Click here to load reader

Mysteria septembre 1913

  • View
    29

  • Download
    6

Embed Size (px)

DESCRIPTION

Mysteria. Revue mensuelle illustrée d'études initiatiques

Text of Mysteria septembre 1913

  • RDACTION, ADMINISTRATION, ABONNEMENTS

    SOl\JMAlRT~ nu N ~l (SEPTEM.aa.E 1913)

    ch'ile de Publication et de Confrences Les Amis de 8aint- Yve. 15, Rue Sguier, Paris (VIe). - Tlphone: SiG-09

    SusabooKarl Nissa.C. B.A. Porte du Trait des Ages

    TeederoLA DIRECTION.

    Un AN 1 10 francs pour III "'rance., 12 francs pour l'Etrange.'.

    lTdU8 les Abonnements parteni de Janvier)

    PARTIE LITTRAIRE: A Camille Saint-Sans. - Socits des Confrencesspiritualistes (se anne), 1913-1914. - Propagande Initid.tique dur.roupe fministe d'Etudes sotriques. - Sophia. - Bibliographie.

    PARTIE PHILOSOPHIQUE

    La Guerre contre les Socites secr~tes (p. 193) ...La Table Isiaque (p. 215) .. 0 0 0 0 0 0 0Confrence Initiatique (p. 216).Mythes et Superstitions ChilJ'ens (po 234)...Les Ete"71els Messies (p. 245). " . 0 0 0 0 0 0 0 Amulettes et Talismans (p. 25:!1 .... o' 0 00 o.Critique Littraire (po 269) .. 0 ,. o' 0

  • --

    doivent 'tre servis parl'Administration de laRevue (Socit civile de

    publications et deconfrences (( LesAmis Je Saint-Yves )), f 5, rueSguier, Paris.)

    Nous donnonsci-dessous un bulle-tin d'abonnement.

    ABONNEMENTS

    //

    111

    \'~

    Les abonnments de MYSTERIA Il partent tousdu P" janvier. Les abonns~ qui souscriraient dans let\ courant de l'anne recevront~.-'-~{; ~ les Dl:imros parus. Cela

    tait ncessaire pour vi-ter une foule de compli-cations de comptabilit,

    Tousles abonnements

  • Je soussign {nom et adresse trs lisibles)

    dclare par la prsente souscrire un abonnement

    d'un an la revue IVlYSTERIA ,

    Ci-joint, valeur (bon de poste. mandat aunom Administrateur de Mysteria, etc... ) dedix francs (France) ou de douze francs(tranger).

  • )VIYSTERIA (~ensetgnementsutiles)DIRECTION:

    f5, rue Sguier, i5Tlphone : 816-09

    PARIS IVIe )D.I:RECTEUR

    PAPUS.'Iecl'tai1,e de la Rdaction

    COMBES Lon

    ADMI~,ISTRATION :A bonnemtnts

    PublicitVente au nu:x:n.~ro

    SOCIT CIVILE

    "1JES AMIS dl! SAINT~YVES "f5. rue. Sguier, f5

    PARIS

    MalllfSc1'itS. - Les mallu.'erils doivenl tre adresssd. la Rdaction. Ceux qui ne pourront tre insrs ne~eront pas rendus, moitis d'avis spcial. Un numl'ode la Revue est toujours compos d'avanel' : les manus-crits reus ne peuvent donc passer au plus tt que lemois suivant..

    Pril'e d'adressel' tous les changcs : 15, me Sguier,Paris.

    " . MYSTERIA est, en France, l'organe officiel des

    formations suivantes:ORDRE MARTINISTE, Ulg'us et Loges dans toutes les

    parties du III onde.ORDRE KABR\L1STIQUE DE LA ROSE ~ CROIX, rserY aux

    anciens l\1arLinisles.COLE SUPRIEURE LIBRE DES SCIENCES HERMTIQUES.UNION IDALISTE UNIVERSELLE.RITE ANCIE:'l ET PRIMITIF DE LA FRANC-MAONNERIE (Cha-

    pit.re et Tcmple INRI).RITE NA'I'IONAL ESPAGNOL (Loge symb. Hnmanidad 1.GLlSF: GNOSTIQUE UNIVlmSELLE (sige centra\. Lyon).AOADEMIA SYMBOLICA (Paris).ORlEN'I'AL TEMPLAR OROER (0, 'f, o.) (Londres et. Berlin l.COLE SUPRIEURE LIBRE DRS SCIENCES MOlCALES APPLI-

    QUES (PARIS).

  • 2 3

    PARTIE PHilOSOPHIQUE ET SCIENTIFIQUECette partie est ouverte aux crivains de toutes coles sans

    aucune distlction, et chacun d'eux conserve la responsabilitexclusive de ses ides.

    ha guerre eontre les Socits secrtes

    Aprs la conqute des Moulins vent, la guerrecontre les Socits secrtes tait invitable.

    Ne vous demandez pas ce qu'il faut entendre parce mot Socits secrtes .

    Du moment que, se plaant au-dessus de l'van-gile, la Chevalerie de la Triste-Figure, composedes Beaux, des Vrais, des Seuls, tire l'pe de saintPierre contre elles, le peuple le plus spirituel de laterre n'a pas besoin de savoir o elles commencentet o elles finissp.nt.

    II est d'ailleurs d'une clart blouissante qu'ellesne ressemblent pas tous ces Etats nationaux quise renseignent mutuellement par leurs espions etleurs diplomates; ni aux administrations publi-ques o cependant les initis, c'est--dire lesfonctionnaires que nous payons pour nous cacher cequi s'y passe, sont seuls admis pntrer. Elles neressemblent pas non plus la Magistrature, }'Ar-me, aux Bureaux de poste, ni aux Maisons de

  • 194 MYSTERIA

    banque, de commerce ou d'industrie, dont les tra-vaux, les oprations ou les affaires ne regardent pasles curieux du dehors, Elles ne ressemblent pasdavantage la Police, qui se vante tort d'tresecrte, puisque nous pouvons voir dans la rue tousses agents en uniforme ou en bourgeois; ni auxCollges, ni aux Lyces, ni aux Facults de droit oude mdecine, o l'on n'est reu qu'aprs un examensvre et qu'en payant des redevances qui sont desdroits d'instruction, c'est--dire d'initiation. Elles neressemblent mme pas aux Ordres religieux, dontles couvents ne reclent aucun mystre; ni au Tiers-Ordre Franciscain, lequel cache difficilement son jeu la Maonnerie Universelle qu'il combat; ni l'Or-dre des Jsuites, dont les uvres tnbreuses nesont connues que de ces Messieurs; ni l'Ordre dela Milice dite de Jsus-Christ, dont le rituel et lesmagnifiques costumes militaires ne sont un mystrepour aucun de ses membres; ni encore moins cequ'on appelle par euphmisme la Maonnerie fran-aise, puisque celle-ci est une maison de verre pourses adversaires les plus acharns, et que, d'autrepart, la Prfecture, qui n'a jamais eu rien d'occulte,a de tout temps rchauff des agents secrets dansson sein (1) ,

    Cependant, c'est bien contre la Maonnerie fran-

    (1) Ce secret de polichinelle, qui est celui de l'tat et qui estvieux comme les rues, a t rvl en 1885 dans les Souvenirsd'un Prfet de police du F.', Louis Andrieux,

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 195

    aise, laquelle, dit-on, aboutissent toutes lesSocits dites secrtes du pays, c'est bien contrecette Maonnerie-l, magnifiquement trahie et trom-pe depuis 1877, que nous devons lever le balai desgrands jours. afin de permettre la Chevalerie dela Triste-Figure de redevenir la seule puissancecapable de traire proprement le bon lait de laFrance.

    Il y aurait sans doute une petite distinction faireentre la Maonnerie franaise, laquelle des loupsravissants ont appris ne croire rien, et la Maon-nerie Universelle, qui croit en Dieu et en l'immorta-lit de l'me; mais les Beaux, les Vrais, les Seuls,qui sont des gaillards trs retors, ne veulent faireaucune distinction susceptible de nuire leur cam-pagne, esprant bien que le monde sera assez godichepour les croire sur parole, et assez aveugle pourconfondre avec le Grand-Orient de France les Soci~ts fermes et les Loges de la Maonnerie Primitivequi, trs capables de le remplacer l'occasion, rel-vent uniquement de la Maonnerie Universelle laquelle il n'appartient pas.

