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Les séquences de connecteurs temporels : ordre et ... · PDF fileLes séquences de connecteurs temporels : ordre et informativité des constituants Laurent GOSSELIN ... logiques,

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  • Cahiers Chronos 18 (2007) : 47-68

    Les squences de connecteurs temporels : ordre et informativit des constituants

    Laurent GOSSELIN Universit de Rouen, CNRS DYALANG (FRE 2787)

    1. Introduction

    Quoique condamnes lcrit pour cause de plonasme, les squences de connecteurs temporels qui indiquent la succession des procs, du type [et puis alors], [et alors ensuite], [puis aussitt aprs] sont extrmement frquentes loral, et tout particulirement dans le rcit enfantin.

    Nous tudierons dabord la distribution des connecteurs dans ces squences (car tout nest pas possible : *[aprs alors puis] *[aprs ensuite]), pour la mettre ensuite en relation avec les valeurs temporelles de ces divers connecteurs. Cette mise en relation fera apparatre une rgularit remarquable : lordre syntagmatique des connecteurs dans les squences est orient du moins contraignant, au plan smantique, vers le plus prcis (le plus contraignant).

    Seront abordes par ce biais deux questions de porte plus gnrale : a) la succession des procs (la relation habituelle e1 < e2 savre insuffisante), b) la question de la motivation de lordre syntagmatique des constituants.

    2. Distribution

    Quelques prcautions mthodologiques doivent tre signales demble : a) Nous ntudions que les connecteurs en position frontale, et nous ne considrons comme Squences de Connecteurs (SdC) que les suites de connecteurs non spars les uns des autres par des pauses ( loral) ou des marques de ponctuation ( lcrit). De sorte que nous retiendrons une squence comme [puis plus tard], mais non [ensuite, beaucoup plus tard], o beaucoup plus tard joue un rle de circonstanciel et non de connecteur (dans ce cas, la virgule parat indispensable lcrit; nous voquerons ces constructions la section 4 ci-dessous). En revanche, nous prenons en compte les exemples dans lesquels le connecteur ou la SdC sont spars du reste de la phrase par une virgule (car il parat sagir l dun phnomne essentiellement idiosyncrasique). Et nous nexcluons pas les propositions avec ellipse du SN sujet, ou du SV du type :

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    (1) Son buste fut hors de leau un moment, puis sa tte, puis il ny eut plus que son bras tenant la gourde (...) (V. Hugo, Lhomme qui rit, G-F, t.1 : 197)

    b) Nous retenons aussi bien des lments traditionnellement classs comme conjonctions (et), adverbes (alors), prpositions (aprs), syntagmes adverbiaux ou prpositionnels (beaucoup plus tard 1, ds cet instant) 2. c) La question se pose de savoir si certaines squences de connecteurs forment des locutions (i.e. correspondent une unit smantique indcomposable). Cest en gnral la squence [et puis] quest attribu ce statut (voir, par exemple, M. Njgaard, 1992, 147). On verra quil ne parat pas ncessaire de rserver un traitement grammatical particulier cette squence, ds lors que lon sen tient ses valeurs strictement temporelles.

    On propose de rendre compte de la distribution des connecteurs au sein dune SdC au moyen dun schma directement inspir de celui que prsentent M. Riegel et al. (1994) 3 pour les pronoms clitiques du franais :

    I II III IV et puis alors ensuite (presque) aussitt (aussitt/juste/longtemps/n temps) aprs (beaucoup/un peu/n temps) plus tard ds cet instant partir de ce moment etc.

    Tableau 1 : pronoms clitiques du franais

    Remarques : a) Toute combinaison de connecteurs au sein dune squence frontale sopre dans lordre indiqu. b) Deux lments dune mme classe distributionnelle sont mutuellement incompatibles (sauf videmment sil y a dtachement : *[ensuite aprs] versus [ensuite, longtemps aprs]). c) Comme dans le cas des clitiques, tous les lments ne sont pas galement compatibles : ?[puis ds cet instant], ?[puis alors]; mais il est parfaitement possible de construire une squence bien forme qui associe des lments appartenant chacune des classes : [et puis alors ensuite], [et puis

    1 Dans ce tour, beaucoup est modifieur de plus, et beaucoup plus est modifieur de

    tard, qui constitue la tte du syntagme; cf. Lenepveu (1990 : 323-324). 2 Pour une proposition rcente de classement de ces lments sur des bases

    syntaxiques et smantiques, cf. Borillo (2005). 3 Remarquons ce propos que les grammaires du franais ne disent rien de ces

    squences de connecteurs.

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    alors aussitt aprs] (o aussitt est modifieur 4 de aprs et nest pas considrer comme un connecteur part entire). d) La constitution de ce tableau est fonde la fois sur des jugements dacceptabilit de linguistes et sur une recherche sur internet (via le moteur de recherche Google) des diffrentes squences observables.

