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COUPES FORTES ET COUPES RASES DANS LES FORÊTS FRANÇAISES C. BARTHOD - G. PIGNARD - F. GUÉRIN Erika BOUILLON-PENROIS Rev. For. Fr. LI - 4-1999 469 L’article d’introduction au numéro spécial 1996 de la Revue forestière française consacré à la gestion durable des forêts tempérées insistait sur le fait que, derrière les discussions sur ce sujet, se livre une série de débats et conflits. Il existe notamment un débat technico-scientifique sur ce qu’est une gestion durable, débat fondé sur le rejet de certaines pratiques sylvicoles développées essentiellement en Amérique du Nord et dans les forêts tropicales, mais dont l’Europe n’est pas totalement indemne. Il y a également un débat scientifico-politique, où des experts et des ONG tentent de trouver un appui sur certains travaux scientifiques et sur l’opinion publique pour faire pression sur le pouvoir politique en vue de modifier certains aspects des politiques forestières qui leur déplaisent : la question est alors celle de l’acceptabilité sociale des pratiques forestières. Le thème des coupes fortes, et plus encore des coupes rases, se situe à la charnière de ces deux types de débat. L’opinion publique française est sensible à cette question. Comme le montre l’enquête menée par le CREDOC durant l’hiver 1995-96 sur les opinions des Français concernant l’environnement et la forêt, 31 % des Français trouvent les coupes rases trop nombreuses. Il s’agit du second motif de critique de l’action des forestiers, après “l’entretien insuffisant des forêts” qui est ressenti par 59 % des Français. Il n’est, de plus, pas totalement sans rapport avec le quatrième motif de critique, celui de la modification des paysages, qui mobilise 22 % des Français. En Europe, depuis des dates très variables selon les pays, cette question fait l’objet de nombreuses réflexions, voire d’initiatives législatives. En Suisse, la loi de 1991 précise que « les coupes rases et toutes les formes d’exploitation dont les effets pervers peuvent être assimilés à ceux des coupes rases sont inadmissibles » ; néanmoins les cantons peuvent donner des autorisations à titre excep- tionnel. Au Royaume-Uni, toutes les coupes de plus de 5 m 3 sont conditionnées à l’octroi d’une licence par la Forestry Commission, quand elles ne sont pas prévues dans un plan de gestion préa- lablement approuvé par cet organisme. En Autriche, la loi de 1975, amendée en 1987, soumet les coupes de plus de 0,5 hectare à une autorisation spéciale, et interdit celles de plus de 2 hectares. De nombreux Länder d’Allemagne ont récemment modifié leurs lois fondamentales pour imposer de fortes restrictions aux coupes rases : par exemple, le Land de Rhénanie du Nord - Westphalie interdit désormais les coupes rases de plus de 1 hectare en forêt privée, sauf autorisation spéciale (loi de 1995), et de plus de 0,3 hectare en forêt domaniale (décret de 1991). D’autres pays, comme la Finlande et la France, estiment que la solution aux problèmes de tous ordres que peuvent soulever certaines coupes rases ne se trouve pas dans la fixation d’un seuil de

COUPES FORTES ET COUPES RASES DANS LES …documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/5456/469_486.pdf · fortes restrictions aux coupes rases:par exemple,le Land de Rhénanie

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  • COUPES FORTES ET COUPES RASESDANS LES FORTS FRANAISES

    C. BARTHOD - G. PIGNARD - F. GURINErika BOUILLON-PENROIS

    Rev. For. Fr. LI - 4-1999

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    Larticle dintroduction au numro spcial 1996 de la Revue forestire franaise consacr lagestion durable des forts tempres insistait sur le fait que, derrire les discussions sur ce sujet,se livre une srie de dbats et conflits. Il existe notamment un dbat technico-scientifique sur cequest une gestion durable, dbat fond sur le rejet de certaines pratiques sylvicoles dveloppesessentiellement en Amrique du Nord et dans les forts tropicales, mais dont lEurope nest pastotalement indemne. Il y a galement un dbat scientifico-politique, o des experts et des ONGtentent de trouver un appui sur certains travaux scientifiques et sur lopinion publique pour fairepression sur le pouvoir politique en vue de modifier certains aspects des politiques forestires quileur dplaisent : la question est alors celle de lacceptabilit sociale des pratiques forestires. Lethme des coupes fortes, et plus encore des coupes rases, se situe la charnire de ces deuxtypes de dbat.

    Lopinion publique franaise est sensible cette question. Comme le montre lenqute mene parle CREDOC durant lhiver 1995-96 sur les opinions des Franais concernant lenvironnement et lafort, 31 % des Franais trouvent les coupes rases trop nombreuses. Il sagit du second motif decritique de laction des forestiers, aprs lentretien insuffisant des forts qui est ressenti par 59 %des Franais. Il nest, de plus, pas totalement sans rapport avec le quatrime motif de critique, celuide la modification des paysages, qui mobilise 22 % des Franais.

    En Europe, depuis des dates trs variables selon les pays, cette question fait lobjet de nombreusesrflexions, voire dinitiatives lgislatives. En Suisse, la loi de 1991 prcise que les coupes rases ettoutes les formes dexploitation dont les effets pervers peuvent tre assimils ceux des coupesrases sont inadmissibles ; nanmoins les cantons peuvent donner des autorisations titre excep-tionnel. Au Royaume-Uni, toutes les coupes de plus de 5 m3 sont conditionnes loctroi dunelicence par la Forestry Commission, quand elles ne sont pas prvues dans un plan de gestion pra-lablement approuv par cet organisme. En Autriche, la loi de 1975, amende en 1987, soumet lescoupes de plus de 0,5 hectare une autorisation spciale, et interdit celles de plus de 2 hectares.De nombreux Lnder dAllemagne ont rcemment modifi leurs lois fondamentales pour imposer defortes restrictions aux coupes rases : par exemple, le Land de Rhnanie du Nord - Westphalieinterdit dsormais les coupes rases de plus de 1 hectare en fort prive, sauf autorisation spciale(loi de 1995), et de plus de 0,3 hectare en fort domaniale (dcret de 1991).

    Dautres pays, comme la Finlande et la France, estiment que la solution aux problmes de tousordres que peuvent soulever certaines coupes rases ne se trouve pas dans la fixation dun seuil de

  • surface, mais dans une plus grande capacit des acteurs forestiers prendre conscience desimpacts de leurs dcisions et adapter en consquence leurs choix sylvicoles.

    Pour toutes ces raisons, il convenait de faire le point sur cet aspect de la gestion des forts fran-aises partir de donnes objectives concernant non seulement les coupes rases, mais aussi lescoupes fortes susceptibles davoir un impact paysager marqu. Cest le but recherch dans cetarticle qui repose sur lanalyse de donnes collectes par lInventaire forestier national (IFN) et surune tude bibliographique concernant les impacts des coupes rases, toutes deux menes en 1996-1997 la demande de la Direction de lEspace rural et de la Fort.

    MTHODOLOGIE

    Dans son travail courant dinventaire de la ressource forestire, lInventaire forestier national (IFN)value les superficies momentanment dboises. La compilation des rsultats dpartementauxdisponibles une date donne fournit en faisant abstraction du dcalage temporel des diff-rents inventaires une estimation nationale de la surface forestire ltat de coupe rase. Celle-ci slve ainsi 139 300 ha au 31 dcembre 1997. Cette valuation ne recouvre toutefois quecertains aspects du sujet abord ici :

    en premier lieu, il sagit de lvaluation dun stock, laquelle ne permet pas dapprhender lesflux de surfaces au cours dune priode donne. La principale raison est la variabilit de la durequi scoule entre la coupe et linstallation dun nouveau peuplement, que ce soit par plantation oupar voie naturelle ;

    par ailleurs, ne sont prises en compte que les coupes totales et (temporairement) nonsuivies de rgnration (naturelle ou artificielle). Or certaines coupes ont un fort impact cologique,visuel et social, sans pour autant pouvoir tre ranges dans cette catgorie. Elles chappent de cefait cette estimation.

