La solidaritأ© autrement ? : micro assurance et protection ... micro-finance, micro-assurance, Afrique

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  • LA SOLIDARITE AUTREMENT? MICRO-ASSURANCE ET PROTECTION CONTRE LA

    VULNERABILITE EN AFRIQUE DE L'OUEST

    Eveline BAUMANN1

    IRD

    Résumé

    Les populations sub-sahariennes ont une longue tradition de gestion de la vulnérabilité, que ce soit en zone rurale ou en milieu urbain. À ce titre, la répartitiori des risques et incertitudes représente une parade cruciale. Or, la transition vers l'économie de marché - présentée comme seule solution envisageable par les agences internationales et largement. plébiscitée par les décideurs nationaux - nécessité non seulement une meilleure maîtrise des sources de vulnérabilité, mais aussi une certaine propension à se projeter dans le temps et à: séparer les champs que sont l'économique et le social, le public et le privé. La micro-finance est censée. contribuer à cette évolution, en incitant ses bénéficiaires à se distancer de leurs appartenances d'origine, à se poser en individus responsables et à s'engager dans des relations plus fonctionnelles. Parmi les produits de la micro-finance, un rôle clé revient à la micro-assurance. La déliquescence des systèmes de protection sociale de type moderne d'une part, des solidarités dites traditionnelles d'autre part, semble responsable de son essor.

    Mots clés: Vulnérabilité, risque, incertitude, protection sociale, activités informelles, micro-finance, micro-assurance, Afrique de l'Ouest, solidarité, individualisation vormes.

    1 L'auteure est membre de l'équipe AUF «La. micro-finance entre lutte contre la pauvreté et développement de l'entrepreneuriat » (responsable Eddy Bloy) et chercheuse à rlRD {UR « Travail et Mondialisation »), Ce texte complète la réflexion présentée lors du Meeting on Micro-Finance: What Means and Ways for Micro-Finance for What Impacts, tenu à Pondicherry (Inde), Institut français de Pondicherry, 9-10.1.2003 : « Inforrnal Activities, Uncertainty and Micro-Insurance. Réflections on 'Post- Adjustment' Africa ». La publication dans les actes du colloque est en cours.

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  • Introduction

    L'intérêt croissant que portent à ·la micro-assurance agences internationales, décideurs nationaux, ONG et populations en Afrique subsaharienne, n'est pas le fruit du hasard. Il est la réponse à des crises multiples qui rendent les ménages vulnérables aux aléas de toutes sortes et qui affectent la cohésion sociale : crise du salariat et précarisation du statut des travalIleurs, crise de l'État providence et des systèmes de redistribution qui lui sont propres, crise des solidarités caractéristiques du domaine privé. Cette constellation conduit à la recherche de protections en dehors des fonnules habitœlles et, tout comme d'autres facteurs caractéristiques des sociétés qui se modernisent, elle ·engendre des besoins en numéraire de plus en plus pressants. L'essor de la micro-finance avec ses produits qui sont l'épargne, le crédit et l'assurance en est la conséquence. Cependant, cet essor ne résulte pas seulement d'une demande sociale, il est aussi voulu par les décideurs. En effet, la micro-finance participe à tout un dispositif d'instruments censés favoriser la globalisation. Pour permettre aux pays du Sud de participer - ou ne vaudrait-il pas mieux dire pour les soumettre? - , à la globalisation et pour interconnecter leurs économies entre elles et avec celles du Nord, un certain nombre de règles doivent être respectées et des normes se voulant désormais universelles être ,promue~Autrement dit, des innovations relevant à la fois de l'économique, du social et , du politique sont indispensables. Parmi ces innovations figure notamment la prise en charge accrue des individus par eux-mêmes et à leur inscription grandissante dans des sociétés civiles en gestation. Nous nous interrogerons sur ces évolutions qui sont en cours dans les pays d'Afrique de l'Ouest, en nous appuyant en partie sur fexemple du Sénégal, pays souvent considéré comme pionnier pour les innovations économiques et sociales. Dans un premier temps, seront présentés les systèmes de protection contre la vulnérabilité des ménages. Ensuite, il s'agira de montrer comment les acteors économiques affrontent concrètement la vulnérabilité, sous ses formes que sont le risque et l'incertitude, que ces acteurs exploitent le milieu naturel ou qu'ils soient responsables d'une unité de production de type informel. La discussion portera enfin sur les normes qui sous·tendent les mesures économiques prises dans un contexte de post-ajustement et sur la contribution joué la micro-assurance dans la transition vers l'économie de marché

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    ,,

  • 1 1

    1 LA PROTECTION ET LES SOLIDARITES MISES A L'EPREUVE

    La vulnérabilité à laquelle sont exposés les ménages concerne les hommes et les femmes vivant ensemble, d'une part, .le patrimoine domestique et professionnel dont ils disposent, d'autre part. Alors que des institutions de type moderne se chargent de l'assurance dite sociale et s'adressent à la minorité des salariés et de leurs familles, les solidarités «traditionnelles» couvrent indistinctement les risques liés à 1:1 personne et aux biens matériels. Les produits d'assurance basés sur la mutualisation des risques de toutes sortes, eux, viennent en complément aux systèmes de protection connus. Ces produits sont non seulement proposés par des compagnies d'assurance telles que nous les connaissons dans les pays du Nord. ~ plus en plus, des institutions d'envergure plus modeste occupent ce créneau en pleine expansion pour proposer des assurances adaptées aux populations démunies. .

