ltat.On sait aussi par exp-rience que les bulldozerssont toujours plusrapides que la justice :rappelons-nous le bar-rage de Fourogue luiaussi dans le Tarn,construit mais jug illgal aprs saconstruction (1).

    Dailleurs, lutilit publique nest souventquun habillage : Le camp du Larzac estindispensable la Dfense nationale , cla-mait sans cesse Rodez le prfet-perro-

    quet des annes 1970. Or le camp ne sestjamais agrandi, la Dfense nationale nesest pas croule, et maintenant lon fermecamps et casernes. La DUP ressemble laraison dtat, raison que lon invoque quandon fait quelque chose de contraire la loi ou la justice (ancienne dition du Larousse).En fait, il ne faut jamais oublier que la lga-lit ne peut simposer la lgitimit.

    En tout cas, grce la dcision courageusede Franois Mitterrand en 1981, ce projeta t abandonn, et le Larzac est devenulaboratoire pour une agriculture nouvelle :les trois quarts en bio, une gestion collec-tive de 7500 hectares, une agriculture trs

    diversifie, et par endroits le doublementde la population agricole !

    Des agriculteurs tarnais prtendent avoirbesoin de leau du barrage. Il est noterquils ont vcu jusqu maintenant sans,dune part, et que dautre part dans vingtou trente ans, lagriculture daujourdhuinaura plus cour, les changements clima-tiques obligeant changer les pratiques.

    Quand des pro-barrage de Sivens sexpri-ment dans les mdias, on voit bien quilsne raisonnent pas dans une vision vingtans, mais ils sont hlas encore dans celledil y a vingt ans. trange dcalage.

    Reste un dernier point qui pose ques-tion, cest la notion de conflit dintrt entredes lus tarnais et la Compagnie damna-gement des coteaux de Gascogne, juge etpartie, comme lvoquaient il y a peuFrance 3 Midi-Pyrnes et le CanardEnchan du 5 novembre.

    En clair ce dossier ne lest pas. Toutremettre plat est plus que ncessaire.Quant aux autorits coupables de cedsastre humain et cologique, lHistoire lesjugera sans complaisance.

    Si seulement les projets daujourdhuitaient plus souvent tudis la lumire delexprience du pass n

    Lon Maill, paysan retrait du Larzac

    (1) Cour administrative dappel de Bordeaux, 1999.

    Grands projets inutiles Sivens vu du Larzac

    Rassemblement en mmoire de Rmi Fraisse, jeuneopposant au barrage de Sivens, le 2 novembre 2014sur le site du projet de construction, dans le Tarn

    Pour un projet global de territoire, au profit de tous les paysansLe 14 novembre, la Confdration paysanne du Tarn participait la rencontre entre les syndi-cats agricoles et les experts du ministre de lEnvironnement, auteurs du rapport sur la perti-nence du barrage de Sivens. La Confdration partage les constats et analyses des experts :projet surdimensionn, mal financ, anachronique, destructeur Le 18 novembre, la Commis-sion europenne annonait le lancement dune procdure dinfraction contre la France pourviolation des directives environnementales sur ce dossier. Le projet, auquel manquaient djdeux des prs de dix millions deuros de financement, pourrait se voir retirer deux autres mil-lions via lUnion europenne et le programme Feader. Le 14 novembre, nous avons dfendu un projet global pour les 200 paysans de la valle , pr-cise Christophe Curvale, le porte-parole de la Confdration paysanne du Tarn. On ne peutaccepter de voir prs de dix millions deuros dargent public dilapids pour seulement 30 exploi-tants. Dautant que le projet date de 1969 et ne correspond plus aux besoins et enjeux daujour-dhui. Depuis 40 ans, 183 retenues collinaires ont t ralises sur le bassin. On peut donc large-ment optimiser lexistant. Maintenant, le problme, ce nest pas leau, mais le revenu des paysanset linstallation. Do la ncessit dun projet global de territoire, pour tous, et non la crispationsur un vieux projet idologique. BD

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  • Dossier

    Penser global, manger (autant que possible) local !

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / I

    Margaret Chan, directrice gnralede lOrganisation mondiale dela sant (OMS), louverturede la deuxime Confrence internationalesur la nutrition, du 19 au 21 novembre Rome : Le systme alimentaire mondialne fonctionne plus, cause de sa dpen-dance une production industrialise denourriture toujours moins chre et mau-vaise pour la sant.

    Notre charte de lagri-culture paysanne porte,elle, comme un de sesprincipes, d assurer labonne qualit gustativeet sanitaire des pro-duits .

    La qualit dun produitest fondamentalementla consquence de sonmode de production :taille datelier, niveaudintensification, modesdlevage et de culture,utilisation des intrantsLa qualit nest pas sub-jective ; au contraire,elle doit tre officielle-ment reconnue, identi-fiable et vrifiable par lecitoyen.

    Relocaliser,cest produire ici

    Les consommateursfont confiance aux fruitset lgumes cultivs loca-lement, selon une rcentetude de loffice Fran-ceAgriMer. Maintenir etinstaller des maracherspartout devrait tre unepriorit. Mais dans lesfaits, les surfaces misesen culture diminuentdans les rgions tradi-tionnelles de production,sans aide couple de laPac pour soutenir ces pro-ductions.

    Relocaliser, cest aussi vendrepas loin

    Plus ou moins loin, cest selon La popu-lation urbaine crot et 6 000 tonnes dali-ments par jour sont ncessaires une villede dix millions dhabitants. Pour nourrir lapopulation de lIle-de-France, il faut enterre agricole six fois la surface de cellesutilises aujourdhui dans cette rgion. Le

    local est au plus prs , pas forcmenttoujours l .

    Relocaliser, cest le soutien auxcircuits courts de proximit, maispas que

    La relocalisation concerne aussi les cir-cuits longs, ce qui pose les questions de lamatrise de la dcision dans les coopra-

    tives, de la disparition descollectes de lait dans leszones de montagne

    Du local un peu plusloin, la relocalisationncessite le soutien auxmagasins de producteurs,aux marchs paysans, auxplateformes de vente auxcollectivits locales,notamment pour la res-tauration collective.