    Afin de complter linformation disponible, lInventaire forestier national a entrepris, il y a une quin-zaine dannes, un travail complmentaire. Les donnes correspondantes, moins diffuses ce jourque les rsultats classiques dinventaire, prsentent un intrt vident et ont dsormais lavantagedexister sur la quasi-totalit du territoire mtropolitain.

    La mthode mise en uvre consiste examiner, sur les photographies ariennes les plus rcentes(gnralement celles de linventaire en cours dans un dpartement donn), la situation des placettesde linventaire prcdent. On dtermine alors si la placette a subi une coupe rase ou forte, et le caschant la nature de cette coupe. Lintervalle de temps sparant les deux examens est en moyennede 8,6 annes pour les rsultats comments ci-aprs, avec des extrmes de 6 et 12 ans.

    Une utilisation classique de lchantillon de placettes de lIFN permet de dduire de ces observa-tions une estimation de la surface de chacun des types de coupes pendant la priode tudie.Cette mthode nest pas adapte au cas des claircies courantes : les plus anciennes ne sont eneffet pas dcelables sur les photographies ariennes en raison de la fermeture progressive ducouvert aprs lintervention. Les catgories de coupes rases et coupes fortes distingues par lesphoto-interprtes sont indiques dans lencadr p. 471.

    Si lon excepte le cas des dfrichements (qui ne peuvent pas toujours tre considrs comme desoprations de gestion sylvicole), les coupes finales de rgnration correspondent aux types 2, 3et 4 ; les types 2 et 4 recouvrent les coupes rases au sens strict (suivies de plantation ou non),tandis que le type 3 correspond aux coupes dfinitives dans le cadre de rgnration naturelle. Lesautres coupes fortes sont soit des claircies fortes, soit des coupes prparatoires la rgnration,soit encore des coupes de type taillis-sous-futaie.

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    C. BARTHOD et al.

  • La Direction de lEspace rural et de la Fort a demand lIFN de complter ces donnes par uneinformation sur la surface unitaire des coupes rases et coupes fortes. cet effet, les placettes IFNlocalises dans des coupes ont t rexamines en 1996, et la surface de la coupe a t mesure.La superficie des coupes rases et coupes fortes peut ainsi tre rpartie par classe de surfaceunitaire, ce qui permet de mieux en cerner les consquences environnementales et paysagres.Cette opration a depuis t intgre dans les tches courantes de lIFN.

    La mthodologie retenue apparat sduisante et simple (au moins sur le plan thorique) ; il convientcependant den valuer la fiabilit. Deux types derreur peuvent entacher les rsultats :

    lerreur statistique, usuelle avec les donnes de lInventaire forestier national. lchellenationale et un niveau de confiance de 95 %, lerreur sur la surface totale des coupes rases etcoupes fortes est de lordre de 2,4 %, ce qui parat tout fait acceptable. Elle est beaucoup plusimportante au niveau dpartemental, o elle se situe gnralement entre 20 et 50 % ;

    lerreur opratoire, qui na pu tre value de manire prcise. La principale difficult delopration rside dans le positionnement de la placette sur la nouvelle photographie arienne ; lerisque derreur est dautant plus grand que la surface individuelle de la coupe est faible.

    Enfin, il faut souligner ladoption de la convention suivante dans le cas de coupes adjacentes (oudistantes de moins de 15 m) : la surface mesure est la surface totale des coupes. Ce choix privi-lgie lapproche environnementale par rapport une utilisation socio-conomique des donnes.Toutefois, si cette convention peut influer sur laffectation de la placette une classe de surfaceunitaire ou une autre, elle ne modifie en rien lestimation de la surface totale des coupes (qui estcalcule partir de la surface dextension des placettes IFN).

    LTAT DES LIEUX CONCERNANT LENSEMBLE DES COUPES FORTESET DES COUPES RASES

    Le domaine analys

    Les rsultats prsents ci-aprs se rapportent lensemble du territoire mtropolitain, lexclusiondes quatre dpartements suivants : Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Mayenne et Sarthe pourlesquels les donnes ne sont pas disponibles. Ce domaine reprsente 98,2 % de la surface boisede production. Compte tenu de la physionomie forestire de ces dpartements, on peut raisonna-blement penser que les rsultats nationaux ne scartent que trs peu des estimations obtenues.

    La priode tudie est pratiquement la dcennie des annes 1980 : il sagit en moyenne de lapriode 1980-1988 ; cette moyenne masque toutefois un talement des priodes dpartementales,qui sexplique par le mode opratoire de lInventaire forestier national dont les travaux lchellenationale stendent sur plus dune dcennie. Les priodes extrmes observes sont ainsi 1974-1983 et 1988-1994.

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

    1 = coupe rase suivie de dfrichement

    2 = coupe rase non suivie de linstallation dun peuplement (le terrain passe ltat de lande, danslattente dune ventuelle recolonisation naturelle ou dune plantation ultrieure)

    3 = coupe dfinitive accompagne par linstallation naturelle dun peuplement

    4 = coupe rase suivie dune plantation (ou de travaux prparatoires)

    5 = coupe totale des interbandes dans un reboisement en bande

    6 = coupe totale de ltage dominant

    7 = coupe forte ayant enlev plus de 50 % de ltage dominant, mais pas tout ltage dominant

  • valuation globale

    Selon les donnes de lInventaire forestier national, les coupes rases et coupes fortes touchentannuellement une superficie denviron 104300 ha, pour environ 49000 chantiers, ce qui correspond une surface unitaire moyenne de 2,1 ha. La surface annuelle totale des coupes rases et coupesfortes reprsente 0,8 % de la superficie forestire.

    Cette valuation regroupe en fait plusieurs types de coupes, assez diffrents, qui ont t dcritsprcdemment. Il sagit de la prise en compte exhaustive de toutes les coupes susceptibles davoirun impact visuel ou paysager fort, et non seulement des coupes de rgnration des peuplementsforestiers.

    Les coupes suivies dun dfrichement (type 1), y compris pour des travaux de desserte forestireou de place de dpts pour lexploitation, sont au nombre denviron 11000 par an pour une surfacetotale de 14 900 ha et une surface unitaire de 1,4 ha. Les coupes rases au sens strict (types 2 et 4)sont en moyenne de 9600 par an, pour une surface totale de lordre de 31100 ha et une surfaceunitaire de 3,3 ha. Les coupes dfinitives dans le cadre dune rgnration naturelle (type 3) sontenviron 17200 pour une surface totale de 36 800 ha par an et une superficie unitaire de 2,1 ha.

    Les autres coupes fortes (types 5, 6 et 7 : coupe des interbandes, coupes prparatoires une rg-nration naturelle, coupes de taillis-sous-futaie) sont au nombre de 11100 pour une superficie de21500 ha par an, et une surface moyenne de 1,9 ha.

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    C. BARTHOD et al.

    Les dfrichements

    La surface annuelle moyenne qui a fait lobjet dune autorisation de dfrichement sur la priode1978-1986, correspondant peu prs la priode tudie par lIFN, se situe aux environs de6100 ha, comparer aux 14 900 ha observs par lIFN (dont 10 300 ha de surface unitaire inf-rieure 4 ha). En acceptant de gnraliser lensemble de la fort franaise un abattement pourtravaux de desserte forestire comparable celui observ dans les forts publiques, un minimumde 5800 ha semble chapper une procdure dautorisation.

