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FRANCE Catholique FRANCE Catholique 3:HIKLMI=YUW^U[:[email protected]@[email protected]@a; M 01284 - 3119 - F: 2,90 E ISSN 0015-9506 84 e année - Hebdomadaire n°3119 - 16 mai 2008 www.france-catholique.fr 2,90 FRANCE Catholique

FRANCE FRANCE Catholique Catholique · le seul arrondissement bilingue du pays. CANAdA : Michaëlle Jean, Gouverneur général du Canada, a terminé le 10 mai une visite de cinq jours

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    84e année - Hebdomadaire n°3119 - 16 mai 2008 www.france-catholique.fr 2,90€

    FRANCECatholique

  • BRÈVES

    2 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

    FRANCEpolitiquE : Le porte-parole de la LCR, Olivier Besancenot, aurait été placé sous surveillance par une officine privée ; il a porté plainte le 5 mai pour connaître les commanditaires.Bertrand Delanoë et plusieurs maires socialistes de grandes villes ont publié le 6 mai un texte en vue du Congrès du PS de novembre, rendant inévitable un affrontement avec Ségolène Royal pour la direction du parti.ÉCoNomiE : Le groupe parlementaire UMP a détaillé le 5 mai trente propositions pour libérer la croissance et l’emploi dont certaines reprennent celles du rapport Attali ; plusieurs d’entre elles seront pré-sentées par voie d’amendement au projet de loi sur la modernisation dont l’examen commencera le 27 mai à l’Assemblée nationale.FiSCAlitÉ : Le débat sur l’équité et les niches fiscales a été rouvert le 7 mai par un rapport de l’Inspection générale des finances préconisant de plafonner cinq dispositifs fiscaux, dont deux concernant l’outre-mer ; un plafonnement global des niches serait également envisagé.ENtREpRiSES : Le groupe textile DMC, l’un des derniers grands groupes français du secteur (1 100 salariés), a été placé le 5 mai en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Paris.D’après le Wall Street Journal du 6 mai, le groupe Alstom ferait l’objet d’une enquête en France et en Suisse pour corruption.Le patron d’Airbus a évoqué le 6 mai l’éventualité de nouveaux retards pour l’A380 ; le groupe a renoncé à céder à Latécoère les deux sites de Méaulte et Saint-Nazaire.Le groupe Vinci a signé le 6 mai un contrat de trois milliards de dollars pour construire le plus long pont du monde (40 km) reliant l’émirat de Qatar au royaume de Bahrein.REtRAitES : Le Président Sarkozy a annoncé le 6 mai une revalorisation de 0,8% des pensions au 1er septembre 2008 pour tenir compte de l’inflation.SANtÉ : La ministre Roseline Bachelot a révoqué le 6 mai le chef du service de radiothérapie de l’hôpital d’Épinal où 5 000 personnes traitées entre 1987 et 2006 ont été victimes de surirradiation.ÉColE : à l’occasion de la Journée de commémoration de l’abolition de l’escla-vage, le chef de l’État a annoncé le 10 mai que la traite des Noirs serait ensei-gnée à l’école primaire dès la prochaine rentrée.

    logEmENt : Selon les estimations de la banque HSBC, en raison du stock d’in-vendus et d’une baisse de la solvabilité des ménages, le recul des prix de l’immo-bilier neuf pourrait atteindre 3,5% au 1er se mestre 2008.CiRCulAtioN RoutiÈRE : La publication de statistiques complètes sur les blessés de la route révèle que les accidents font autant de handicapés que de tués, soit près de 5 000 chaque année. Le ministre J.L. Borloo a annoncé le 11 mai la mise en place obligatoire d’éthylotests dans les débits de boisson dès cet été.poliCE : Plusieurs centaines de mani-festants ont défilé le 11 mai à Grasse en hommage à un jeune homme décédé après son interpellation par la police ; l’IGS a ouvert une enquête.REligioN : Le 25e rassemblement de l’Union des organisations islamiques de France s’est tenu du 8 au 11 mai au Parc des expositions du Bourget.

    moNdEBiRmANiE : Le cyclone Nargis aurait fait 100 000 morts et un million et demi de sinistrés nécessitant une aide d’urgence, mais les autorités birmanes rechignent à laisser entrer du personnel étranger sur leur territoire. Le référendum du 10 mai sur la Constitution a eu lieu dans la plupart des provinces et a été revendiqué comme un succès par les militaires au pouvoir depuis 1962.SERBiE : 7 millions de Serbes étaient appelés à élire leurs députés le 11 mai. Les partisans du président Boris Tadic (Parti démocratique) ont obtenu 39% des suffrages tandis que les nationalistes de Tomislav Nikolic (Parti radical serbe) n'en ont recueillis que 28%. Le taux de parti-cipation a à peine dépassé les 60%.EuRopE : La Banque centrale a laissé inchangé le 8 mai à 4% son principal taux directeur en raison du niveau élevé de l’inflation dans la zone euro (3,6% prévus en 2008).poliCE : Pour la seconde fois en sept mois, Interpol a prouvé l’efficacité des appels à témoin mondiaux sur Internet en faisant arrêter le 8 mai aux États-Unis un pédophile recherché pour des faits survenus en Asie du sud-est.olympiAdES : La flamme olympique a été hissée le 8 mai au sommet de l’Éve-rest par une douzaine d’alpinistes chinois et tibétains.iSRAël : Éclaboussé par une nouvelle affaire de corruption, le Premier ministre Ehoud Olmert pourrait être contraint de

    démissionner alors que le pays fêtait le 14 mai ses 60 ans d’existence.ÉtAtS-uNiS : Le sénateur Obama a conforté son avance pour l’investiture démocrate après les primaires de Caroline du sud et d’Indiana ; il compte désormais une majorité chez les super-délégués.Des tornades ont tué une trentaine de personnes les 10 et 11 mai dans le centre et le sud des États-Unis : Missouri, Oklahoma...RuSSiE : Dimitri Medvedev a prêté le 7 mai le serment de nouveau Président de la Russie ; Vladimir Poutine a pris le lendemain ses fonctions de chef de gou-vernement.liBAN : Des échanges de tirs nourris dans les quartiers musulmans de Beyrouth, tuant plus de soixante miliciens et civils, ont opposé depuis le 7 mai les partisans du Hezbollah, le mouvement chiite qui est le seul au Liban à avoir conservé tout son armement, aux partisans, sunnites, du gou vernement . Sous la pression de l’armée interconfessionnelle, les militants chiites se sont partiellement retirés de la capitale le 11 mai, mais des combats à l'arme lourde se sont poursuivis à Tripoli entre sunnites et alaouites, alliés de la Syrie, et dans les régions druzes où le Hezbollah s'est aventuré pour la première fois.itAliE : Le gouvernement de Silvio Ber-lusconi a prêté serment le 8 mai. BElgiquE : Le Premier ministre Yves Le terne a exhorté le 8 mai les parlemen-taires flamands à retarder l’adoption d’un projet de loi visant à scinder l'arrondisse-ment électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, le seul arrondissement bilingue du pays.CANAdA : Michaëlle Jean, Gouverneur général du Canada, a terminé le 10 mai une visite de cinq jours en France.gRANdE-BREtAgNE : à l’expiration, le 9 mai, de l’appel d’offres lancé par le gou-vernement britannique pour le contrôle de British Energy, principal opérateur nucléaire du pays, seul EDF s’était portée officiellement candidate ; mais l’absence de concurrence pourrait remettre en cause l’opération.dARFouR : Les relations diplomatiques ont été rompues entre le Tchad et le Soudan après les combats qui ont opposé, le 10 mai, les soldats soudanais à des rebelles de la région du Darfour qui ont attaqué un des faubourgs ouest de Khartoum. Des chefs de l'opposition islamiste, dont Hassan al Tourabi, ont été arrêtés ; une fois de plus, par le gouvernement de Khartoum qui les soupçonne d'avoir par-tie liée avec les rebelles.

    J.L.

  • SOMMAIRE ACTUALITé 4 MédIAS Grèves de presse Alice Tulle 5 CRISE ALIMEnTAIRE Haro sur la fao Yves La Marck 6 bIOETHIqUE Infertilité et artifice Tugdual Derville

    dOSSIER 8 Adv L'euthanasie en débat ? Xavier Mirabel / Frédéric Aimard

    ESpRIT 14 MéMOIRE dES jOURS procès Fourniret Robert Masson 15 ECCLESIA L'église et le cyclone Fides 16 LECTURES La Sainte Trinité Père Michel Gitton 17 AEd Ethiopie, au service de tous Marc Fromager 18 COLLOqUE Communion et évangélisation Mgr Cattenoz / Mgr Rey / Pascal Rousseau

    MAGAzInE 20 pATRICk dE LAUbIER Un regard de paix

    sur les religions Denis Lensel 21 IdéES péguy et quelques autres Gérard Leclerc 24 jEUx jouer au large ! Vianney Mallein / Marie-Agnès Meyer 26 MUSIqUE Membra jesu nostri de buxtehude François-Xavier Lacroux 27 COMédIE MUSICALE jonas Matthieu Gourrin 30 ExpOSITIOnS Hervé Robbe Pierre François

    32 bd Sac à dos sans trêve (30/40) A. de Palmaert / Palmart

    33 CInEMA "Et puis les touristes...", "journal d'une baby-sitter", "Tu peux garder un secret ?", "jackpot" Marie-Christine Renaud d'André / Marie-Lorraine Roussel 34 THéÂTRE "brundibar" Pierre François

    35 TéLévISIOn "Charlotte Corday", "palais Royal", "don't come knocking", "Ernest Hemingway" M.-Ch. Renaud d’André/ M.-L. Roussel 36 TéLévISIOn votre début de soirée

    M.-Ch. R. d’A.

    38 bLOC-nOTES vie associative et d’église Brigitte Pondaven

    Couverture © GooDshooT

    édITORIAL

    FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008 3

    L'impératif évangélique est inflexible. Nous serons jugés sur notre dureté de cœur, celle qui se mesure à notre indifférence à l'égard du pauvre, et d'abord de l'affamé. Et ce qui concerne l'affamé, si on est fidèle à l'enseignement de Charles Péguy, est en-deça de la pauvreté, du côté de la misère. "L'antépremier

    devoir social est d'arracher les miséreux à la misère, d'arracher les miséreux au domaine de la misère, de faire passer à tous les miséreux la limite économique fatale." (« De Jean Coste »). Avant toute prétention à l'égalité, assénait Péguy, il s'agit de sauver les citoyens de la misère parce que c'est elle qui réduit à une condition infra humaine. Le misé-reux ne peut prétendre à l'éminente dignité du pauvre et sa condition est comparable à un véritable enfer social.