    Le malheur est que saint Jean, dans sa premireptre catholique, donne le conseil de se mfier desplus beaux esprits, et que saint Paul engage touthomme de bon sens examiner, contrler, prou-ver toutes choses, l'instar des Juifs de Bre.

    Les Beaux, les Vrais, les Seuls, en seront doncpour leurs frais, car nous allons aider le public examiner, contrler, prouver les calembredaines

  • 196 MYSTERIA

    qu'ils colportent en vue de justifier la croisade ridi-cule qu'ils ont e,ntreprise.

    M. Copin Albancelli, qui est un ex-G.-O. debeaucoup de talent, a publi, il y a cinq ans, unlivre remarquable, dans lequel il s'est attach prouver qu'un Pouvoir occulte se cache derrire leGrand-Orient.

    S'est-il tromp? Evidemment non, car l'existencede ce Pouvoir occulte a t parfaitement avoue parle F.. Dequaire-Grobel, le jour o, en clturant leConvent de septembre 1888, il a dit:

    Il y aderrire vous, ct de vous pour mieux dire,un Pouvoir spontan, sans caractre officiel, non classparmi ceux qu'tudie Montesquieu, qui vous secondeaveC zle et dsintressemetlt, et qui cherche fairemarcher les murs de la mme allure que vous impri-mez aux lois.

    Q1Jelle est donc la nature de ce Pouvoir mystrieux,cr en dehors de la Fdration maonnique fran-aise, et au mpris de sa souverainet et des Cons-titutions du GrandOrient?

    Rien n'est plus facile savoir, puisque toute causepeut tre juge d'aprs ses effets.

    Eh bien, les effets de ce Pouvoir occulte, les voici :Dgradation de la Maonnerie franaise, dans la-quelle on a introduit des. innovations qui, con-traires au but et l'esprit de l'Ordre, ont fait mettre 1

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 197

    le Grand-Orient au ban de la Maonnerie Univer-selle, - tandis que, marchant de la mme allure,la corruption, la licence, l'immoralit, l'gosme,l'apachisme et l'esprit de rvolte se sont rpandusdans le monde profane, sous une pousse que laChevalerie de la Triste-Figure ne devait pas manquerd'attribuer, non au Pouvoir occulte manuvrantdans l'ombre, mais aux dupes de ce mystrieuxpouvoir.

    Celui-ci est donc bien un ennemi de la Franc-Maonnerie; autrement, il n'et pas t ncessaire.

    Ses membres, peu nombreux, sont les malins. lessuggestionneurs; et les membres de la Fdration,si l'on s'en rapporte la Chevalerie de la TristeFigure elle-mme, sont en majorit des gens plusque mdiocres ~, qu'il est facile de suggestionneret auxquels M. Copin-Albancelli, sans piti pour desgens le plus souvent sincres, donne courammentl'pithte d' imbciles et d' aliborons .

    A ces gens plus que mdiocres , devant quides. mains invisibles ont aplani les chemins dusuccs, on a fait escalader toutes les charges del'tat, o on leur a fourni l'occasion de commettretoutes sortes de btises et de folies. Si bien que,maintenant, la Chevalerie de la Triste-Figure, jouantadmirablement la comdie de l'indignation, rejettesur le dos de ces suggestiunns tous les mfaitsdes sugge~tionneurs du Pouvoir occulte, mfaitsque M. Bidegain, exmembre de la Loge Les Hos-pitaliers socialistes (Grande Loge Symbolique

  • 198 MYSTERIA

    cossaise) et ancien protg de l'III.'. F.. Dr Bla-tin, a lui-mme ainsi rsums:

    Le GrandOrient trahit la Franc-Mayonnerie qu'ila compltement dtourne de son but... Il trabit laRpublique et dtermiJ:era sa ruine en la rendantcsarienne, sectaire, perscutrice (1).

    Distinguons.Le Grand-Orient, compos de dupes, c'est le bras

    qui excute; le Pouvoir occulte, lui, c'est la ttequi conoit. Mais le Grand-Orient n'est pas seule-ment le bras qui excute, il est un masque derrirelequel se dissimule le Pouvoir occulte.

    Eh bien, arrachez ce masque, et ce fameux Pou-voir occulte, qui veut singer la Providence, vousapparatra tel qu'il est: ennemi de l'Ordre maon-nique tout entier. Arrachez ce masque, et vouscomprendrez alors pourquoi la Maonnerie Univer-selle considre et traite le Grand-Orient, infod un Pouvoir adversaire illgalement constitu endehors de la Fdration des Loges, comme un corpsa bsolument tranger la Maonnerie (2).

    ,-"

    Les Beaux, les Vrais, les Seuls, muets devant le(1) Le Grand-Orient de France, etc., par J. Bidp.gain (ex-18e),

    1905, p. ~, 5.(2) Par dcision du Conseil de l'Ordre, en date du 9 juillet 186fi,

    est considre conllJ:le association trangre la Maonnerie,toute Socit qui. comme celle du Grand-Orient d'aujourd'hui,lait Cq que voulait faire la Loge. l'Avenir" en 1866. (Voir leBulletin du G.'. O. '., sept. 1866, nU 7.)

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 199

    Pouvoir occulte qui est causa causarum et par con-squent l'unique coupable, reprochent au Grand-Orient, lequel n'a de maonnique que le nom, d'assu-rer sa domination et son recrutement par l'appui qu'ildonne ses adeptes (1).

    Ce reproche est assez juste; mais il est impru-dent, -car c'est celui-l mme qu'on a fait pendantdes sicles d'intolrants sectaires qui, matres dela France, n'accordaient toutes les faveurs qu' leurspartisans, et rservaient la prison, la potence et lebcher ceux qui, ne pensant pas comme eux,avaient l'audace de les rappeler au respect des loisde l'vangile et osaient proclamer partout que lavraie doctrine du Christ tait faite, non de duret,de haine et de cruaut, mais de bont, d'amourfraternel et de misricorde.

    Ouvrez le Plaidoyer de Ripe1't de Monclar dansl'affaire des soi-disant Jsuites, et vous y lirez ceci

    . en bonne place : La socit affecte d'annoncer que par son crdit

    elle rcompensera ses amis. La Nu{{a ne se trompaitpas, lorsqu'ill'accusai( d'en. faire gloire, pour attirer elle les ambitieux. Elle emploie encore quand il lefaut, pour acqurir des partisans, les trsors que soncommerce lui acquiert dans les quatre parties dumonde... Ceux qu'elle a gagns lui servent en ga-gner d'autres, ou par persy,asion, ou par corruption,ou par dipendance des premiers. Ainsi le soin de se

    (1) L'1nitiation maonnique, par Ch. Nicoullaud, prface eM. l'abb Jouin, cur de Saint-Augustin. Paris. i913, page 27.

  • 202 MYSTERIA

    y a un hameon suspendu une ligne. et, au boutde cette ligne, se trouve une main trs reconnais-sable, puisque le Pouvoir occulte, qui rgne dansles tnbres, est aussi antimayonnique que l'tait lapuissance tnbreuse contre laquelle instrumentajadis le Procureur Gnral de Monclar.

    A la vue de cette main aox doigts crochus, le F..Gustave Try, qui connat un peu l'histoire, ne s'estpas tromp sur la vraie nature du dmon dissimulderrire le Grand-Orient: - }isuites et demi 1s'est-il cri en quittant avec fracas la Compagniede la rue Cadet (,).

    Les Beaux. les Vrais, les Seuls voudraient bien,. leur reproche de dmonialit, ajouter que toutFrre Maon, en entrant en Loge, est tenu de d-poser un baiser sur le derrire de Satan; mais ilsn'osent pas pousser la plaisanterie jusque-l, depeur de voir se fcher tout rouge le P. Louis Josef,qui s'est toujours flatt d'avoir accs dans les ate-liers et qui, par consquent, n'aurait jamais pu y p-ntrer sans payer cet infme tribut .