    Maintenir, soutenir desfermes qui produisentune alimentation de qua-lit, maillent et font vivreles territoires, ngocieren leur faveur, cestdfendre des mesuresadaptes sur les rgle-mentations lies la pro-duction et la trans-formation. Cest dfendreles produits fermiers,veiller ce que les sou-tiens du second pilier dela Pac (celui ddi audveloppement rural)accompagnent les pro-jets des paysans (plan-cher daide, plafond,dimensions collectives).Cest par exemple le sou-tien labattage de proxi-mit, aux circuits de com-mercialisation et leurpromotion. n

    Judith Carmona,

    paysanne dans

    les Pyrnes-Orientales,

    secrtaire nationale

    Numro cofinanc par l'Union europenne Les avis exprims dans ce dossier nengagent que leurs auteurs et et ne sauraient tre considrs comme constituant une prisede position officielle de la Commission europenne.

    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 1/12/14 9:45 Page I

  • Entre 2010 et 2013, vous avez dirigune tude prospective imaginantdes scnarios de modle agricole local lhorizon 2020 et 2030, avec lestudiants du Master Agriculture durableet dveloppement territorialdAgroCampus Ouest. Quest-ce quivous a amen conduire cette tudesur Rennes Mtropole ?

    Le contexte tait propice. Rennes a choiside maintenir une ceinture verte, ce qui per-met de poser des questions sur lagriculturepriurbaine de manire plus intressantequailleurs. Dautre part, les circuits courtsnavaient pas autant dcoll il y a dix ans. lpoque, notre quipe a t interpellesur trois aspects : premirement, que lescircuits courts concernent de faibles volumesconomiques et demandes de consomma-tion ; deuximement, que ce modle nepeut pas nourrir la population ; et enfin, quesoutenir politiquement un modle reloca-lis revient tuer les emplois bretons. Nousavons donc construit avec mon collgue deRennes Mtropole en charge de lagricultureune hypothse de scnario base sur cesconstats-l. Puis nous avons explor lepotentiel de relocalisation en regardant leseffets sur ces trois paramtres : consom-mation, volume alimentaire et emplois.

    Vous avez ainsi demand vostudiants de calculer la surfacencessaire pour nourrir les habitantsde Rennes Mtropole

    Oui, et ils ont travaill sur deux scnarios :un scnario tendanciel dans lequel la pro-duction demeure conventionnelle et lergime alimentaire lidentique et un sc-nario de relocalisation maximis, dans lequelles modles alimentaire et productif chan-gent. Dans ce deuxime modle, la produc-tion est biologique, les rations animales sontbases sur des ressources locales, les volumesde produits animaux consomms sont abais-ss, les transports rduits au maximum pourrpondre aux exigences dune ville post-carbone Les tudiants ont galement pro-pos de mettre en culture les trames vertes

    urbaines et ont montr que lon pouvaitgagner 2500 hectares dans la mtropole !

    quelles conclusions partielles sontparvenus vos tudiants ?

    Il apparat quen faisant toutes ces modi-fications, nous pouvons doubler le poten-tiel dautonomie alimentaire de RennesMtropole passer de 20 40 %. Selon lemodle tendanciel, il faut 0,30 hectare pournourrir un habitant, contre un peu moinsde 0,20 hectare par habitant dans le modledautonomie. Selon ltude, il ny a pas derisque de disette si lon doit un jour relo-caliser compltement.

    Ce modle est-il transposable dautres territoires ?

    La technique est transposable mais lemodle doit tre refait selon les lieux carles potentiels agronomiques ne sont jamaisles mmes. Aix-Marseille par exemple a unpotentiel agronomique assez peu levautour de son centre-ville, et un bassin depopulation plus fort que Rennes. Le problmede lautonomie alimentaire se pose pour untel territoire. En revanche, nous avons trans-pos le scnario Strasbourg qui a un fortpotentiel agronomique, et nous arrivons des conclusions ressemblant celles deRennes. Des territoires comme ceux-lauraient sans doute vocation exporterdes aliments vers des territoires commeAix-Marseille qui connaissent un dsqui-

    libre entre leur potentiel agronomique etleur bassin de population. Il faut donc rfl-chir des systmes bass sur des changesavec des territoires qui ont cherch maxi-miser leur autoproduction. En clair, dve-lopper les solidarits interterritoriales.

    Quelles sont selon vous les conditionsncessaires pour dveloppermassivement des circuits courtspaysans ?

    Il ny a pas assez doffre aujourdhui par rap-port la demande urbaine en attente deproduits plus frais forte valeur sociale. Etlaccessibilit de ces produits est un vrai pro-

    blme. Lenjeu est de massifier loffre, ce quiimplique doptimiser la logistique interm-diaire, depuis la transformation jusquauxmodes de commercialisation. Il sagit de crerune logistique territoriale qui permette degrer des quantits de produits consquentesafin de grer la demande urbaine. Cela sup-pose dtre capable de transformer unegrande quantit de produits et de les ache-miner jusqu des lieux de consommation demanire favoriser leur accessibilit. Lautreaspect, cest videmment le levier des aidespubliques qui est dterminant pour orienterla production.n

    Recueillis par Sophie Chapelle

    (1) Ingnieure agronome, enseignante chercheure ensociologie AgroCampus Ouest, responsable de lunitpdagogique Sciences humaines et territoires.

    Une diversit dexpriences, mais un fondement commun : la proximit, le lien social

    Relocalisation Lautonomie alimentaire impliquedes solidarits inter-territorialesUne mtropole comme Rennes peut-elle nourrir ses habitants en sapprovisionnant localement ? Sur quelle surface ?Cest lobjet dune tude prospective conduite par la sociologue Catherine Darrot (1). Face une demande urbaine exponentielleen matire de produits frais forte valeur sociale, cette ingnieure agronome plaide pour le dveloppement massifde la logistique intermdiaire.

    Dossier

    II \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    La ceinture verte de Rennes Mtropole.

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  • Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / III

    En rgion Centre, une forme innovantede commercialisation en circuits courtsa vu le jour, porte par des producteurs

    dsireux de garder le contact directavec leur clientle, tout en se rservant

    du temps de travail sur leurs fermes.

    Le projet de Ptit Gibus remonte 2011.Au dpart, trois producteurs au Sud dela Touraine soulvent le problme dela distribution de leurs productions. Ilscontactent dautres paysans, tous soucieuxde vente directe. Parmi eux, Michel Galo-pin, leveur-fromager. Notre premier objec-tif tait de mutualiser la vente en embau-chant une personne, avec un roulement deproducteurs , explique-t-il. Nous vou-lions garder le contact direct avec nos clientstout en ntant pas l chaque fois.