    1.1 Protection et vulnérabilité des trava'illeurs 2

    Dans les pays au sud du Sahara, le marché du travail a connu, au cours des vingt dernières années, des évolutions comparables (Charmes, 2001). Les vagues d'ajustements structurels ont donné lieu à la mise au' travail accrue de toutes les catégories de la population, à la stagnation, voire la diminution du travail salarié, à la précarisation du statut des travailleurs, à la multiplication d'emplois non protégés au sein d'unités de type informel. Le niveau de la protection sociale s'en ressent. Prenons, à titre d'exemple, le cas du Sénégal (Annexe 1). L'agriculture continue à fournir la grande majorité des emplois, mais les rendements sont faibles. EUe crée à peine 8 % des richesses, le secteur primaire dans son ensemble moins de 18 %. Le marasme du secteur primaire nourrit les flux de ceux qui cherchent un emploi dans les villes où habitent désormais 47 % des Sénégalais. La récente diminution du chômage peut laisser penser que la situation de l'emploi se serait améliorée,· que les nombreuses mesures censées donner plus de flexibilité se seraient traduites par une mise en relation plus rapide et plus efficace de l'offre et de la demande de travail. Or, les réalités sont bien plus complexes. Les entreprises privées ne répondent que très' timidement 'aux incitations de création d'emplois, et dans la fonction publique, le niveau reste quasiment stationnaire: depuis des années, les salariés du privé et du public représentent environ 1,5 % de la population· du pays. \

    2. L'augmentation du nombre «d'ouvriers et d'employés non qualifiés» peut être rapprochée de cette évolution. À Dakar, la part de cette catégorie est passée de 30 % en 1991, à 47 % en 1994/95 (Sénégal, 1997a : 36). Au milieU des années quatre-vingt-dix, le nombre de personnes exerçant, dans la région de Dakar, à titre principal ou secondaire une activité infonnelle, a été évalué à 665 000. Ce chiffre pose cependant problème: d'après l'Enquête sénégalaise auprès des ménages, Dakar connaîtrait une population active (occupés ou chômeurs) de 578000 personnes, sur une population en âge de travailler de 1 166000 (Sénégal, 1997a : 35)..

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  • ibid.

    ibid.

    PNUD,2001 : 87

    ibid.

    ibid,

    Fall,2002

    ibid.

    Alternatives

    économiques, 2003

    1997

    « années 60»

    1999

    (C années 80 »

    1996

    id.

    id.

    1999

    n.d. ibid.

    s.. 'f ",:.

    {

    1996 ibid.

    I~ I_source n.d. Fall,2002

    Tableau 1 : Les bénéficiaires de la sécurité sociale au Sénégal

    i/l ; :~h

    1 1;,1;;.. " Travai lieurs bénéficiant 176000

    • i de couverture sociale

    , ~ = en % des travailleurs 5,1 %

    Bénéficiaires de couverture 1 200 000

    sociale (droits directs et dérivés)

    =.en % de population iotale 13,3%

    Dépenses pour sécurité sociale 3,5 %

    en % du BNP, Sénégal

    Dépenses pour sécurité sociale 14 % (Irlande) à

    en % du BNP, Union européenne 32 % (Suède) \

    Dépenses pour sécurité sociale 6257 F.CFA

    par habitantJan, Sénégal [= 9,54 €]

    =en %duSMIC 17,3 %

    Dépenses pour sécurité sociale 500 %

    en % du SMIC, OCDE

    Ratio actifs/retraités secteur public 3,0/1 (FNR) Ratio actifs/retraités secteur public 1,7 Il

    Ratio actifs/retraiiés secteur privé 21,0/1 (IPRES) Ratio actifs/retraités secteurpnvé 2,2/1

    Seules . les activités infonnelles semblent profiter de la nouvelle donne: elles' connaissent un essor quantitatif impressionnant et jouent un ~ôle anticyclique incontestable. Certes, l'estimation fiable de l'importance numérique des Sénégalais exerçant une activité infOrmelle pose problème. Il n'en reste pas moins que «l'informalisation}) de l'économie est perceptible de visu, ne serait-ce que par l'offre de services signalée dans les espaces publics (en matière de consultance, d'intermédiation commerciale), par