    Laiss0ns cela et raisonnons un peu.Avant (7 '7, les candidats Maons taient tenus,

    en Angleterre, de jurer sur les saints vangiles fid-lit Dieu, la Sainte glise et au Roi - et cecin'avait rien de commun avec le culte paen duPhallus.,

    Aprs 17'7, ils jugrent sur la Bible fidlit

    (1) Voir le Matin, artiele de M. Gustave Try, novembre i904,

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 203

    Dieu et au Roi, et leur symbolisme recouvrit uneclef unique capable de s'adapter aux divers cultesconfessant Dieu et l'immortalit de l'me.

    Ds lors, il n'y eut plus suprmatie d'un cultesur les autres cultes: tous, comme dans l'antiquit,furent relis entre eux par une chane invisibled'initis, et ainsi fut constitue l'Unit, la Religion-Une et vraiment catholique, dans la diversit des re-ligions particulires.

    Or, en France - o des lments romanistes ontemploy sans cesse toutes sortes de moyens pourdnaturer et faire mconnatre cette Maonnerie-l,qui est la vraie - en France, disons-nous, les an-ciennes Constitutions ont t violes depuis 1877, etle candidat-Maon ne jure plus que sur un pvresans intrt fidlit ce qu'on lui dit tre et ce qu'ilcroit tre la Maonnerie. Et comme le pseudo-Ma-on franais n'assiste aucun cours sur le Symbo-lisme, comme il ignore absolument la significationdes emblmes qui dcorent les Loges, les Chevaliersde la Triste-Figure, rpondant au dsir secret duPouvoir occulte et antimaonnique clips par leGrand-Orient, rivalisent d'entrain pour donner cesemblmes, sans avoir craindre le moindre d-menti, toutes les interpretations fantaisistes et ordu-rires qui leur passent par la tte.

    N'ont-ils pas t, ces gros malins, jusqu' ap-prendre tous les nes et tous les alibo-rons que la Tour Eiffel, malgr sa forme de clo-cher de cathdrale, tait le symbole du dieu Priape!

  • 204 MYSTERIA

    Mettons part la Maonnerie Universelle qui, de-meuree fidle ses anciennes Constitutions et n'ad-mettant la suprmatie d'aucun culte sur les autres.cultes, est, pour cette raison mme, frappee d'ana-thme par une puissance qui veut dominer le monde.Cette Maonnerie-l, dont la morale est identique celle de n'importe quelle religion, est au-dessus detoutes les attaques et n'a rien de commun avec la-confrrie laquelle le Pouvoir occulte qui gouverneen secret le Grand-Orient a fait enseigner et adoptertoutes choses contraires aux traditions, l'esprit etau but de l'Ordre.

    Ne nous occupons que de ce qui se passe cheznous, o l'on continue malgr tout appeler laFrance fille ane de l'glise , - de cette gliseparticulire dont il n'a plus t question en Maon-nerie partir de 172.3.

    La vrit est la loi du Ciel, dit le Tcboung- Young,.ne cachez point la vrit quand vous la connaissez,dit le Koran,. il ne faut pas mettre la lumire sousle boisseau, a dit le Christ.

    On n'est l'ennemi de personne quandon dit la v-rit.

    Mettons les choses au point...

    Q!le le Grand-Orient soit un corps tranger laMaonnerie, c'est un fait d'autant plus certain qu'ilse l'est annonc lui-mme en 1866 (1).

    (1) Voir la dcision du Conseil de l'Ordre, en date du 9 juil-let 1866 (Bulletin du (hand-Orient, sept. 1866, no 7).

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 205

    Q!.Je les membres de la Fdration franaise aientt et soient encore les dupes d'un pouvoir illgalfonctionnant l'ombre du Grand-Orient, c'est unfait galement certain et qui ne saurait tre contestpar M. Copin-Albancelli lui-mme.

    Q!.Je ce pouvoir illgal soit antimaonnique, tecin'a plus besoin d'tre dmontr, puisque tous lesactes qu'il a pouss le Grand-Orient commettre,n'ont eu pour but que d'avilir celui-ci aux yeux dela France et de le faire mpriser par la MaonnerieUniverselle.

    Eh bien, y a-t-il dpravation des murs chez les,dupes que ce Pouvoir occulte a faites et qu'il faitencore, chez les dupes que la Chevalerie de la>Triste-Figure ne se lasse pas de traiter de gens,plus que mdiocres et d' imbciles ?

    Nous n'en croyons rien. Et si nous n'en croyons.rien, c'est parce que nous n'avons pas encore vu, ausujet de leurs murs, un seul Concile se rassemblerpour les juger.

    En revanche, depuis l'an 34', jusqu'en l'an 1545,on ne compte pas moins de trente-quatre Conciles.ayant eu s'occuper de la dpravation et de l'incon-tinence du clerg ou des moines.

    On nous dira que c'est l de l'histoire ancienne ..D'accord, mais pas si ancienne cependant que cellesur laquelle on table pour condamner en cinq secsles dupes du Pouvoir occulte antimaonnique, et,..par la mme occasion, les membres des Socitsdites secrtes n'ayant aucun rapport direct ou indi-rect avec le Grand~Orient qu'il gouverne.

  • 206 MYSTERIA

    On nous dira de mme que la multiplicit desConciles touchant cette matire prouve que les auto-rits ecclsiastiques ont toujours t pour des murspures. Nous n'en doutons pas; mais cela prouve-aussi, d'une faon trs nette, que ce n'est pas uni-quement la suite des Socits dites secrtes qu'onrencontre la dpravation des murs.

    Ici, nous n'insinuons rien contre telle ou telle ins-titution religieuse; nous disons tout bonnement queles vices sont commur.lS tous les tres humains,sans distinction de culte, et que la dpravation quien dcoule est un effet de l'ignorance et de l'oublides rgles tablies pour la combattre.

    Les cultes interdisent prcisment leurs fidlesd'avoir des murs impures, et la Maonnerie exigede ses membres de bonnes murs.

    S'il y a des taches au soleil, celui-ci n'en reste pasmoins un foyer de lumire. S'i! y a de mauvais Chr-tiens, la morale du Christianisme n'en est pas causeet reste la mme; s'il y a de mauvais Maons, lamorale de la Maonnerie ne change pas et ne peutpas en tre rendue responsable.

    En ce qui concerne la France, s'il y avait immo-ralit constate chez les adeptes du Grand-Orient, ilsn'en seraient mme pas responsables, attendu quel'unique coupable serait, une fois de plus, le granddresseur de piges, autrement dit le Pouvoir anti-maonnique occulte auquel ils sont sOlimis sans lesavoir et qui a tout fait pour les corrompre, en mme

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 207.

    temps qu'il les plaait dans le cas d'tre mis aubn de la Maonnerie Universelle.

    .. .

    Dans le Paradis Terrestr~, les Beaux, les Vrais,les Seuls, n'auraient pas eu besoin de manger dufruit dfendu.

    Comme les anciens casuistes, ils sont ns pareils des dieux, avec la science infuse du Bien et du Mal.

    Aussi cela leur permet-il de se poser en arbitresdu salut ou de la damnation des tres humains, etde les juger sans crainte d'tre jugs leur tour (1).

    Quelques passages de Dulaure sur le culte duphallus chez les anciens suffisent ces Messieurspour condamner les Initiations de l'antiquit et, parcontre-coup, les Initiations modernes (2).

    Mais la Chevalerie de la Triste-Figure a beau sedonner des airs de Saint- Office, elle oublie une choseimportante: c'est ce passage d'une recommandationque le pape Benot XIV adressa un jour aux jugesde ce fameux tribunal:

    ... On ne peut porter un jugement quitable surle vritable sens d'un auteur, moins qu'on ne liseentirement l'ouvrage,. qu'on ne compare entre ellesles choses qui sont places en diJJrents endroits,.

    "(il Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugs. J(Matt., VII, 1.)

    (!) Voir l'Initiation maonnique, par Ch. Nicoullaud. Prfacede M. J'abb Jouin, cur de Saint-.Augustin. Paris, 191a.

