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Introduction1Les tudes sur le dveloppement des jugements moraux portent sur lvolution individuelle de la rfrence des normes collectives ou des principes personnels pour valuer ce qui devrait dterminer les comportements en socit et les rapports entre les personnes. Les raisons ne manquent pas pour envisager que ladolescence puisse constituer un moment dterminant de cette volution personnelle, et pour supposer que cette priode de dveloppement se traduise par des incertitudes conceptuelles ou des difficults comportementales issues de la transgression de normes collectives (Musitu, Buelga, Cava & Lila, 2001). En effet, lanalyse des conceptions de soi au moment de ladolescence et les thorisations en termes de construction identitaire (Bariaud,1997; Bosma,1994; Erikson,1968/1972; Kroger,1993) ont soulign limportance, au moins chez certains adolescents, de la remise en cause des rfrences construites pendant lenfance, cette remise en cause devant aboutir des engagements idologiques renouvels et des choix comportementaux vritablement personnels. Mais lvolution identitaire se trouve lie aux exprimentations adolescentes du fonctionnement social et par consquent aux alas qui caractrisent les contextes dexploration susceptibles dinduire une dynamique volutive difficilement prdictible bien que socialement dtermine. En ralit, cest dans ce cadre dune volution conue comme dynamique que le terme de dveloppement moral prend son sens et que les formes de modlisation doivent tre recherches.2Pour avancer sur cette question, il conviendra tout dabord de rappeler les grilles danalyse habituelles du dveloppement moral: modles de stades, variabilits inter-et intra-individuelles, diffrenciation de types de rgles sociales. On sattachera ensuite prciser divers aspects dune approche socio-cognitive de cette volution. Enfin, au-del des approches descriptives, il sagira de sinterroger sur les dterminants possibles du dveloppement moral au moment de ladolescence et de sa diffrenciation interindividuelle.Lapproche dveloppementale du jugement moralCe que signifie rellement un modle de stades3Malgr les renouvellements mthodologiques et conceptuels de ces dernires annes, les auteurs actuels continuent de se rfrer, implicitement ou explicitement, au modle de stades suggr par Kohlberg il y a une quarantaine dannes (Kohlberg,1963,1969; Kohlberg & Ryncarz,1990). Les donnes de Kohlberg taient constitues dun corpus de rponses des dilemmes moraux prsents comme des histoires fictives mais plausibles o sopposent en particulier des critres de nature lgale (par exemple: linterdiction de voler autrui) et des critres de nature morale (par exemple: la valeur de la vie humaine, au-del de lapplication stricte des lois). Ce modle dvolution en six stades regroups, par deux, en trois grands niveaux de dveloppement commence tre bien connu en France, et diverses prsentations sont facilement disponibles (Bgue,1998; Lehalle,1995; Lehalle, Buelga, Aris, Chapelle & Levy, 2000; Lehalle & Mellier, 2002).4En rsum, le premier niveau est celui dune moralit pr-conventionnelle, o la personne se dcide en fonction de ses intrts personnels et des risques encourus. lintrieur de ce niveau, la distinction entre deux stades correspond aux progrs de la dcentration sociale. Celle-ci se manifeste en effet au stade2, mais elle reste utilise ce stadedans le but de maximiser les gains personnels en vitant les sanctions et les rtorsions possibles.5Au second niveau du dveloppement moral selon Kohlberg, cest la logique du groupe qui prdomine et la morale devient conventionnelle. L encore, deux stades sont distingus. Au stade3, le groupe de rfrence est le groupe proche: la famille, le rseau de connaissances ou les amis; lambition dsormais est de satisfaire les attentes interpersonnelles; par consquent, la loyaut envers ses proches, le partage des sentiments et des valeurs, laccord entre les gens et la confiance mutuelle deviennent des critres essentiels pour valuer les comportements sociaux. Le stade4 tend ces considrations au niveau de la socit tout entire, ce qui produit ladhsion conformiste aux rgles de la socit, au systme lgal et la justice dans son ensemble car le bon fonctionnement de la socit permet de garantir le bien-tre des individus.6Le troisime niveau post-conventionnel relativise la rfrence aux normes collectives. Au stade5, il apparat que les rgles du systme social doivent tre coordonnes avec une valuation des points de vue individuels, au lieu que le bon fonctionnement du premier induise invitablement le bien-tre des seconds; de plus les lois actuellement en vigueur dans une socit donne apparaissent comme relatives (car elles varient dun pays lautre) et comme rvisables ou modifiables, au lieu dtre perues comme intangibles; en dfinitive, lquilibre entre les points de vue individuel et collectif se matrialise au stade5 par ladhsion au principe dun contrat social, fond par exemple sur une dcision majoritaire; mais