    Ce n'est pas sans trouble et sans colère que l'on est obligé de se remémorer une telle leçon. Il y a quarante ans, on s'interrogeait sur les défauts inhérents à la société de consommation. Aujourd'hui, on prend conscience de la gravité extrême de la question de l'alimentation dans le monde. Les émeutes de la faim sont un signal qui devrait être insupportable en renvoyant à une sorte d'impéritie universelle. Avec tous nos moyens techniques, nous avons laissé nos terres nourricières en jachère ou les avons utilisées pour un autre usage que celui de donner à manger aux populations. Des décisions s'imposent au plus vite pour inverser la logique économique devenue folle.

    Il ne faut pas croire que les pays riches seront épargnés par le fléau. Le renchérissement des biens alimentaires est un fait universel et il touche notre propre pays. Les médias commencent à rendre compte du scandale. Ce n'est pas seulement les sDF qui souffrent, mais les personnes à faible revenu, les retraités aux faibles pensions notam-ment. "Dans les grandes villes, écrit Le Parisien, c'est la ruée chaque soir autour des poubelles des magasins". Le même journal s'indigne à juste titre de certaines pratiques, encore marginales, lorsque des supermar-chés arrosent des nourritures invendues de détergents, pour les rendre immangeables (par crainte, dit-on, qu'on ne leur reproche d'avoir mis à disposition du public des produits périmés, au nom d'un principe admi-nistratif et juridique dit « de précaution » qui touche ici à l'ignoble). C'est donc, d'abord, chez nous que les autorités et l'ensemble des citoyens, parmi lesquels nous pensons prioritairement aux chrétiens, doivent se mobiliser contre la faim qui est le premier stigmate de la misère. n

    Écoutez la chronique de Gérard Leclerc, chaque semaine sur :

    La misèredu monde

    par Gérard LECLERC

  • dans la presse comme dans les autres secteurs en crise, nous ne sommes plus en Mai 1968.

    Les salles de rédaction pari-siennes qui vivent dans le malaise ne sont pas le théâtre d’une lutte entre des salariés « gauchistes » et des direc-tions « bourgeoises » dans une perspective révolutionnaire. Les conflits se déroulent au sein de rédactions compo-sites (Le Monde) ou ac- quises au néo-libéralisme économique (Les Échos, La Tribune).

    Les journalistes qui ont décidé de se mettre en grève ont en commun le refus d’une conception au jour le jour de la rentabi-lité, qui conduit les déten-teurs du capital à agir de manière désordonnée et autoritaire en se basant sur des raisonnements uniquement financiers. Or ceux-ci ont peu à voir avec les qualités néces-saires pour exercer le difficile métier d'un patron de presse, pour qui le personnel ne pourra jamais être une simple « variable d'ajustement ».

    Au sein de la rédaction du quotidien économique Les Échos, ce ne sont d'ailleurs pas les licenciements que l’on redoute, mais le comporte-ment de Bernard Arnault, patron du groupe de luxe

    LVMH et propriétaire du jour-nal. L’homme le plus riche de France a décidé de nommer son fils Antoine, directeur de la communication de Louis Vuitton, comme l’un des deux représentants de LVMH au sein du « comité d'indépen-dance éditoriale » du groupe Les Échos. Les journalistes ont fait savoir qu’ils déplo-raient cette nomination dans un comité qui avait été créé

    pour assurer l’indépendance de la rédaction par Bernard Arnault lorsqu’il avait racheté le titre. Il y a là un élément d’une crise à venir.

    à La Tribune, autre quoti-dien économique vendu à Alain Weill par Bernard Arnault l ’été dernier, le conflit a déjà éclaté et il s’est traduit par une grève le 6 mai. Motif ? « La direction a, par

    une décision brutale et unila-térale, décidé une réorganisa-tion de l'édition, dégradant de manière inacceptable le travail des journalistes, mena-çant les emplois et la qualité de notre journal ». Cette réor-ganisation a pour objectif la réduction des coûts, mais la direction assure que beau-coup de postes de journalistes seront remplacés. De fait, un compromis a été trouvé sur

    le point technique qui avait provoqué la grève (la réali-sation d’un supplément au journal) mais le déficit finan-cier demeure et les salariés restent dans l’incertitude.

    La crise la plus grave est celle qui affecte Le Monde. Le journal n’a pas paru le 6 mai car les syndicats s’oppo-sent au plan de redressement présenté par le nouveau patron

    du groupe, Éric Fottorino. Ce fut la troisième grève votée depuis le 4 avril, date de l’annonce de la suppression de 129 emplois à la société éditrice du Monde. Là encore, il s’agit de réduire le déficit – à la fois par une contraction de personnel et par la revente de sociétés ré cemment acquises : notamment Fleurus Presse et La Procure.

    Comme La Tribune, Le Monde se trouve dans une mauvaise passe conjonc-turelle. Mais les plans de redressement, nécessaires dans leur principe, discuta-

    bles dans leurs modali-tés, sur viennent au plus mauvais moment : la presse quotidienne nationale doit envisager au plus vite son adaptation aux nou velles conditions de diffusion de l’information.

    Cette réflexion n’a que partiellement eu lieu. Les éditions traditionnelles sur pa pier d’une presse qui croit encore être « de référence » sont directe-ment concurrencées par les quotidiens gratuits [dont elles sont souvent par tenaires...], qui sont

    des ersatz séduisants par la forme, et surtout ceux qui sont publiés sur internet (La Rue 89 notamment) et par les sites très dynamiques de certains hebdomadaires – celui de Ma rianne tout particulièrement - qui les bousculent sur le fond.

    Nous n’en sommes qu’au début de la crise. Il y aura d’autres grèves, dans des publications qui n’avaient jamais connu auparavant ce type de contestation. n

    Grèves de presse

    ACTUALITÉmÉdIAs

    Les plans de redressement surviennent au plus mauvais moment

    4 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

    par Alice TULLE

    (

    La presse quotidienne nationale est toujours très malade. En témoignent les grèves qui ont eu lieu au « Monde » et à « La Tribune ». D’autres rédactions sont également touchées.

  • Les émeutes dites de la faim dans plusieurs pays à travers le monde sont, pour certains, le résultat de

    l'impéritie des organisations internationales et la preuve de l'incapacité du système actuel à anticiper le changement climatique, la sécheresse et les catastrophes naturelles qui vont frapper les terres les plus humides comme on le voit en Birmanie, au Ban gladesh ou au Vietnam. Les arguments déjà volent bas, à ras de terre. Une conférence prévue depuis long-temps à Rome, siège de la FAO (Organisation Internationale de l'Alimentation), sur la sécurité alimentaire début juin devrait être l'occasion de règlements de comptes dont on a hélas déjà eu la primeure entre deux Sénégalais, le président Wade et le directeur général de la FAO depuis près de quinze ans, Jacques Diouf.

    Cela pourrait bien être le premier acte d'une nouvelle offensive d'inspiration libérale sur le thème du réchauffement climatique. Les linéaments d'une politique alternative ap paraissent au grand jour : généralisation des OGM dans les pays en voie de développe-ment, abolition de la politique agricole commune européenne, injection massive de crédits de la Banque Mondiale dans l'agriculture, développement des exportations agricoles par le libre-échange. Un objectif commun : la baisse des prix agricoles mondiaux.

    A l'inverse, on voit se lever les anciens défenseurs de l'au-

    tosuffisance alimentaire, de la protection des marchés, des cultures vivrières au détriment des cultures d'exportation, du retour aux anciennes habitudes de consommation : un Africain n'a pas besoin de baguette de pain ni de riz !?

    Le monde marche sur la tête. Le retour à des prix corrects as surant la rémunération du paysan devrait au contraire réjouir les économistes. Trente ans de bas prix et d'importa-tions massives de produits alimentaires, y compris d'aide alimentaire, avaient complè-tement déstructuré le monde agricole entraînant un exode rural dramatique et la consti-tution de villes tentaculaires

    avec des pauvres de plus en plus dépendants pour leur alimenta-tion. Le seuil absolu de pauvreté défini par la Banque Mondiale sur la base de 1 dollar par jour concerne, pour les trois-quarts des ruraux, qui disposent d'un petit lopin (environ un milliard

    de personnes). Mais un milliard et demi, considérés comme vivant sur un revenu entre 1 et 2 dollars, sont pour beau-coup ceux qui sont venus en ville. L'augmentation des prix alimentaires, qui devrait rogner au moins 20 % de leurs reve-nus, va donc automatiquement faire reculer cent à deux cents millions d'habitants, peut-être plus, sous le seuil de 1 dollar. En revanche, ceux qui sont déjà sous ce seuil pourraient remon-ter. Si toutefois on laisse faire la nature, c'est-à-dire la loi des saisons.

    La lutte contre la cherté des prix alimentaires ne passe pas par la baisse des prix au produc-teur mais dans l'augmentation

    de la demande solvable. On sait bien qu'insuffler de l'argent dans l'agriculture se heurte à une capacité d'absorption très lente et risque de créer d'autres déséquilibres sociaux (endet-tement, expropriation, grandes exploitations). Il faut améliorer

    l'accès au crédit et subvention-ner les engrais, encourager la transformation sur place des produits agricoles, la chaîne du froid, les routes en milieu rural. Mais l'aide internationale doit présentement profiter au consommateur. Les gouverne-ments ont supprimé les taxes à la consommation pour les produits de première néces-sité et essaient de contrôler la chaîne des intermédiaires. Les bailleurs de fonds doivent les aider à compenser ces pertes budgétaires de même que pour le coût de l'énergie.

    Un nouveau bras de fer se prépare entre Washington et Rome : la Banque Mondiale, les groupes d'OGM (Monsanto), contre la FAO, incarnant l'agri-culture traditionnelle. Il a pour enjeu le pouvoir et l'influence dans le monde en voie de développement. La France est la première concernée par cet affrontement naissant en tant que premier producteur euro-péen, l'un des tout premiers exportateurs mondiaux, et dont l'équilibre de la balance exté-rieure dépend de son excédent agro-alimentaire, mais aussi par sa place et son rôle en Afrique et dans les instances internationales. Elle se trouve confirmée d'avoir lutté pendant quarante ans pour défendre l'agriculture. Elle y trouvait son intérêt, mais l'actualité montre qu'elle travaillait pour l'équilibre planétaire. Elle aura fort à faire pour résister aux pressions internationales qui pourraient constituer le point fort du prochain sommet du G 8 au Japon en juillet. n

    ACTUALITÉ

    par Yves LA MARCKHaro sur la f.A.o.

    LA CRIsE ALImENTAIRE moNdIALE

    FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008 5

    )La France est la première concernéepar cet affrontement naissant

    La crise alimentaire mondiale est l'heure de vérité pour la diplomatie multilatérale.