  • 208 lIIYSTERIA

    que, de ptus) on ne se soit appliqu saisir le desseingnral de l'auteur et le but quO il se propose,. car on nedoit pas juger d'un icrivain sur une ou__deux proposi-tions tirees de l'ensemble de son ouvrage, ou consi-dres et examines sparment des autres que le livrerenferme (1).

    La Chevalerie de la Triste-Figure a-t-elle suivi cessages recommandations? Pas du tout. A-t-elle vudans Dulaure la condamnation des Initiations an-dennes ou modernes? Pas davantage. Elle se con-tente de ramasser de-ci de-l ce qui convient sathse accusatrice et. .. bas les Initiations 1 bas lesSocits secrtes! bas la Franc-Maonnerie !

    Ce n'est peut.tre pas trs chrtien, dans le sensde Benot XIV; mais c'est trs commode.

    Cependant, il y a dans Dulaure des choses aux-quelles on doit prter attention, surtout quand onprtend toujours obir aux conseils tombs de labouche d'un pape.

    Par exemple, qu'est.ce que saint Foutin? qu'est-ce que saint Ren? qu'est-ce que saint Guerlichon?qu'est-ce que saint Guignol?

    Ces saints-l, dont parle Dulaure, n'appartiennentpas, selon toute apparence, aux anciennes Socitssecrtes du paganisme, ni celles contre lesquellesles Beaux, les Vrais, les Seuls s'lvent aujourd'huiavec tant d'horreur? Car ils ont bel et bien t ex-poss dans des glises romaines, o on leur attri-

    }(1) Bened. ,XIV, Const. da\. 7 id. Jul. an. 1753, 118, t. IV,

    Bull., p. 124.

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCITS SECRTES 209

    buait la vertu de rendre fcondes les femmes striles,et o on leur offrait de petits objets de cire rappe-lant fort proprement les jolis simulacres que lesPaens offraient jadis au dieu Priape.

    A Embrun, en 158" n'a-t-on pas retrouv parmiles reliques de la principale glise le phallus desaint Foutin (1) ))?

    Les dvotes de cette ville, rapporte Dulaure, fai-saient des libations cette idole obscne. Elles ver-saient du vin sur l'extrmit du Phallus, qui en taitrougi. Ce vin, reu dans un 'vase, s'y aigrissait: onle nommait le saint Vinaigre, et ls femmes l'em-ployaient un usage assez trange que je laisse de-viner (2).

    Ce n'est pas Embrun seulement qu'on tombaiten pmoison devant le phallus de saint Foutin : Du-laure fait connaitre tous les lieux saints o il taitexpos et o les filles allaient dposer leur robede virginit .

    Dans d'autres endroits, saint Foutin faisait place saint Guerlichon, saint Ren, saint Regna.ud. saint Gilles ou saint Guignol. Les femmes ~triles imploraient la vertu prolifique de ces grandssaints et leur consacraient des neuvaines durant les-quelles elles absorbaient un breuvage miraculeuxcompos d'eau et de rclures faites sur une certainepartie aussi en vidence que certains organes dudieu Priape (.3).

    (1) Dulaure, p. 24{)-241.(2) Dulaure, p. 240.(S) Dulaure, p. 24.

    2

  • 210 MYSTERIA

    Au sujet de saint Ren, Henri Etienne, cit parDulaure, n'ose dcrire les crmonies que les ferrimespratiquaient pour se rendre ce saint favorable: j'aurais honte de l'crire, dit-il, aussi les lecteursaur.aient honte de le lire (1).

    Saint-Arnaud tait plus formaliste: Un tabliermystrieux voilait ordinairement le symbole de la f-condit et ne se levait qu'enfav'eur des dvotes striles;l'inspection des objets, mis dcouvert, suffisait avecde la foi, pour oprer des miracles (2).

    Chez saint Guignol, Je signe phallique consistaitdans une longue cheville de bois, dont l'extrmittait rcle dvotement, afin de permettre,' par unmlange d'eau Pot de rclures, de composer un puis-sant antidote la strilit, etc... , etc.. ., etc... (3).

    Nous ne rappelons pas ces choses exposes dansDulaure pour les convertir en griefs, afin d'accuserde dpravation le Romanisme d'aujourd'hui, ni mmecelui d'autrefois: nous montrons simplement qu'ily a de la folie partout et qu'il suffit, pour se con-vaincre de ce fait en tudiant Dulaure, de suivre avecrespect les recommandations de Benot XIV.

    *'

    La Chevalerie de la Triste-Figure s'est. dit: Ca-chons ces saints que nous ne saurions voir.

    (1) Dulaure. p.246.(2) Dulaure, p. 246.(8) Dulaure, p. 241

  • LA GUEI\RE CONTRE LES SOCITS SECRTES 21t

    Et elle n'en parle pas, parce qu'elle compte bienque personne n'pluchera le livre des divinits g-nratrices qui, en effet, est presque introuvable.

    Aussi s'en donne-t-elle cur-joie.Pour elle, les symboles maonniques - qu'on

    n'tudie plus depuis longtemps au Grand-Orient -se rsument tous dans le iod, et le iod, d'aprs elle.c'est le phallus du Paganisme.

    A des gens qui ne connaissent pas la significationdes caractres hbraques, on peut faire croire toutce qu'on veut au sujet du iod: personne n'obser-vera que cette lettre n'est pas uniquement un sym-bole maonnique, puisqu'elle figure aussi dans lessynagogues et sur les vitraux des glises et des ca-thdrales.

    Mais, s'il tait vrai que les adeptes du Grand-Orient,instruits par des savants la Rosen et .la La Taxi!,eussent pris cette lettre pour l'emblme du phallus.qu'est-ce que cela pourrait prouver contre eux?N'ayant fait aucun vu de chastet, sont-ils tenusd'tre chastes? Tromps, sont-ils pour cela dpra-vs? S'ils sont dpravs, le sont-ils dans leur alcveou en public? S'ils le sont dans leur alcve, com-ment la Chevalerie de la Triste-Figure peut-elle lesavoir et quelle puissance divine ou humaine l'auto-rise fourrer le nez dans la vie prive des indivi-dus? S'ils le sont en public, c'est une autre affaire:il y a des lois civiles qui ne regardent que ceux quiont charge de les appliquer.

    Dans tous les cas, il faut prouver ce qu'on avance.,

  • 2i2 MYSTERIA

    et le prouver autrement qu'en appelant en tmoi-gnage les Chassaing de l'antiquit. Et si jamais onarrive prouver que les ade~tes du Grand-Orientadorent le phallus, on aura tout btement prouvque, grce des enseignements antimaonniques,ils ont continu l'imbcile tradition des adorateursdu phallus ... de saint - Foutin ou de saint Guerli-chon, et qu'ils mritent leur tour d'tre traitscomme des dments.

    Mais nous n'en sommes pas l, n'en dplaise audmon du Pouvoir occulte, qui voudrait bien y-tre.

    Q1I'on essaye d'indgner le monde profane contrele iod des Francs-Maons, cela ne fait pas l'ombred'un doute; mais pourquoi ce iod se trouve-t-i1 surles vitraux des glises romaines?

    Est-ce que, par hasard, il y symboliserait la che-ville de saint Guignol ?

    . ..,

    Dulaure a galement cit des choses charmantesqui tendraient faire voir que le iod des Hbreux ajtfort mal interprt par beaucoup d'hommes rputs.sages et pieux.

    Par exemple, il nous a rappel ce passage d'unTrait de l'vque Thierri de Niem. secrtaire deplusieurs papes, entre autres d'Urbain VI et deJean XXIII : .

    Lorsque les vques 'Vont deux fois t'an faire des.'Visites cbe{ les prtres subalternes. che{ les curs, il"

  • LA GUERRE CONTRE LES SOCItTS SECRTES 2t3

    amnent avec eux leurs matresses, qui ne leur per-mettent point de faire ces voyages sans elles, parcequ'elles sont reues magnifiquement par les curs etpar leurs concubines, qu'elle~ enre~oivent des prsents,et parce qu'elles craignent que leur vque, trouvantles concubines des prtres visits plus belles qu'elles,en devienne amoureux (1). ,.