lorsque les critres lgaux en arrivent sopposer des critres moraux, les dcisions du stade5 restent difficiles. En revanche, au stade6, lindividu adhre explicitement des principes moraux quil considre la fois comme des principes labors personnellement et comme des critres dvaluation devant sappliquer universellement; comme exemples de tels principes moraux on peut penser la prservation de la vie, lgalit entre les personnes, au respect des croyances, la lutte contre toute forme doppression, etc.; ces principes conduisent ventuellement des prises de position minoritaires dans le cadre de tel ou tel environnement social, en dpassant par consquent, si cela savre ncessaire, la conformit au contrat social collectivement dcid.7Lanalyse conceptuelle de cette succession de stades fait apparatre clairement la cohrence du systme propos. Il est facile en effet de montrer que chaque tape de lvolution sappuie ncessairement sur la prcdente. Par exemple, comment sinterroger sur la relativit des lois (stade5) si lon na pas construit au pralable une reprsentation de leur fonction sociale (stade4)? Et comment apprcier le fonctionnement social dans son ensemble (stade4) si lon na pas dabord prouv le fonctionnement des groupes sociaux lchelle plus rduite des groupes proches (stade3)? Il nest donc pas surprenant que des tudes, ralises essentiellement auprs dadolescents, aient montr depuis longtemps le caractre squentiel des six stades de Kohlberg (Boom, Brugman & Van der Heijden, 2001; Rest, Davison & Robbins,1978; Walker,1982; Walker, De Vries & Bichard,1984). Cela signifie que la progression dveloppementale semble bien se faire en suivant les moments de la squence un un. Toutefois, cette progression squentielle nest pas forcement linaire et elle naboutit par obligatoirement aux stades 5 et 6 du niveau post-conventionnel.8En effet, que ce soit en utilisant les procdures de Kohlberg (prcises par le M.J.I. Moral Judgment Interview (Colby & Kohlberg,1987; Colbyetal.,1987) ou celle du questionnaire choix ferm de Rest le D.I.T. Defining Issues Test (Rest,1979; Restetal.,1978; Rest, Narvaez, Bebeau & Thoma,1999)) les tudes ont rgulirement montr la faible frquence des stades 5 et 6 dans la population gnrale (adolescents et adultes), avec une influence probable du niveau ducatif sur leur mergence. Cependant, dun point de vue strictement dveloppemental, la description dune volution ne peut tre invalide par le simple fait que les stades ultimes dun dveloppement restent rgulirement peu frquents. En effet, un systme de stades indique un cheminement ncessaire sil est toutefois rendu possible par la persistance des sollicitations environnementales adquates. Il ne sagit en aucune manire dune volution prdtermine devant obligatoirement se produire des ges bien identifis.9En ralit, la cohrence conceptuelle dun systme de stades et la validation empirique de son caractre squentiel suffisent considrer la succession des rponses correspondantes comme une volution ncessaire dans un environnement stimulant. Mais cela nexclut absolument pas la possibilit de variations individuelles.Les variabilits intra-individuelles10Dans la revue de question prsente par Lehalleetal.(2000), diverses formes de variabilit individuelles ont t discutes.11Considrons tout dabord les variabilits dites intra-individuelles car elles se traduisent par le fait que les rponses dune mme personne (en particulier un mme adolescent) dans diffrentes situations ne sont pas toujours assignables un mme stade de dveloppement. De fait, une personne ne fonctionne pas exclusivement selon un seul stade, ce qui obligerait une volution brutale peu plausible lors des transitions. Cette caractristique est bien connue depuis longtemps: elle avait t note par Kohlberg lui-mme (1969) et par Piaget avant lui chez les enfants plus jeunes (1932/1978, p.94); cest pourquoi ces deux auteurs prsentent leurs statistiques dvolution en comptabilisant des rponses selon lge et non pas des individus.12Comme illustr par Lehalleetal.(2000), les variations intra-individuelles peuvent tre interprtes selon deux grandes catgories danalyse, au-del de la simple fluctuation alatoire des rponses (qui ne constitue pas vritablement une explication). Tout dabord, cest le processus lui-mme de dveloppement qui peut tre invoqu. Dun point de vue descriptif, Walker et Taylor (1991), puis Walker, Gustafson et Hennig (2001) ont adapt la question du dveloppement moral un modle antrieurement propos par Snyder et Feldman (1984) pour lvolution des reprsentations spatiales. Dans ce modle, la frquence des rponses relatives divers stades et prsentes par un individu un moment donn de son dveloppement se distribuent de faon non quelconque sur la dimension constitue par la suite des stades (voir les figures reproduites dans Lehalle et Mellier, 2002, p.262). Les quelques rponses plus avances que le stademodal actuellement le plus frquent pour un individu constituent lbauche du dveloppement venir, tandis que les rponses relatives un niveau a