  • Les temps sont durs pour les spermatozoïdes. L’Inserm nous apprend qu’en un demi-siè-cle leur densité aurait

    été diminuée de moitié chez les Occidentaux, entraînant une chute de « 15 % de la fécondabilité » des couples. Faut-il inscrire ce phénomène dans le pessimisme ambiant : réchauffement climatique, déforestation, extinction d’es-pèces animales ? Les scienti-fiques attribuent l’explosion de l’infertilité à des facteurs environnementaux (pesticide et pollution) ou à des modes de vie (tabagisme, sédentarité, stress…). Cause aggravante, selon les épidémiologistes et démographes de l’Inserm Henri Léridon et Rémy Slama, l’augmentation de l’âge des femmes à la naissance de leur premier enfant, qui franchira bientôt, en France, la barre des trente ans. Leurs hypothèses vont jusqu’à envisager qu’un couple sur cinq serait, à terme, concerné par la stérilité (contre un sur dix actuellement).

    On peut s ’étonner de ne pas lire parmi les hypo-thèses de ces mutations, tant physiologiques que so ciales, la généralisation de la contra-ception durant ces dernières décennies. Toujours est-il que la seconde partie du slogan : « Un enfant si je veux, quand je veux » devrait être complétée

    d’un humble « …si je peux ». La remarque émane du docteur Sylvie Epelboim, gynécologue, spécialisée dans la féconda-tion in vitro : le vieillissement ovarien ne laisse-t-il pas à une femme de 42 ans que 2 % de chance d’obtenir une grossesse avec l’Assistance médicale à la procréation (AMP) ?

    à lire ce que la presse déduit de l’explosion de l’infertilité hexagonale, c’est pourtant l’AMP qui aurait « de beaux jours devant elle ». Les cher-cheurs estiment à 73 % ou 80 % la hausse des demandes d’AMP qu’entraîneraient les 15 % de baisse de la « féconda-bilité » qu’ils envi sagent encore dans les cinq prochaines décennies. La plupart des couples consi-dèrent déjà la fécondation artificielle comme la solu-tion par excellence, quitte à se bercer d’illusions. Un embal-lement de toute-puissance les conduit de plus en plus à se précipiter vers l’AMP, soit trop précocement, alors qu’ils n’ont simplement pas intégré qu’il faut une certaine patience avant d’obtenir la conception « naturelle » d’un enfant, soit trop tard.

    Le législateur commence même à craindre que le mode artificiel de conception des êtres humains ne devienne progressivement un mode de procréation de première

    intention plutôt qu’une façon de compenser l’infertilité. Avec l’extension du diagnostic préimplantatoire, on s’orien-terait de plus en plus vers le scénario du film « Bienvenue à Gattaca » d’Andrew Niccol (1997) où il devient inconve-nant, pour procréer, d’utiliser les relations sexuelles.

    Depuis l’irruption d’une tierce personne dans la pro -création humaine qui consti-tue la transgression ori ginelle de l’AMP, on n’en finit pas de débattre sur les limites à lui

    opposer. Elles sont mouvantes au fil de l’acception sociale des dérives. Après de multi-ples pontages et divorces, certains vieillards deman-dent, à la veille d’une énième opération, la congélation de leur sperme afin de donner une descendance à leur nouvelle compagne. Il n’y aurait plus de limite scienti fique ou morale pour demander à la médecine de palier les déficiences de la

    nature ou les sages contraintes qu’elle impose.

    Il est vrai que, même si la moitié des candidats à l’AMP ressortiront déçus de ce qu’on n’hésite plus à nommer leur « parcours du combattant », la surenchère technologique promet des améliorations : on vient d’identifier un marqueur biologique permettant de sélec-tionner les ovocytes les plus aptes à faire réussir l’implanta-tion du futur embryon. Depuis longtemps, on contourne des stérilités masculines autrefois rédhibitoires par la technique, pourtant controversée, de l’in-jection intra-cytoplasmique d’un spermatozoïde, voire d’un spermatide (gamète immature). Des nouvelles manipulations font miroiter une « reproduc-tion homosexuelle ».

    Le temps est loin où les soignants, à l’image de la sage-femme qui accompa-gnait la mère d’Amandine, premier bébé-éprouvette français, née il y a trente ans, pouvaient se dire choqués qu’une femme préfère la fécondation arti-

    ficielle à l’adoption. L’« achar-nement procréatif » commence toutefois à être dénoncé. Le désir d’une descendance biologique, quitte à ce qu’elle soit obtenue avec le sperme d’un inconnu, est pourtant valorisé comme un droit. Bientôt un devoir ?

    Paradoxalement, cet « en- fant à tout prix » (on es time à un milliard d’euros le coût annuel de la fécondation in vitro en Europe) est contempo-rain de millions d’êtres humains détruits par l’avortement, sans qu’on prenne conscience que la notion de « désir parental » est devenue totalitaire. n

    Infertilité et artifice

    ACTUALITéBIOéTHIQUE

    Envisager qu'un couple sur cinq serait,à terme, concerné par la stérilité

    6 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

    par Tugdual DERVILLE

    (

    On nous révèle la hausse continue de la stérilité en France.Seule solution préconisée : la procréation « artificielle ».La demande de « bébés-éprouvette » devrait donc exploser.

  • Offre SpécialeOffre SpécialeOffre Spéciale

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    Chœur Intermezzo, direction Claire Marchand Avec réalisme et vraisemblance, l ’atmosphère d’une célébration sous le Second Empire... Du panache.

    Le style théâtral et mondain de Lefébure-Wely, organiste de Saint-Sulpice sous le Second Empire, fait bon ménage avec l’archaïsme des plains-chants et faux-bourdons et la touche de sentimentalité qu’apportent ses motets. Cet éclectisme ne trouble en rien le recueillement. Une sorte d’équilibre salutaire s’impose pour former une musique d’église fi nalement très prenante. Réf : HORT005

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    BENJAMIN ALARD JOUE J.S. BACHTranscriptions pour ClavecinLa transcription apparaît aujourd ’hui comme un dispositif majeur de la circulation des idées et des styles à l’époque baroque. Benjamin Alard nous en révèle toute la richesse imaginative et dévoile un aspect méconnu du plus célèbre musicien du XVIIIe siècle.

    Premier Prix et Prix du public du Concours international de clavecin de Bruges, il est âgé de 21 ans.Réf : HORT050

    MICHEL CORRETTE (1707-1795)Messe à l’usage des Dames ReligieusesLe concert des Dames, ensemble vocal Damien Colcomb, orgue • direction Frédéric BourdinComposée dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, dans un style de transition insuffl ant avec fi nesse un ton populaire à une écriture savante, cette messe est replacée dans la globalité d ’un off ice reconstitué, alternant dans une grande variété de styles, récits et chœurs accompagnés, Plain-Chant et grandes pièces d’orgue.Réf : HORT047

    GRANDES MESSES DU XXe SIÈCLE À NOTRE-DAME DE PARISLouis Vierne : Messe solennelle (1900) Jean-Pierre Leguay : Missa Deo Gratias (2000)Philippe Lefebvre – Jean-Pierre Leguay, Grand OrgueMaîtrise Notre-Dame de Paris, direction Nicole CortiDeux œuvres vivantes et ferventes pour deux orgues et chœur, intimement liées à la vie musicale de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, qui témoignent de la force de cette source inépuisable d’inspiration que constituent la Messe et ses paroles, dans l ’un des plus hauts lieux spirituels du monde.Réf : HORT055

    ÉDITH CANAT DE CHIZYLivre d’Heures (1984)Chœur Britten • Les Temps Modernes Direction Nicole Corti Loïc Mallié, orgue Saint-Pothin de LyonLivre d’Heures / Messe brève de l’Ascension / VégaUne introduction au tragique du mystère de la vie et de la mort, exprimant tour à tour le questionnement, la révélation et le repos. Une ouverture à la lumière.Réf : HORT051

    Première Mondiale

    Première Mondiale

    Création

    Création

  • Docteur Xavier Mirabel, est-ce que le débat sur ■l’euthanasie tourne mal ?

    Il tourne mal dans le sens où, justement, il n’y a pas vraiment de débat. Nous sommes confron-tés à une intoxication de l’opinion. On sent que le grand public se laisserait bien prendre par ce discours et perdrait contact avec la réalité.

    C'est-à-dire ? ■

    On en vient à souhaiter la mort de celui qui souffre parce qu’on pense que c’est inéluctable et qu’il n’y a plus de moyen de soulager. C’est une régression, un aveuglement. Ce qui me préoc-cupe le plus, c’est que beaucoup de personnes se désespèrent en se convainquant qu’il n’y a plus rien à faire pour les « mourants ». Souhaiter la mort d’autrui, voire lui administrer, est une tentation. C’est une réponse tellement plus simple que la réponse aux vrais besoins d’une personne grave-ment malade. Car ces besoins peuvent être particulièrement exigeants.

    Pensez-vous finalement que c’est la solution de ■facilité qui va l’emporter ?

    Pas si sûr, car si la solution de facilité devait l’emporter, cela aurait eu lieu depuis longtemps. Je pense que si nous n’avons pas encore l’eutha-nasie, c’est qu’il y a encore dans notre pays un nombre immense de soignants qui s’engagent au quotidien auprès de ceux qui sont malades, et aussi un grand nombre de familles qui, même si elles ont vécu des choses difficiles avec la ma-ladie et la mort, ne cèdent pas à la tentation de l’euthanasie. Finalement, toute cette expérience nous protège. C’est une tradition incarnée. Le « bon sens » terrien est du côté de la vie.

    DOSSIER

    Xavier Mirabel, cancérologue, est président de l’Alliance pour les Droits de la Vie et coordinateur médical du site www.sosfindevie.org ouvert pour venir en aide aux personnes confrontées aux épreuves de la fin de vie.Il est connu pour avoir été, en tant que père d’une petite fille trisomique, porte-parole du Collectif contre l’handiphobie à l’époque de l’affaire Perruche. Sa fonction de président de l’Alliance le conduit à rencontrer régulièrement les responsables politiques et les journalistes. Auditionné en 2004 à ce titre par la Mission d’information parlementaire sur l’accompagnement de la fin de la vie, du député Jean Leonetti, Xavier Mirabel a participé au livre collectif international : « Euthanasie : les enjeux du débat » (Presses de la Renaissance, 2005, chapitre « Le choix du traitement à l’approche de la mort, entre abandon et acharnement thérapeutique »). Il est l’auteur de nombre d’articles sur ce sujet, notamment « Le recours à l’euthanasie n’est jamais une fatalité », « La douleur, énigme ou mystère » qui reprend une intervention à l’Unesco lors d’un colloque organisé en 2004 par l’observateur permanent du Saint-Siège et, plus récemment « Faire mourir de faim et de soif : l’euthanasie à la française ? » (publié par la revue Liberté politique en décembre 2007).

