Label d'Excellence :au-del  des services financiers « ©thiques »

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Développement d’un label d’excellence pour la microfinance en faveur de la réduction de la pauvreté et de la transformation des vies

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  • 1Au-del des services financiers thiques Dveloppement dun label dexcellence pour lamicrofinance en faveur de la rduction de la pauvret et de la transformation des vies

    Frances Sinha1

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    La cration dun label dexcellence pour la microfinance vise tablir unevision pour le secteur, qui mette l'accent sur le potentiel de la microfinance servir les pauvres et contribuer une transformation positive de la viedes clients, de leurs familles et de leur communaut. Le label permettraaussi de reconnatre les IMF qui mettent en uvre cette vision, en utilisantdes critres objectifs bass sur un thos du double rendement : celui durendement financier et du rendement social des IMF. Cette ide s'avre deplus en plus pertinente aujourdhui, comme le dmontrent les rcentsvnements - voire les crises - dans certains pays, provoqus par la seulepoursuite de la croissance conomique et du rendement financier.

    Tout le monde sentend reconnaitre que la couverture et la transfor-mation de la pauvret (ou la contribution la rduction de la pauvret)sont lorigine de la cration de la microfinance. Cette ide est clairementarticule par la Banque asiatique de dveloppement (BAD), qui dfinit lamicrofinance et son potentiel comme suit (voir encadr 1.1).2

    Cette philosophie sous-jacente la microfinance se retrouve dans descentaines dnoncs de missions, de sites Internet et de cas utiliss par lesIMF et les investisseurs titre d'exemple. Elle constitue le motif social quiest la source de la majorit des investissements dont a bnfici le secteurde la microfinance au cours des deux dernires dcennies. Dans lencadr1.2, on peut lire des citations provenant de deux organisations qui ontjou un rle cl dans la promotion du secteur travers le monde.

    Pourtant, alors que le financement de la microfinance ne cesse decrotre, les mesures du rendement et les classements des IMF sont davan-

  • 18 DE NOUVEAUX CHEMINS HORS DE LA PAUVRETE

    Encadr 1.1. Dfinition de la microfinance et de sonpotentiel

    La microfinance offre une gamme varie de services financiers tels queles dpts, les prts, les services de paiement, les transferts dargent et lesservices dassurance aux pauvres, aux mnages faibles revenus et auxmicroentreprises.

    La microfinance peut tre un lment dterminant dune stratgieeffective de lutte contre la pauvret. Un accs amlior et une offre efficace de services dpargne, de crdit et dassurance peuvent permettreaux pauvres damliorer leur consommation, de mieux grer les risques, dedvelopper progressivement leurs actifs et leurs microentreprises,d'amliorer leurs capacits gnrer des revenus et de bnficier dunemeilleure qualit de vie.

    La microfinance peut reprsenter un moyen efficace dassister et deresponsabiliser les femmes pauvres, qui constituent une proportion importante des pauvres et qui souffrent de la pauvret de manire disproportionne.

    Banque asiatique de dveloppement

    Encadr 1.2 : La microfinance consiste servir les pauvres

    50 ans : une mission. Depuis la cration dAccion en 1961, notre mission a toujours t de donner aux gens les moyens ncessaires pour sesortir de la pauvret.

    Annonce diffuse lors de la clbration du 50me anniversaire dAccion en 2011.a

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    Sans fondations commerciales solides, la microfinance ne peutdevenir lentreprise rentable quelle doit tre pour assurer sa survie, adclar Elizabeth Littlefield, PDG du CGAP. Mais sans principes thiquessolides et sans engagement bnficier dabord et avant tout aux pauvres,elle ne pourra plus tre qualifie de microfinance. La vision de Pocantico,selon laquelle l'essence mme de la microfinance est d'avoir un impactpositif sur la vie des pauvres, est aujourd'hui partage par les leaders de lamicrofinance. Des principes doivent tre labors pour reconnatre claire-ment cette vision.

    Dclaration de Pocantico 2008b

    Notes : a.Voir http://www.accion.org/Page.aspx?pid=2197.b.Voir http://bouldermicrofinance.org/POCANTICO/index.htm

  • Au-del des services financiers thiques 19

    tage axs sur le volume et les indicateurs financiers. La croissance dusecteur a t significative. Les donnes reportes au MicrofinanceInformation Exchange (MIX market) par plus de 1 100 IMF dmontrentqu la fin 2009, on comptait 91 millions demprunteurs travers lemonde entier, dont 68% de femmes, et plus de 78 millions dpargnants.Le portefeuille global des prts (publi par 1200 IMF) avoisinait les 71milliards de dollars, et le montant total des dpts (publi par 619 IMF)atteignait 27 milliards de dollars (voir figure 1.1).3

