Le rle de la conscience phonologique dans l’apprentissage ... du Nouvel-Ontario Document gnr le 24 dc. 2017 21:15 Revue du Nouvel-Ontario Le rle de la conscience phonologique dans l’apprentissage de la lecture

  • View
    216

  • Download
    4

Embed Size (px)

Transcript

  • Document gnr le 18 mai 2018 11:08

    Revue du Nouvel-Ontario

    Le rle de la conscience phonologique danslapprentissage de la lecture

    Alain Desrochers, John R. Kirby, Glenn L. Thompson et Sabrina Frchette

    Numro 34, 2009

    URI : id.erudit.org/iderudit/038720arDOI : 10.7202/038720ar

    Aller au sommaire du numro

    diteur(s)

    Institut franco-ontarien

    ISSN 0708-1715 (imprim)

    1918-7505 (numrique)

    Dcouvrir la revue

    Citer cet article

    Desrochers, A., Kirby, J., Thompson, G. & Frchette, S. (2009).Le rle de la conscience phonologique dans lapprentissage dela lecture. Revue du Nouvel-Ontario, (34), 5982.doi:10.7202/038720ar

    Ce document est protg par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des servicesd'rudit (y compris la reproduction) est assujettie sa politique d'utilisation que vouspouvez consulter en ligne. [https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/]

    Cet article est diffus et prserv par rudit.

    rudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif compos de lUniversitde Montral, lUniversit Laval et lUniversit du Qubec Montral. Il a pourmission la promotion et la valorisation de la recherche. www.erudit.org

    Tous droits rservs Institut franco-ontarien, 2009

    https://id.erudit.org/iderudit/038720arhttp://dx.doi.org/10.7202/038720arhttps://www.erudit.org/fr/revues/rno/2009-n34-rno3567/https://www.erudit.org/fr/revues/rno/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/http://www.erudit.org

  • Revue du Nouvel-Ontario, numro 34, 2009

    Le rle de la conscience phonologique dans lapprentissage de la lecture

    Alain DesrochersUniversit dOttawa

    John R. KirbyQueens University

    Glenn L. ThompsonUniversit dOttawa

    Sabrina FrchetteUniversit dOttawa

    Les langues en usage dans les socits dveloppes ont une forme orale et une forme crite. Bien que ces formes soient souvent associes des registres diffrents, les mots crits voquent, chez les personnes lettres, leur prononcia-tion. Dans les langues alphabtiques, cette vocation passe, du moins au dbut de lapprentissage de la lecture, par le jeu des correspondances entre les phonogrammes et les phon-mes1. Le pouvoir vocateur des phonogrammes sappuie sur un systme de reprsentation dans lequel les phonmes sont bien diffrencis. Or, il se trouve que llaboration de ce systme de reprsentation ncessite un apprentissage rela-tivement long et complexe. Plusieurs enfants amorcent leur

    1 Le phonme dsigne la plus petite unit segmentale de la langue parle. Chaque langue est constitue dun ensemble de sons que ses locuteurs reconnaissent comme distincts et essentiels la communication. En franais, par exemple, le mot bac comprend trois phonmes : [b] + [a] + [k]. Le phonogramme, pour sa part, renvoie la plus petite unit graphique pour transcrire les phonmes. Cette unit peut tre forme dune seule lettre (ex. f, o) ou de plusieurs lettres (ex. ph, eau). Pour un traitement dtaill, on pourra consulter les ouvrages suivants : N. Catach (2005). Lorthographe franaise. Paris : Colin (3e dition) ; L. Sprenger-Charolles (2008). Correspondance graphme-phonme et phonme-graphme : une comparaison de langlais, du franais, de lallemand et de lespagnol. In A. Desrochers, F. Martineau et Y. C. Morin (Dir.), Orthographe franaise : volution et pratique (pp. 213-225). Ottawa : ditions David.

  • Revue du Nouvel-Ontario 34

    60

    scolarisation avec un systme de reprsentation phonologi-que dficient2 et, comme nous le verrons, ces lacunes freinent lapprentissage de la lecture.

    Pour comprendre le rapport entre la langue orale et lap-prentissage de la lecture, il nous faut introduire la notion de conscience phonologique. Cette notion renvoie la prise de conscience des sons de la parole par le locuteur et des trans-formations quil peut leur faire subir. Dans cet article, nous nous proposons dexaminer le concept de conscience phono-logique et sa dfinition opratoire. Pour situer le rle de la conscience phonologique dans lapprentissage de la lecture, nous linscrivons dans un cadre thorique qui sappuie sur une distinction fondamentale entre les procdures de traitement analytiques et synthtiques de la langue crite. Enfin, nous discutons les implications pdagogiques de ces considrations thoriques.