    Parlant des couvents de femmes et de ce qui s'ypassait, le mme vque disait:

    Si les personnes sculires se rendaient cOllpablesdes forfaits que commettent les religieuses, elles seraient

    \ condamnes, suivant les lois, aux derniers des sup-plices (2).

    C'est probablement cause de ces turpitudes degens ayant fait le vu de cha stet, que le papePie II dit un jour : Si 1'011 a eu de bonnes raisonspour dfendre le mariage aux prtres, il en est demeilleures pour le leur permettre (3).

    *

    On nous objectera que Dulaure tait Franc-Maonet que, croyable quand il parle du 'phallus desanciens, il ne peut plus l'tre quand il parle de lacheville de saint Guignol ou du phallus de saintFoutin. .

    Soit ! Il a t l'un des fondateurs de la Loge Osi-(i) Nen~"" Unionil, cap. 35, p. 377. - Dulaure, p.3.0.(2) Nemul Unionis, cap. 34, p. 37. - Dulaure, p. S13.(3) Plat. in vila Pii Il.

  • 2t4 MYSTERIA

    ris Svres, il a t membre de la Loge des Cheva-liers de la Croix et a mme appartenu l'Ordre duTemple,. mais il n'a rien rapport qu'il n'ait vrifi,et nous ajoutons que nous avons scrupuleusementcontrl tout ce qu'il a crit,

    Cependant, soyons bon prince: laissons de ctce Franc-Maon-l.

    Il est d'autres tmoignages qu'on ne rcusera paset que nous allons examiner de prs; car il faut enfinir une bonne fois avec cette terrible Chevalerie dela Triste-Figure qui, partie en guerre coptre lesSocits dites secrtes, s'imagine qu'en l'ur attri-buant les folies des adeptes de saint Guerlichon, ellene rencontrera personne capable de renverser lesrles et de remettre les gens et les choses leurplace.

    (A suivre.) TEDER.

  • lPes

    l}'(juglivevtr,

    qUe 1

    La Table Isiaque

    La Table Isiaque est un des documents les plusintressants de l'Antique gypte.

    C'est un commentaire du Zodiaque dans ses rap-ports avec l'enseignement sotrique.

    Nous signalerons nos lecteurs la prsence dansla bordure de la gravure de Sphinx ails, qui sontassez rares dans l'iconographie gyptienne.

    Lenoir a consacr une brochure l'analyse dtail-le de ce triomphe d'Isis. et Dupuis en parle aussidans son ouvrage.

    Nos lecteurs, amateurs d'sotrisme. trouverontdu reste de prcieux enseignements dans cetteplanche.

    A l'occasion, nous republierons des documentsrares ou introuvables du mme genre.

    La Direction.

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS 219

    restituant au Fminin son sens occulte qui corres-pond au clair quilibre d'En-Haut que rien ne sau-rait dranger, et qui donne, ct de l'indpendancede la femme, la note de l'Esprit du Fminin.

    Certes vous reconnatrez, Messieurs et Mesdames,qu'il est difficile d'tablir une mthode plus univer-selle, plus logique, que celle qui drive de la loi deson principe mme, que celle qui renferme uneorientation provenant de sa substance propre, quecelle qui fait observer que si l'Esprit du Fminin ason principe, il a aussi sa mission intime qui est leple de sa vertu fourni par son principe astral lui-mme, parce que l'esprit des sexes est aussi diffrent que celui des races.

    Songez cette mthode, elle est la seule qui pr-sente la question sous son vritable point de vue.Pourquoi? Parce qu'elle est l'unique qui vengerellement la femme des attaques d'infriorit de sanature, des ombres de mpris mconnaissant lessillons de la Sagesse de la Rvlation premire deJ'antique tradition dpositaire des principes ns dela polarisation de l'Absolu.

    Parce qu'elle est l'unique qui tablit que la recon-naissance des deux facteurs de l'Humanit, fac-teurs gaux, ne tient pas seulement son autorit dela justice humaine. Elle vient de plus haut; elles'tablit dans sa souveraine indpendance de l'Ab-solu, dcouvrant la nature astrale qui fait clore lefminin et que les dix sphiroths c~bbalistiquescorrespondant aux dix principes pythagoriciens

  • 220 KYSTll:RIA

    portant la connaissance universelle, montre dans laTrinit de l'Unique suprme.

    Vous le voyez, elle est, cette mthode, dans laconstitution de la divinit mme entrant en actionsous l'impulsion sacre des profondeurs, par uneprocession secrte et voile - dit Bossuet - quel'Eternit rpand comme un voile sans fin.

    Confrence de Mm. de Bzobrazow(20 partie) 21 juin 1918

    Dans une ville qui semblait faite tout entiLleavec les spirales, les sculptures, les normits sym-boliques de son temple bizarrement entour d'allestantt spacieuses, tantt ne prsentant plus que dessouterrains semblables des tombeaux, ces lieuxmarquant diffrentes tapes de l'initiation, dansSas o, chose unique, les grands mystres, ceuxd'Isis (les petits mystres taient ceux d'Osiris) seclbraient au bord d'un lac offrant sa surfaceliquide et vivante aux frmissements extatiquesdes multitudes, on lisait cette inscription grave aupied de la grande desse: Je suis tout ce qUI est,tout ce qui a t, tout ce qui sera; nul humain n'ajamais soulev mon voile. Lue la lumire initia-tique, cette inscription acquiert une grandeur nou-velle travers l'ide de l'Univers. Songeons-y, eneffet: la premire manifestation de la divinit ayantchou la nuit des phnomnes en tumulte, au

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS 2t1

    sommet de la deuxime cration ne peut plus s'as-seoir que l'Isis voile; c'est l'me du monde sup-plicie sur la trame de l'Univers de la douzime lettredu Tarot correspondant l'crasement de l'hommeuniversel, l'crasement des pouvoirs spirituels parl'autorit des ncessits cosmiques. C'est--dire ladisparition de l'humanit solaire dans les tourbillonsdes atmes stellaires croisant d'autres irradiations.appelant leur me motrice vers d'autres dparts oud'autres arrives.

    Mais combattre l'autorit du mal par les pouvoirs.du bien, c'est la grande urgence du plan providentiel,ce qui ncessite et amne la deuxime manifestationde la divinit. Comment? Par la doctrine secrte,Car il faut que la Sagesse parle; et elle parlera malgrsa doctrine intrieure fminine presque entirementsubmerge par la nuit. Elle parlera parce que c'est.la transgression de sa Loi qui a livr les humains une stupide ignorance: la Loi masculine voluant.dans un sens diffrent avec le sens cosmogniqm~.Elle parlera. parce qu'elle est une naufrage insub-mersible. Vous le voyez, rien n'est fini, la lumiren'est pas teinte, rien ne s'en est all, mais tout.s'est mtamorphos par la 'Voie des spculations oc-cultes.

    Et les premiers rois-pontifes, travers les millearceaux d'ombres des sanctuaires montrant au peuplede la grande desse leurs casques hrisss de taureaux.el de serpents d'airain lui offrant le spectacle du drame-sacr sous la forme du symbole, racontant de per-

  • 222 MYSTERf

    ptuels sacrifices de Dieu la vie des mondes, et dela vie des mondes l'amour de Dieu. Nul fait,parmi ceux du drame isiaque des bienfaits d'Isis etd'Osiris, du double attentat de Typhon et de la ven-geance d'Horus; nul acte de ces grands mystresde l'l.nitiation gyptienne dont les principales ftesavaient des rapports astrologiques interpntrant lesdestines mystrieuses qui travaillent pour lesdieux, nul pisode enfin de ce drame isiaque sidigne de nos rflexions, n'est plus caractristiqueque le festin de Typhon: C'est l'occasion de la perted'Osiris; c'est--dire du mouvement de bas en hautsuccdant au mouvement de haut en bas. Car, dansson ensemble, remarquez ceci : le cycle isiaquereprsente la chute de l'esprit dans la matire, et ladmatrialisation de la matire par l'ascension del'esprit.