    Il faudrait donc admettre que 56 % des dfrichements de moins de 4 ha concernent des casdexemption prvus par larticle L.311-2 du Code forestier, et se trouvent pour la plupart situsdans des massifs de moins de 4 ha. Dans les dpartements peu boiss, dont le paysage est struc-

    Type de coupe Surface annuelle Nombre annuel Surface unitaire(ha/an) de chantiers (ha)

    1 Dfrichement . . . . . . . . . . . . . . . . 14900 11000 1,4

    2 Coupe rase attente . . . . . . . . . 3300 3300 1,0

    3 Coupe dfinitive installation 36800 17200 2,1naturelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

    4 Coupe rase plantation . . . . . . 27800 6300 4,4

    5 Coupe interbande . . . . . . . . . . . . 1000 230 4,4

    6 Coupe tage dominant . . . . . . . . 3200 1470 2,2

    7 Coupe forte (plus de 50% deltage dominant) . . . . . . . . . . . . 17300 9400 1,8

    TOTAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104300 48900 2,1

    Tableau I Rpartition des coupes fortes et coupes rases par nature de coupe

  • tur par ces bosquets et boqueteaux, lhypothse est vraisemblable, car on constate clairementleur disparition rapide. Dans les dpartements fortement boiss, lhypothse est beaucoup pluscontestable, et mriterait un examen dtaill que les donnes de lIFN actuellement disponibles nepermettent pas.

    Rpartition par classes de surface

    Sur la base des conventions de lIFN, 43 800 coupes fortes ou rases (par an) sont dune tailleunitaire infrieure 4 ha, et 36500 dune taille infrieure 1 ha. Le nombre de coupes susceptiblesde poser des problmes paysagers lis ce seuil (selon une conception de type germanique) sesitue donc au maximum entre 5000 et 12300, soit entre 10 et 25 % des chantiers. Elles reprsen-tent 55 73 % de la surface totale des travaux sylvicoles susceptibles dtre fortement perus parle public se promenant en fort. Elles peuvent marquer durablement le paysage. Il convient nan-moins de garder en mmoire le fait quen France les promeneurs entrent gnralement moinsprofondment quen Europe centrale et orientale au cur des forts, et que limpact paysager tientessentiellement la possibilit quoffre le relief davoir une vue densemble sur les chantiers sylvi-coles.

    Analyse par catgorie de proprit

    Alors que les proportions des forts domaniales, des autres forts soumises au rgime forestier etdes forts prives sont respectivement de 10,3 %, 16,5 % et 73,3 % en terme de surface forestire(pour le domaine analys), les parts de ces trois catgories de proprit dans la surface totale descoupes fortes sont de 10,7 %, 13,1 % et 76,2 %.

    Sur la base de ces observations, et dans le cadre des modles sylvicoles actuellement majoritairesen futaie rgulire, il serait a priori tentant de classer les trois catgories de proprit par ordredcroissant de lintensit moyenne des coupes : fort prive, fort domaniale, autre fort soumise.Cette valuation gnrale doit cependant tre nuance :

    lcart est finalement peu marqu, et le critre utilis est certainement un peu rducteur, les essences longue dure de rvolution, comme le Chne, sont plus favorises en fort

    soumise au rgime forestier, le massif landais, caractris par la prdominance dune essence (relativement) courte

    rvolution sur de vastes superficies et par une gestion intensive, a un poids considrable en fortprive.

    On constate par ailleurs que la surface unitaire moyenne des coupes fortes est sensiblement plusleve en fort domaniale (3,7 ha) et dans les autres forts soumises (3,3 ha) quen fort prive(1,9 ha). En fort soumise au rgime forestier, la moiti de la superficie est constitue dinterven-tions dont la surface unitaire est comprise entre 4 et 25 ha, alors que les coupes de surface unitaireinfrieure 4 ha nen reprsentent que 23 %. La situation est trs diffrente en fort prive o52 % de la surface des coupes fortes est constitue dinterventions de taille unitaire infrieure 4 ha. Les forts publiques se caractrisent donc par une surface unitaire significativement plusforte, ce qui semble parfaitement corrl avec la structure du foncier et la taille moyenne desparcelles.

    Localisation

    Le tableau II (p. 474) tablit un classement des rgions administratives sur la base du taux decoupes fortes dans les formations boises de production (par rapport leur surface totale).

    Les rgions o lon constate les plus forts taux de coupe forte sont celles o domine la sylviculturedu Pin maritime (Aquitaine, Pays de la Loire, Poitou-Charentes, et galement Bretagne) ; on trouve

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

  • ensuite des rgions de forte tradition forestire (Lorraine, Alsace), mais aussi des rgions o ledveloppement forestier, plus rcent, a largement pu bnficier des investissements du FFN(Limousin).

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    C. BARTHOD et al.

    Parmi les dpartements les plus actifs en matire de coupes rases et coupes fortes, figurent enpremier lieu, et de manire trs dtache du reste des dpartements, les Landes et la Gironde,avec respectivement 11000 et 8800 ha/an.

    Viennent ensuite la Dordogne (3600) et la Corrze (3100), puis les Vosges (2700) et la Meuse (2100).

    On trouve ensuite 26 dpartements dans lesquels la surface annuelle moyenne des coupes fortesest comprise entre 1000 et 2000 ha : il sagit par ordre de surface dcroissante des dpartementssuivants : Cte-dOr (1 900), Indre-et-Loire (1 900), Bas-Rhin (1 800), Lozre (1 700), Puy-de-Dme (1 700), Alpes-de-Haute-Provence (1 700), Moselle (1 700), Sane-et-Loire (1 700), Haute-Vienne (1600), Charente (1600), Loir-et-Cher (1600), Doubs (1500), Haute-Sane (1500), Lot (1400),Aveyron (1 400), Meurthe-et-Moselle (1 400), Vienne (1 400), Indre (1 400), Creuse (1 400), Lot-et-Garonne (1 300), Drme (1 200), Nivre (1 200), Haute-Marne (1 200), Charente-Maritime (1 100),Aube (1100), Gard (1000).

    Les autres dpartements prsentent pour la priode tudie une surface de coupes fortes infrieure 1000 ha/an.

    Le tableau II (ci-dessus) prcise galement la rpartition de la surface des coupes fortes dans troisclasses de surfaces unitaires par rgion administrative. Exception faite de lAquitaine, les propor-tions relatives des classes moins de 4 ha et 4-25 ha apparaissent trs corrles celles des

    Tableau II Taux de coupe forte par rapport la surface forestire (%)

    Groupe Taux des Proportion des coupes fortes selon leur taille (%)

    coupes fortes moins de 4 ha de 4 25 ha plus de 25 ha

    Niveau national 0,77% 45 % 40 % 15 %

    I Pays de la Loire . . . . . . . 1,60 76 18 7taux Aquitaine . . . . . . . . . . . . 1,49 36 49 15

    maximal Poitou-Charentes . . . . . . 1,33 67 24 9

    Limousin . . . . . . . . . . . . 1,10 66 25 9Bretagne . . . . . . . . . . . . 1,03 57 30 13

    II Lorraine . . . . . . . . . . . . 0,95 33 48 19fort Basse-Normandie . . . . . 0,90 34 42 24

    Centre . . . . . . . . . . . . . 0,89 54 27 19Alsace . . . . . . . . . . . . . 0,82 30 62 8

    Haute-Normandie . . . . . . 0,75 39 40 21Picardie . . . . . . . . . . . . 0,71 50 40 10Champagne-Ardenne . . . 0,64 24 51 25III Midi-Pyrnes . . . . . . . . 0,63 63 29 8moyen Bourgogne . . . . . . . . . . 0,59 32 45 22fort Auvergne . . . . . . . . . . . 0,58 47 36 18Franche-Comt . . . . . . . 0,58 28 53 19Nord-Pas-de-Calais . . . . 0,56 40 41 18

    IV Ile-de-France . . . . . . . . . 0,53 40 40 20moyen Languedoc-Roussillon . . 0,51 49 34 17faible Rhne-Alpes . . . . . . . . . 0,46 55 35 10

    V Provence-Alpes-Cte dAzur 0,37 47 30 22faible Corse . . . . . . . . . . . . . . 0,22 75 21 2

  • catgories de proprit fort soumise/fort prive. Hors Aquitaine, les coupes de moins de 4 hasont majoritaires en surface dans les rgions dominante de forts prives : Limousin, Poitou-Charentes, Bretagne. Elles sont par contre assez nettement minoritaires en Aquitaine et dans lesrgions o la fort soumise occupe une place significative : Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne,Bourgogne, Franche-Comt, Basse-Normandie.