    Leur projet de dpart est une picerie pay-sanne mobile. Nous pensions un bus quiallait vendre dans les villages o il ny a plusdpiceries, do le nom de Ptit Gibus. Mais la crainte de devoir passer beaucoupde temps sur les routes pour pouvoir fairedu chiffre les amne faire voluer le pro-jet. Constitus en association collgiale, lesproducteurs cherchent des lieux dans lag-glomration de Tours afin de rationaliser lesdplacements. Lagglomration leur pro-pose finalement un emplacement abrit. Nous avons achet un camion, fabriqu uneremorque pour mettre les produits des dixproducteurs et dvelopp notre site internetpour les commandes en ligne, prcise MichelGalopin. Notre gamme couvre toute lpi-cerie : huile, miel, fromages de chvres ou devaches, lait, canards, poulets, pains, farines,madeleines Lide cest que le client puissetrouver tout ce quil cherche.

    Le Ptit Gibus a embauch une salarie quise charge de rcuprer les produits sur les

    fermes et assure la vente aux cts dun pro-ducteur. Lassociation livre dsormais surcommande et dispose dun emplacementdans la ville de Saint-Cyr. Nous voudrionsvendre sur les marchs, mais cela impliquedtre inscrit au registre du commerce et deperdre le statut associa-tif. Tout nest donc pasrgl , observe MichelGalopin. Qui a fait lechoix, comme len-semble des membres delassociation, de multi-plier les dbouchs. Nous navons pasdemprunt et nous nousdveloppons douce-ment. Les emplois dutemps de chacun desproducteurs sont assez

    chargs, et notre manque de disponibilit estun problme. Crer une synergie est un vri-table enjeu mais notre volont davancer col-lectivement reste intacte. n

    Sophie Chapelle

    Plus dinfos : www.ptitgibus.com

    Dossier

    Du mode de transport aux courtes distancesDepuis la rvolution industrielle, et encore plus depuis la secondeguerre mondiale, lagriculture franaise a connu de profondestransformations : recours aux intrants chimiques, spcialisationdes rgions en termes de productions (plaines cralires, zonesdlevage), diminution du nombre et agrandissement des fermeset, avec le ptrole bon march, explosion des transports de mar-chandises. Dans les annes quatre-vingt, la prise de conscience deslimites de ce modle, surtout environnementales, se dveloppe.La forte augmentation du prix du ptrole et la dpendance auxtransports routiers, avec son lot de pollutions et lartificialisationdes terres agricoles au profit des infrastructures, renforcent cetteprise de conscience. Do les actions en faveur de la relocalisationdes productions et des changes alimentaires.Pour autant, comme le souligne Bertrand Schmitt, chercheur lInra(1),limpact environnemental des transports dpend davantage desmodalits que des distances : une lourde pniche sera moins pol-luante que le nombre de camions quivalents sur les mmes par-cours cumuls, et un cargo aura un faible impact au regard du volumede marchandises transportes. Paralllement la diminution glo-bale des transports, la question des derniers kilomtres de livrai-son est le nouveau dfi relever, car cest dans les courtes dis-tances que la pollution du transport routier est la plus forte aukilomtre parcouru. Avis aux locavores !

    Benot Ducasse

    (1) Dirigeant depuis juin 2013 la Dlgation lexpertise scientifique collective, laprospective et aux tudes (DEPE) de lInra, Bertrand Schmitt participait au sminaire Localisation , organis par la Confdration paysanne et lInra Arras (Pas-de-Calais), les 21 et 22 octobre 2014.

    Prs de 6 700 exploitations engages dansdes points de vente collectifsLes magasins de producteurs sont des espaces de commercialisationphysiques grs par des collectifs de producteurs, qui proposent leurs pro-duits la vente. Quils fonctionnent en remise directe et avec la prsencedes producteurs la vente, comme dans le cas des points de vente col-lectifs, ou avec une part dachat revente ou de dpt-vente, ces modesde commercialisation en circuits courts sont en plein dveloppement. Selonla fdration nationale des Civam, les points de vente collectifs concer-naient en 2010 prs de 6700 exploitations en France, sur les 67000 com-mercialisant tout ou partie de leur production en circuits courts.

    Source : Fdration nationale des Civam

    Ptit Gibus picerie paysanne mobile :une mutualisation originale de la commercialisation

    Le Ptit Gibus est une picerie paysanne mobile. Ici Tours.

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    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:49 Page III

  • De srieuses menacesde fermeture ont pesces dernires annessur labattoir intercommunalde Rostrenen. Que sest-ilpass ?

    Cet abattoir est en rgiedirecte depuis 2003, au niveaude la communaut de com-munes du Kreiz-Breizh (CCKB).Mais il tait en dficit : la CCKBdevait renflouer le budget delabattoir tous les ans, ce qui estinterdit pour les activits co-nomiques, et envisageait desen dsengager. Avec dautresleveurs, nous avons rencon-tr la CCKB pour lui rappelerque ce service ne pouvait pasdisparatre. Nous sommessitus dans une zone ruraleassez pauvre, o beaucoup de

    familles produisent, vendent etconsomment leur propreviande. Supprimer cet abattoirrevenait aussi les mettre endifficults.

    La communautde communes a donc acceptdans un premier tempsla ralisation dun audit

    Elle a effectivement confiun audit un cabinet spcia-lis qui a soulign plusieurspoints faibles dans la gestionde labattoir : un seuil de ren-tabilit insuffisant compte tenudes volumes traits, des sou-cis dorganisation, des poli-tiques tarifaires non adapteset des sous-produits pas assezbien valoriss. La position ducabinet, ctait de confier

    labattoir une socit de droitpriv. Nous avons donc dcidde crer une association duti-lisateurs dans le but de pro-mouvoir lintrt de cet abat-toir et de rassembler dautrespaysans pour crer une SCIC (1),lance il y a un an. Une bonnecentaine de producteurs aapport des parts sociales etnous avons collect environ22 000 euros.

    O en est le projetaujourdhui ?

    Notre SCIC devrait prendreen charge labattoir au prin-temps 2015. Un conseil dad-ministration a t lu pourassurer la gestion. Lavantagede la SCIC est la dmocratiedans la prise de dcision, le

    respect des personnes et unecertaine forme de solidarit etde partage. Loutil va rester laproprit de la CCKB. Notrebut est que cet abattoir restepublic. Nous avons un abat-toir priv situ 50 km o lestarifs sont plus levs. Or, tra-vailler uniquement avec unabattoir priv signifie la pos-sibilit pour ce dernier daug-menter ses tarifs comme ilveut. Sauvegarder labattoirpublic de Rostrenen, cest doncune manire de sauver despetites fermes en vente directe.Dans un territoire fragile,chaque emploi a une valeurinestimable. n

    Recueillis par

    Sophie Chapelle

    (1) Socit cooprative dintrt collectif.