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    ALLIANCE POUR LES DROITS DE LA VIE

    L'euthanasie en débat ?

    Xavier Mirabel

    D.R.

  • DOSSIER

    propos recueillispar Frédéric AIMARD

    Est-ce à dire que l’euthanasie relève toujours d’une ■posture idéologique ?

    Sans aucun doute, derrière l’euthanasie, il y a une vision de l’homme, de la maladie, de la souf-france et de la mort qui est idéologique. Et cette idéologie est séduisante quand les per sonnes ne connaissent pas la réalité des faits. Il y a sur cette idéologie un verni de compassion qui la rend at-trayante. Mais c’est une fausse compassion com-me l’expliquait si bien Jean-Paul II.

    Est-ce qu’on ne peut pas vous accuser d’avoir, vous ■aussi, dans ce débat, une posture idéologique ?

    Certes, il y a toujours un risque que nous ayons des postures idéologiques si nous nous éloignons de la réalité de ce qu’endurent concrètement les

    personnes que nous soignons et accompagnons. On nous en accuse d’ailleurs, et il n’est pas tou-jours facile de s’en défendre. En affirmant que la vie fragile mérite d’être respectée je passe iné-vitablement pour un idéologue aux yeux de cer-taines personnes qui sont persuadées qu’il y a des gens malades, handicapés, voire « inutiles » qui ne doivent plus vivre. Malheureusement des Français n’arrivent plus à croire que ce que disent encore la plupart des soignants sur le sens de leur métier puisse être vrai. Il y a comme une suspicion de mensonge, comme si la médecine nous manipulait depuis des siècles.

    Alors comment rétablir la vérité ? ■

    D’abord en dénonçant les mensonges comme ceux de l’affaire Sébire, avec détermination et

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    Il y a unesuspicion demensonge, comme si

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  • 10 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

    courage, même si on risque de nous en tenir rigu-eur. Ensuite – je dirais même surtout – en répétant à temps et à contretemps, à l’aide des témoigna-ges des personnes qui vivent auprès de ceux qui sont en fin de vie, qu’il y a toujours quelque chose à faire. On ne peut jamais désespérer de soigner, de prendre soin, même si on ne peut plus guérir.

    Vous lancez une campagne en direction des parle- ■mentaires, dans quel but ?

    Notre premier objectif, c’est justement de contrer l’intense lobbying de ceux qui usent et abusent des situations dramatiques pour tenter de manipuler la représentation nationale. Notre deuxième objectif, c’est de réclamer davantage de moyens et d’information pour les soins palliatifs. C’est toujours utile de montrer à nos élus qu’il y a des personnes dans notre société qui sont sen-sibles à la vie des plus fragiles. C’est un message qui peut être partagé et reçu très au-delà des di-vers clivages de la classe politique.

    Plus précisément, pouvez-vous nous expliquer ■le sens de votre slogan « Non à l’acharnement thérapeutique, non à l’euthanasie, oui aux soins palliatifs » ?

    Ce que nous demandons au travers de ces mots, c’est un équilibre raisonnable autour de la personne souffrante. Il s’agit de se garder de toute tentation de toute puissance qui peut entraîner soit vers l’acharnement thérapeutique, soit vers l’euthanasie. Ce sont les deux conséquences de cette unique tentation, alors que les soins pallia-tifs incarnent la médecine raisonnable et pruden-te dont nous souhaitons tous bénéficier, dans nos derniers moments, mais pas seulement d’ailleurs. trop de Français croient que, pour échapper à l’acharnement thérapeutique il faut accepter l’euthanasie. C’est complètement faux. Les élus ont besoin de voir que nous sommes nombreux à ne pas être dupes de ce choix truqué.

    Je voudrais d’ailleurs ajouter que la plupart des soignants sont appelés à se reconnaître dans cet esprit, cette « culture » des soins palliatifs. C’est une des expressions de la médecine raison-nable qui concerne tous les praticiens, tous les soignants. L’Église utilise l’expression « médecine proportionnée » qui nous aide bien à orienter nos actes médicaux dans le sens de la sagesse, et de la pondération.

    Votre action n’arrive-t-elle pas beaucoup trop tard, ■puisque l’opinion publique s'exprime, dans de nom-breux sondages, très régulièrement en faveur de l’eutha nasie ?

    Charte des droitsdes personnes en fin de vie

    1. Droit à des soins proportionnés

    l Toute personne mérite d’être soignée jusqu’à la fin de sa vie dans de justes proportions, en bénéficiant des techniques disponibles les plus efficaces mais sans subir des traitements agressifs s’ils sont inutiles. Autant que possible, elle doit être associée au choix des soins qu’elle reçoit.l Toute personne malade en phase terminale que la médecine est impuissante à guérir peut demander que soient interrompus les traitements devenus inutiles ; l’arrêt des traitements inutiles n’est pas à confondre avec l’euthanasie.l Toute personne doit pouvoir bénéficier jusqu’à la fin de sa vie des soins antidouleur adaptés, et d’un soutien personnalisé répondant à ses besoins physiques (nutrition, hydratation, soins infirmiers, kinésithérapie…), psychologiques (présence attentive, respect de la pudeur, écoute, soutien moral…) et spirituels.

    2. Droit à l’accompagnement de la vie

    l Toute personne, quel que soit son état de santé physique ou mental, doit être regardée avec respect jusqu’au terme de sa vie ; membre d’une communauté humaine solidaire, elle ne doit pas être considérée comme inutile ou comme privée de dignité ; elle a droit aux soins palliatifs ; sa mort ne doit jamais être délibérément provoquée.l Toute personne a le droit d’être accompagnée par les soignants et par ses proches dans la confiance ; elle a besoin de relations de vérité concernant sa situation ; si elle le souhaite et que son état le permet, elle doit pouvoir finir ses jours à son domicile.l Toute personne confrontée à une situation de santé difficile (diagnostic grave, lourde dépendance, angoisse face à la mort) ou à des tentations suicidaires doit être soutenue, réconfortée et entourée par les soignants, ses proches ou des bénévoles, pour vivre le plus paisiblement possible la fin de sa vie.

    Ni AChArNemeNT ThérApeuTique ... Ni euThANAsie

    pour en savoir plus : www.sosfindevie.orgLe site sosfindevie.org est né d'un groupe de soignants et de soignés désireux de favoriser ensemble les repères de la confiance autour des personnes en fin de vie.ils ont choisi de développer, par internet, un service de référence pour toutes les questions liées à la fin de la vie : témoignages, conseils, adresses et liens utiles, aide personnalisée… pour animer le site sosfindevie.org et apporter à ses visiteurs les réponses personnalisées à leurs questions, sont mobilisés des experts dans différentes disciplines (soins palliatifs ou curatifs, juristes, psychologues…).sosfindevie.org n'entend se substituer ni aux équipes soignantes, ni aux familles, ni surtout aux personnes malades ou en fin de vie, mais apporter à chacun des éclairages qui l'aideront à instaurer un vrai dialogue et à trouver les meilleures solutions.

    DOSSIER

  • Elle dit la même chose pour la peine de mort en certains cas, et, pourtant, les élus ne vont pas dans ce sens. C’est leur responsabilité d’agir pour le bien commun, sans céder à l’émotion qui peut être trompeuse. Notre action intervient dans un moment choisi : l’émotion de l’affaire Sébire, qui interdisait le débat, est un peu retombée. Et c’est en ce moment que se déroulent les auditions d’évaluation de la loi Leonetti.

    J’avais été auditionné à l’Assemblée natio-nale par la mission sur la fin de vie qu’il avait conduite en 2004. J’ai à nouveau demandé, avec le professeur Olivier Jonquet, à être auditionné, en faisant valoir l’expérience de SOS fin de vie. C’est aujourd’hui que les députés et sénateurs doivent mesurer la mobilisation de ceux qui re-fusent l’euthanasie. Ce faisant, nous confirmons l’intuition de la plupart des parlementaires. Ils ont conscience du risque qu’il y aurait à casser le système soignant en y introduisant l’eutha-nasie. Ils savent aussi qu’on ne légifère pas « sous le coup de l’émotion » et tous les quatre matins. Il faut d’abord appliquer et évaluer les lois exis-tantes. Ceci dit, si personne ne les conforte dans ces convictions, ils risquent de céder à ceux qui crient le plus fort.

    Que diriez-vous à nos lecteurs qui ■sont peut-être d’accord avec vous en théorie, mais qui ont parfois des raisons personnelles de douter de la capacité de la médecine à vraiment accompagner, sans s’acharner sur le patient ni l’abandonner ?

    Je sais bien que nous sommes marqués par nos expériences parfois douloureuses, voire scandaleuses à propos de la souffrance et de la mort. Je pense à ceux d’entre nous qui ont le sentiment qu’un proche a été mal soigné, mal accompagné, mal respecté et qui en ont tiré des conclusions pessimistes vis-à-vis du monde hospitalier. Mais il faut faire attention à ne pas tirer de tel ou tel dysfonction-nement ou injustice des conclusions erronées.

    Pour répondre à votre question à propos des lecteurs qui « douteraient », je crois que, dans des situations concrètes, il faut qu’ils aillent à la ren-contre des soignants pour en parler en vérité. À SOS fin de vie, nous recevons de nombreux ap-pels de familles et de soignants. Bien souvent le conseil que nous allons leur donner et qui sera le plus utile, c’est de se parler entre soignants, soi-gnés et familles, d’aborder en vérité les questions légitimes qu’ils se posent. Parfois, nous les aidons à formuler ces questions, mais c’est dans ces rencontres que l’apaisement sera le plus souvent

    trouvé, soit parce qu’on aura expliqué et rassuré sur la signification des soins ou des plaintes, soit parce qu’on aura aidé les soignants à trouver une posture plus équilibrée, plus humaine.

    Vous ne niez donc pas qu’il y ait encore des situa- ■tions d’acharnement thérapeutique ?

    Nous seulement je ne le nie pas, mais nous essayons justement d’alerter contre les deux ris-ques d’une médecine qui oublie ses limites. C’est le sens de la « Charte des droits des personnes en fin de vie » que nous avons éditée et diffusons (voir encadré). Car il faut faire attention à ce que la peur de l’acharnement thérapeutique ne nous jette pas dans les bras de l’euthanasie. C’est bien la tactique de l’ADMD (ndlr : association pour le droit de mourir dans la dignité, qui promeut la légalisation de l’euthanasie) de surfer sur cette peur naturelle pour promouvoir l’euthanasie, qui serait, à l’entendre, le seul moyen de nous libérer du pouvoir médical. Comme si donner aux méde-cins le pouvoir exorbitant de provoquer la mort d’autrui pouvait être libérateur !