    Les essences concernes

    Lintensit des coupes rases et coupes fortes apparat plus leve dans les peuplements rsineuxque dans les peuplements feuillus. La proportion des rsineux dans la surface totale des coupesfortes est en effet estime 43,2 %, alors que cette ressource noccupe que 36,9 % de la super-ficie de la fort franaise. Linterprtation complte de ces rsultats demeure cependant difficiledans la mesure o ils regroupent des oprations sylvicoles de nature assez diffrente (notammentdans les peuplements feuillus). Les principales essences concernes sont rpertories dans letableau III ci-dessous, avec mention des donnes suivantes :

    surface annuelle des coupes fortes ou rases, ratio surface annuelle des coupes fortes ou rases / surface totale de lessence, dure de rvolution apparente (= inverse du ratio prcdent).

    Cette rpartition volue trs certainement dans le sens dune augmentation de la proportion descoupes de rsineux, consquence de la mise en rcolte progressive des peuplements installs avecle concours financier du Fonds forestier national.

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

    LE CAS PARTICULIER DES COUPES DE RGNRATION

    Les coupes de rgnration (types de coupes 2, 3 et 4 du tableau I, p. 472) reprsentent, avec67900 ha/an et 26800 coupes par an, 65 % de la superficie et 55 % du nombre total des coupesfortes. Toutefois, en adoptant une dfinition plus restrictive de la coupe rase pour mieux coller lareprsentation quen ont beaucoup dassociations de protection de la nature (en excluant notam-ment les rgnrations naturelles, et en ne conservant que les coupes suivies de plantations), cetteestimation diminuerait pour ne plus reprsenter que 27800 ha/an. Le nombre des chantiers serait

    Tableau III Caractristiques des coupes fortes ou rases selon lessence dominante

    Essence

    Surface annuelle Part de la surface totale (%)tous types de et dure de la rvolutionpeuplements apparente (ans)

    confondus (ha/an)

    Chnes rouvre et pdoncul 30600 0,74 135

    Htre 8 100 0,64 155

    Feuillus Chne pubescent 5 200 0,61 165

    Chtaignier 3 700 0,78 130

    Autres feuillus 11 700 0,69 145

    Pin maritime 23 900 1,84 55

    Pin sylvestre 9 000 0,78 130

    Rsineux Sapin pectin 4 200 0,76 130

    pica commun 4 000 0,54 180

    Autres rsineux 3 900 0,35 280

  • alors denviron 6300 par an, avec une surface unitaire de 4,4 ha, qui est le double de la surfaceunitaire moyenne observe la fois pour lensemble des coupes fortes ou rases et pour les rg-nrations naturelles.

    La rpartition des surfaces de coupes de rgnration par catgorie de proprits est trs voisinede celle observe pour lensemble des coupes fortes. Les surfaces unitaires moyennes sont un peuplus importantes, et lcart entre les catgories de proprit est amplifi : 4,7 ha en fort domaniale,3,7 ha en fort communale et assimile, 2,2 ha en fort prive. Encore une fois, la rpartition dansles diffrentes classes de taille unitaire semble reflter la structure du parcellaire.

    En excluant les surfaces en attente de rgnration, ces donnes permettent de cerner les carac-tristiques de la rgnration des peuplements au niveau national et par type de proprit. Leconstat dune rgnration naturelle acquise sapplique environ 36800 ha/an, contre 27800 ha/anreplants artificiellement et 3300 ha/an en attente. La part de la rgnration naturelle serait ainsiglobalement de 57 % en terme de surface. Ce pourcentage serait de 52,3 % en fort domaniale,de 56 % en fort communale et de 57,9 % en fort prive. Ces chiffres doivent cependant treutiliss avec prudence car la ralit quils dcrivent est assez diffrente du concept de mise enrgnration naturelle couramment utilis par lONF et le ministre charg des Forts. En particulier,les repousses de taillis aprs coupe sont comptabilises comme rgnration naturelle.

    Lintensit de la rgnration peut tre value en rapportant la surface annuelle des coupes dergnration la surface forestire totale. La valeur de 0,56 % par an observe pour la fort doma-niale sexplique probablement par limportance et lanciennet du traitement en futaie rgulire,dont leffet est nanmoins contrebalanc par la prsence dessences longue rvolution (Chne,Htre, rsineux de montagne). Le taux plus faible dans les autres forts soumises au rgimeforestier, 0,4 % par an, est vraisemblablement li leffort en cours de conversion des ancienstaillis-sous-futaie en futaie, qui passe par une longue phase de capitalisation. Le taux intermdiairede 0,51 % en fort prive rsulte probablement de la conjonction de deux facteurs, dune partlexistence de futaies dessences relativement courte rvolution (Pin maritime, Douglas et picade plaine), et dautre part limportance de la transformation et du vieillissement des anciens taillis ettaillis-sous-futaie. Par ailleurs, pour porter une apprciation sur leur pertinence ou leur insuffisance,il faudrait pouvoir prendre en compte lanciennet des peuplements concerns, au sein dune fortdont la surface a pratiquement doubl en deux sicles.

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    C. BARTHOD et al.

    Tableau IV Rpartition de la surface des coupes de rgnrationpar proprit et classe de surface unitaire

    PropritClasse de surface

    Total0 - 1 ha 1 - 4 ha 4 - 10 ha 10 - 25 ha 25 - 40 ha > 40 ha

    DomanialSurface/an . . . . . 535 651 1502 2538 955 1684 7864Nombre/an . . . . 1038 229 208 152 29 25 1681

    Autres soumisSurface/an . . . . . 681 1584 2534 2412 841 975 9027Nombre/an . . . . 1301 571 368 150 27 12 2430

    PrivSurface/an . . . . . 13419 9159 12533 8968 2633 4325 51063Nombre/an . . . . 16514 3458 2034 570 83 58 22718

    Total surface/an . . . 14635 11394 16569 13918 4430 6983 67955

    Total nombre/an . . . 18853 4259 2610 872 140 95 26829

  • Le tableau V (ci-dessous) prsente une analyse par essence, limite aux peuplements de futaiergulire selon la nomenclature IFN. La comparaison de la dure de rvolution apparente (calculecomme le rapport surface totale de lessence en futaie rgulire/surface annuelle des coupes dergnration) avec les dures de rvolution communment admises permet dapprcier lintensitde la rgnration. Il faut toutefois garder lesprit quil nest pas tenu compte dans cette estima-tion de ltat dquilibre ou de dsquilibre des classes dge. Il en rsulte par exemple des valeursleves de la dure de rvolution apparente pour lpica commun et le groupe autres rsineux,ressources caractrises par une grande proportion de jeunes peuplements ; ceci ne prjuge enrien de lge dexploitabilit rellement pratiqu dans les peuplements arrivant maturit.

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

    LES COUPES DE GRANDE SURFACE

    Les coupes rases et coupes fortes de grande taille posent des difficults spcifiques danalyse,puisquil nest pas possible de sparer les coupes contigus qui se sont chelonnes sur plusieursannes lintrieur de la priode qui spare deux cycles successifs dinventaire. Certaines grandescoupes peuvent donc reflter la somme de coupes espaces dune dizaine dannes ou rsulterdvnements exceptionnels, tels que des chablis, des incendies ou des accidents phytosanitairesgraves. Nanmoins en terme de paysage, cette agrgation ventuelle de coupes non simultanesgarde sa cohrence.

