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Les Sonnets d’Amour de Jean de Sponde, publiés post · PDF fileINTRODUCTION Pour tenter d’évoquer l’entreprise poétique de Sponde avec justesse, peut-être devrait-on

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    Les Sonnets dAmourde Jean de Sponde, publis post mortem en

    1597.

    Laltrit ou lexprience de lchec.

    DEA Textes et Contextes 2003. Guillaume Fortin-Grhal.

    Document publi sur le site WebLettres avec l'aimable autorisation deGuillaume Fortin-Grhal

    WebLettres juillet 2004.

    Tous droits de traduction, de reproduction et dadaptation rservs pour tous pays. Le code de la proprit intellectuelle, nautorisant, aux termes des articles L. 122-4 et L. 122-5, dune partque les copies ou reproductions strictement rserves lusage priv du copiste et non destines uneutilisation collective et, dautre part, que les analyses et les courtes citations dans un but dexemple etdillustration, toute reprsentation ou reproduction intgrale ou partielle faite sans le consentement delauteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Cette reprsentation ou reproduction, parquelque procd que ce soit, sans autorisation de lditeur ou du Centre franais de lexploitation du droit decopie, constituerait donc une contrefaon sanctionne par les articles 425 et suivants du code pnal.

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    INTRODUCTION

    Pour tenter dvoquer lentreprise potique de Sponde avec justesse, peut-tre devrait-onsintresser aux tous derniers vers de son recueil Les Sonnets dAmour.

    Mourez mes vers, mourez puisque cest votre envie,Ce qui vous servira de mort, me servira de vie.

    Un appel morbide est lanc par le pote sa propre parole. Ce qui a t mis en formepotiquement veut disparatre afin de faire advenir la vie . Celle, semble-t-il, de lnonciateur, dupote. Le dit potique saffranchit ce point du pote quil peut donc tre banni et vou ladestruction par celui-l mme qui a travaill ces vers . Nous sommes ainsi comme obligs denconclure au moins trois principes :

    1. le vers est dou dune volont autonome et dune conscience mlancolique ;2. le pote, quant lui tend se dlester de ce quil a crire ;3. la posie est donc aportique puisque sa formulation, qui est sa condition dexistence est

    aussi celle de son annihilement. En tant quelle veut se taire, elle doit parler Lutilisationde lpiphore dans la deuxime partie de l Elgie peut sexpliquer par ce mouvementperptuel qui fait fonctionner la posie de Sponde : gnration/supression.

    Le troisime principe implicite nonc ici se charge dune dimension eschatologique car elle estune formulation du monde tout en mnageant sa destruction. Elle est habite par le soucis de sapropre mort1. Angoisse du silence en somme. Si la valeur mtonymique du vers qui meurt renvoie linfertilit irrespirable de la parole potique, le lecteur qui achve le recueil se trouve danslobligation de redmer sa lecture. Les pomes seraient ainsi autant de petits traits propdeutiqueset prparatoires une opration dabolition. La cosmogonie que semblent illustrer les amoursspirituelles et les mditations du pote apparaissent en dernire instance comme un puissantrepoussoir vers la rduction jusquau nant du sujet parlant. Cieux , ondes , temptes , gouffres et astres semblent cerner ce je qui se mle voluptueusement lordre du, jusqu en neutraliser lexpression. Cest ce lyrisme noir qui semble justifier une lecture rebours des Sonnets damour du fait quecette lgie teint la parole plutt quelle ne clt le recueil2. Lire les sonnets et les autres pices(chansons et lgie) de Sponde comme lpope intime dun chec permettra peut-tre den extrairela richesse littraire et la porte mtaphysique. En effet, partir des recherches gntiques dAlanBoase sur luvre, on postulera quun structure tlologique prvaut sa composition. Leslments du monde, le travail sur la matire du langage, lrection dides aux apparences parfois 1 Le souci de la mort en tant quexprience directe de lannihilement viendra comme enjeu central du groupe de pomessuivants, Les Sonnets sur la mort.2 Il semblerait que lordre choisi par Sponde soit celui-ci, cest ce que signale James Sacr dans sa prface de lditionDAmours et de Mort de Sponde, collection Orphe : il y a probablement dans les Sonnets dAmour, publisaprs la mort du pote, trace dun ordre galement pens, ou pes par lui, ce qui sentend jusque dans les Sonnets de laMort (p14). Puis : Sponde accentue ainsi, et premptoirement pourrait-on dire, la faon qua le seizime sicledimaginer les livres de pomes (p15).

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    composites, les rfrences au contemporain, ne peuvent se rduire des variations thmatiques etdcoratives (amour, dsir, absence, constance) mais valident et condensent une pense et unimaginaire cohrent1. On peut faire apparatre quune double exprience de lchec sous-tend la posie de Sponde. Ilnest pas question ici dvoquer lchec littraire et philosophique de Sponde, ni de voir en quoi ilserait ou non un grand crivain de son poque . Il sagit de mettre en lumire la relation entre leprojet littraire et spculatif quil se donne et sa russite textuelle2. Ce style dans Les Sonnets damour procde dune double extriorit . La diversit du mondesorganise en deux instances qui pntrent la posie et la subjectivit du pote : lamour et larationalit. Lamour en ce quil rend sensible et irrductible en soi la tension vers lautre et larationalit parce quelle est une puissance organisatrice de la profusion inhrente la vie.