    Si, de ce festin immodr, Isis est absente, a 10,la reine des rgions brlantes o marchent lesmonstres dans les souffles des dserts, dans cecombat du ciel et de la terre, dans cette intersectionde la destine que l'arcane du Tarot, correspondant la lettre Vau , symbolise par deux femmes,l'une droite - c'est l'intelligence - l'autre, place gauche - c'est l'ternelle instigatrice des bas ins-tiets ; Azo, la concubine de Typhon, se dresse:confrontation' mystrieuse de deux enchanements,la passion, la corruption, mettant sur les convivesde l'homme funbre, le livide lever de la fatalit, dela chimre spectrale s'abattant sur l'humanit, chose

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS 223

    trangement terrible, on apporte un coffre d'uneprodigieuse beaut. Ce-Typhon est redoutable, cequi ne l'empche pas d'tre habile.

    Mon frre, - dit Typhon Osiris, qui, troublpar l'intemprance, se sent agit de convoitise pource coffret cr par un gnie' de luxe - mon frre, .mon cher frre, entrez dans ce coffre, ce chef-d' uvre raffin. exquis, dlicat, est vous, s'il setrouve tre de votre taille. - Ce coffre est lamesure, prise d'avance, du corps d"Osiris; l'astuce atout prpar si les vices le complotent. Et, dans satentation d'garement, mettant dans ses veines le feudu dsir, Osiris, dposant sa grandeur inutile, quigne les uns et indigne les autres, glisse dans lecoffret comme un rayon ple.

    Il est l'esprit sous la vote de chair; il est l'me ct de la dchance, s'y accouplant; il est lepoint d.'interrogation des volupts tragiques. Pour-quoi? Parce que le pige des passions conseille leurccit. Qu'importe vraiment au monde maternel lacause intelligente? Aussi, voyez les intincts effre-ns se dchaner sur le plan physique, sur ce sablemouvant de l'volution plantaire, car les conjurssont ici. ne l'oubliez pas; les lments infrieurs secoalisent entre eux pour mrer la conscience; c'estainsi que les membres du Dieu sont clous la fa-rouche merveille dont s'emparent les vastes ondesdu fleuve tournoyant et tumultueux.

    O va le noir cerceuil ? L o vont les mille cou-rants contraires, les mille pieds de l'homme qui,

  • KYSTERIA

    mort la vraie vie, ne trouve jamais le point d'ar-rt, et, flottant toujours, tombe toujours plus basdans le puits circulaire de la vie infrieure.

    Mais si - comme dit le Ramayana - la riviresainte ne plongeait pas jusqu'au fond des Enfers, largnration des mes ne s'achverait pas par lapurification de ses ondes. C'est pourquoi, traversJ'paisseur des destines rfractaires, rompant l'qui-libre sous le poids redoutable du mal, l'me captivedu monde, dans le vertige universel s'emparant del'humanit physique peine dgage des formesanimales, palpite et cherche sa jonction avec ledivin profane. De l, la course perdue d'Isis quierre dans l'largissement sans bornes de son deuilavide de revoir son poux, sans que personne nelui donne des nouvelles de son cher Osiris, saufdeux enfants condensant en un seul tableau la Can-deur et l'Innocence qui ont un regard sur l'Invi-sible.

    Sans nul doute, l'humanit n'a pas vu en vainl'Ocan des passions. C'est pourquoi la r-apparitiond'Osiris ne ramne pas le surhumain dissous dansles profondeurs. C'en est fait; l'humanit ne vivraplus dans la prire diffuse de son tre dilat; l'hu-manit matrielle a fait de l'humanit spirituelle uneaccuse.

    Comment ces traits ne pas reconnatre la tran-sition de l're fminine de l'Atlantide, l're agran-dissant la revanche du Masculin? C'est la transgres-sion de la Loi, qui a fait la stupide ignorance des

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS 2Z5

    hommes. Car, ne l'oubliez pas, le mythe d'Isisc'est une humanit, et commence l'autre.

    La loi masculine voluant dans un sens contraireavec le sens cosmogonique.

    Interrog sur ce qu'il fallait faire pour entrer dansla vie spirituelle, le Mage vers dans la juridictionnaturelle des sciences occultes qui rgle l'influencedes astres, l'Initi veillant l'Isis voile comme unejalouse sentinelle la gardant de tout affront, rpon-dait l'adepte qui cherchait, sous l'ombre tombantde ses voiles le regard de la grande desse, traantles cercles de l'Infini : Se vaincre soi-mme, sebriser soi-mme et, en vainquant le moi infrieur,.se dlivrer de l'empire dS passions. - Et l'Initi,comme piant dans le Cosmos la vision chappantaux organes de chair, ajoutait: La libration dudedans par l'unit de penses, par la saintet desentiment qui fait la volont sainte, c'est toutel'Initiation.

    En effet, ceci est la pierre angulaire de tout difice :Des souffrances conscientes, des preuves librementconsenties de ['initiation personnelle, car la vraieinitiation est toujours personnelle. Accepter? Dansquel but? Da.ns celui prcisment de reconstituer lapremire cration de l'me cre en union avec l'mecratrice; de la pntrer du rayon inconn u idal vi-vant, d'un ideal qui existe, guide mystrieux illu-minant le berceau du premier matin de l'Humanit.

    s

  • 226 MYSTERIA

    Par quels moyens? Par celui d'une srie d'tatspsychiques accumulatrice du fluide de l'nergieparse dans l'tre. Car la nature purifie reoit l'in-flux du fluide, et le fluide runi en faisceau (forcepsychique) reoit l'influx de l'Esprit, selon l'largis-sement des facults psychiques accordant les fluidesdes humains au diapason droulant la vie impon-drable.

    Oui, la science des fluides que balbutie le savantmoderne, tait la science mme de l'Initi; elle luiservait comme la boussole sert au pilote, en indi-quant quelque commencement des choses infiniesdont on n'apprend connatre les vertus qu'en lespratiquant. Voil pourquoi, plong dans un som-meil lthargique, par l'Hirophante, - et, danstout hirophante, il y avait toujours un Mage l'tatlatent - le disciple passait trois jours et trois nuitsdans un troit sarc.ophage d'o il sortait le deuxfois n c'est--dire celui qui a pass du plan spi-rituel au plan matriel, celui qui a le pouvoir demettre l'homme sur le pidestal de l'esprit, celuiqui a le pouvoir de refondre l'humanit hylique aumoule psychique. Comment?

    Par les facults latentes de la nature matrielledans la nature immatrielle, base de la nature sa-cre, de la nature vivante, se developpant sans finsur les registres de l'ternel devenir. Voil pour-quoi la dominante la plus pntre d'actualit, laplus empreinte du gnie de la Tradition, le plustonnant effort, le plus grand vnement enfin des

  • OU VA LA BARQUE D'ISIS 227

    prqgrs moraux de la libert religieuse moderne,c'est le retour de l'Initiation, c'est le renouveaudes sciences occultes attestant la rsurrection del'antique tradition sur laquelle, nagure encore, pla-Dait le silence des bouches contestantes de l'igno-rance qui, en perdant le sens contenant la doctrinesecrte, n'a plus compris le type continuant lesmystres de l'humanit hyperphysique sortant del'humain.

    Eh bien, ces tres, projetant le profit de la mmelumire, tantt sur l'homme, jusqu' t'illimit,tantt sur b terre jusqu' l'abme, ces tres, organesvisuels sortis de l'humanit, le thaumaturge, levoyant, le mage, le ,prophte, ayant la fonctionmystrieuse de mettre en harmonie les univers, etde ne pas exister, d'tre les volontaires ncessaires,mais dtels, du char de l'histoire manifeste son t-ils au-dessus de la nature ?

    Non! Non! Non 1 Ils sont simplemnt ceux qui,par la magie naturelle et bienfaisante d'e la parole,l'autorit intrieure qui seule est sans appel, soula-geant les maux mOI'aux de l'humanit, distinguantdans les crpuscules humains une mesure diffrenteaux intrts purement terrestres, distinguent aussi,dans les faits cosmiq ues, assez de la vie astrale etassez de la vie concrte, pour saisir ces deux boutsde la vie universelle, et y ramener leur me.

    Ici, il importe d'insister. Oui, la nature naturantede l'homme est libre et peut aller certain principede l'astral et obliger la rparation de la lumire de

  • ~28 MYSTERIA

    jaillir de telle sorte de l'obscurit que l'homme hu-main continue l'homme divin.