    Comment jugez-vous, à ce titre, les disposi- ■tions législatives en vigueur (loi sur le droit des ma lades et loi fin de vie). Sont-elles, selon votre expression, « équilibrées » ?

    Je pense qu’elles sont équilibrées car el-les réaffirment la nécessité des soins palliatifs, celle du soulagement de la douleur, le devoir du médecin de s’abstenir de soins disproportionnés et l’interdit du meurtre. toutefois, elles ne sont sans doute pas parfaites : nous avons étudié et dénoncé avec précision leurs limites et nous agis-sons pour qu’elles soient appliquées sans que ces failles les fassent dévier vers certaines formes

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    d’euthanasie. Il s’agit essentiellement de l’assimi-lation abusive de l’alimentation et de l’hydratation à des traitements, qui conduit à légitimer qu’on les interrompe, ce qui peut avoir une dimension euthanasique. L’ADMD s’est engouffrée dans cette faille et clame qu’on n’a aujourd’hui que la pos-sibilité de mourir de faim. C’est l’étape que le lobby de l’euthanasie avait prévue pour réclamer la piqûre létale, présentée comme « plus douce ». Mais à la question « Faut-il changer ces lois ? » je répondrai certainement non ! Dans le contexte actuel, accepter de modifier ces textes, c’est aller inéluctablement vers une fragilisation croissante de l’interdit du meurtre…

    Mais n’est-ce pas la voie qui se profile avec la ■notion d’exception d’euthanasie ?

    Clairement, la notion d’exception d’euthana-sie est, pour nous, inacceptable. Car il ne peut y avoir d’exception, prévue par la loi, autorisant par avance un médecin à donner la mort. Ce serait entrer dans un engrenage extrêmement périlleux, dont nous savons par avance les conséquences en cascade. Il est indispensable, dans les situations où des médecins poseraient des actes dis cutables, qu’ils soient présentés devant la justice. Ces déra-pages, si dérapage il y a, ne devraient jamais être cautionnés par les juges. toutefois, les situations particulières devront toujours être regardées en prenant en compte l’extrême difficulté dans la-quelle se trouvent parfois certains soignants.

    Quelles difficultés ? ■

    Autant la médecine peut faire beaucoup pour soulager la souffrance, autant elle ne peut pas la faire disparaître. tous les soignants croisent ces situations de souffrance (morales et, plus rare-ment, physiques) qui leur paraissent insurmon-tables. Dans ces moments, il n’y a que des ressorts intérieurs qui peuvent aider.

    Ma technique étant devenue inutile, ou du moins imparfaite, il n’y a plus que mon humanité qui peut aider. Si on ne reconnaît pas l’importance de cette humanité, à ces moments-là, on va tout droit vers l’euthanasie.

    Vous pensez à Chantal Sébire ? ■

    Oui, bien sûr, entre autre. Le premier souvenir que cela évoque chez moi, c’est que la première fois que j’ai vu son visage, il m’a paru terrible, puis, à force de le voir et revoir, il est devenu moins insoutenable pour notre regard, et nous vient l’en-vie de l’aider et de la rencontrer, en lui proposant

    autre chose que ce qu’elle dit être la seule solu-tion. Son histoire nous révèle bien qu’il y a des choses qui dépassent la technique médicale. C’est très important de découvrir que la compassion véritable vient souvent après une forme de fuite, de rejet, qui est une première réaction très natu-relle. Il serait donc bien triste de s’y arrêter. J’ai eu le même sentiment en étant confronté à Marie humbert sur le plateau de France 5 : j’aurais aimé une discussion en tête à tête pour comprendre ce qui avait pu se passer et sortir de ses justifications finalement très idéologiques.

    Mais qu’auriez-vous aimé dire à Chantal Sébire, ou ■peut-être entendre d’elle ?

    Je ne pourrais pas vous l’exprimer parce que les paroles qu’on peut dire dans ces moments-là ne se trouvent que dans la grâce de la rencontre. Je n’aurais d’ailleurs pas grand-chose à lui dire, mais plutôt à entendre et écouter sa détresse et peut-être y répondre. Comme soignant, j’aurais aimé discuter avec elle de ce qu’on aurait pu faire pour mieux la soulager. Et si j’avais été un mem-bre de sa famille, j’aurais sans-doute aimé lui dire

    combien sa présence parmi nous était précieuse et combien nous aurions aimé apaiser sa souffrance. Et, là aussi, j’aurais vraiment aimé comprendre. Parce que, dans le fond, la raison profonde de sa détresse ne nous a pas été dite.

    Derrière ce qu’on a entendu, il y a un refus de la médecine, il y a une colère aussi chez cette patiente, mais cela révèle quelque chose de sous-jacent qu’on ne peut prendre en compte que si elle accepte de nous le dire, ce qui suppose qu’on l’aide à le confier. Dans l’issue fatale de son drame, il y a un enfermement personnel (qu’ont d’ailleurs révélé ses proches), une manipulation de cet en-fermement par quelques-uns, et, finalement, un échec collectif qui me consterne.

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    Cesdérapages, si dérapage

    il y a, ne devraient jamais être cautionnés

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  • Maintenant qu’elle n’est plus là, c’est aux élus que ■vous voulez parler d’elle ?

    Je voudrais que les élus tirent les bonnes conclusions de cette histoire. À mon avis, le vrai message que nous transmet Chantal Sébire n’est pas qu’il faut en tuer d’autres, en légalisant l’euthanasie, mais plutôt que nous n’avons pas su trouver les mots pour l’aider. Ou peut-être qu’elle n’a pas voulu ou pu les entendre. C’est donc plus une question de parole et de communication que de médicaments. Cette faiblesse de notre société mérite qu’on travaille pour que ceux qui vivent de telles détresses soient mieux aidés, mieux in-formés, mieux soulagés. Il faut qu’on agisse très concrètement pour que les personnes aient une idée juste de ce qu’il est possible de proposer, plu-tôt que d’être noyés dans les peurs, la culpabi-lité et les idées fausses (notamment sur les soins antidouleur que Chantal Sébire assimilait à du « poison », et les soins palliatifs qu’elle confondait avec des « mouroirs »). Je me rends bien compte que, derrière la question de l’euthanasie, chacun est aussi interrogé sur sa capacité à s’engager, notamment autour de ses proches, quand ils sont malades ou en fin de vie. Derrière ces débats qu’on dit de société, il y a une question cruciale, posée à tous et à chacun : « Es-tu prêt à traverser la route et t’approcher de celui qui est blessé, seul, sur le bord du chemin ? » ■

  • En mémoire des jours

    L es cours de justice, décidément, ont par-fois à juger ce qui passe tout entendement. Le procès Fourniret, que des juges et des jurés ont à conduire dans une sorte de stupeur, nous saisit jusqu'à l'âme à l'énoncé des crimes dont les vic times ont toutes des vi sages d'innocence.

    Ce sont des enfants pour la plupart, qui n'é taient pas en âge de comprendre ce qui leur arrivait. C'est une face obscure de la condi-tion humaine, qui nous est renvoyée par ces assises qui vont, des semaines en core, défrayer nos chroniques judi ciaires, au nom d'un droit - que le cynisme du principal dé tenu méprise - qui est de savoir précisément ce qui s'est réellement produit.

    Pour des raisons que lui seul connaît, Fourniret, et accessoirement sa femme comme complice, décident, des semaines durant, de garder un si lence qui n'a même pas pour lui l'excuse de les dis culper. Les preuves acca blantes, Four niret les a fournies et prises à son compte. Sauf à savoir s'il ne trouverait pas encore des crimes dont il garderait le secret... Le personnage est

    de ceux dont on peut tout at tendre, surtout le pire qui est toujours avec lui le plus probable.

    La justice, en des cas semblables, est renvoyée à des limites qui sont aussi les nôtres, et qui sont de nature redoutable. Que res-te-t-il d'humanité à un être comme Fourniret, que rien ne peut toucher, pas même la douleur des familles, qui font pitié à voir à l'évoca-tion des tortures que leurs enfants ont eu à souffrir ?

    Quelles paroles trouver pour être à la hauteur de ce qui a été infligé à des per-sonnes qui sont comme l'in-nocence en personne. Avec tout le respect qu'on doit à la justice, il faut bien recon-naître qu'en la circonstance, elle est elle-même dépassée par l'ampleur d'une malfai-sance dont l'origine est le mal et son pouvoir de per-version.

    Qu'est-ce donc que l'homme, et sa capacité de meurtre qui ne se connaît plus de limite ? Nos lan-gages sont pris de court, et nos yeux aveuglés quand il faut répondre de ce qu'il reste d'humanité dans des gens comme Fourniret, et hélas aussi sa compagne. De leur propre aveu, ils se sont comme exclus de la condition humaine. Leur principauté c'est le crime et sans remords.

    Il ne nous reste plus, quant à nous , que nos yeux pour pleurer, avec les familles, celles aux quelles on a fait subir le récit terrible de ce qu'il en fut de leurs jeunes enfants. Que nous est-il arri-vé pour que l'homicide fasse ainsi la loi au détriment de toutes les consciences ?

    Le fait n'est pas nouveau puisqu'il s'inscrit dans la longue mémoire de nos annales judiciaires, qui nous coupent la parole par leur ampleur. "Rachel pleure et ne veut pas être consolée", nous dit la Bible, et ces mères dont on avait massa-cré les enfants, par peur d'un nouveau né… et d'un pouvoir criminel du nom d'Hérode.

    Fournir e t n'e s t pas Hérode bien sûr, mais il y est apparenté dans l'ordre du crime qui ne cesse de ravager le monde et de le mettre en deuil de ce qu'il a de meilleur, cette part d'en-fant qui est notre vrai titre de noblesse.

    Dieu nous prenne en pitié devant ces forces mauvaises qui n'en finissent pas d'en-deuiller nos âmes. Rachel pleure et ne veut pas être consolée. Nous non plus, devant tant de forfaits accu-mulés. n

    D ans les mêmes mo -ments, bruissait une foule pour protester contre le cynisme au pou-voir dans tous les endroits du monde. Ces foules qui allaient d'un pas résolu, for-maient ce qu'on appelle une marche blanche. En était l'objet, une femme du nom d'Ingrid Bétancourt, que des geôliers sans pitié dé- tiennent depuis des années, et maintenant à l'extrême de sa vie, au risque de la voir disparaître dans les forêts de la Colombie.

