Minimas Sociaux Cour des comptes

  • View
    1.982

  • Download
    0

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Référé envoyé au gouvernement par la Cour des comptes

Text of Minimas Sociaux Cour des comptes

  • Cour des comptes

    Le Premier prsident

    Rf.: 72597

    Objet : Les minima sociaux

    Le 2 1 SEP. 2015

    Monsieur Manuel VALLS Premier ministre

    En application des dispositions de l'article L. 111-3 du code des juridictions financires, la Cour des comptes a conduit une enqute sur l'ensemble des minima sociaux1.

    l'issue de son contrle, la Cour m'a demand, en application des dispositions de l'article R. 143-1 du mme code, d'appeler votre attention sur les observations et recommandations suivantes.

    1- Des rsultats insatisfaisants en matire de lutte contre la pauvret et de retour l'emploi

    Les minima sociaux rduisent de 7,8 points le taux de pauvret montaire2 brut (c'est--dire avant prise en compte des revenus de transferts). En revanche, ils ne permettent pas aux allocataires de sortir de la situation de pauvret3, la moiti d'entre eux demeurant pauvres en conditions de vie4 .

    1 Les neuf dispositifs qualifis de minima sociaux sont le revenu de solidarit active (RSA), le revenu de solidarit outre-mer (RSO) , l'allocation de solidarit spcifique (ASS), l'allocation transitoire de solidarit (ATS), l'allocation temporaire d'attente (ATA), l'allocation veuvage, l'allocation supplmentaire invalidit (ASI), l'allocation adulte handicap (AAH) et l'allocation de solidarit pour les personnes ges (ASPA). 2 Le taux de pauvret est dfini par rapport un seuil gal 60 % de la mdiane des niveaux de vie (lnsee et Eurostat). La pauvret montaire, aprs prise en compte des revenus de transfert, touche 8,5 millions de personnes en France, soit prs de 14 % de la population.

    3 En particulier, le montant du RSA est infrieur au seuil de pauvret. 4 La pauvret en conditions de vie est dfinie par l'absence ou la difficult d'accs des biens d'usage ordinaire ou des consommations de base.

    13 rue Cambon - 75100 PARIS CEDEX 01 - T +33 1 42 98 95 OO-www.ccomptes.fr

  • Cour des comptes - Rfr n 72597 2 / 5

    Le taux d'emploi des bnficiaires des minima sociaux est trs faible, de l'ordre de 14 % 17 % selon les dispositifs: un grand nombre d'allocataires, trs lo igns de l'emploi, ne parviennent pas trouver leur place sur le march du travail en priode de crise conomique. L'allongement continu de la dure de perception des allocations - la f in de 2013, 88 % des bnficiaires du revenu de solidarit active (RSA) percevaient cette allocation depuis plus d'un an, et 52 % depuis plus de trois ans -, ainsi que l'extrme faiblesse des taux de sortie des allocations au profit d'une insertion durable sur le march du travail - de 2 4 % selon les minima sociaux-, tmoignent de la difficult de mettre en uvre des allocations efficaces pour simultanment lutter contre la pauvret et favoriser la reprise d'activit.

    2- Une dpense pourtant trs dynamique De 2008 2014, le cot des prestations montaires verses au titre des minima

    sociaux, hors cots de gestion et dpenses d'accompagnement, est pass de 17,3 Md 24,8 Md, soit une progression de plus de 43 % en euros courants et de prs de 30 % en euros constants.

    En proportion du produit intrieur brut (PIB) prix courants, la dpense publique consacre ces neuf dispositifs s'est accrue de 0,29 point pour atteindre 1, 16 % du PIB en 2014, contre 0,87 % en 2008. En l'absence de rformes, les projections disponibles suggrent que ce cot devrait encore augmenter au cours des prochaines annes pour atteindre 28 Md en 2017.

    Cette dynamique s 'explique avant tout par la croissance du nombre d'allocataires, pass de 3,58 millions en 2008 4,21 millions en 2013 (+17,6 %, dont + 35 % pour le RSA). Elle rsulte aussi des dcisions prises en 2008 d'augmenter l'allocation adulte handicap (AAH) et l'allocation de solidarit pour les personnes ges (ASPA) de 25 % sur cinq ans, ce qui a conduit augmenter le RSA au-del de l'inflation en 2013 pour corriger le dcrochage de ce dernier.

    L'volution du cot des minima sociaux reprsente un enjeu budgtaire majeur, qui se traduit d'ores et dj par des difficults pour les dpartements, chargs du financement du RSA.

    3- Des incohrences entre les dispositifs qui posent un problme d'quit et d'efficacit

    Les diffrences entre les montants des diffrents minima sociaux, leurs caractristiques et les droits et obligations qui leur sont associs placent les allocataires dans des situations ingales, alors mme que leurs parcours et leurs situations personnelles peuvent tre analogues.

