ET APPRENTIS L AU CINÉMA YCÉENS ?· Pickpocket, Au hasard Balthazar, Le Diable probable-men t). Comme…

  • View
    212

  • Download
    0

Embed Size (px)

Transcript

  • PICKPOCKETROBERT BRESSON

    par Cyril Bghin

    LYCENSET APPRENTIS

    AU CINMA

  • DITORIAL

    Trouver une manire pour sapprocher des corps auplus prs et leur prendre quelque chose dessentiel ;travailler par rptition, avec acharnement, jus-qu russir le bon geste, net et souverain ; affirmerlexistence dun ordre esthtique diffrent, dunebeaut suprieure jusque dans les actes apparem-ment les plus ordinaires ou ceux associs au mal.Les volonts de Michel, le voleur, et celles ducinaste Robert Bresson se rejoignent en tous cespoints. Pickpocket est ainsi lun des plus beauxfilms de lhistoire du cinma, et aussi lune desmeilleures introductions au cinmatographe

    bressonien, sa mcanique et son thique difficiles : on y voit, selon une formulede Jean-Luc Godard propos dun autre film de Bresson, comment la violence deschoses va jusquau fond des hommes . Nous essayons dans les pages suivantes dersumer les grandes lignes du cinmatographe et den montrer le fonctionnementde dtail dans Pickpocket : dans la rigueur de linterprtation, la puissance des com-positions, la mathmatique des rythmes.

    Synopsis 1

    Ralisateur 2

    Gense 3Document

    Dcoupage squentiel 4

    Analyse du rcit 5

    Parti pris 6Ouverture pdagogique 1

    Acteurs 8Ouverture pdagogique 2

    Mise en scne 10Ouverture pdagogique 3

    Analyse de squence 12Ouverture pdagogique 4

    Enchanement 14Ouverture pdagogique 5

    Procd 15Ouverture pdagogique 6

    Point technique 16

    Filiations 17

    Passages du cinma 18

    Lecture critique 19

    Atelier pdagogique 20

    Slection bibliographique & vido

    SO

    MM

    AIR

    E

    Directeur de publication : Vronique Cayla. Proprit : CNC (12 rue de Lbeck - 75784 Paris Cedex 16 - Tl.: 01 44 34 36 95 - www.cnc.fr).Rdacteur en chef : Stphane Delorme. Conception graphique : Thierry Clestine. Iconographie : CarolinaLucibello. Rvision : Sophie Charlin. Rdacteur du dossier : Cyril Bghin. Rdacteur pdagogique : ThierryMranger. Conception et ralisation : Cahiers du cinma (9, passage de la Boule-Blanche - 75012 Paris - Tl.: 01 53 44 75 75 - Fax. : 01 53 44 75 75 - www.cahiersducinema.com).

    Les textes sont la proprit du CNC. Publication septembre 2008. Dossier matre et fiche lve sont la disposition despersonnes qui participent au dispositif sur : www.lyceensaucinema.org

  • SYNOPSIS

    1

    Ce livret est dcoup en deux niveaux :un texte principal et des ouverturespdagogiques.Le texte principal a pour vise de fournirles informations ncessaires (biogra-phiques, techniques, historiques) lap-proche du film. Il propose ensuite desrflexions densemble et des analyses dedtail afin de donner comprendre la por-te (dans lhistoire du cinma, ou dungenre) et la singularit de luvre tu-die. Une premire partie privilgie lestextes de fond sur double page, ponc-tus par une analyse de squence quidonne une illustration prcise lanalyseplus globale du film ; une deuxime par-tie multiplie les entres pour offrir len-seignant divers angles dtude.Les ouvertures grises en marge ontpour vise de prolonger la rflexion selonun angle pragmatique. Rdiges par unautre rdacteur que celui du texte prin-cipal, elles sadressent directement len-seignant en lui proposant des exemplesde travail concrets, en lui livrant des outilsou en lui fournissant dautres pistes.Lide gnrale est de repartir de lim-pression que les lves ont pu avoir, din-terroger leur vision du film. Un atelierpdagogique en fin de dossier vient ponc-tuer ce parcours.

    MODED'EMPLOI

    PickpocketFrance, 1959

    Scnario et ralisation : Robert BressonChef oprateur : Lonce-Henri BurelDcorateur : Pierre CharbonnierChef monteur : Raymond LamyIngnieur du son : Antoine ArchimbaudMusique : Jean-Baptiste LulliProduction : Agns Delahaie pour Lux,

    Compagnie cinmatographique deFrance

    Dure : 75 minFormat : 35mm noir et blancSortie franaise : 16 dcembre 1959

    Interprtation

    Michel : Martin LasalleJeanne : Marika GreenLe commissaire : Jean PlgriJacques : Pierre Leymarie1er complice : Kassagi2me complice : Pierre EtaixLa mre : Dolly ScalUn inspecteur : Csar Cattegno

    Un jeune homme, Michel, se confesse son journal : il a vol dans le sac dunefemme, Longchamp. La police la arrt et, faute de preuve, relch. Le len-demain, il confie largent Jeanne, une voisine de sa mre malade, avant derencontrer un ami, Jacques, et le commissaire qui lavait interrog la veille.Voler devient pour Michel une affirmation morale : non seulement il multi-plie les vols, perfectionne sa technique, sassocie dautres pickpockets, maissemble dfier le commissaire en lui rendant visite. Lamiti de Jacques, la rela-tion possible avec Jeanne ny font rien, il continue jusqu un ultime coup quilamnera en prison, et lui rvlera son amour pour Jeanne.