    IV \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Dossier

    Maintenir et dvelopper des outils structurants, de la production la distribution

    Bretagne Ces leveurs qui luttentpour sauvegarder des abattoirs publicsRoger Dagorne est leveur laitier et en vente directe Plouguernvel, dans les Ctes-dArmor. Avec dautres producteurs, ils sesont constitus en association afin de reprendre la gestion de labattoir public et relancer lconomie locale.

    Comment est n le projet dabattoirdAndrzieux-Bouthon ?

    Cela fait suite la privatisation de labat-toir de Saint-Etienne en 2008. Les groupesSicarev et Despinasse ont repris loutil et lontspcialis en bovins. La chane ovine a tarrte en juillet 2010, puis ce fut au tourde la chane porcine en juin 2011. Noussommes une trentaine de producteurs, ainsique deux grossistes et trois bouchers, avoir t mis dehors. Une solution tempo-raire dabattage des porcs et des moutonsa t trouve. Mais cela implique de faire80 km pour abattre. Nous passons de26 centimes le kilo de carcasse sur les porcs 50 centimes, cause des transportsCest l quest ne lide de crer un abat-toir de proximit au Sud du dpartement.Il en existait dj un dans le Nord de laLoire et nous ne voulions surtout pas crerde la concurrence.

    Quelles structures vous ontaccompagn dans le montagedu projet ?

    Nous avons dabord contact la chambredagriculture pour grer le projet. Puis nousavons visit des petits abattoirs de proxi-mit, rencontr des communauts de com-munes Nous avons finalement trouv un

    terrain constructible, mais a na pas tfacile. Cest finalement sur la communedAndrzieux-Bouthon qua pu aboutirnotre projet et en cela nous remercions lemaire, M. Chalk, qui nous a accueillis etproposs la location dun btiment. Lin-vestissement immobilier est port par leSyndicat intercommunal pour les parcs

    Loire Crer des abattoirs pour rpondre un vrai besoin de proximitJean-Franois Margot est leveur de porcs Saint-Genest-Malifaux, dans la Loire. Avec dautres leveurs, boucherset grossistes, ils ont cr un abattoir de proximit qui devrait tre lanc dbut 2015.

    /

    Le nouvel abattoir d'Andrzieux-Bouthon qui devrait dbuter ses activits dbut 2015.

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    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:49 Page IV

  • dactivits dAndrzieux-Bouthon. Nousavons cr une socit dactions simpli-fies (1) qui prend en charge le matriel pourlabattoir 530 000 euros, dont 40 % desubventions. Les producteurs seront matresde cet outil qui devrait dmarrer enfvrier 2015 et faire tourner cinq emplois.Nous projetons labattage de 1 000 tonnesde porcs et plus de 200 tonnes en pro-duction ovine.

    Quelles sont les conditions de russitede ce projet ?

    Pour tre crdible auprs des banques,35 producteurs et trois bouchers ont amenun capital de 154000 euros, et deux grossistes25000 euros chacun. Cela fait maintenantdeux ans que le capital est vers. Heureuse-ment que nous sommes rests souds, car ily avait une forte pression des autres abattoirspour que notre projet ne se fasse pas !

    Au moment de la prsentation du dossier la rgion o sigent toute la profession ainsique les mtiers de bouche, le soutien de lachambre dagriculture a t dterminant. Ceprojet dabattoir rpond un vrai besoin deproximit. Et garantit notre indpendancepar rapport aux grands abattoirs.n

    Recueillis par Sophie Chapelle

    (1) SAS APAB (socit par actions simplifies pour labat-toir de proximit dAndrzieux-Bouthon).

    /

    Depuis quelques annes, le manquedorganisation logistique des circuitscourts est souvent mis en avant commeun frein majeur leur dveloppementet leur performance nergtique etenvironnementale. Un dfi que desproducteurs de Terroirs 44 ont cherch relever, en partenariat avec latelierde dcoupe De la Terre lassiette.

    viter de perdre du temps et de gas-piller de lnergie en se croisant surles routes, tout en faisant vivre lerseau, tel tait lobjectif du groupe de pro-ducteurs qui a initi la rflexion il y a 6 ans.Dj rods aux projets collectifs, ils se sontlancs sans ide prconue ni rfrence : siles cots du transport de tomates traverslEurope semblent bien matriss, les enjeuxet spcificits de la livraison fermire deproximit sont un domaine bien inconnu desexperts. Notre collectif de producteurs est

    donc parti en exploration, avec lappui deTerroirs 44, de comptences extrieures etde financements publics. lissue de cettephase, deux tournes hebdomadaires ont tmises en place partir de septembre 2010.

    Quatre ans plus tard, le camion frigo deTerroirs sur la Route sillonne le dparte-ment quatre jours par semaine pour livrerles retours de dcoupe chez des leveurs,ainsi que pain, viandes, lgumes, et autresproduits dune quinzaine de producteursdans une diversit de lieux de vente : maga-sins la ferme, points de vente collectifs,Biocoops, artisans, restauration collective

    Ces livraisons occupent aujourdhui untemps plein. Le financement, aprs avoirbnfici dune aide lemploi, est assurpar la facturation faite aux producteurs,incluant aussi cots du camion et fraisde structures. Cette facture rebute certainsproducteurs, qui nont pas lhabitude decomptabiliser le temps pass en livraison

    individuelle, et de chiffrer leurs cots dedistribution. Mais pour les habitus, la rgu-larit du service, le temps ainsi dgag, larigueur quil a apport sur lexploitation,ou encore la possibilit daccder de nou-veaux marchs, sont autant dacquis surlesquels ils ne feraient pas marche arrire.