    L'arbitraire qui fait la loi dans les té nèbres d'une forêt qui a toutes les allures

    d'un tombeau. L'arbitraire qui fait la loi aussi dans bien d'autres lieux du monde, se montre toujours aussi in -flexible. Quand il a pouvoir de vie ou de mort, sur ceux ou celles qu'on appelle des "otages". Le combat pour Ingrid Bétancourt n'est pas différent de ceux que sou-tiennent dans le monde des amis de l'homme. Les résul-tats sont bien sûr trop sou-vent dérisoires.

    Le Tibet par exemple est devenu une cause mondiale, qui tranche sur nos indif-férences de jadis. Quand la Chine pouvait, sans plus de complications, mettre la main sur ce tout petit pays, qu'on disait le "toit du monde". C'était une terre de très vieille ancienneté, qui ne demandait rien à per-sonne. Mais il en était si peu pour s'intéresser à ce qui lui arrivait. Quand le dalaï lama, parvint à s'exiler, il put le faire dans l'incognito, car le Tibet nous semblait une réalité lointaine. Et un corps étranger.

    La capacité de résis tance de ce peuple et de sa culture d'origine aurait eu de quoi nous alarmer, si nous avions montré un peu d'attention à son courage alors qu'il ne demandait même pas l'indé-pendance à laquelle il pour-rait pourtant prétendre au nom de ses traditions, dont la non-violence est une des aspirations les plus mar-quantes.

    Quoi que prétende le régime communiste, le dalaï lama est au jourd'hui le sym-bole vivant de ce qui sub-siste des meil leures tradi-tions de ce peuple, dont le reste du monde a beaucoup à recevoir. n

    La cause des peuples

    ParRobert Masson

    Le crimesans nom

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    ESPRIT

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    JMJ Les organisateurs des JMJ de Sidney rappellent, que compte tenu des délais d'obtention des visas auprès du gouvernement australien, il ne sera plus possible de s'inscrire après la fin mai.

    TIBET Du 20 au 30 mai, le dalaï lama sera en Grande-Bretagne. Le Premier ministre Gordon Brown a décidé de ne pas le recevoir au 10 Downing street, mais à la résidence du chef de l'Église anglicane, afin de ne pas froisser Pékin...

    Le cyclone Nargis

    Pour la Caritas il est encore impossible de calculer le nombre des vic times au Myanmar (Birmanie) après le passage du cylone Nargis. Quatorze diocèses de l’Église catholique birmane accueillent les réfugiés dans les paroisses et distribuent des aides mobilisés.

    Yangon (Agence Fides) - “Nous confirmons les signes négatifs à propos de la situation générale. Il y a une très grande préoccupation, cependant il est impossible en ce moment de donner des chiffres exacts sur le nombre des victimes. Le bilan des morts pourra encore grandir, mais à l’heure actuelle il n’est pas possible, par exemple, de parler de cent mille victimes, la situation est trop incertaine et confuse”. C’est ce qu’explique Paolo Beccegato, respon-sable de la zone internationale de la Caritas italienne, qui suit l’évolution de la situation dans le pays asiatique d’heure en heure. “Il s’est agi - explique encore Beccegato - d’une calamité de magnitude dévastatrice qui a eu des effets catastrophiques à cause d’une carence de prévention du cyclone”. En tous cas par rapport au tsunami de 2004 les autorités du pays ont reconnu l’importance de l’événement, ils ont donné des informations sur ce qui se passe et manifesté une certaine disponibilité à accepter les aides. “Maintenant les faits devront suivre les paroles” expliquent-ils à la Caritas. Cependant s’il est vrai que de la part des autorités “il existe une certaine soupçon pour tout ce qui vient de l’extérieur, il est nécessaire de dire que ceci se produit dans des situations similaires dans de nombreux pays du monde. De plus il est néces-saire de souligner que le Myanmar est grand et a des ressources considérables qui peuvent être utilisées dans ce contexte”.

    Les dommages majeurs concernent les cultures, les structures du pays et les habitations. De plus les eaux ne se sont pas encore retirées d’une partie des zones touchées, et ceci complique l’évaluation des dommages. La capi-tale du pays, Yangon, s’est transformée en une espèce de désert, des arbres et des pylônes ont été déracinés, les canalisations ont sautées et les eaux propres se sont mélangées avec les eaux usées rendant très élevé le risque d’épidé-mies. Un risque qui est conjuré d’habitude avec la mise en oeuvre immédiate de purificateurs de l’eau et avec l’intervention médicale auprès de la popula-tion. C’est pourquoi si l’action n’est pas rapide, expliquent-ils à la Caritas, la situation peut devenir encore plus dramatique.

    Ensuite il y a une difficulté objective de rejoindre certaines zones du pays touchées par la tragédie, les routes ont été détruites par le cyclone, les eaux stagnent dans des zones amples du territoire. Dans ce contexte difficile les quatorze diocèses de l’Eglise catholique, dont quatre d’entre eux sont les plus impliqués, agissent. “Prêtres, religieuses et religieux, volontaires, se sont mobi-lisés - ex plique Beccegato - les opérateurs locaux, c’est-à-dire ceux originaires du Myanmar, constituent la très grande partie du personnel catholique qui se bouge en ces heures pour apporter le soulagement aux populations. Les paroisses ont accueilli les réfugiés et distribuent des aides”. L’Église engagée dans des activités de soutien à la population dans différents milieux, comme le milieu agricole, hydrique et scolaire, a déplacé en ces jours toute son atten-tion et ses ressources sur l’aide à la population. Entre temps les Nations Unies ont lancé un appel pour une collecte d’aides à destiner au Myanmar et ils ont demandé aux autorités du pays d’ouvrir les frontières aux aides provenant de l’étranger.

    (Mtp) (Agence Fides, 9 mai 2008)

    A nos actionnaires quipréparent leur déclaration

    de patrimoine

    La valeur vénale des actions dans la société de presse France Catholique pour l'exercice du 1er juin 2006 au 30 juin 2007 a été estimée à 38,40 € mais, compte tenu de la fiscalité des sociétés de presse, elles ne sont imposables à l'impôt sur la fortune que pour une valeur de 7,42 €. C'est donc cette dernière valeur qu'il faut retenir dans votre éventuelle déclaration.

    Par ailleurs, et sous réserve de la prochaine réunion de notre conseil d'administration, les actions souscrites avant la fin de ce mois de mai 2008, ouvriront droit à la déduction de 75% à déduire de l'ISF à payer en juin 2008 (selon la loi « TEPA » de l'été 2007).

    Merci à tous nos amis qui continuent à soutenir France Ca tho lique malgré la morosité ambiante.

  • ESPRIT

    Dans la confusion actuelle, on parle volontiers de « trois monothéismes » (israélite, musulman et chrétien) comme équivalents, sous-

    entendant par là qu’il s’agit entre eux de quelques nuances sans importance, comme par exemple le fait que les chrétiens parlent d’une Trinité, là où les autres préfèrent garder une rigoureuse unicité. Nuance, n’est-ce pas ? Et d’ailleurs qui y est allé voir ?

    Entendons-nous bien. Il est important que les hommes aient reconnu que Dieu est unique. C’est un progrès considérable sur une religiosité englobante et sans contour, où tout est dieu, où le divin se manifeste derrière chaque phénomène de la nature un peu mystérieux. Je me souviens de ce jour où, faisant de l’apostolat dans la rue, je me trouvais aux prises avec un Occidental féru d’ésotérisme, qui était en train de m’expliquer qu’il était dieu, que d’ailleurs Dieu était partout, quand survint un musulman qui sut lui dire en quelques mots que non : Dieu est Dieu, il est incomparable et au-dessus de tout. Je n’aurais su dire mieux.

    Mais ceci n’est que la moitié du chemin. Reconnaître que Dieu dépasse les réalités du monde, qu’il n’en est pas l’image agrandie ou inversée, qu’il en est librement l’auteur, c’est déjà merveilleux et n’a été possible, disons-le franchement, que parce que Dieu lui-même a pris la parole et s’est révélé à Moïse, d’où tout le reste est parti. Mais ce n’est encore que le début, car il est tant de manières d’habiller ce Dieu unique, d’en faire la caution de nos imaginations et de nos violences. Pour pouvoir l’aimer, il a

    fallu qu’il nous montre son visage et cela, il l’a fait en son Fils, nouveau Moïse venu nous révéler les secrets de Dieu.

    Ce n’est pas nous, ce n’est pas l’Église, qui avons inventé la Trinité, au terme de je ne sais quel raisonnement compliqué, c’est Dieu qui s’est donné ainsi à nous. Non pas comme une explication, ou une théorie, mais comme un fait. Dieu nous a donné

    son Fils et il nous a donné son Esprit.Ce Fils et cet Esprit ne sont pas des créatures, ils viennent du plus profond de lui, ils ont avec lui une relation éternelle d’amour, qui les unit si forts qu’ils ne sont pas trois membres d’une famille même très unie, mais qu’ils sont UN, comme le dit Jésus lui-même (Jean 10,30).

    Pour nous, l’unité, c’est celle, tou-jours mal assurée, d’un ensemble (un groupe, un peuple, un couple), ou celle, plus pauvre, d’un individu solitaire

    Dieu se révèle à nous dans une unité transcendante qui n’est ni l’une ni l’autre, unité riche et féconde des Trois qui sont Dieu, qui n’existe que dans l’embrasement de leur amour mutuel, Dieu Amour éternellement.

    Ce Dieu-là, que nous n’aurions certainement pas trouvé tout seuls, il fait tomber les masques et reculer les idoles. Il renverse toutes nos prétentions à parler de lui à partir de

    nos échelles de valeur, nous ne pouvons décidément pas en faire « la majuscule de nos grands sentiments humains » : sa Bonté n’a rien de nos gen-tillesses condescendantes, sa Volonté échappe à nos calculs intéressés, sa Sagesse désarme

    nos prévisions. Parce qu’il est Lui et qu’il est Amour, il ne joue pas un rôle, il n’a rien à nous prouver ou à obtenir de nous. S’il nous a créés, ce n’est pas qu’il ait besoin de nos adorations ou de notre soumission, c’est parce qu’il a voulu, dans l’inexplicable choix de sa liberté, nous partager quelque chose de ce qui fait sa vie : la relation infiniment heureuse qu’il a à son Fils et à l’Esprit Saint.