    Ne nous tonnons dore pas de la clairvoyancedes esprits plongeant dans les ondes astrales de l~la vie universelle qui sont sans bords.

    En vrit, qu'est-ce que les Orphe, les Zo-roastre, les Appolonius de Cyane, les Pythagore,les Cornlius Agrippa? Q!I'est-ce que la fortemditation des Saints, successeurs des dieux, detous ces colosses de la solitude, de tous ces grandsesprits coutumirement ravis hors de leur chair?sinon la vie sidrale d'une sublimation morale, qui,par une profonde prise de la vie psychique, obligla sublimation matrielle de remonter, de degrs endegrs, par l'volution, les tapes suspendues parl'involution entre l'me du monde et l'me humainese mlant au prodige de son inspiration- harmo-nique. Telle est la fin de tout.

    Et, certes, rie:l, rien de plus rel que cette prodi-gieuse transmission de la parole sacre comprime,si mancipe comme pense que ces nombres, cessignes, ces symboles, ces prceptes. ces autels,ces crmonies, ces pratiques, qui sont comme unesorte de langue universelle, comme le commence-ment de la conciliation pour les ides amenant laconciliation pour les hommes dans la mme bibleuniverselle en laquelle tournaient les mmes pro-fondeurs terribles laissant entrevoir au del de lalettre, la mme pntration de l'Esprit, adorant cegrand ciel des mes qui embrasse la mme origine

  • OU VA LA BARQUE D'ISIS 229

    primordiale, tmoignant de l'Unit originelle des reli-gions, des langues et des races se mouvant desdistances ingales dans un orbite dmesur.

    Eh bien, si, dans le cours d'une confrence surle cycle isiaque, je fais prvaloir l'autorit imposantr,l'minent tmoignage de l'irradiation essentielle desrapports qui existent entre toutes les religions ettous les mystres; si je tente l'effort de renvoyer ses origines la lumire diversement rflchie travers le prisme de tous les cultes d'un si vasteensemble que Dieu seul a pu fonder, c'est que,depuis le commencement des temps, toutes lesreligions, tous les mystres, nous parlent de l'inex-primable angoisse d'une libration enchane, tra-versant l'me souple des Vdas, comme l'inflexiblerigueur des vingt-deux lettres de la Kabbale, con-tinuant le livre infini de la cration. Oui, d'unelibration ayant au fond de sa conscience le soul-vement d'ides d'une nouvelIe humanit par l'espritdu fminisme attestant son principe.

    Sans doute, plus vous approfondirez les mystres,les symboles, rappelant que l'inspiration initia-tique rendait ses oracles au nom des divinits fmi-nines, par les prtresses, ces instruments de l'meuniverselIe que les Grecs appelaient sybilles et py-thonisses, et les Romains vestales, plus vous rfl-chirez sur cette multitude de faits, concordants,racontant les arcanes des mystres d'Isis, j'Eleusis,de Samothrace, reprsentant le principe fminin,plus vous en tirerez la conviction qu'ils doivent

  • 230 MYSTERIA

    rpandre darls tout esprit attentif du profond secretd'une prophtie qui interpntre toutes les proph-ties comme un bruit d'ailes dans des ruchers pleinsde miel.

    Qu'est-ce que cette prophtie? Celle qui, depuis'Add?l-Nara, la desse indoue, Miriam, la Viergecleste place dans le Zodiaque au-dessus de ]hesu,son fils, personnification des quatre symboles sefondant dans Je sphinx mystrieux, frissonnantdans le souffle inspirateur de la barque d'Isis, enpassant par la colombe de l'arche, la colombe assy-rienne, lonienne, et la colombe mystique planantdans l'air jusqu' la vision de l'Apoc(llypse, dela femme dominant la rudesse impure, la phaselunaire, et crasant la tte du serpent, pandant sesondes de sicle en sicle des versants de la mmetradition intrieure.

    Le modle au mme fait de lumire de la mmethologie secrte et voile est celle qui rappelal'humanit au principe universel de sa purificationpar le fminin rgnr, vainquant l'obstacle de lamatrialit par l'panouissement intrieur de la spi-ritualit. Celle qui veut enfin que la femme -qui aau talon la poussire de la chute, tire d'elle-mme,tire de son propre principe, l'largissement d'aurorequi revtira l'humanit de sa dignit spirituelle.Rappelez-vous du geste d'Hraclite dposant S0n1ivre du Feu-Principe sur l'autel de Diane.

    Q!Je voyez-vous dans ce!a? L'interprtation de lamme parole qui nous fait comprendre la significa-

  • OU VA LA BARQUE D'ISIS

    tion de cette expression albigeoise ou gnostique : ,Notre-Dame le Saint-Esprit .

    Mais comprendre ne suffit pas; il faut rpandre,comprendre ... et rpandre ne suffit plus, il fautraliser. Comment? En travaillant la concordancede l'antique rvlation et de l'Initiation moderne,par le fmi lin spirituel et psychique, parce que letriomphe de l'un fera la conscration de l'autre.

    Si ma voix est trop faible pour faire prvaloir desi grandes vrits, il m'est permis de croire quel'esprit des temps n'y est pas contraire. Oui, toutrevient!

    C'est ainsi que, frapp par la rflexion d~s rap-ports qui existent entre le cycle isiaque et la Rno-vation fministe-spiritualiste moderne, je ne crainspas de vous montrer sur le sonmre chaos de la mers.ociale, o tout est indistinct, la barque d'Isispresque imperceptible force de submersion dansla nuit du pass. Elle semble une vision; tout cequ'elle porte la soif des intelligences semble vieilli;mais elle conserve la filiation d'un rayon, la pro-messe d'une prophtie indubitable; elle a une orien-tation: la traditjon; u ne boussole: la science; unpilote: la Foi.

    Et, certes, c~ n'est pas la pense borne deshommes qui a choisi la femme pour sa mission pro-videntielle, qui est de tout tablir, de tout prparer,pour le rgne de l'Esprit Dans l'nigme flot noirpandue, on sent la main d:un premier occulte travers la tradition universelle indiquer la vision du

  • 232 MYSTERIA

    rgne de l'Esprit au sein de l'Humanit par la parti-cipation du principe fminin.

    Place la Pense antrieure, au glaive! l'Hevas. la Matriarche incarne , comme s'crie Saint-Yves,sacrifie aux misres de la ccit humaine, J'toileinterpntrant de ses rayons le berceau de l'antiqueLutce, conservant, comme vous le savez, la filiationdu cycle isiaque, travers'oll1t les mystres de Crset des Druides.

    Quoi de plus splendide et quelle mditation pour-rait plus dignt>ment occuper l'esprit! Il Y a l'infiniderrire! - Place enfin l'Isis nouvelle ayant au-dessus de sa tte un nouveau ciel historique.

    Mais vous n'tes plus Isis; le christianisme faitpressentir votre vol aerien, en egouttant sur l'huma-nit de Marie la lumire de la Vierge divine, parune pntration du visible dans l'invisible qui faitpartie de l'Infinitude de Dieu.

    Vous tes les moyens de la suprme misricordepar lesquels l'humanit rgnree brisera elle'mmel'assujettissement de ses liens.

    Vous tes la mre de l'assemble invisible desesprits qui demeurent en silence et en amour auprsde la Vrit voile.

    Et voil pourquoi le Fils apparaissant, la paroledu Pre, pench sur l'ombre de la croix, dit au dis-ciple, rsumant cette heure toute l'Initiation: Voici ta mre! - c'est--dire voici l'Esprit ap-paraissant Amour dans l'Infini. Il faut que vousdescendiez afin que l'humanite monte; l'ascension

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS

    de l'Esprit, c'est l'invitable but. A l're du Pre, duFils, va succder l're du Saint-Esprit, une civilisa-tion forme dans l'esprit du Fminin. Ne l'oubliezpas, ne l'oubliez jamais: si la Foi btit le Temple,c'est l'amour divin qui l'illumine, et nulle heure fa-tale ne peut empcher le rayon divin de l'amouruniversel de passer travers la conscience du genrehumain - mme par les tnbres - pour marchervers la Lumire.