    Lactivit est une section de la Cuma Dela terre lassiette, statut apparu assez vitecomme une vidence pour des paysans habi-tus mutualiser ainsi du matriel. Mais ilest susceptible dvoluer pour permettre ledveloppement dune activit plus cons-quente, mme de sadapter aux nouveauxbesoins gnrs par des outils structurants ltude: projet dabattoir en lien avec late-lier de dcoupe, projet de lgumerie asso-ci la structure dinsertion Accs-ragis. Celadoit aussi faciliter loptimisation par lesvolumes, credo de la logistique ! n

    Anne-Sophie Bouveret,

    Terroirs 44

    Dossier

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / V

    Des plateformes collectives pour rpondre aux demandes des collectivitsComment passer une dynamique suprieure ? Depuis les annes 2000, le

    rseau Fnab (1) travaille sur la structuration de la filire. Il y a dix ans, les

    lires de lagriculture biologique ntaient pas prtes pour rpondre aux

    demandes de la restauration collective, appuie Julie Portier, de la Fnab. Nous

    avons pouss la cration dorganisations collectives de producteurs bio, les

    plateformes. Aujourdhui, la Fnab dnombre 26 plateformes couvrant 70 %

    des dpartements, susceptibles de fournir des produits biologiques locaux

    en restauration collective. Elles ont pour particularit dtre des structures

    issues de lconomie sociale et solidaire souvent sous forme de SCIC ou

    des associations. Les prix sont matriss par les producteurs. La SCIC Man-

    ger Bio en Champagne-Ardenne par exemple, facilite le travail des gestion-

    naires en assurant la prise des commandes, la logistique et la facturation.

    La SCIC Resto Bio Midi-Pyrnes approvisionne rgulirement des sites,

    allant de 50 27000 repas par jour. En retour, les collectivits doivent garan-

    tir des dbouchs, souligne Julie Portier. Pour gagner en chelle, nous avons

    besoin de vrais partenariats entre producteurs et collectivits. SC

    (1) Fdration nationale dagriculture biologique des rgions de France. www.fnab.org

    Norabio

    BDD

    IBNSFD IDF

    MBCAPBL

    Solibio

    MB Lim

    Self BioCentre

    MBE

    BBE

    AgribioProvence

    ABD

    RB MP

    MB 35

    MB 56MB 44

    MB 53SCIC Le bio dici

    MB 85

    MB 47

    Isle Mange Bio

    AB 06

    La bio dici

    MBIAB

    Bio a Pro

    Terroirs sur la Route Un service mutualisde livraison de produits fermiers en Loire-Atlantique

    Carte nationale des plateformes collectivesd'organisations conomiques de producteurs qui visent fournir en produits bio et locaux les collectivits locales.

    FNAB

    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:49 Page V

  • Depuis cinq ans que la dmarche estlance, le bl Herriko a atteint cetteanne sa plus forte rcolte : 130tonnes de bls, rcoltes sur 33 hectares,ont pris cet t la direction des minoteriesde Maulon et Ustaritz.

    Paysan Bhasque, Alain Claverie, estparmi les premiers engags dans ladmarche : Ici, ctait une terre bl autre-fois, on semait du ray-grass ensuite. Quandle mas semences est arriv, tout a t cham-boul, il fallait en faire partout. On a matra-qu les sols. Quand jai entendu que la filireHerriko se crait, je lai de suite intgre.Avec des cultures tournantes, on limite lro-sion, on a une meilleure qualit du sol. Chezmoi, cest flagrant, le mas vient aussi mieuxde la sorte. Et en tant que paysan, cest valo-risant de produire quelque chose qui seraconsomm par les gens du pays.

    La filire Herriko regroupe ce jour sept pay-sans, deux minoteries et trente boulangersdu Pays Basque. Le groupe de paysans est peu prs le mme depuis le dbut. Il a volon-tairement t limit jusquici, jusqu ce quelon matrise bien la production et aussi enfonction des dbouchs quil y avait. Aujour-dhui, de nouveaux paysans souhaitent int-grer la filire, on va commencer ouvrir ,explique Flix Noblia, paysan Bergouey.

    Le prix du bl, qui tient compte des chargesmoyennes de lensemble des cultivateurs,

    se situe un niveau plancher de 240 eurosla tonne. Si le cours du bl est au-dessusde ce niveau, un bonus nous est accord, silest au dessous, ce prix nous est garanti. Onsait donc quon ne perdra pas dargent, moins que notre rcolte ne soit pas pani-fiable, mais a, on ne peut pas le matriser ,prcise Flix Noblia.

    La filire utilise la varit de bl Apache,et depuis un an la varit Illico galement. Ctait une demande des minoteries dedmarrer avec des varits reconnues. Maisnos objectifs sont dutiliser des varitslocales, plus rsistantes aux maladies. Lesminotiers sont ouverts ces volutions ,indique Emmanuelle Bonus, technicienne Laborantxa Ganbara, la chambre dagricul-ture alternative basque qui suit la dmarche(cf. CS n 277).

    Un cahier des charges fixe les conditionsde production et de fabrication pour tous lesmaillons de la filire. Pour les paysans, il sagitnotamment dun usage trs restrictif despesticides ou encore de linterdiction de cul-tiver du bl deux annes de suite sur la mmeparcelle. Des contrles dun organisme externeseront mis en place prochainement.

    Les boulangers sont aussi satisfaits : Lesgens qui gotent le pain Herriko ladoptent,ou en tout cas y reviennent rgulirement ,commente Philippe Begards de la boulan-gerie La Petite Bayonnaise, Bayonne. n

    Source : Maritxu Lopepe,

    journaliste Laborari (n 1078), journal dELB,

    syndicat paysan basque membre

    de la Confdration paysanne.

    Cooprer pour valoriser les savoir-faire et les ressources dun territoire

    Herriko, une filire pour le pain basquePaysans, meuniers et boulangers collaborent pour proposer un pain de qualit dont toutes les tapes de production sontralises au Pays Basque. Sur un territoire o la monoculture de mas est importante, lintroduction du bl permet aussi deprserver la qualit des sols grce aux rotations de cultures.

    VI \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

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    Philippe Begards, boulanger Bayonne, Nicole Larroulet, responsable de la minoterie d'Ustaritz, et FlixNoblia, paysan Bergouey : Herriko est une belle dmarche territoriale.

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    Cooprer Une question de posture et dapprentissage ?Lalimentation doit tre laffaire de tous : paysans, artisans, consommateurs, salaris, lus,etc. Cest partir de ce constat que se dveloppent de plus en plus de projets associant dif-frentes parties prenantes. En France, une panoplie de statuts permet de cooprer dans lemme projet, notamment avec la cration des SCIC (1). Mais, si le statut est le cadre choisipour exprimer au mieux le projet, il ne garantit, ni la qualit de la coopration, ni latteintedes objectifs. Ces derniers doivent tre, au pralable, clairement identifis, partags et dcli-ns sur des choix dorganisation cohrents. Travailler les postures de la coopration est aussiessentiel : lorsquun collectif compos de paysans, salaris et consommateurs statue sur leprix du kilo de pommes, par exemple, les intrts de ces catgories doivent tre pris en compte,mais aussi lintrt du collectif lui-mme, qui dpasse la somme des catgories. Cela demande chacun de se situer au-del de son point de vue habituel de paysan, salari ou consom-mateur et dadopter une posture dcale, de construction dune entit commune. Seuls laconnaissance, la confiance et lapprentissage mutuels le rendent possible.