    Si on se rfre au seuil maximal de 40 ha adopt dans le cadre de la nouvelle loi forestire deColombie-Britannique (1994), qui a valu cette province canadienne dobtenir une cotation excep-tionnellement haute (A) de la part du WWF en 1995, 94 sites par an ont dpass ce critre enFrance pour la priode tudie, reprsentant une surface totale de lordre de 7000 ha par an, etcorrespondant une surface unitaire moyenne denviron 76 ha.

    Sur cette moyenne annuelle de 94 sites dpassant 40 ha de coupe rase, les forts domanialescomptent pour 25 sites et 1700 ha, les autres forts soumises au rgime forestier pour 12 sites et1000 ha, les forts prives pour 58 sites et 4300 ha. Les forts publiques qui psent pour 26 % dela surface forestire nationale comptent donc pour 38 % des surfaces de trs grandes coupes

    Tableau V valuation des coupes de rgnration par essencedans les peuplements de futaie rgulire

    Surface annuelle Part de la Dure de

    Essence des coupes de surface totale rvolutionrgnration (%) apparente(ha/an) (ans)

    Chnes rouvre et pdoncul 4130 0,50 200

    Htre 3850 0,61 165

    Feuillus Chne pubescent 550 0,37 270

    Chtaignier 310 0,26 390

    Autres feuillus 1160 0,42 240

    Pin maritime 17400 1,58 63

    Pin sylvestre 4200 0,51 195

    Rsineux Sapin pectin 2200 0,61 165

    pica commun 2500 0,43 230

    Autres rsineux 1800 0,23 530

  • rases. Reste comprendre les raisons qui ont conduit ces coupes exceptionnellement grandes :sagit-il de grands chantiers de reboisements aids par le FFN, du renouvellement de peuplementsproductifs sans proccupation majeure dimpact paysager, ou des consquences dvnementsnon matrisables comme un incendie, un grand chablis ou un grave accident phytosanitaire ? Dansles deux premiers cas, il est possible de discuter les options techniques qui ont prsid de telsprojets ; dans le troisime cas, il sagit dimpondrables qui chappent ncessairement la planifi-cation.

    LInventaire forestier national ne permet pas de rpondre cette question, mais la connaissance dechaque dpartement et des grands vnements de la priode analyse permet davancer certaineshypothses. Parmi les 15 sites du dpartement de la Gironde (priode 1987-1995) quipsent pour 1000 ha/an figurent en effet trs probablement, dans une proportion importante, desreboisements conscutifs au grand gel de 1985 qui a dtruit une grande part des peuplements dePin maritime dorigine ibrique. Une partie des 4 sites des dpartements des Landes et du Lot-et-Garonne (500 ha/an pour la priode 1978-1985) est vraisemblablement conscutive la temptequi a touch ces dpartements aquitains pendant lhiver 1976-1977. Parmi les 5 sites du Puy-de-Dme, de la Corrze, du Cantal et de lAllier (330 ha/an), il en existe coup sr qui correspondentaux consquences des grands chablis de 1982. De mme, la tornade de 1984 explique probable-ment tout ou partie des 4 sites des Vosges (400 ha/an). Une part des 6 sites du Gard, de lHraultet du Var (400 ha/an) doit sexpliquer par les consquences des grands incendies de la zone mdi-terranenne. De mme, tout ou partie des 7 sites de la rgion Centre (700 ha/an) et des 4 sites deNormandie (300 ha/an) sexplique probablement par les vastes dprissements de Pins ou de Htreconstats la fin des annes 1970 la suite dune conjonction dvnements climatiques et depullulations dinsectes ravageurs.

    En revanche, la grande majorit des 6 sites de la Nivre, de lYonne et de la Cte-dOr (430 ha/an)correspond trs vraisemblablement de vastes chantiers de reboisement du Morvan. Il est enfinraisonnable dimputer la structure du parcellaire forestier et aux traditions sylvicoles anciennesune part significative des 13 sites de la Haute-Marne, de Meurthe-et-Moselle, de Meuse, de Moselle,du Bas-Rhin et de Sane-et-Loire (730 ha/an), mme sil ne faut pas totalement exclure limpactdes chablis et dprissements de 1990.

    IMPACTS COLOGIQUES DES COUPES RASES

    Si les coupes rases suscitent autant dattention et de critiques, cest bien en raison des effetsngatifs pour lenvironnement dont elles sont souvent a priori crdites. Lexamen de la bibliogra-phie scientifique internationale met nanmoins en vidence la ncessit dun examen plus dtaillde la question, en fonction de limpact sur les diffrents compartiments de lcosystme forestier,et du contexte prcis de la coupe.

    Microclimat

    lchelle du microclimat, la coupe rase a un effet majeur sur la modification des radiations arrivantau sol, lesquelles induisent un changement des tempratures, de lhumidit de lair et du sol, ainsique sur la lumire. Tous ces facteurs, qui rgulent la plupart des processus physiques et physiolo-giques, dterminent la survie et la croissance des vgtaux et des animaux.

    Les tempratures maximales diurnes sont plus leves aprs une coupe rase que sous couvertforestier (denviron + 5 + 10 C), et les tempratures nocturnes minimales plus basses (denviron 2 4 C). En climat tempr, ces augmentations de tempratures peuvent fournir de bonnesconditions pour la photosynthse, alors quen climat plus continental ou plus mditerranen, de telschangements peuvent affecter la survie des semis, la photosynthse et la croissance.

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    C. BARTHOD et al.

  • Les changements de temprature du sol voluent dans le mme sens que les tempratures de lair,mais sont temprs par la prsence de lhumus. Limpact est rarement ngatif sur lactivit biolo-gique des racines, des champignons et des autres micro-organismes du sol.

    Lenlvement du couvert provoque par ailleurs une augmentation de la vitesse du vent prs du sol,pouvant modifier les tempratures et favoriser lvaporation.

    Hydrologie

    En modifiant le rayonnement, la temprature, le vent et en rduisant la surface dvapotranspiration,la coupe rase modifie la distribution de leau au sein du cycle hydrologique. Elle modifie donc lebilan hydrique, la quantit deau disponible dans le sol et la qualit de leau dans les cours deau.

    Les modifications de lhumidit du sol aprs une coupe rase proviennent de deux lments : disparition de linterception des prcipitations par les houppiers. La part des prcipitations

    intercepte par les houppiers (15 20 % pour les feuillus et jusqu 35 % pour les rsineux) au lieudtre en grande partie vapore dans latmosphre se retrouve au niveau du sol ;

    baisse de lvapotranspiration suite lenlvement des arbres pour une priode plus oumoins longue (lindex foliaire des arbres est trs suprieur celui des gramines et des arbustes).Toutefois, les effets dus une modification de lvapotranspiration ne perdurent que si le sol estmaintenu sans vgtation en permanence, sinon le retour de la vgtation se traduit par un retouraux conditions initiales.

    Il y a donc sensiblement plus deau dans un sol aprs coupe rase que dans un sol sous couvertforestier, du moins au moment des prcipitations.

    La disparition du couvert forestier modifie considrablement la distribution de la neige au prin-temps. Cette influence varie selon le domaine phytogographique et, un chelon local, dpenddes conditions arodynamiques et topographiques. En rgle gnrale, les accumulations sont plusimportantes en zones dcouvertes par rapport ce qui est mesur sous rsineux du fait de linter-ception des houppiers. Ceux-ci peuvent ainsi retenir provisoirement 15 20 cm de neige frache,cest--dire prs de cinq fois plus que linterception de la pluie pour les mmes essences. Cetteaccumulation accrue de la neige dans les coupes rases est surtout valable pour les coupes dersineux puisque les forts feuilles caduques ont peu deffet sur linterception de la neige en hiveret au printemps. Rsultant de la hauteur et de la densit du couvert forestier, lquivalent en eau dustock neigeux reste toujours suprieur en milieu dcouvert ce quil est sous couvert forestier.