    Lux

    Film

    s.

  • RALISATEUR

    Figure phare pour la critique et la cinphilie franaise ds son second long-mtrage, Les Dames du bois de Boulogne (1945), Robert Bresson (1907-1999) nenest pas moins rest au long de sa carrire un cinaste part, entretenant des lienscontradictoires avec lindustrie et peu connu du grand public. Lorsquil reoitle Grand prix du cinma de cration Cannes en 1983 pour ce qui devait treson dernier film, LArgent, les hues et les sifflets se mlent aux applaudissements.Cest que, en treize longs-mtrages, Bresson na cess de se tenir aux convictionset la mise en uvre dune mthode et dun style propres, qui plus de quaranteans aprs leurs premires manifestations faisaient encore grincer des dents. Larsistance, lenttement, la croyance malgr tout et la capacit au sacrificesont les grandes caractristiques des actes et des psychologies des hros bres-sonniens, quils soient inspirs de Bernanos (Le Journal dun cur de campagne,Mouchette), de Dostoevski (Une Femme douce, Quatre nuits dun rveur) ouinvents par le cinaste (Pickpocket, Au hasard Balthazar, Le Diable probable-ment). Comme ses auteurs de prdilection, Bresson tire sa force dun rapport vis-cral la morale chrtienne, mais aussi dune confiance sans faille dans lespuissances de lart en gnral et de son art en particulier, auquel il consacreraun recueil daphorismes entam au dbut des annes 50 et publi en 1975, Notessur le cinmatographe1. Cest dabord cette terrible obstination du crateur et deses cratures qui fut vilipende Cannes.Quest-ce qui drangeait encore, en 1983, dans cet art que Bresson nommait cinmatographe pour bien le distinguer du reste du cinma ? Lors dunentretien pour la tlvision en 1967, anne de Mouchette, Jean-Luc Godarddisait que chez Bresson la violence des choses va jusquau fond des hommes ,belle formule aux significations multiples. Ds son premier long-mtrage, LesAnges du pch (1943), o des nonnes vivant dans des chambres austres se jet-tent au sol pour saluer leurs mres suprieures, mais surtout avec Le Journal duncur de campagne (1951) puis Un Condamn mort sest chapp (1956), les per-sonnages bressonniens circulent dans des dcors purs la matrialit brute,dont la cellule de prison devient une sorte de modle. La violence des choses

    passe dabord par ce dpouillement des surfaces, ces multiples dserts que leshommes doivent traverser, toucher ou contempler, souvent de manire rptitivecomme les prisonniers d Un Condamn mort qui vont et viennent dans unecour. Lattention aigu porte linerte, la potentialit abstraite dune zone dedcor ou dun pan de costume, au caractre passager des figures humaines, est lunedes premires manires dont le cinmatographe slve contre le cinma. Il sagit,dit Bresson, d aplatir limage [NC, p.23] pour mieux communiquer desimpressions, des sensations [NC, p.87[ par lesquelles doit passer la compr-hension des situations. Au moment de la sortie de Pickpocket, Bresson se dit per-suad que le grand public est prt sentir avant de comprendre .Ce mlange de svrit et de sensualisme est aussi au principe du rapport auxacteurs, que Bresson nomme des modles et auxquels il impose des mca-niques de rptition pour mieux les dfaire des clichs du thtre, grand enne-mi du cinmatographe, et retrouver ce quils sont [NC, p.86], cest--dire mes, corps inimitables [NC, p.58. Cf. Acteurs]. Ainsi la violence des chosesva jusquau fond des hommes , non seulement dans les scnarios des films, quiempruntent rgulirement la forme de cheminements spirituels travers dessries dpreuves physiques et morales, mais aussi dans la ralit des produc-tions, pour lesquelles Bresson mle la fidlit certains artistes et techniciens(dont le peintre Pierre Charbonnier cf. Passages du cinma) et la vampirisa-tion de ses modles souvent non-acteurs, quil engage pour un seul film etauxquels il interdit de rejouer ailleurs. Le hasard, la rencontre unique et dci-sive, dont on va voir le rle important dans les films, sont donc aussi au prin-cipe de la cration : Je marche vers linconnu travers les tres qui sont l. 2

    1) Cf. Slection bibliographie. Dans le reste du livret, les rfrences ce livre seront donnes dans letexte, entre crochets, avec labrviation NC.2) Robert Bresson, entretien avec Claude-Marie Trmois in Radio-Cinma-Tlvision n334, 1957.

    2

    Une marche obstine

    Robert BressonFilmographie complte

    1934 Affaires publiques (moyen-mtrage)

    1943 Les Anges du pch1945 Les Dames du bois de Boulogne1951 Le Journal dun cur de campagne1956 Un Condamn mort sest

    chapp1959 Pickpocket1962 Procs de Jeanne dArc1966 Au hasard Balthazar1967 Mouchette1969 Une Femme douce1972 Quatre nuits dun rveur1974 Lancelot du Lac1977 Le Diable probablement1983 L Argent

    Col

    l.Cah

    iers

    du

    cin

    ma/

    D. R

    abou

    rdin

    /DR

    .

  • Depuis son premier moyen-mtrage, Affaires publiques, sorti en 1934, les pro-jets de Bresson connaissent un calendrier erratique. La guerre puis des vicissi-tudes de production, qui suspendent au moins trois projets importants (une viedIgnace de Loy