    Franois Monat

    (1) Le statut de Socit Cooprative dIntrt Collectif, cr en 2001, permet par exemple dassocier des collectivitsau projet.

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  • Grard Poisson, leveur et cograntde latelier de dcoupe De la Terre lAssiette, Nozay, en Loire-Atlan-tique, et Joseph Brl, un des derniers bou-chers-abatteurs du dpartement (1), parlentdune mme voix : il faut rassembler pro-ducteurs et artisans dans une mme dyna-mique en faveur des filires courtes, et dunprojet dabattoir de proximit aujourdhuisoutenu par le conseil gnral.

    De son ct, Terroirs 44, association deproducteurs fermiers, fait le constat deslimites de son champ daction, la ventedirecte : dvelopper les circuits de proxi-mit passe ncessairement par unecoopration entre tous les acteurs de

    lalimentation, permettant de valoriser lessavoir-faire de chacun, doptimiser lesoutils, et de rpondre aux exigences dequalit de consommateurs de plus enplus nombreux.

    Tous les acteurs de cette dynamique (2)

    saccordent rapidement sur les bnficesdes relations directes entre leveurs et arti-sans. Mais ils prennent vite la mesure dersistances diverses et parfois virulentes exprimes sur le terrain entre des profes-sions qui se sont dveloppes en se tour-nant le dos, soumises chacune de son ctau bulldozer de la grande distribution. Ilfaut un peu de temps pour reconstruire despasserelles

    Cest pourquoi depuis deux ans, les parte-naires multiplient les initiatives : rencontressur les fermes et en boutique, valorisationde partenariats exemplaires loccasionde la semaine nationale de lartisanat, inter-ventions auprs des apprentis, annuaire deproducteurs souhaitant travailler avec desartisans Tous sont convaincus que de fil enaiguille, le maillage finira par se tisser.n

    Anne-Sophie Bouveret,

    Terroirs 44, www.terroirs44.org

    (1) Joseph Brl est prsident de la Confdration gnralede lalimentation au dtail (CGAD) des Pays-de-la-Loire.(2) avec galement lUPA : Union professionnelle des arti-sans (UPA) et Cap44, cooprative qui uvre la promo-tion de lagriculture paysanne, linitiative de la Confd-ration paysanne.

    Dossier

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / VII

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    Restaurer les passerelles entre leveurs et artisans bouchers

    Mettre sur pied une filirecomplte dalimentationlocale et durable Lige, pourque les consommateurslocaux salimententmajoritairement en alimentslocaux, cest le projetde la Ceinture aliment-terreligeoise (CATL), lancefin 2013.

    Lide : mettre en rseautous les acteurs actuelset potentiels du circuitcourt de Lige et des environs.Soient les agriculteurs, transfor-mateurs, distributeurs, groupe-ments dachats mais aussilagence de dveloppement co-nomique, les acteurs ducatifs,sociaux et culturels. On veutcrer une souverainet alimen-taire ligeoise, pour une alimen-tation plus saine, plus respec-tueuse de lenvironnement, maisaussi cratrice demplois locauxnon dlocalisables , rsumeChristian Jonet, coordinateur delassociation Barricade, lune deschevilles ouvrires de la CATL. Il y a dj beaucoup de projetsexistants et une masse dacteursprts se mettre en mouvementdans ce sens. On veut mettre enplace, ensemble, une stratgiepour que ce qui tait hier margi-

    nal et parpill devienne dsor-mais significatif et reli. Cest aussile projet dune alliance ville-cam-pagne : la campagne nourrit laville, et la ville soutient la cam-pagne par ses choix de consom-mation, dpargne et dinvestis-sement.

    Pour dfinir sa stratgie et sesplans dactions, la CATL se basesur des mthodes participativesdintelligence collective. Elle adj organis deux journes detravail, runissant chacune 150participants. Ils ont dfini ce quilsvoulaient, selon la technique duforum ouvert propose lors dela journe de lancement, ennovembre 2013 : lanimateur ainvit les participants proposerdes ateliers de rflexion en liendirect avec la Ceinture aliment-terre ligeoise

    En tout, 42 ateliers ont t pro-poss. En vrac : laccs la terre,le financement participatif desinitiatives, la place des coopra-tives dans les circuits courts, lerle de la (grande) distribution,louverture aux agriculteursconventionnels, le rle des pou-voirs publics, la gestion de loffre(entre dficits et excdents), les paysages comestibles voca-tion pdagogique, la formationdes nouveaux producteurs, les

    actions desensibilisation de lapopulation ligeoise.

    CATL veut surtout aboutir desprojets concrets. De nombreuxexistent dj, dautres mergentou sont dans les cartons : descantines scolaires et des restau-rants en circuit court ; des coop-ratives de producteurs (ex: coop-rative Point Ferme, projet LesCompagnons de la Terre) ; unemutualisation des investisse-ments ou des infrastructures pouraccompagner les porteurs de pro-jet au sein dune couveuse den-treprises (ex : Point Vert, Stre) ;des outils pour sensibiliser et par-tager les savoirs

    Il faut trouver ou crer lesmaillons pour que cette filirese mette en place, pour faire

    s y s t m e .On essaie de nou-

    velles choses, on innovesocialement et techniquement,en organisant aussi des conver-gences avec le monde de larecherche et de lenseignement,pour dbloquer certains nudsqui font que lagro-industrieoccupe encore toute la place ,explique Benot Nol, du Grou-pement rgional conomiquedes valles de lOurthe et delAmblve, autre partenaire duprojet. Lobjectif est de soute-nir ces alternatives, les outiller,les relier, les faire grandir. Pourque dici quelques annes, Davidbatte Goliath. n

    Source : Christophe Dubois,

    CC Journal Symbioses, n 103, 3me

    trimestre 2014, www.symbioses.be

    Lige se fabrique une ceinture aliment-terre

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  • Lide a merg lautomne 2013avec un administrateur qui nous aconfi vouloir faire quelque choseautour de laide alimentaire explique Per-rine Tavernier, coordinatrice du Civam 26 (1).Elle entre en contact avec le Gesra, grou-pement des piceries sociales et solidairesen Rhne-Alpes. Il nous paraissait fonda-mental de sappuyer sur des structures-relaisproches de valeurs dducation populaire,promouvant la participation des bnfi-ciaires, avec un accompagnement social despersonnes , souligne Perrine. Le Gesra,association reconnue dintrt gnral,rpond favorablement la sollicitation. Nous travaillons sur le sujet de lagricul-ture depuis longtemps, confirme VroniqueBouch, charge de dveloppement. Nouscherchions dterminer la manire de faireentrer les fruits et lgumes dans les pice-ries, alors mme que les publics en prca-rit ont du mal en consommer.