    En conclusion, la plus grande manifestation de ces changements est une plus grande humidit etune lvation de la nappe deau, mais ces effets sont gnralement de courte dure et disparais-sent avec la recolonisation par la vgtation.

    Il est nettement tabli que lenlvement de la vgtation forestire se traduit par un accroissementdu dbit des cours deau. Celui-ci est en rapport avec la surface de ruissellement, la modificationdu mouvement de leau dans le sol et une rduction de lvapotranspiration. Cette diffrence dansla quantit deau disponible dans les sols entrane un dbit accru des cours deau avec en particu-lier une augmentation des pics de crues et une diminution du nombre de jours de faible dbit descours deau.

    La modification du rgime des cours deau dpend de la taille des bassins versants, eux-mmescomposs de nombreux bassins versants lmentaires. Leffet final sur le dbit du cours deaudpendra donc de la proportion exploite par coupe rase. Si seulement une faible partie des bassinsversants lmentaires est exploite blanc, laugmentation de dbit sera attnue dans les bassinsversants dordre 2 et 3, et imperceptible dans ceux dordre suprieur. Par contre, la concentrationsur de grands bassins versants peut avoir des effets cumulatifs et conduire des impacts trs

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

  • importants sur les rivires qui en dpendent. Le dbit des ruisseaux augmente non seulement aprsune coupe rase mais aussi aprs toutes les formes dexploitation.

    Linfluence est bien sr en rapport avec la topographie ; limportance de la pente ne se fait relle-ment sentir que si celle-ci est suprieure 20 %, seuil partir duquel le ruissellement devientintense sil ny a pas de couverture. Le ruissellement est trs ralenti ds que 8 10 % du solrestent boiss par des bandes parallles aux courbes de niveau. Le relief, en introduisant un facteurde drainage latral pour le ruissellement, accentue le rendement en eau des surfaces dboises.

    Gnralement, les coupes rases induisent dans le cours deau une concentration accrue en nitrates,ammonium, phosphates et potassium. Laugmentation dpend de la mobilit de lion et de larichesse de lcosystme par rapport cet lment nutritif. Dautre part, une grande partie delazote et du phosphore arrivant dans les cours deau est fixe par la vie aquatique. Llvation,dans les cours deau, des concentrations en ions du lessivage des roches et des sols aprs unecoupe rase est bien corrle avec les prcipitations. Par opposition, lazote et le phosphore prove-nant de la dcomposition de la vgtation aprs une exploitation sont souvent rapidement absorbspar la rgnration. Les concentrations en ions augmentent parfois dans des proportions impor-tantes mais restent toujours infrieures aux normes de leau potable.

    Leffet dune coupe blanc est galement visible pour les tannins et pour les lignines issus desrmanents laisss sur le parterre de la coupe. Les concentrations peuvent tre multiplies parquatre. Cet effet semble persister plusieurs annes : de lachvement de la coupe rase jusqu10 ans aprs. Les autres substances chimiques augmentent dans une moindre mesure (facteur 1 2) et leffet devient imperceptible aprs deux annes. Par contre, la coupe rase ne semble avoiraucun effet sur la teneur en oxygne et sur les autres composs labiles.

    Llvation de la temprature de leau aprs une coupe rase est le rsultat de lensoleillement directplus important de la surface de leau. Les tempratures maximales peuvent saccrotre de plus de10 C. Dautre part, les tempratures hivernales ou de dbut de printemps peuvent tres infrieuresde 2 3 C. En mme temps que la temprature du cours deau slve, la quantit doxygnedissous diminue, les processus chimiques sacclrent et la demande en oxygne de la part desorganismes aquatiques augmente. Dans les cas les plus chauds, llvation de temprature peutprovoquer le dveloppement dalgues et une eutrophisation.

    De toute faon, leffet gnral des coupes rases sur la biologie des cours deau rsulte dinterac-tions dimpacts dus des changements dans le dbit, le transport des sdiments, la morphologiedu lit, la taille des particules autant que de la temprature. Ces impacts peuvent tre minimiss enconservant le long du cours deau une bande tampon dune trentaine de mtres.

    Sols

    La stabilit des sols peut tre affecte par une coupe rase. En effet, les mouvements de sol sontfrquents dans les zones en pente o la gravit joue un rle important, ainsi que dans les zones forte pluviomtrie et dans les zones avec des roches mres peu stables. Les mouvements deterrain peuvent tre favoriss par une coupe rase qui modifie les quantits deau prsentes dans lesol, le poids du sol (y compris celui de leau et de la vgtation) et les forces de cohsion appor-tes par les racines. La modification de la quantit deau contenue dans le sol est due la suppres-sion de lvapotranspiration et la modification des caractristiques de lcoulement par laconstruction dun rseau de desserte. Une bonne conception et lutilisation de techniques appro-pries de construction peuvent trs largement minimiser les risques de glissement de terrain.

    Lintensit de lrosion des sols est fonction de proprits intrinsques du sol comme la stabilitdes agrgats leau, la quantit de matire organique, la texture du sol et de qualits extrinsques

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    C. BARTHOD et al.

  • comme la pente, le climat, la roche-mre et la couverture vgtale. La coupe rase peut affecterlrosion de deux faons :

    en augmentant la quantit deau dans les sols, on aura plus facilement saturation et doncruissellement,

    en augmentant le dbit des cours deau, on augmente leur pouvoir rosif et leur capacit transporter les sdiments, mais les quantits restent trs infrieures celles releves pour dautresoccupations du sol.

    Ces effets perdurent tant que le site na pas retrouv ses caractristiques davant la coupe. Engnral, des travaux comme landainage modifient la surface de ruissellement et diminuent lesamplitudes. Comme pour les glissements de terrain, laugmentation de lexportation de matriauxlors de lexploitation semble en grande partie due la mise en place de rseaux de desserte. Ladensit de ce rseau, qui reflte la mthode dexploitation choisie, les engins utiliss et la topogra-phie, pourrait tre rduite en utilisant des mthodes limitant certaines routes, en particulier lesroutes difficiles maintenir dans les fortes pentes.

    La circulation des lments nutritifs et des ions est un processus important dans lcosystmeforestier et la disponibilit en lments nutritifs dtermine la productivit globale. Cette circulationrelve de trois cycles majeurs : le cycle gochimique, le cycle biogochimique et le cycle interne dela plante.

    La disponibilit en lments nutritifs en fort est lie au cycle biogochimique et plus particulire-ment au taux de minralisation des formes organiques durant la dcomposition. Ce dernier estfonction de la temprature, de lhumidit et de la matire organique ; une coupe rase peut donc lemodifier. Si, avant lexploitation, les tempratures et les conditions dhumidit sont infrieures loptimum de dcomposition, une coupe rase va favoriser cette dernire, suite laugmentation dela temprature et de lhumidit. Cest donc la disponibilit en lments nutritifs pour le nouveaupeuplement (rgnration ou plantation) qui va se trouver augmente. Mais en labsence de vg-tation puits qui utilisera cette augmentation, on assistera une perte denviron 50 % de la quantitdlments nutritifs disponibles. Il est noter que ce phnomne sera grandement compens si lesrsidus dexploitation sont laisss sur le parterre de la coupe.

