Extrait de la publication plus curieux dans ce parallèle entre Pascal et Proust, c'est qu'au moment…

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  • Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptationrservs pour tous les pays.

    ditions Gallimard, 1976.

    Extrait de la publication

  • INTRODUCTION

    La vie de Proust est marque par un moment dcisif o lui vientl'inspiration d'o sortira sa grande uvre. Cela, nous l'avons sup-pos, mais jusqu'ici personne n'a pu en apporter la preuve. C'est lemoment o il atteint enfin la certitude sur l'uvre qu'il porte en lui,o il en voit les grandes lignes, o il se dcide l'crire. Commentdouter que l'crivain ainsi libr, lorsqu'il se met composer cetteuvre, ait transpos ce moment-l cette exprience vcue enl'pisode qui deviendra le dnouement d'A la recherche du tempsperdu ? C'est l ce jour le plus beau qu'il dsigne dans Le Tempsretrouv, jour o s'clairaient soudain non seulement les tton-nements anciens de ma pense, mais mme le but de ma vie et peut-tre de l'artl .

    Cette illuminationressemble trangement, par certains cts, celle qu'eut Pascal lorsqu'il griffonna sur un parchemin son fameuxMmorial. cartons ds l'abord l'objection que certains ne manque-ront pas de faire que Proust

  • Le plus curieux dans ce parallle entre Pascal et Proust, c'est qu'aumoment mme o ce dernier a la rvlation d'o sortira son roman,

    il garde prs de lui un carnet qui correspond en quelque sorte auMmorial que Pascal avait cousu dans la doublure de son habit.Certes dans son agenda Proust ne prcise pas la date ou les circons-tances de son illumination. Peu importe du reste, puisque ce petitcarnet recle des trsors autrement prcieux pour nous. Cet agendas'associe troitement la conception d'A la recherche du tempsperdu et nous renseigne sur toute la priode de sa gestation. Il nouspermet de suivre les

  • cahiers qu'il condamne. Ce qu'il dsapprouve, ce ne sont pas les pro-jets, les bauches, les brouillons, les notes sur l'uvre que l'crivains'apprte crire. C'est plutt l'attitude de celui qui se promne, uncarnet la main, afin de noter ce qu'il observe de faon superficielle,sans aller au-del, sans approfondir ses impressions. Les notes deProust constituent, au contraire, le produit de ses rves et de sesrflexions, produit qu'il va distiller pour en extraire une uvre d'art.A vrai dire, les cahiers de Proust constituent le plus souvent l'bauche,le manuscrit d'aprs lequel il fera ensuite tablir une copie ou unedactylographie. Il n'en est pas tout fait de mme pour ses carnets.Leur histoire mrite d'tre conte.

    Le premier de ces carnets attire notre attention tout particulirement cause des perspectives nouvelles qu'il ouvre sur l'uvre de Proust etsur certains buts qu'il se proposait en l'crivant. Ce carnet claired'un jour nouveau la composition de cette uvre dont quelques pointsimportants restaient encore dans l'obscurit. Pour n'en mentionnerqu'un seul le plus difficile peut-tre personne n'a encore expli-qu de faon satisfaisante l'nigme du Contre Sainte-Beuve et deses rapports avec A la recherche du temps perdu.

    Mais, avant d'aborder ce problme, voyons par quel hasard Proustpossde ces petits agendas. Nous verrons ensuite ce qu'ils peuventnous apprendre sur l'historique et le sens de l'uvre proustienne.

    Il faut d'abord remonter en arrire afin de comprendre la situationo Proust se trouvait au moment o il entreprenait son roman. Cetteuvre, il avait dj essay, bien des annes auparavant, de l'crire.Il l'avait abord dans ce roman sur Jean Santeuil o paraissent djla plupart des thmes et certains des pisodes, mme des personnagesde l'uvre future. Il y travaillait depuis quatre ans quand il a finipar avouer son chec, son incapacit trouver une forme qui convienne la matire de son uvre. Il se comparat au mari de Dorothe Brookdans Middlemarch de George liot, se demandant s'il t n'amassepas des ruines 3 . A ce moment-l il avait accumul un manuscritde prs de mille cinq cents pages dont les chapitres htroclites, dbor-dant du plan primitif, n'avaient d'autre lien entre eux que la pr-sence du hros Jean Santeuil. Ne trouvant aucun moyen d'en faireun ouvrage viable, il l'abandonnait -provisoirement, croyait-il

  • peut-tre pour se consacrer l'tude de l'uvre de Ruskin et decertaines cathdrales. C'tait en octobre 189c. En vrit, la raison de

    son chec, il s'en rendait bien compte ce qui manquait son romanavort, c'tait un plan, une forme, un moyen d'unifier cet amasd'pisodes, de thmes, d'ides, de visions. C'tait le problme le plusdifficile de sa vie d'crivain quelle forme donner au roman qu'ilportait en lui. Il s'tait senti incapable de trouver la solution ceproblme. Mais il savait bien qu'il y reviendrait un jour; du moins,il l'esprait. Et, en effet, il y reviendra dans son carnet.