    Cette croissance a entran une transformation des institutions quifournissent des services financiers, de nombreuses IMF ayant adopt dif-frentes structures lgales. Beaucoup dIMF du secteur des organisationsnon gouvernementales ou de la socit civile sont devenues des entrepris-es financires, bancaires et non bancaires. Cette transformation leur a per-mis de mobiliser des capitaux pour leur croissance et doffrir une gammeplus large de services et de produits, notamment les services dpargne quiexigent, dans plusieurs pays, un statut rglement.

    tant donn laccs limit aux services financiers formels dans lespays en dveloppement, la microfinance a cherch dans ses dbuts rsoudre ce problme en priorit. Ainsi, la croissance du nombre declients et du portefeuille de prts, de mme que le respect des chanciersde remboursement taient perus par plusieurs acteurs du secteur commeune situation gagnant-gagnant . La croissance tait bonne pour lesecteur : une croissance soutenue gnrait des profits pour les IMF et unretour sur investissement aux investisseurs et aux mcnes, entranant son tour une plus forte croissance. Elle tait aussi perue comme un bien

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    Portefeuille de prts brutEmprunteuses Emprunteurs

    Figure 1.1. Croissance dans le secteur du microcrdit (Publi au MIX)

  • 20 DE NOUVEAUX CHEMINS HORS DE LA PAUVRETE

    social, puisqu'une augmentation des comptes de prts signifiait qu'un plusgrand nombre de personnes avaient accs aux services financiers. Endautres termes, on favorisait linclusion financire et avec elle, tous lesautres bnfices potentiels qui en dcoulent. L'investissement dans lesecteur de la microfinance est donc devenu populaire, sr et rentable ;avec en prime leffet de halo, parce quun investissement dans ce secteurest galement peru comme un apport au dveloppement et la rductionde la pauvret par le biais d'un accs largi aux services financiers.

    Cependant, la croissance impressionnante de la microfinance sur leplan mondial sest accompagne de signes de stress dans quelques pays aucours des deux dernires annes. Dans une note rcente, le Groupe con-sultatif dassistance aux plus pauvres (CGAP) a analys les causes del'augmentation des impays en microfinance au plan rgional ou nation-al dans quatre pays (Nicaragua, Bosnie-Herzgovine, Maroc et Pakistan).Ces pays ont tous connu une crise de remboursement aprs une priodede forte croissance. Si lanalyse prouve que la crise conomique mondialeconstitue lune des diverses raisons affectant la capacit des emprunteurs rembourser, elle dmontre que la cause principale du problme s'ex-

    plique par les limites institution-nelles de la croissance, savoir unecomptition forte sur les marchsavec de multiples prts contractspar les mmes clients, des systmeset des moyens de contrle dpasssau sein des IMF, et une rosion dela discipline dans loctroi des prts.

    Depuis 2010, lInde fait face une crise identique : une croissancerapide de la microfinance associeaux multiples emprunts des clientsauprs de plusieurs IMF la fois,particulirement dans deux tatsdu Sud, l'Andhra Pradesh et leKarnataka. Ces deux tatscomptent eux seuls prs du tiersdes prts du secteur des IMF enInde. Ils hbergent les plus impor-tantes IMF du pays, dont SKSmicrofinance, qui a ralis son

    introduction en bourse au cours de lanne 2010. La croissance associe un succs apparent sur le march des capitaux au nom des pauvres a attirlattention et la raction des politiques. lheure de mettre sous presse cetarticle, le remboursement des prts est pratiquement gel dans l'AndhraPradesh. La publicit ngative gnre par les cas de suicide de clients

    Leons de lInde

    L'une des principales leons tirer delInde actuellement, c'est que le vol-ume et la croissance ne peuvent menertrs loin. Il est possible doffrir trop decrdit dans un march fortement con-centr. Il est possible que les fortstaux de rentabilit aient contribu une plus grande saturation du marchdu crdit. Ce qui nous amne nousdemander s'il ne faudrait pas rviserles objectifs de volume, d'un ct, et silappt d'une forte rentabilit dunmarch de crdit unique est dsirable.Lanalyse de Andra Pradesh suggrede rexaminer ce que lon pourraitqualifier de microfinance bonne o uresponsable.

  • Au-del des services financiers thiques 21

    surendetts, le comportement douteux du personnel des IMF, les tauxdintrt levs et la poursuite effrne du profit par les promoteurs desIMF ont sali la rputation de tout le secteur, soulevant des questions surla gouvernance, la structure de cots, la planification stratgique, ladrive de la mission et la rglementation.

    Beth Rhyne met en garde contre le cri de ralliement hypnotique duvolume, toujours du volume et encore du volume , surto