    Une baisse de la dcomposition aprs la coupe rase peut tre observe dans certaines conditionsclimatiques, notamment dans les rgions sches et chaudes. Mais cette baisse peut aussi treprovoque par les conditions, comme la destruction de la litire qui provoque une rduction dedisponibilit en carbone ncessaire aux micro-organismes et le compactage du sol par les enginsqui peut rduire le taux des changes gazeux et inhiber la dcomposition de la matire organiqueet la minralisation.

    La prsence et le dveloppement de micro-organismes dans le sol sont dtermins par les lmentsminraux, lhumidit, la temprature, le pH et la quantit de matire organique. Tous ces facteurssont affects par la coupe rase. Llimination des micro-organismes, en particulier des ectomyco-rhizes, est quasi totale dans lanne qui suit une coupe rase. La recolonisation du site, par lesmycorhizes dun peuplement adjacent, ne peut ltre que sur une trs courte distance. Il faut donccraindre des problmes de rgnration ou de croissance de plants, pour les coupes rases sur degrandes surfaces car les mycorhizes ont un rle important dans lalimentation en eau et en lmentsminraux.

    Ces rsultats suggrent que des prcautions pourraient tre prises lors de lexploitation pourpermettre le maintien des mycorhizes (ectomycorhizes en particulier) : couper en hiver, viter lebrlage gnralis, prfrer les coupes rases sur de petites surfaces circulaires bien espaces etenfin replanter ds le printemps suivant la coupe rase.

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

  • La voie du recyclage de lazote se fait principalement par la mort des vgtaux et les processus dedcomposition. La ralisation dune coupe rase va donc modifier le cycle de lazote et la disponibi-lit de ce dernier. Mais les pertes sont gnralement de courte dure et surtout trs infrieures auxquantits dlments minraux enlevs par lexploitation des arbres lors de la coupe. Encore unefois, la mthode dexploitation des bois semble prpondrante : enlever le moins possible de litireet conserver les rmanents dexploitation pour permettre le maintien des micro-organismescapables de fixer lazote. Mme si lapport dazote reste faible, de tels gains sur la vie du peuple-ment peuvent tre apprciables.

    Flore et faune

    Les coupes rases, comme toutes les perturbations du couvert forestier, vont entraner des modifi-cations microclimatiques, daphiques et trophiques. Ceci va se rpercuter sur les communautsvgtales, et va entraner des modifications de la diversit floristique. Le concept de diversitanciennement utilis pour traduire la prsence et labondance despces, peut galement sappli-quer un contexte plus large comme la structure, la composition gntique, les processus desuccession. Pour ne parler que des notions gnrales, on peut noter les points suivants.

    La simplification de la diversit structurelle est leffet le plus couramment observ aprs une couperase, notamment quand les surfaces forestires de grande importance sont exploites. Par contre,une sylviculture base sur louverture de troues de rgnration de faible surface favorise laug-mentation de la diversit structurelle et contribue fournir un habitat pour certaines espcesanimales et vgtales.

    Limpact des coupes rases sur la vie sauvage est troitement li limpact sur la structure et lacomposition des habitats. Dans toutes les forts, il y a une grande variation des habitats naturelsen relation avec les variations physiques du milieu et lhistoire des modifications du milieu. Danslautre sens, les animaux influencent aussi la structure et la composition de la vgtation forestire.Les espces, qui occupent ce milieu pendant tout ou partie de leurs activits, le font pour denombreuses raisons : recherches de nourriture et deau, abri contre le vent, la neige et la chaleur,pour chapper des prdateurs (y compris lhomme) et comme espace de vie. La rponse de lafaune une modification, comme une coupe rase, varie selon les caractristiques de son cycle dedveloppement, de ses besoins spcifiques en habitats et de ses relations avec la composition etla structure des espces forestires.

    Les habitats forestiers sont en volution permanente, en rponse aux modifications de lcosys-tme. Le nombre despces et leur abondance ne sont pas un attribut fixe dun lieu mais varient enrponse aux modifications. Une coupe rase engendre des modifications auxquelles les espcesanimales rpondent. Elle se rsume, du point de vue de la faune, une simplification de la struc-ture forestire. Il existe donc une priode durant laquelle les espces qui dpendent des stadesgs sont exclues, alors que les espces qui tirent parti dune coupe rase vont se trouver favori-ses. Les oiseaux et les mammifres arboricoles sont les plus affects par cette simplification de lastructure forestire verticale. Les tudes sur les communauts doiseaux indiquent que les coupesrases ne changent pas la composition des espces mais les proportions relatives. Le nombre totaldoiseaux augmente gnralement lors des coupes rases, surtout si ces coupes sont de petitestailles. Pour dautres espces, la coupe rase est le moyen de maintenir un tat de la structure fores-tire compatible avec le cycle de dveloppement. Cest le cas pour le Grand Ttras pour lequel sepose en plus le problme de la taille de la coupe rase.

    En ce qui concerne la biodiversit, limpact de la rcolte des bois sur la faune sauvage sembledpendre davantage du type et de lintensit des travaux ultrieurs sur le site, des modalits selonlesquelles ceux-ci sont effectus, des rpartitions et des taux de prlvement, que du type decoupe. Il dpend aussi du maintien ou non de vieux arbres.

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    C. BARTHOD et al.

  • CONCLUSIONS

    Les modles sylvicoles majoritaires en France, ainsi que la politique volontariste de boisement etreboisement qui a t mene avec constance depuis la cration du FFN, expliquent limportancerelative des surfaces ventuellement susceptibles de faire lobjet de critiques dans le cadre dudbat sur les coupes fortes et coupes rases. Nanmoins, les surfaces ainsi concernes annuelle-ment couvrent 0,8 % de la surface boise nationale. La structure foncire de la fort franaise etlimportance des essences de lumire expliquent en grande partie leur rpartition gographique etleur taille unitaire. Nanmoins, cette dernire reste trs faible en moyenne. Ceci ne doit cependantpas dissimuler les problmes rels, techniques et paysagers, que peuvent poser certaines coupesde plus grande importance.

    Les effets des coupes rases sont le plus souvent relativement mineurs et de faible dure, mais il ya nanmoins de nombreux exemples o les techniques mises en uvre impliquent des effets impor-tants qui persistent long terme. Dans ce cas, la combinaison de la coupe rase et de pratiquessylvicoles inadaptes peut conduire des dysfonctionnements importants de lcosystme. Parconsquent, il y a des types de forts o la coupe rase parat inadapte. Sans mme voquer lespaysages sensibles, cest notamment le cas des zones, o :

    lengorgement du sol par remonte de la nappe peut mettre en danger la russite de largnration ;

    linstabilit gologique peut entraner des glissements de terrains lors de fortes pluies ; le vent peut tre une menace pour les peuplements environnant la coupe rase ; la varit de la structure une chelle fine est un lment important de la vie animale ; lon rencontre des tempratures excessives (leves ou basses).

    La surface de la coupe rase est un facteur agissant sur lenvironnement. Les effets sur les coursdeau et la qualit de leau sont largement dtermins par la proportion du bassin versant exploit.

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

    Coupe rase en fort dEpinal (Vosges)Photo LAFOUGE - Collection ENGREF Nancy

    Coupe forte en fort de Russy (Loir-et-Cher)Photo CHAIGNEAUD - Collection ENGREF Nancy

  • La forme et limplantation de la coupe rase semblent plus importantes que la taille proprement ditedans limpact cologique. De petites coupes rases peuvent provoquer une fragmentation de lha-bitat et de grandes zones peuvent imiter les perturbations naturelles. Modifier les mthodes dercolte en maintenant des chablis, des bois non rentables commercialement, peut aussi amliorerles impacts vis--vis de la faune.

    Les impacts de lexploitation sur les proprits physiques et chimiques du sol dpendent essentielle-ment du choix du matriel dexploitation, de la densit du rseau de desserte et des techniques deprparation plus que du type de coupe. Une mise en place raisonne du rseau de desserte, lutilisa-tion de moyens de dbardage comme le cble (en montagne) et une remise en tat du parterre de lacoupe (barrage des pistes de dbardage, en particulier) peuvent minimiser ces impacts.