    La Trinité est un secret, que Dieu nous a laissé voir. Ne nous en lassons pas. Ne le laissons pas perdre. Ne le laissons pas ramener à une croyance comme une autre. C’est notre vie. n

    La Sainte TrinitéPremière Lecture : Exode 34.4–6, 8–9 - Cantique : Daniel 3.52–56 - Deuxième Lecture : 2 Corinthiens 13.11–13 - Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3.16–18

    Saint Jean Ier, pape et martyr († 526)Première Lecture : 2 Timothée 2.8-13 - Psaume 23 - Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 15.18-21

    BienheureuseTrinité par le PèreMichel GITTON

    la SaInTE TRInITé (annéE a)

    Retrouvez chaque jour, sur internet, les points d'oraison du Père Michel Gitton, et les commentaires des Pères Louis et Bernard Hurault, à partir des lectures du jour :

    www.france-catholique.fr

    Retrouvez le Père Gittonchaque semaine sur Radio Espérance

    Tél. 04.77.49.59.69

    Dieu est Dieu, Il est incomparableet au-dessus de tout(

    16 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

  • ÉGLISE

    Dans un pays marqué par la pau vreté, soumis à des tensions internes (80 ethnies) et où la pression croissante de l’islam (40 % de la population) et des

    sectes se fait sentir sur l’Église orthodoxe, majoritaire (55 %) mais confrontée à des déchirements internes, l’Église catho lique, bien que ne regroupant qu’un petit nombre de fidèles (0,5 %, soit environ 850 000 personnes), est présente sur tous les fronts de la vie du peuple, notamment à travers l’éducation et la santé.

    à cause de la pauvreté, beaucoup cherchent du travail dans les États arabes voisins. Pour y travailler, les chrétiens sont contraints de modifier leur nom de baptême en nom musulman et les femmes doivent se vêtir comme des musulmanes. Pourtant ces Éthiopiens souhaiteraient rester dans leur pays qu'ils aiment.

    L’Église orthodoxe vient de fêter son Millénium, les 2 000 ans de naissance du Christ, son calendrier ayant en effet un décalage de 7 ans avec le nôtre. Avec 500 000 prêtres et moines, plus de 40 000 églises et monastères, elle reste très pré sente dans la société éthiopienne, mais elle est fragilisée par un schisme de nature politique mené par l’ancien Patriarche.

    Pour l’Église catholique, la priorité est le renforcement du travail pastoral parmi les siens comme pour Mgr Mussie Gebreghiorgis, évêque d’Endibir, auprès des 24 000 catholiques de son diocèse. Dans la paroisse de Saint-Marc, située dans le district de Ghaha, où de nombreux indigènes (populations tribales) adhèrent à la foi catholique, la construction d’une nouvelle église est prévue. Aux côtés de l’évêque, 11 prêtres travaillent dans la pastorale actuellement, avec entre 2 et 4 paroisses chacun. Trois autres ecclé-

    siastiques étudient à l’étranger. Huit jeunes Éthiopiens se préparent à devenir prêtres. Le travail des catéchistes contribue large-ment à la pastorale.

    Pour les 25 000 catholiques de son vicariat, l’évêque de Meki, Mgr Abreham Desta, peut compter sur 24 prêtres et 3 diacres qui seront bientôt ordonnés ainsi

    que sur 11 religieux. Awassa, à l’époque petit village de huttes, est devenu une ville de 200 000 habitants qui compte 13 000 catholiques. Le vicariat compte 12 prêtres diocésains et 32 missionnaires pour desservir 21 et 497 chapelles de brousse. Il faut rajouter 62 religieuses, 10 sémina-ristes, 54 catéchistes à plein-temps et 479 à temps partiel. Dans certaines régions, il s’agit de première évangélisation, et tout reste à faire.

    Mgr Berhaneyesus, l’archevêque d’Addis Abeba, assure que la richesse spirituelle, les racines et les valeurs chré-tiennes sont très présentes en Éthiopie. Et que son Église connaît beaucoup de voca-tions. La question est de savoir comment préserver cette richesse spirituelle. Le principal défi pour les Églises chrétiennes concerne les sectes d'origine nord-améri-caine, les gens étant attirés par l’ambiance chaleureuse et émotive de ces petits grou-pes. L’Église catholique entend pour sa part réagir en dynamisant sa pastorale de proximité, tout en pratiquant le plus possible un « œcuménisme de moyens » avec les orthodoxes. ■

    Très minoritaire dans un pays majoritairement orthodoxe, l’Église catholique accomplit un travail remarquable, reconnu par tous.

    © AE

    AED

    Au service de tous

    La question est de savoir comment préserver cette richesse spirituelle

    (Écoutez la chronique de Marc Fromager, chaque semaine sur :

    par Marc FROMAGER

    ÉTHIOPIE

    FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008 17

    Chorale d'une paroisse catholique d'Addis-Abeba

    Religieuse éthiopienne

  • n C'est la 7e rencontre du forum annuel de C&E : quelle relecture faites-vous des forums précédents ?

    Mgr Dominique Rey : Ce forum se veut une plate-forme de rencontres de nombreux acteurs apostoliques de terrain qui s’inscrivent dans le cadre de la « Nouvelle Évangélisation » lancée par Jean-Paul II et relayée par Benoît XVI : les multiples initiatives qu’elle suscite sont souvent parcellaires voire atomisées, et elles demandent à être mieux connues, à être partagées mais aussi relues et discernées en Église.

    Mgr Jean-Pierre Cattenoz : Le Forum C&E ambitionne de répondre un peu à tout cela et c’est pourquoi il mobi-lise un nombre croissant de chrétiens, particulièrement des laïcs engagés ou désirant s’engager dans le renouvellement de l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ auprès de nos contemporains. Le succès des dernières rencontres est donc un encouragement pour aller de l’avant et développer cette belle initiative.

    n Qu’est ce que le « kérygme », qui est le thème central de ce forum 2008 ?

    Mgr JPC : C’est le cœur de l’annonce de la foi chrétienne, tel que Saint Pierre l’a professée à la Pentecôte à Jérusalem devant la multitude de juifs et d’étrangers présents alors dans cette ville : Dieu nous aime, désire le bonheur de tout homme et pour cela a envoyé son Fils, Jésus-Christ, pour nous sauver, pour nous libérer inté-rieurement et nous faire goûter ainsi une vie nouvelle. Ce n’est pas un simple dogme religieux, c’est le fruit d’une expérience existentielle et spirituelle universelle, car elle est accessible à tout homme, de tout temps et de toute culture.

    Le kérygme est l’expérience vitale de tout chrétien, et il est en cela le moteur central de la mission de l’Église : témoi-gner de sa vérité « ici et maintenant » vise à donner envie aux non-croyants de partager cette expérience salutaire, si heureuse et exaltante. C’est ainsi qu’à la Pentecôte, près de 3 000 personnes furent bouleversées par le témoignage des apôtres et embrassèrent la foi. L’Église du XXIe siècle est invitée à se ressourcer et à retrouver cette vitalité, cette attrac-tivité des pre miers temps de l’Eglise qui suscitèrent de nombreuses conversions en raison de cette vérité attirante et contagieuse de la foi chrétienne.

    Le kérygme vise à conduire des non-croyants à désirer rencontrer le Christ, à mieux Le connaître, à vivre avec Lui. L’accueil du kérygme est en réalité la porte d’entrée « existentielle » pourrait-on dire à la vie chrétienne.

    n N’est-ce pas là une redécouverte récente de l’Église ?

    Mgr DR : L’Europe fut chrétienne pendant des siècles par sa vie culturelle, sociale, intellectuelle ou religieuse : tradi-

    tionnellement, la mission apostolique au sein de l’Église catholique recouvre donc essentiellement une dimension liturgique et catéchétique, une mission d’ensei-gnement religieux, intellectuel et moral. Aujourd’hui, dans un monde qui s’est profondément sécularisé et détourné de l’Église, nous reconnaissons nous-même en tant qu’évêques que nos pastorales ont des difficultés à réaliser de manière pertinente la première annonce de la Bonne Nouvelle de l’Évangile.

    Lors du grand congrès Ecclésia sur la catéchèse, en octobre dernier à Lourdes, Mgr Dufour, président de la commis-sion épiscopale pour la catéchèse de la CEF, ne reconnaissait-il pas, au nom de nous tous, que « la première annonce est primordiale, mais on ne sait pas faire, ce n’est pas notre culture ». Nos frères évangéliques ont pour leur part une grande et belle expérience en la matière, et nous devons nous en inspirer même s’il est important de veiller à la « catho-liciser » : de nombreuses expériences catholiques très diverses, en France ou ailleurs, il lustrent cette possibilité. La redécouverte pourrait-on dire de cette importance du kérygme (qui a marqué régulièrement l’histoire de l’Église) nourrit un grand espoir pour le renouveau de la foi. Jean Paul II ne s’y était pas trompé.

    n La vision de Jean-PauL II sur le défi de l'évangélisation pour l'Église aujourd'hui, se révèle-t-elle vraiment d'actualité ?

    Mgr DR : Plus que jamais sans doute, tant pour des raisons externes ou internes à l’Église. Des pans entiers de nos struc-tures sociales vacillent car les hommes de notre temps ont perdu leurs repères et se désespèrent de multiples manières car ils ont de moins en moins de raisons de vivre : il est urgent de leur annoncer Le Chemin, La Vérité et La Vie. Pour ce qui est de la vie ecclésiale, l’expérience

    ÉGLISEJEAN-PIERRE CATTENOZ ET DOMINIQUE REY

    « La première annonce est primordiale,mais on ne sait pas faire... »

    18 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

    propos recueillis par Pascal ROUSSEAU

    (

    Les 23 et 25 mai à Avignon, se rencontrent des acteurs de l'évangélisation et des intellectuels catholiques pour un rassemblement de "brain-storming" annuel sur les nouvelles formes d'existence de l'Église.

    Communion et évangélisation

  • ÉGLISE

    FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008 19

    pastorale illustre combien une dynamique missionnaire centrée sur l’approfondis-sement et l’annonce du kérygme nourrit la vitalité des communautés et le zèle spirituel de ses membres ; il est également le creuset d’un renouveau de vocations sacerdotales ou religieuses.

    n Cette année encore il y a beaucoup d'in-tervenants de grande qualité* et d'hori-zons divers - dont d'ailleurs les principaux collaborateurs de « France Catholique » : Gérard Leclerc, Ludovic Lécuru, Tugdual Derville... - Pensez-vous aborder person-nellement les divers champs d'interven-tion où se met en place l'annonce du kérygme ?

    Mgr JPC : le kérygme est l’annonce évangélique la plus caractéristique de l’apôtre et donc de l’évêque : c’est pour-quoi, autour du thème « le kérygme, première parole des apôtres », notre premier forum sera animé par les évêques présents autour du cardinal Paul Joseph Cordes qui nous fait l’honneur de présider ces 48h de forum.