    Ainsi , d'un dispositif l'autre, la variabilit des ressources prises en compte pour liquider les droits des allocataires, des montants garantis et des conditions de majoration des allocations en fonction des configurations familiales, aboutit une forte dispersion des montants moyens verss : ils taient compris en 2013 entre 293 par mois pour l'allocation temporaire d'attente (ATA) et 910 par mois pour l'allocation transitoire de solidarit (ATS). Pour les trois allocations les plus importantes en volume, les diffrences entre les montants moyens verss la fin de 2013 au titre du RSA (388 ) , de l'allocation de solidarit spcifique - ASS (415 ) et de l'AAH (635 ) soulvent des questions d'quit lorsque les situations des allocataires sont proches.

    De m me, l'octroi simultan de prestations familiales ou d'aides personnelles au logement n'est pas pris en compte de la mme manire par les neuf dispositifs, sans que ces disparits soient lies des diffrences objectives de situation. Le RSA se caractrise ainsi par un rgime comparativement restrictif pour le calcul de l'allocation, que ce soit du fait des ressources prises en compte, des conditions de cumul avec un revenu d'activit ou de l'application d'un forfait logement : 92 % des allocataires du RSA se vo ient appliquer une

    13 rue Cambon - 75100 PARIS CEDEX 01 - T +33 1 42 98 95 OO - www.ccomptes.fr

  • Cour des comptes - Rfr n 72597 3 / 5

    rfaction au titre du forfait logement, ce qui conduit de facto porter le niveau rel garanti du RSA 452,51 par mois au lieu des 513,88 affichs.

    Ds lors, une meilleure articulation entre les prestations familiales, les allocations logement et l'ensemble des minima sociaux doit tre recherche afin de garantir l'quit et la neutralit du systme, quel que soit notamment le statut d'emploi de la personne (actif, inactif, chmeur, etc.).

    Le systme des minima sociaux souffre enfin d'une insuffisante lisibilit pour les allocataires, qui nuit son efficacit. Ainsi , l'objectif visant inciter la reprise d'activit se traduit par l'application de rgles complexes et divergentes quant au niveau et la dure de cumul possible entre les allocations et les revenus professionnels. Ces rg les sont incomprhensibles pour les allocataires et les empchent concrtement d'anticiper la variation de leurs revenus en cas de reprise d'activit.

    4- Une gestion complexe qui pourrait tre simplifie et rendue plus conome

    Les minima sociaux sont financs et grs par des intervenants diffrents. Cette situation est gnratrice d'ingalits dans l'accs aux droits (par exemple, quelques jours suffisent pour obtenir le RSA, contre plus d'un an pour l'AAH) et de difficults pour ceux qui cumulent diffrents minima sociaux.

    Contrairement l'ambition qui sous-tendait la dcentralisation du revenu minimum d'activit (RMA) en 2003, l'identit entre le financeur, le dcideur et le prescripteur des droits et devoirs des allocataires n'a pas t rendue effective. L'attention doit de mme tre porte sur les conditions d'instruction, d'attribution et de gestion de l'AAH : alors que l'tat en est le financeur exclusif et qu'il supporte seul cette dpense extrmement dynamique, il est en pratique quasiment absent des circuits de dcision.

    Les modalits de vrification et de suivi des allocataires diffrent tout particulirement selon les organismes gestionnaires. La Cour a ainsi constat que l'intensit des contrles tait trs diffrente d'un dispositif l'autre, le RSA apparaissant comme le dispositif le plus contrl, l'AAH, l'ASPA et le revenu de solidarit outre-mer (RSO) tant dans une situation inverse.

    Le systme engendre enfin un volume important de dpenses indues et de rappels verser, lis principalement la variabilit des revenus des allocataires et subsidiairement la fraude. Le principe de I' effet fig appliqu sur trois mois, afin d'viter des rgularisations mensuelles, a d'ores et dj t arrt par le Gouvernement pour la future prime d'activit qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2016 : son extension au RSA et d'autres allocations permettrait de rduire les cots de gestion lis ces rappels et indus, tout en amliorant la prvisibilit de leurs droits pour les allocata ires.

    5- Un regroupement des minima sociaux autour de trois grandes allocations simplifierait utilement le systme actuel

    Dans un objectif de simplification et de plus grande cohrence, le systme des minima sociaux pourrait, aprs une analyse approfondie des effets induits par ces rformes, tre resserr autour de trois grandes allocations :

    - le RSA, qui constituerait l'allocation de solidarit de droit commun pour toutes les personnes n'ayant pas atteint l'ge lgal de dpart la retraite et dont l'objet serait le soutien au revenu et l'incitation l'insertion sociale et professionnelle ;

    - l'AAH , qui resterait une allocation de soutien au revenu intgrant la prise en compte des difficults spcifiques lies au handicap ;

    - l'ASPA, qui rsulte elle-mme d'une unification des dispositifs du minimum vieillesse et qui n'appelle pas d'autre rforme que celle de certains paramtres de sa gestion.

    13 rue Cambon - 75100 PARIS CEDEX 01 - T +33 1 42 98 95 OO - www.ccomptes.fr

  • Cour des comptes - Rfr n 72597 4 15

    Si elle tait applique, cette orientation pourrait marquer une simplification bienvenue du systme. Elle en amliorerait la lisibilit pour les allocataires et l'quit au regard des situations personnelles.