    Plan de larticle :

    1. Lamour et la question nonciative.

    2. Formes du monde et formes rhtoriques.

    1 La forme et la progression de la pense dans les Sonnets dAmour seraient rapprocher en de multiples points aurecueil Les Fleurs du Mal de Baudelaire (dition de 1861, bien sr). Cela semble pertinent en particulier pour ce quiconcerne la dernire grande pice de chacun des recueils ( Elgie et Le Voyage ) qui nonce dans sa globalit leprojet dcriture et sa liquidation dsabuse ainsi que celle du monde connu.2 Le terme est repris Robert Martin, dans son Prliminaire au recueil darticles constitu sous la direction deGeorge Molini et Pierre Cahn Quest ce que le style ? chez PUF,1994. Un texte, tout texte, peut tre apprhendcomme un objet finalis (une finalit consciemment assume ou plus ou moins sous-jacente). Le style nest alors riendautre que la russite textuelle, cest--dire laccomplissement dune finalit ; en quoi on retrouve, mais dans unedialectique nouvelle, la stylistique des intentions et la stylistique des effets. Un texte ralise, plus ou moins efficacement,un projet textuel (p12).

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    I

    Les Sonnets damour de Sponde ne sont pas adresss. Disons quils saffranchissent de touterfrence concrte une ou plusieurs femmes. LAmour qui habite le recueil est plutt de lordre delide. En effet, lamour qui na pas dobjet, pas de ralit sensible, est rduit ou augment lanotion dide. Sponde se refuse un pouvoir de nomination et fait se dilater le discours amoureuxdans lunivers. Nul nom donn en propre lnonciataire ou laime. On sait quel point le nomde celle-ci peut cristalliser en un signe super-signifiant sentiments, chiffrages hermtiques, ides,reprsentations, rfrences, etc. La nomination rvle et rend possible une parole amoureuse enmme temps quelle inaugure un espace spirituel et linguistique constitutif de cette mergence. Soitquelle permette de se lover dans des jeux sur la matire sonore ou graphique, soit quelle concentredes images. Dans tous les cas, le nom marque un centre, indique le point focal du dsir et de lamtaphysique amoureuse.

    Je rempliz dun beau nom ce grand espace videRonsard; Sonnet LCXIX

    Sponde vacue ce nom et slance seul dans cet espace vide . Dans un premier temps, il faut constater que les motifs courtois de la relation secrte, delignorance de laime et de sa cruaut sont prsents. Ils ont pour corollaire la participation du vastemonde et une dimension directement hyperbolique.

    Au reste de mes amours, je vois sous une nuitLe monde dpicure en atome rduits,Leur amour tout de terre et le mien tout cleste.

    III.

    Si Tant de maux men ont acquis ce bienQue vous croyez moins que je vous suis fidle,Ou si vous le croyez, qu la moindre querelleVous me fassiez semblant de nen plus croire rien

    Belle, pour qui je meurs, belle, pensez-vous bienQue je ne sente point cette injure cruelle ?

    IX.

    Ces procds potiques renvoient bien sr une constellation topique de la lyrique amoureusedans laquelle le pote convoque un patrimoine culturel et littraire quil connat parfaitement. Ilparticipe ainsi dun contexte historique et esthtique particulier et sy insre. Il joue de rfrencesnon seulement pour adhrer la sensibilit de son temps, mais aussi pour y trouver une place.

    Il est possible en effet, de relever et dexemplifier succinctement quelques autres lieux 1 quivalident une tradition potique ancienne et en portent les mutations rcentes. Cela peut tre

    1 Je reprends ici la dfinition que Molini utilise dans son article lieu cest--dire le aristotlicien) inDictionnaire de rhtorique et de potique, ed. La Pochotque .

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    loccasion de voir ce qui, chez Sponde, participe dun discours lyrique nouveau, ou au contraire,ractionnaire et enfin, dvaluer les finalits de son projet. En voici, entre autres, certains qui sont prgnants dans Les Sonnets :

    1. la dimension cosmique et universelle du verbe amoureux ;2. la dolor amortis ;3. la geste guerrire ;4. le fatum / la ;5. le discours et le mta discours amoureux.

    1. Le soupirant apparat demble dans un milieu qui vacue le concret, la vie quotidienne,puisquil est question dans le premier sonnet des eaux et de terre . La posture et le discoursamoureux poussent le pote, selon son instinct et selon la tradition, dans le fourmillement et lemouvement du cosmos. Le XVIe sicle fait souvent correspondre ce branle universelle louverture de la perspectivetemporelle (il est peut-tre un peu anachronique de parler dHisto

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