    Le concept de conscience phonologiqueLa conscience phonologique fait rfrence la capa-

    cit didentifier les units segmentales de la parole et de les manipuler mentalement et dlibrment. Les preuves exp-rimentales qui ont t labores pour mesurer la conscience phonologique font typiquement intervenir deux variables : la taille des units segmentales cibles (ex. un phonme, une syllabe, un mot ou un pseudomot) et les oprations de traite-ment effectues par le rpondant sur ces units segmentales. Selon le schme de classement propos par Demont, Gaux et Gombert3, les preuves de conscience phonologique sins-crivent globalement dans lune des trois catgories suivantes. Dans les preuves de classification, on demande au rpondant

    2 On estime quun enfant de la maternelle sur trois ne matrise pas les phonmes de sa langue maternelle. Pour un traitement dtaill, voir M. J. Adams (1990). Beginning to read : Thinking and learning about print. Cambridge, MA : The MIT Press.3 Voir E. Demont, C. Gaux et J. . Gombert (2006). Bilan mtalinguistique. In F. Estienne et B. Pirart (Dir.), Les bilans de langage et de voix : fondements thoriques et pratiques (pp. 105-122). Paris : Masson.

  • 61

    Rle de la conscience phonologique

    de catgoriser une srie ditems selon un critre phonologique particulier. Dans les preuves de segmentation et de dnom-brement, on demande au rpondant didentifier oralement les units segmentales dun mot oral (ex. leurs phonmes ou leurs syllabes) ou den faire le dcompte. Dans les preuves de manipulation, on lui demande de transformer un mot fourni loral. Des exemples typiques de chaque classe dpreuves sont prsents au tableau 1.

    Une analyse fine des oprations cognitives sollicites par les preuves de conscience phonologique indique quelles ne font pas uniquement appel la capacit de dtecter ou diden-tifier les units segmentales de la parole. Elles peuvent aussi engager la mmoire phonologique, le traitement squentiel dune chane orale, lassemblage ou la permutation dune suite dunits. Bien que ces preuves permettent de situer un rpondant sur un continuum dhabilets, on sest demand si ces habilets sappuyaient sur une comptence cognitive uni-taire et intgre ou sil y avait lieu de parler de comptences distinctes. Pour valuer la conception unidimensionnelle de la conscience phonologique, les chercheurs ont surtout fait appel lanalyse factorielle. Ce type de traitement statisti-que des donnes vise identifier la prsence de groupements parmi les variables mesures. Si les diffrentes mesures de conscience phonologique sappuyaient sur une seule et mme comptence cognitive, celles-ci devraient tre fortement cor-rles entre elles et dfinir un facteur unique, attestant ainsi leur unidimensionnalit.

    Lunidimensionnalit des mesures de conscience pho-nologique a effectivement t confirme dans plusieurs tu-des4. Dautres rsultats toutefois donnent penser que la

    4 Pour des exemples reprsentatifs, voir : J. R. Kirby, R. K. Parrilla et S. L. Pfeiffer (2003). Naming speed and phonological awareness as predictors of reading development. Journal of Educational Psychology, 95, 453-464; S. A. Stahl et B. A. Murray (1994). Defining phonological awareness and its relationship to early reading. Journal of Educational Psychology, 86, 221-234; K. E. Stanovich, A. E. Cunningham et B. B. Cramer (1984). Assessing phonological awareness in kindergarten children: Issues of task comparability. Journal of Experimental Child Psychology. 38, 175-190.

  • Revue du Nouvel-Ontario 34

    62

    Tableau 1

    Exemples dpreuves de conscience phonologique

    Note : Les chanes de caractres entre barres obliques sont inscrites en alphabet phontique international.

  • Rle de la conscience phonologique

    63

    conscience phonologique renvoie deux ou trois compten-ces distinctes. Dans certains cas, on a ax linterprtation de ces comptences sur la taille de lunit segmentale manipule dans lpreuve (ex. le phonme, la rime, la syllabe)5 et, dans dautres cas, sur le type doprations cognitives sollicites par lpreuve (la synthse ou lanalyse des units segmentales)6. On a cependant voqu la possibilit que la divergence entre les rsultats sur la dimensionnalit de la conscience phonolo-gique soit due principalement des problmes mthodologi-ques : des chantillons de participants trop restreints, la prise en compte dun nombre insuffisant de mesures, des mesures qui confondent le type dpreuve (ex. fusion, segmentation) et la complexit linguistique des units segmentales (ex. pho-nme, rime et syllabe) et, enfin, des mesures dont la fidlit est douteuse ou dont la variance est rduite. Lorsquon cor-rige ces faiblesses mthodologiques, les rsultats de recher-che convergent vers une conclusion relativement nette : la conscience phonologique des mots, des syllabes, des rimes et des phonmes sappuie sur une seule et mme comptence7, mme si cette comptence est cognitivement complexe. Si la conscience phonologique renvoie un concept unitaire, les preuves pour en prendre une mesure ne prsentent pas toutes le mme degr de justesse ou de sensibilit aux diffrences interindividuelles tous les niveaux scolaires chez lenfant. Les preuves plus faciles conviennent typiquement mieux aux enfants dge prscolaire, alors que les preuves plus diffici-les demeurent souvent sensibles aux diffrences interindivi-duelles chez les lves dj initis la lecture8. Ces consid-rations psychomtriques doivent intervenir dans le choix des

    5 Voir V. Muter, C. Hulme et