    Les critiques vis--vis des coupes rases sont souvent une consquence dautres facteurs duprocd dexploitation, comme la mise en place du rseau de desserte, les travaux sur le site ou lechangement des essences. Les forestiers doivent savoir quen faisant certains choix certainestapes du processus de production et de rcolte, comme le type dengins dexploitation et la taillede la coupe rase, ils peuvent rduire les impacts qui sont souvent associs aux coupes rases.

    Dans les zones sensibles, les problmes tant loin de se poser partout, un nombre croissant degestionnaires forestiers, conscients des impacts cologiques et paysagers de ces coupes rases etcoupes fortes, cherche adapter les choix sylvicoles ces contraintes. Il sagit en effet de lasolution la plus performante pour viter que les conflits, aujourdhui encore assez limits, ne sten-dent et senveniment, poussant alors une socit majoritairement citadine croire, bien tort, quela solution se situe dans toujours plus de rglementations.

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    C. BARTHOD et al.

    C. BARTHODSous-directeur de la Fort

    MINISTRE DE LAGRICULTURE ET DE LA PCHE

    DERF

    19, avenue du Maine

    F-75732 PARIS CEDEX 15

    G. PIGNARDChef de la cellule valuation de la Ressource

    INVENTAIRE FORESTIER NATIONAL

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    MAURIN BP 1001

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    F. GURINChef de la division de Bar-le-Duc-Ligny

    OFFICE NATIONAL DES FORTS

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    BP 18

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    Erika BOUILLON-PENROISIngnieur forestier

    BP 18

    BAKEL

    (SNGAL)

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    Rev. For. Fr. LI - 4-1999

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    Coupes fortes et coupes rases dans les forts franaises

  • COUPES FORTES ET COUPES RASES DANS LES FORTS FRANAISES (Rsum)Les coupes rases sont le deuxime motif de critique de laction des forestiers par lopinion publique. Mais les autrescoupes fortes participent galement la modification des paysages qui sont le quatrime motif de critique. Chaqueanne, ces diffrents types de coupes sont en moyenne au nombre denviron 48 900 et couvrent environ 104 300 ha(soit 0,8 % de la surface forestire nationale), pour une surface unitaire moyenne denviron 2,1 ha. Compte tenu dela structure foncire diffrente en fort publique et en fort prive, la surface unitaire moyenne est de 3,7 ha en fortdomaniale, de 3,3 ha dans les autres forts soumises au rgime forestier, et de 1,9 ha en fort prive. Les rgions olon constate les plus forts taux de coupes fortes sont celles o domine la sylviculture du Pin maritime, les rgionsde vieille tradition forestire publique et les rgions qui ont largement bnfici des aides du FFN. Une revue biblio-graphique des impacts cologiques des coupes rases montre que les effets sont le plus souvent relativement mi-neurs et de faible dure, mais quil y a nanmoins de nombreux exemples o les techniques mises en uvre impli-quent des effets importants qui persistent long terme. La solution ces problmes ne passe pas par unerglementation, mais par une sensibilisation et une information plus grande des gestionnaires forestiers.

    MAJOR HARVESTS AND CLEAR CUTTING IN FRENCH FORESTS (Abstract)Clear cutting is the second most widespread cause for criticism of foresters action by public opinion. Othermajor harvests also contribute to the alteration of landscapes and come fourth as grounds for criticism. Everyyear, the number of these various fellings averages 48,900, involving some 104,300 ha, i.e., 0.8% of forestedareas in France, with an average unit surface area of approximately 2.1 ha. Because the land use system differsbetween private and public forests, the mean unit surface area for state forests is 3.7 ha, 3.3 ha for other forestthat come under the forestry regime and 1.9 ha in private forests. The highest rates of major harvesting occur inregions where sylviculture of the maritime pine is predominant, ones where there is a long-standing tradition ofpublic forestry practices and those which have been largely subsidized by the FFN. An overview of the literatureon the environmental impact of clear cutting shows that the effects are most often relatively minor and short-lived, but that there nevertheless many instances where the techniques implemented do have significant, long-term effects. The solution to these problems is not be found in further regulatory activity but rather in buildingawareness and providing better information to forest managers.

    STARKE HIEBSMANAHMEN UND KAHLSCHLGE IN DEN FRANZSISCHEN WLDERN(Zusammenfassung)Kahlschlge sind in der ffentlichen Meinung der zweitwichtigste Anla fr Kritik an forstlichen Manahmen. Aberauch andere umfangreiche Hiebsmanahmen tragen zu einer Landschaftsvernderung bei, die an vierter Stelleunter den Kritikpunkten steht. Jedes Jahr kommt es zu ungefhr 48 900 Schlgen dieser unterschiedlichen Arten,auf einer Flche von insgesamt etwa 104 300 ha (entspricht 0,8% der nationalen Waldflche), mit einer durch-schnittlichen Gre von etwa 2,1 ha. Auf Grund der unterschiedlichen Eigentumsstruktur im ffentlichen und imPrivatwald betrgt die mittlere Schlaggre im Staatswald 3,7 ha, 3,3 ha in den anderen Wldern, die der ffent-lichen Bewirtschaftung (rgime forestier) unterworfen sind, und 1,9 ha im Privatwald. Die hchsten Anteilenstarker Hiebsmanahmen sind in folgenden Regionen festzustellen : Regionen mit berwiegendem Anteil der Seekiefer (Pinus maritima), Regionen mit langer Tradition staatlich-ffentlicher Forstwirtschaft, Regionen mit umfangreicher Frderung durch den FFN (Nationaler Wald-Fonds).Eine Literaturauswertung zu den kologischen Auswirkungen von Kahlschlgen zeigt, da die Folgen meistens rela-tiv unbedeutend und von kurzer Dauer sind. Dennoch ziehen diese Waldbautechniken in zahlreichen Fllen erhebli-che und langandauernde Auswirkungen nach sich. Eine Lsung dieser Probleme ist nicht durch eine Reglementie-rung, sondern durch eine strkere Sensibilisierung und Information der forstlichen Wirtschafter zu erreichen.

    CORTAS FUERTES Y TALAS RASAS EN LOS BOSQUES FRANCESES (Resumen)Las talas rasas son el segundo motivo de crtica de la accin de los forestales para la opinin pblica. Pero lasotras cortas profundas participan, igualmente, en la modificacin de los paisajes que constituyen el cuartomotivo de crtica. Cada ao, esos diferentes tipos de cortas se producen en cifra media, alrededor de 48 000 ycubren aproximadamente 104 300 hectreas (es decir : el 0,8 % de la superficie forestal nacional), para unasuperficie unitaria media de alrededor de 2,1 hectreas.Teniendo en cuenta la estructura territorial diferente en el bosque pblico y en el bosque privado, la superficieunitaria media es de 3,7 hectreas en el bosque comunal, de 3,3 hectreas en los otros bosques sometidos alrgimen forestal y de 1,9 en el bosque privado.Las regiones en donde se constata la ms fuerte tasa de cortas profundas son en las que domina la silviculturadel pino martimo, las regiones de vieja tradicin forestal pblica y las regiones que beneficiaron ampliamente delas ayudas del FFN.Una revista bibliogrfica de los impactos ecolgicos de las talas rasas muestra que los efectos son lo msfrecuentemente, relativamente menores y de corta duracin, pero que hay, sin embargo, numerosos ejemplos enque las tcnicas aplicadas implican efectos importantes a largo plazo.

    La solucin a estos problemas no pasa por una reglamentacin, sino por una sensibilizacin mayor de losgestionarios forestales.

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    C. BARTHOD et al.