    Le Gesra et le Civam 26 dfinissent com-munment un projet qui permette dali-menter en lgumes locaux et de qualit les

    piceries de la Drme. Deux marachers pro-posent de mettre disposition une petite par-tie de leur terrain. Il ntait pas question quece soit un sacrifice pour eux, ni une charge detravail trop lourde , tient prciser PerrineTavernier. Cest sur la base des besoins dter-mins par les piceries et en prenant encompte les contraintes de production desagriculteurs, que sont mis en culture despommes de terre, carottes, choux et courges.En retour, dans une logique de sensibilisation,les piceries mettent en place des ateliers par-ticipatifs et collectifs ouverts tous. Lesbnficiaires viennent sur la ferme et partici-pent des temps intressants dune heure etdemie environ, comme les temps de semis oude rcolte en commun , illustre VroniqueBouch. Ce sont vraiment des activits pda-gogiques, des moments de rencontres aveclagriculteur qui trouve l une rtribution entermes de sens et dchanges, prcise PerrineTavernier. Il ny a aucune obligation, cest bassur le volontariat.

    Si le bilan est en cours, Perrine Tavernieravance que plus de deux tonnes de pommes

    de terres auraient t produites, 800 kg decarottes et environ une tonne de courges,avec lappui de trois marachers en bio(2). Cesproduits finaux sont rcuprs chez lagri-culteur par les piceries qui les revendent 10 % environ du prix moyen du march. Largent issu de la vente devrait permettreaux piceries dautofinancer leurs semencespour lanne prochaine, se rjouit PerrineTavernier. On se dirige vers un projet auto-nome, notamment vis--vis de la rgionRhne-Alpes qui avait financ pour la pre-mire anne du projet les semences, plants,engrais verts et petit matriel. Si ladmarche pourrait terme essaimer surdautres dpartements, sa force tient en lamise en place dun vritable rseau de soli-darit locale, riche de convivialit, de plai-sir et daccessibilit. n

    Sophie Chapelle

    (1) Centre dInitiative pour Valoriser lAgriculture et leMilieu rural de la Drme.(2) Lagriculture biologique ntait pas un critre pour ceprojet, mais en loccurrence, seuls des marachers bio sesont ports volontaires.

    Comment garantir que les paysans,notamment les petits marachers,puissent vivre avec des revenus dcents?Une question difficile laquelle a bienvoulu rpondre Morgan Ody.

    Elle sest installe en marachage sur unhectare il y a maintenant deux ans,dans la commune de Brech (Morbi-han). Morgan Ody livre une amap(1) qui com-prend une cinquantaine de familles, ainsiquun march sur la commune. Lamapsest monte autour de mon projet en 2009et ma accompagne dans linstallation ,confie-t-elle. Laccompagnement se traduitsous formes diverses : chantier de plantationde haies, organisation de runions pour dter-miner la manire dont seront fixs les prix,sensibilisation pour recruter dautres ama-piens Et a marche! De trente paniers en

    Circuits courts & solidarits

    Accessibilit Dans la Drme, un rseau de solidarit locale est en marcheUne nouvelle voie dans laide alimentaire sest ouverte dans la Drme ces derniers mois. Retours sur un projet co-construit parle Civam de la Drme et le Gesra Groupement des piceries sociales et solidaires en Rhne-Alpes.

    Solidarits Installation en marachage : Le soutien de lamap a t dterminant

    VIII \ Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014

    Dossier

    /Morgan Ody, droite, aux cts d'amapiens, en avril dernier.

    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:49 Page VIII

  • Sarzeau, dans le Morbihan,des marachers ont mis en placeune coopration sur la productionet la vente.

    Julien Hamon sinstalle en 2007 avecson collgue sur 18 hectares en loca-tion. La ferme est compose de troisateliers : marachage, boulange et poulespondeuses. En 2008, les paysans rejoignentune organisation collective de marachersexistant depuis les annes quatre-vingt-dix. leur arrive, cela fait trois fermes, dis-tantes de 20 25 kilomtres. Cette orga-nisation fonctionne quatre ans et fournit

    quatre stands de march la semaine etdeux amaps. La gamme de cent lgumesest divise entre les fermes. Le pain et lesufs sont aussi mutualiss pour une par-tie de la vente. Des outils sont partags. Lentre dans cette organisation nous a per-mis de monter assez vite dans notre chiffredaffaires, ds notre installation , expliqueJulien. La rotation des lgumes entre lesfermes est galement un plus agronomique.Cela nous permet aussi de nous concentrersur notre production.

    Malgr ces atouts, les trois fermes mettrontfin leur collaboration: Lloignement taitun problme au niveau logistique et il tait dif-

    ficile trois de rpartir quitablement leschiffres daffaires raliss , commente Julien.

    Persuads de lintrt de la dmarche, lesmarachers de Sarzeau rebondissent sur unecoopration naissante avec de jeunes instal-ls de leur commune. Des collgues se sontinstalls en 2010 en mme temps que sest crun march alimentaire sur la commune. Pluttque de devenir concurrents, nous avons com-menc travailler ensemble sur le mme prin-cipe que le collectif dont nous faisions partie.

    Depuis mars 2014, les deux fermes par-tagent la gamme de lgumes et vendentensemble sur un march et une amap. Larpartition est base sur des quivalencesen terme de chiffre daffaires et de famillesde produits. Une anne sur deux, la gammede lgumes change de ferme. Cette nou-velle association est plus taille humaine etplus locale, et nous passons beaucoup moinsde temps la commercialisation , com-mente Julien.