    3. Valeurs smantiques

    On sait que certains de ces lments pris ici dans leur emploi de connecteur temporel sont hautement polysmiques, et peuvent prendre selon les contextes des valeurs conscutives, argumentatives, logiques, etc. Aussi, dans le cadre de cet article, des restrictions mthodologiques drastiques savrent-elles invitables et indispensables. Le point de vue adopt sera clairement onomasiologique : on ne considre que la valeur strictement temporelle de ces connecteurs; cest--dire que non seulement on laisse de ct leurs emplois non temporels, mais aussi les effets de sens non strictement temporels qui accompagnent leurs emplois temporels (effets de contraste, de consquence, etc. 5). Autrement dit, sans aucunement prjuger de la nature temporelle ou non du smantisme de base de ces divers connecteurs, nous nous situons uniquement au plan des effets de sens en contexte, pour ne retenir que lexpression de la succession temporelle des procs. Outre la position frontale, nous ne considrons que les contextes dans lesquels les procs mis en relation sont laspect aoristique (perfectif, global 6). On retiendra donc comme temps verbaux le pass simple, le pass compos aoristique, le futur aoristique, limparfait narratif 7 ou itratif, le prsent historique aoristique 8, le plus-que-parfait aoristique ... Nous voulons ainsi carter les propositions prsentant un aspect inaccompli (scant, imperfectif), dans lesquelles ladverbe, la locution adverbiale ou le groupe prpositionnel joue un rle de circonstanciel (et non de vritable connecteur). Remarquons simplement que, dans ce cas seulement, les lments considrs peuvent tre coordonns des subordonnes circonstancielles :

    4 Cf. A. Borillo (2002 : 248). 5 Voir Bras, Le Draoulec et Vieu (2003), Le Draoulec (2005), Borillo (2005). Il

    semble que ces effets, qui caractrisent diffrentiellement les divers connecteurs, se neutralisent mutuellement dans les SdC, o seule reste pertinente leur valeur de marqueur de succession temporelle. Pour une remarque comparable sur les squences du type et puis aussitt , cf. Borillo (2002 : 252).

    6 Cest--dire quil y a, dans le modle prsent dans Gosselin (1996) et (2005), concidence de lintervalle de rfrence avec celui du procs.

    7 Cf. Gosselin (1999b). 8 Cf. Gosselin (2000).

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    (2) Une heure aprs, et tandis quon bouleversait le chteau pour y dcouvrir Petit-Jean, Hal (...) traversait avec ses amis la fort de Sherwood, dans la direction de Gamwell. (A. Dumas, Le prince des voleurs, Jai lu : 247).

    Donnons-nous les outils danalyse suivants : un connecteur (C) ou une squence de connecteurs (SdC : [Ci Cj Ck]) relie deux propositions exprimant chacune un procs (P1 et P2). Ces procs correspondent des intervalles disposs sur laxe du temps. On les notera respectivement : P1 : [B1, B2] P2 : [B1, B2]. Soient deux exemples de reprsentations iconiques :

    (3) Il sarrta, puis il descendit de bicyclette

    P1

    P2

    B1 B2

    B'1 B'2

    Figure 1 : reprsentation pour (3)

    (4) Il regarda par la fentre, alors il remarqua les nouvelles plantations

    P1

    P2

    B1 B2

    B'1 B'2

    Figure 2 : reprsentation pour (4)

    Le connecteur ou la SdC prcise la (ou les) relation(s) entre lune au moins des bornes de lun des intervalles de procs et lune au moins des bornes de lautre intervalle. Dcrire la valeur smantique (de succession temporelle) associe un connecteur donn consiste, dans ce cadre, indiquer : a) les bornes concernes par la relation, b) la nature de la relation.

    Pour le point a), nous disposons des quatre bornes : B1, B2, B1, B2. Pour dfinir la nature de la relation, nous reprenons, parmi les types de relations entre bornes proposs et mis en uvre dans Gosselin (1996), les principes suivants : Soient i, j, k, des bornes quelconques dintervalles quelconques (ventuel-lement du mme intervalle),

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    a) Dfinitions des relations entre bornes 9 : i = j [concidence] i j [i prcde immdiatement j : i = j-] i j [i prcde j, mais ne se trouve pas dans son voisinage immdiat] i < j =df (i j) v (i j) [i prcde j de faon immdiate ou non] i j =df (i < j) v (i = j) [i prcde (de faon immdiate ou non) ou concide avec j].

    b) Les procs P1 et P2 :

    Par dfinition, B1 < B2, et B1 < B2 [tout procs a une dure, aussi infime soit-elle (cf. R. Martin 1988)]. Si un procs (par exemple P1) est ponctuel, alors B1 B2; sinon B1 B2 (procs non ponctuel).

    Nous pouvons maintenant examiner successivement les relations associes 1) labsence de connecteur ( la simple juxtaposition de procs prsents sous un aspect aoristique), 2) aux diffrents connecteurs de succession : et, puis, alors, aussitt, ds cet instant, partir de ce moment, ensuite, aprs, plus tard ..., et enfin 3) aux SdC composes de ces mmes connecteurs.

    En labsence de connecteur, un effet de succession des procs rsulte de la corrlation glob

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