    Mgr DR : Les trois autres rencon-tres aborderont successivement les trois grands domaines de la vie humaine que doit recouvrir le kérygme, les trois espaces où doit fructifier le Salut du Christ en ce monde pour que l’homme goûte une vie nouvelle : la vie personnelle et spiri-tuelle, la vie liturgique et ecclésiale, la vie au cœur de l’espace civil et culturel. Pour chacun des forums successifs qui aborderont ces trois grands enjeux du kérygme, nous aurons quatre intervenants différents qui s’exprimeront, suivis par un temps d’échange avec les participants.

    n Quelles sont vos attentes pour vos diocè-ses respectifs et quels fruits voyez-vous apparaître ?

    Mgr DR : Dans nos propres diocèses, mais aussi dans les églises locales et les engagements divers des différents parti-cipants, nous attendons que ce forum contribue à un réel renouveau de l’an-nonce kérygmatique : que ce soit chez des prêtres, des laïcs, des consacrés, nous souhaitons qu’elle soit mieux perçue dans son contenu, dans ses enjeux ecclésiaux et missionnaires. Il est important que chacun puisse saisir comment elle peut concrètement se déployer sur le terrain, se développer de manières nouvelles et pertinentes afin que cette annonce porte un fruit abondant de renouveau de la vie chrétienne et même de conversions.

    Mgr JPC : Dans nos diocèses, dans nos rencontres très diverses en France ou ailleurs, nous sommes souvent témoins de tels fruits là où ce type d’annonce est effectivement développé dans des

    mouvements, des paroisses, des commu-nautés, des sanctuaires ou des services de catéchèse ou de pastorale des jeunes par exemple. C’est pour nous source d’une très grande espérance, et cela nourrit notre propre foi, notre ministère de pasteur et d’apôtres. Dans un contexte où les forces vives de l’Église diminuent en nombre, il est important de veiller à ce que les chré-tiens ne s’épuisent pas dans un apostolat dispersé mais se concentrent davantage - à titre personnel, spirituel et missionnaire - sur l’essentiel. Ce forum 2008 de C&E à Avignon sur le kérygme peut sans doute y contribuer à sa mesure. n

    D.R

    .

    Communion et évangélisation

    * Parmi les intervenants : le cardinal Paul Joseph Cordes, le Père Jacquinet, membre de la Communauté de l’Emmanuel, le Père Crespin, frère de Saint Jean, le Père Ronan de Gouvello, chapelain du sanctuaire de Rocamadour, Jean-Guilhem Xerri, prési-dent de "Aux captifs la libération"...

    Jean-Pierre Cattenoz et Dominique Rey

  • LIVRES

    Lui-même véritable globe-trotter de la mission chrétienne, de la Terre Sainte à l’ex-URSS, au Brésil, à la Chine, au Liban et en d’autres points de la planète,

    Patrick de Laubier, ordonné prêtre par Jean-Paul II le 13 mai 2001, professeur honoraire de sociologie à l’Université de Genève et de l’université pédagogique de Moscou, a l’expérience de multiples rencontres avec les civilisations exté-rieures à l’Occident. Il les connaît, bien sûr, d'abord par l'étude intellectuelle, livresque, mais aussi par la ren contre personnelle avec de nombreux étu-diants qui ne sont pas seulement - loin de là - des séminaristes ou des religieux catho liques.

    Il tire les leçons de ses précieux contacts, tant sous la forme d’une ré-flexion générale sur la place du fait religieux dans le monde contemporain, que dans de courtes évocations des re-ligions de l’Inde, hindouisme et boudd-hisme, de Chine, confucianisme et taoïsme, et des religions monothéistes du Moyen-Orient, judaïsme, christianis-me et islam… C'est un manuel univer-sitaire irrempla çable, par cette habile concision qui contraste avec l'ampleur de son champ d'étude. Et c'est en même temps l'amorce d'un passionnant libre débat. Qu'est-ce qui fait l'originalité de chaque tradition re ligieuse ? En quoi peut-on considérer que telle ou telle grande religion apporte quelque chose de véritablement universel ?

    Bien des idées reçues vont se trou-ver ébranlées. Bien des notions sociolo-giques ou théologiques, nou velles pour nous, vont pouvoir être assimilées sans peine, qui serviront bientôt dans la vie de tous les jours, ne serait-ce que pour décrypter l'actualité mondiale et l'évo-lution de notre propre société.

    « Le dialogue interreligieux institu-tionnalisé est un phénomène nouveau et l’Église catholique est actuellement la seule à posséder une doctrine élabo-rée à travers un ensemble de do cuments qui permettent de le présenter de ma-nière assez précise en évitant le "choc des civilisations" au nom de la religion, sans pour autant renoncer à la mission d’évangélisation », estime Patrick de Laubier. À ce sujet, on rappelle ici que le concile Vatican II a insisté sur la néces-sité du dialogue comme « une des voies privilégiées de l’an nonce évan gélique ». La rencontre avec d’autres croyants

    peut être un vecteur du témoigna-ge que tout chrétien doit rendre au Christ, c'est aussi un moyen effica-ce de s'évangéliser soi-même. Cette perspective doit dissiper la crainte d’une dilution de la foi chrétienne dans de fausses conciliations.

    Toutefois, il existe plusieurs for-mes de témoignage et, ainsi qu'on le dit de plus en plus souvent, la force de l’exemple est plus grande que celle des paroles. Comme le rappelle ce livre, Mère Teresa « a montré de son côté par une ac-tion en faveur des plus pauvres ce qu’était le christianisme sans cher-cher à baptiser, son dialogue – un dialogue de vie – était aussi dans les gestes ».

    Jean-Paul II expliquait que le dialogue n’est pas la conséquence d’une stratégie ou d’un intérêt. Le Père de Laubier cite la déclaration

    conciliaire de 1965 sur la liberté reli-gieuse : « Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être sous-traits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière reli-gieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa cons cience. Mais chacun est tenu par obligation morale à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la reli-gion. » Le rappel de ce texte dans tous ses aspects est d’une importance capi-tale, pour tous ceux qui veulent com-prendre la démarche de l’Église.

    « Hier, pour convertir, on a utilisé parfois la contrainte », mais aujourd’hui seule convient la clarté de l’esprit cri-tique « donnant à la conscience une place tenue jusqu’ici par la coutume et les traditions », conclut-on ici, en y voyant une forme positive de mondia-lisation. ■

    Comment encourager le dialogue entre religions sans abandonner la mission ? c’est ce que réussit à faire ce livre utile comme guide spirituel.

    PATRICK DE LAUBIER

    Un regard de paix sur les religions

    Le dialogue interreligieux institutionnalisé est un phénomène nouveau

    Patrick de Laubier, Phé no ménologie de la religion, Parole et Silence / Desclée de

    Brouwer, 200 pages, 16 e.(

    par Denis LENSEL

    20 FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008

  • FRANCECatholique n°3119 16 mai 2008 21

    IDÉESLE JOURNAL DE GÉRARD LECLERC

    25 fÉvrier

    Mesure-t-on assez la grâce éton-nante de l’éclosion de ces génies litté-raires chrétiens que sont Bloy, Claudel et Péguy, Bernanos et quelques autres ? J’y pense avec le soixantième anniversaire de la mort de Georges Bernanos auquel le centre du même nom à Paris donne toute son importance avec un beau pro-gramme de conférences et de manifes-tations. Mais il y a aussi la réédition du Claudel et Péguy co-écrit par le père de Lubac et Jean Bastaire dans le cadre des œuvres complètes du grand théologien. Je suis témoin que c’était une préoccu-pation majeure de celui-ci. Il y avait pour lui une étonnante continuité de cette Tradition dans laquelle il était complè-tement immergé qui permettait de mer-veilleux surgeons, comme Péguy. C’était aussi la conviction de Balthasar qui n’a pas hésité à inscrire le poète du Mystère de la charité au terme de sa grande ga-lerie des génies chrétiens qui commence par Irénée de Lyon. « Dans son problème central, écrit-il de Péguy, il lutte pour surmonter un certain augustinisme du Moyen Âge, de la Réforme et du jansé-nisme : il pense en confrontation avec Pascal et le Dante de L’Inferno et veut, dans ses mystères, ouvrir la théologie chrétienne au point de la rendre de nou-veau intelligible à l’humanité à venir. »

    C’est tout à fait cela ! Et c’est bien ce que veut faire entendre le père de Lubac à propos du Mystère de la cha-rité de Jeanne d’Arc. Pourquoi Claudel, Maritain, et quelques-uns des premiers critiques n’avaient-ils pas compris cela, et sans sous-estimer la beauté du tex-te avaient chipoté sur son orthodoxie ? Pourquoi Maritain avait-il pu parler de littérature à l’intéressé pour souligner la différence d’avec l’expression de la foi véritable ? Claudel lui-même, dans un premier mouvement, s’était étonné de ce qu’il considérait comme une cu-rieuse duplicité. Quoi ! Cet anarchiste, ce compagnon des anticléricaux avait pu écrire « ce livre au plus délicat sentiment

    chrétien ». Et puis il y avait cette querelle d’interprétation que Claudel n’était pas le seul à agiter : « J’aime mieux madame Gervaise que Jeannette dont il a fait une sorte de protestante têtue, ne sachant que faire des reproches au bon Dieu. Ce n'est pas l’esprit de la bonne Lorraine. »

    Romain Rolland de son côté, pour cette même raison, prenait le parti in-verse, en faveur de la « protestante » Jeanne contre la catholique Hauviette. Et de trop bons censeurs de faire chorus, de faire la leçon à un poète déclaré hé-térodoxe. Ils avaient tous leurs préjugés et la plupart ne savaient pas à quel point

    Charles Péguy avait prodigieusement avancé sur la route de l’Évangile et des saints.

    Peut-être est-ce parce que nous avons le recul et connaissons tous les secrets, que nous comprenons mal aujourd’hui ces préventions et ces chicanes. J’ai souvenir d’au moins trois représentations du Mysère de la charité de Jeanne d’Arc : aux Thermes de Cluny, au théâtre de l’Odéon et au chevet de la basilique de Paray-le-Monial. A chaque fois ce fut le même bonheur, le même moment intense, et il ne pouvait y avoir de doute dans ma tête. Ces dialogues

    Ce n'est pas l'étiquette, c'est le génie qui fait éclater le mystère

    Péguy et quelques autres

    (

    D.R.

    Charles Péguy

  • s’unifiaient dans le seul dialogue inté-rieur de Péguy qui répondait lui-même aux interrogations de l’âme croyante. Et celles-ci étaient nécessairement nourries par l’histoire du christianisme évoqué par Balthasar, à propos du salut et de l’enfer. Le père de Lubac exprime exactement les choses : « En réalité, dans les moments où elles s’affrontent, Jean-nette et madame Gervaise (pour ne rien dire ici d’Hauviette) incarnent chacune l’un des deux sentiments fondamentaux de Péguy. Elles traduisent deux pentes de son cœur, en ces années qui suivent son retour à la foi chrétienne sans lui