    Il se met donc traduire, avec l'aide de sa mre, et crire un

    commentaire du premier des deux ouvrages de l'esthte anglais qu'ilva publier ventuellement. Mais il ne sait pas l'anglais, il est souventmalade, le travail s'allonge devant lui interminablement. Aprs unepriode prolonge de maladie, au commencement de dcembre 1902,il finit par accepter de signer un contrat avec le Mercure de Francepour la traduction de La Bible d'Amiens et de Ssame et les lys.A ce moment-l, il crit Antoine Bibesco, lui parlant de ce travail,disant combien cela lui est pnible et combien il a soif de travaillerautrement

    Tout ce que je fais n'est pas du vrai travail, mais seulementde la documentation, de la traduction, etc. Cela suffit rveil-ler ma soif de ralisations, sans naturellement l'assouvir enrien. Du moment que depuis cette longue torpeur j'ai pour lapremire fois tourn mon regard l'intrieur, vers ma pense,je sens tout le nant de ma vie, cent personnages de romans,mille ides me demandent de leur donner un corps comme cesombres qui demandent dans L'Odysse Ulysse de leur faireboire un peu de sang pour les mener la vie et que le hroscarte de son pe 6.

    Mais sa mre lui persuade d'achever ses traductions. L'anne sui-vante, la mort de son pre, Marcel veut prendre le prtexte de cedeuil pour abandonner son entreprise, et sa mre, encore une fois,intervient

  • d'Amiens, qu'il ddie la mmoire de son pre, comme il ddieraSsame et les lys la mmoire de sa mre.

    Au moment o il corrige les preuves de ce second volume, au moisd'aot 1905, Proust a une sorte d'illumination o il entrevoit la solu-tion au problme qui l'avait empch d'achever Jean Santeuil. Ceplan, il l'esquisse sous la forme d'une longue annotation propos dela premire confrence de Ssame et les lys. J'ai montr ailleurscomment on peut y voir, dessine par avance, la structure fonda-mentale de l'uvre future*. Cependant Proust n'a pas le temps des'adonner la ralisation de ce plan. La mort de sa mre, survenantquelques semaines plus tard, lui te la possibilit de se mettre au tra-vail. Dans son dsarroi, il laissera passer ainsi seize mois dans l'inac-tivit. Une anne encore s'coulera sans qu'il accomplisse autre choseque d'crire quelques articles sur divers sujets.

    C'est vers le mois de janvier 1908 qu'il commence enfin crire unroman. Mais il ne subsiste de cet ouvrage que des fragments. Nousn'en saurions d'ailleurs que fort peu de chose si la chance ne nousavait favoriss en prservant le carnet dont il est question ici.

    Tchons donc de savoir la provenance de ce document si prcieux.Comment Proust l'a-t-il eu? Son format troit et allong convenaitmal, vrai dire, au travail qu'il voulait entreprendre. Comme nousl'avons vu, cependant, la duchesse de Guermantes supposait que lenarrateur allait chez Mme de Montmorency pour

  • petits almanachs m'enchantent et la pense qu'ils viennent de vousleur ajoute tant de posie9!Comment pouvons-nous savoir queProust, parlant de ces

  • question le titre Robert et le chevreau, Maman part en voyage.Or ce morceau-l ne forme pas un tout indpendant, puisqu'il faitpartie d'un ouvrage dont il ne constitue que le premier chapitre. Cemme titre de Robert et le chevreau figure en tte d'une liste dechapitres que Proust a dresse dans son carnet sous l'en-tte Pagescrites (voir notre fac-simil et lefeuillet7 v). Et si l'on peut enjuger d'aprs les titres numrs, cet ouvrage devait ressembler suf-fisamment certaines parties d'K la recherche du temps perdupour en. constituer un premier tat.

    L'pisode Robert et le chevreau que l'auteur rduira de septpages (dans le texte imprim) un paragraphe de vingt-cinq lignesfinira par prendre sa place dans le chapitre intitul Combray.C'est l'pisode o le narrateurfait ses adieux aux aubpines (I,'45) n-

    Le titre suivant de l'ouvrage en question nous renseigne encoremieux l-dessus. Ce titre est Le ct de Villebon et le ct de

    Msglise; il introduit videmment les

  • peu une particularit gographique de la rgion d'Illiers, petite villequi est situe en effet sur les confins de deux sortes de paysages quesont le Perche et la Beauce. Quant au ct qui s'associe la bour-geoisie, l'auteur n'a fait que reprendre en le modifiant lgrement lenom d'un village situ quatre kilomtres.d'Illiers, Mrglise,d'o il tire Msglise. Il gardera ce nom pour le Ct de chezSwann. L'autre ct changera de nom lorsque Proust, vers le moisde mai 1909, se dcidant sacrifier un beau chteau pour un beaunom, substituera au nom de Villebon celui plus harmonieux deGuermantes.

    Le titre suivant, Le vice sceau et ouverture du visage, intro-duit apparemment le thme de l'aberration sexuelle. Le chapitreintitul La dception qu'est une possession correspond videm-ment au thme de l'amour; Proust le dveloppera au cours du roman propos de l'amour de Swann pour Odette et du narrateur,pourAlbertine (cf. 1, 234, 346, 631-632; III, 450). Le titre Embras-ser le visage doit correspondre au morceau o Proust donne unedescription si originale et charmante du baiser (II, 363-36}).

    Les quelques titres qui vienn