    Linitiative est rvlatrice dun souhaitgrandissant des marachers bio de trouverun quilibre entre passion du mtier etbien-tre au travail. De multiples exemplesexistent en France. La Fnab publie un recueildexpriences de mutualisation tlchar-geable sur : www.fnab.org. n

    Danielle Broekarts,

    Groupement des agriculteurs biologiques 44

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / IX

    Dossier

    2012, Morgan est passe en 2014 45 paniers. Avoir un salaire vers sur toutelanne est trs scurisant. Lamap me permetgalement de gagner normment en termesde temps de travail , souligne Morgan. Quifait le choix de complter sa distribution surun march pour plus de scurit .

    Morgan dgage en moyenne un revenu netdenviron 500 euros par mois. Ce nest pasle Graal et jen suis bien consciente , appuie-t-elle. Mais le rapport entre-temps de tra-vail et revenu en marachage se rvle pourle moins compliqu . Lamap devraitpermettre datteindre le Smic mais il faut

    voir le nombre de paniers que cela implique,observe Morgan. Soit on augmente le prix dupanier avec le risque que cela soit trop cher :on ne va tout de mme pas vendre descarottes 5 euros le kilo ! Soit on augmentele nombre de paniers livrs, et je suis la pre-mire ne pas vouloir fournir 80 familles: celareprsente un temps et une charge de tra-vail que je nai pas envie davoir.

    Morgan a donc dcid de miser sur lamutualisation et le troc. Avec deux autresmarachers, nous ralisons des chantierschaque lundi. On se file des coups de mainet on schange aussi nos surplus: si quelquun

    na pas de salade par exemple, on sen-traide. Une majorit de ses clients sontsur la commune de Brech, ce qui entranegalement un bel lan de solidarit. Lan-ne prcdant mon installation, nous avonsmont un groupement foncier agricole (GFA)dans lequel on retrouve beaucoup dama-piens . Le GFA a permis dacheter 19 hec-tares et un btiment agricole permettantlinstallation dune chevrire. Pour Morgan,cest certain : le rseau des amaps est effi-cace et essentiel . n

    Sophie Chapelle

    (1) Association de maintien pour lagriculture paysanne

    Le local solidaireLe lien entre producteurs et consommateurs dune mme rgionprend naturellement bien des formes. Ainsi les journes de solidaritorganises par le rseau des amaps du Pays Basque en juillet (1). Le4 juillet, de violentes intempries ont provoqu des dgts consid-rables. La solidarit sest rapidement mise en uvre, comme ici, Halsou, chez Maritxu Irum et Eric Amestoy, marachers et produc-teurs de piments. Voisins et amapiens taient nombreux les 11et 14 juillet pour redresser les parcelles de piment endommages.

    (1) Rseau des associations pour le maintien de lagriculture paysanne au Pays Basque :www.inter-amap-pays-basque.org

    /

    Exemple de rotation Ferme A Ferme B

    Produits une anne sur deuxsur chaque ferme : les produitsen vis--vis sont les produitsconsidrs comme quivalent.

    Salades Tomates classiques Pommes de terre nouvelles Haricots verts Choux Ail/Oignons/chalotes Musquet et Butternut Cleris Carotte de conservation Panais/Rutabaga Mche

    Radis Tomates cerises et anciennes Poivrons, Aubergines Pomme de terre Petits pois Poireaux Potimarron et Courges Betterave Carotte primeurs Mas doux Cte de Bette

    Produits qui restent sur lamme ferme pour quilibrerles chiffres daffaires.

    Artichauts, rhubarbe, pains etufs

    Courgette et fraises

    Outils partags Cooprer en marachage diversifi

    Campagnes solidaires N 301 dcembre 2014 / IX

    CS 301.qxd:CS actu 245.qxd 27/11/14 19:49 Page IX

  • Les institutions et collectivits ontintgr le mouvement des circuitscourts, notamment dans le cadrede la restauration collective (1). Puis lesgrandes enseignes ont commenc sin-tresser laffichage de produits locauxdans leurs tals, et aux bnfices affrentsen termes dimage. Pour capter descibles qui dlaissent les hypermarchs, laplupart des enseignes ont repens leursmagasins, chang leurs noms et leursassortiments (2). Aujourdhui, les pro-duits locaux ne sont plus un march deniche (3).

    Dans ce contexte, se pose la question dela prennit des initiatives pionnires,construites sur des finalits principale-ment thiques ou politiques, et non paspour gagner des parts de march . Carsur un plan purement conomique, ellesont des fragilits : dune part, elles nontpas la capacit financire de leurs nou-veaux concurrents ; dautre part, elles nesont pas forcment outilles pourrpondre la volatilit des consomma-teurs qui peuvent tre sduits par dautres

    offres juges plus pratiques, plus com-pltes.

    Sur le court terme, les circuits courtsalternatifs les plus fragiles doivent biensr asseoir leur modle conomique, entravaillant sur la communication, les prix,les marges, la logistique ou les modes dedcision (4). Sur le plus long terme, ilspeuvent aussi jouer sur la crdibilit deleur dmarche et la richesse de leursliens sociaux. Tout dabord, en amlio-rant cette dmarche commerciale et enlexpliquant mieux. Dun ct pour mar-quer leur diffrence sur les valeurs por-tes, et dun autre pour rpondre auxdemandes des consommateurs qui sontcompatibles avec ces valeurs. Parexemple, en ajoutant des agrumes enhiver (5), ou en partant demble sur desgammes compltes, y compris non ali-mentaires (6).

    Ensuite, les circuits courts alternatifspourraient gagner beaucoup cooprerdavantage, lchelle de leur territoire.Cest pourquoi sur Lyon, par exemple,une vingtaine de structures se rappro-

    chent pour crer un partenariat (7), quipermettrait ses membres de mutuali-ser des activits tout en conservant leuridentit : formation des salaris, organi-sation dvnements de promotion, logis-tique, etc. Limpulsion de ce type de dyna-mique ncessite un soutien de lacollectivit. Mais lenjeu est important,car en reliant vraiment notre agricultureet notre alimentation, les circuits courts alternatifs les bousculent dans le bonsens. n

    Franois Monat,

    Ardear Rhne-Alpes

    (1) Exemple du Plan Barnier en 2009.(2) Stratgies Magazine n 1542.(3) 40 % des consommateurs achtent souvent desproduits locaux, et 70 % le font davantage depuis 2 ans. Ilsle font pour 25 % dans les GMS soit autant quen ventedirecte (enqute Ipsos, fvrier 2014).(4) Cest ce que proposait en 2014 un diagnostic conduitpar Gilles Chabanet pour des organisations lyonnaises.(5) Exemple De la ferme au quarti