    /

  • fl!ythes et Superstitions Chiliens

    MACHILUHUN(Initiation de Machis)

    Extrait d'un opuscule- de Don Eulogio Robles, publipar la Soit de Foi-Klore chilien et par les Annales del'Untversit chilnne, Voir les articles Neiguvelmen:.>et Guillatunes publi~ dans les numros de l'Initiationcorrespondants aux mois de novembre et de dcembre1911, pour j'explication des noms indignes que l'on netrouvera pas ici .

    Jeanne Ancarilu, de la famille Vilu (couleuvre),tait la fille d'une machi, qui aprs une srieuse ma-ladie, dclara, d'accord avec ses parents, qu'elle de-vait faire partie de cette corporation.

    Pendant le printemps qui prcda son initiation,on procda une cremonie prliminaire qui con-siste lever un rehue provisoire qui se composaitde quatre grosses branches, deux de canelo et deuxde laurier solidemment unies p~r des courroies etdes lianes et dont le fate tait recouvert par unepeau de mouton. Pour clbrer cet vnement, desmacbis dansrent pendant une nuit la lumire dela lune.

  • MYTHES ET SUPERSTITIONS CHILIENS 235

    Lorsque le jour fix pour l'initiation de la nou-velle machi fut arriv, des rnapuche,s creusrent untrou quelques mtres du rhu provisoire et yplantrent le prahu, la pice principale du rhu dfinitif, qui avait t taill dans un corpulent tronc dechne. Devant la porte de la ruca o demeurait lafuture machi, ces mmes mapuches plantrent deuxgrosses branches de laurier et deux de canelo quilaissrent entre elles un rectangle assez grand pourque quatre personnes puissent s'y coucher. Dans cerectangle, une machi fit un lit avec une toison et unpontro (espce de mante de laine tisse par lesaraucaniennes), un petit anc trs bas, recouvertd'un autre pontro, servait d'oreiller.

    La candidate alla se coucher sur ce lit et unefois couverte par l pon'o, elle se dpouilla de sesvtements l'exception de la chemise. Une machi seplaa de chaque ct, accompagne par deux Yeguiles,jeunes filles qui leur servaient d'acolytes. Ces fem-mes commencrent la crmonie en frottant le corpset la poitrine de leur future collgue avec desfeuilles de c6lnelo. Elles entonnrent en mme tempsun chant lugubre et, tout en en frottant la candidateavec une main, elles agitaient avec l'autre main lawa{a (petite calebasse creuse qui contient des pe-tites pierres ou des graines sches), en la faisantrsonner avec plus de force et d'une faon plus sou-tenue lorsqu'elles arrivaient la hauteur de la ttede lajeune fille.

    Elles suspendirent un moment leur travail, et

  • 236 MYSTERIA.

    lorsqu'elles le recommencrent, une troisime ma-chi se joignit elles en prenant la place d'une aco-lyte.

    Deux de ces machis placrent des petites bran-

  • MYTHES ET SUPERSTITIONS CHILIENS 237

    ainsi non seulement le corps, mais encore le cou, latte, le nez, le front, les paupires et la bouche. Lorsque-le sang apparaissait, elles l'tanchaient avec desfuiIles de canelo, puis elles frottaient longtemps etavec soin l'endroit o il avait suint et continuaientleurs succions un peu plus loin.

    Les machis lavrent la tte de Jeanne avec desfeuilles mouilles, lui massrent le ventre avec ces-mmes feuilles, puis elles la retournrent et recom-mencrent leurs succions sur les paules, et sur'tout le reste du corps comme dans la premire posi-tion.

    Cette opration finie, la nophyte se vtit, se parade ses bijoux d'argent et d'un norme collier decopihues, elle s'assit sur une chaise que l'on avaitmise la place du lit qu'elle venait d'abandonner, eton lui mit sur les genoux une grande quantit defeuilles de canelo. Toutes les machis prsentes l'en-tourrent et recommencrent chanter en s'accom-pagnant du cultum et de la waza que la yeguil agi-tait en cadence. Elles chantrent ensuite l'une aprs.l'autre; pendant tout ce temps-l, la nophyte secouvrit le visage avec des branches de canelo.

    A ces chants succda la musique des pifilcas quifonctionnaient avec fureur, tandis que les machis-secouaient des grelots.

    La postulante commena suivre la mesure decette musique infernale en agitant ses branches decanelo, puis elle se leva et commena danser len-tement. Elle alla ainsi jusqu'aux grandes branches.

  • 240 MYSTERIA

    nophyte excuta les mmes mouvements, pritaussi la fuite comme si elle et t menace d'ungrand pril et fut comme ('autre machi arrte parun des assistants qui la maintint debout, mais ellefut attaque de violentes convulsions et elle tomba,en entranant dans sa chute l'individu qui prten-dait la soutenir; elle fut releve par plusieurs Indiensqui l'obligrent garder une position verticale. Unemachi vint prs d'elle jouer du tambour commedans le cas antrieur et le danseur s'empressa delui venir en aide avec ses entrechats.

    La crmonie fut interrompue pendant quelquetemps; aprs quoi, qu1atre individus enlevrent lesquatre grandes branches de canelo et de laurierdont il a dj t question, et chacun d'eux courutautour duprahu avec sa branche. Un autre mapucheprit sur ses paules un mouton qui tait attachnon loin de l et tourna aussi autour du mmepoint.

    Tout en psalmodiant un chant, la plus vieillemachi suivie de ses collgues se plaa en face dupetit escalier tapl dans le prahu. Les hommes etles femmes prsents formrent autour d'elles plu-sieurs cercles concentriques en se tenant par la mainet commencrent tourner autour du prahu.

    Pendant ce temps-l, quatre mapuches s'occup-rent de parachever le rhu en plaant de chaquect du petit escalier les grosses branches de caneloet de laurier qu'ils assujettirent au prahu avec defortes courroies et ils tendirent sur leur sommet la

  • La. Table Isia.que

    La Table Isiaque est un des documents les plusintressants de l'Antique gypte.

    C'est un commentaire du Zodiaque dans ses rap-ports avec l'enseignement sotrique.

    Nous signalerons nos lecteurs la prsence dansla bordure de la gravure de Sphinx ails, qui sont;lssez rares dans l'iconographie gyptienne.

    Lenoir a consacr une brochure l'analyse dtail-le de ce triomphe d'Isis, et Dupuis en parle aussidans son ouvrage.

    Nos lecteurs, amateurs d'sotrisme, trouverontdu reste de prcieux enseignements dans cetteplanche.

    A l'occasion, nous republierons des documentsrares ou introuvables du mme genre.

    La Direction.

  • 21S MYSTERIA

    deurs du fminin; c'est--dire si on est initi auxmystres antiques par les conqutes scientifiques duChristianisme moderne. Et pourquoi n'y aurait-ilpas de Christianisme scientifique, puisque la vraiethologie- sacre est sdentifique ?

    Si je voulais envisager l're de la femme par sonct sacerdotal, je vous apprendrais par les livres del'sotrisme universel que la doctrine qui rappelleau Fminin son principe constitutif propre, clavier deses harmonies occultes, n'est pas une doctrine 1LOU-velle. Si nous remontons dans le pass, nous trou-vons que maint texte gyptien nous rvle les dis-cussions thologiques entre une doctrine fminineintrieure des prtres de Veith, et une doctrine exo-trique des prtres masculins d'Amon-Ra.

    Mais je ne m'arrterai pas suivre le drame fmi-nin marchant vers la submersion des Initiationsfminines, de ce grand testament d'une autre hu-manit dont l'antique rvlation est l'hritire. Jeveux seulement, au seuil du cycle isiaque, mieuxattirer votre attention sur ceci :

    D'o viendrait, la vrit, la supriorit du fac-teur masculin, sinon d'une prfrence? Mais, si leshommes sont forms l'cole de la prfrence,l'Absolu ne connat pas de prfrence. Le masculinet le fminin sont donc les deux versants d'unemme essence, et ne sont que les deux natures dela Cause unique se dveloppant dans l'infini

    Ce n'est pas assez de le dire vaguement; lepoint capital c'est de dgager la mthode rationnelle

  • La Table Isiaque

    La Table Isiaque est un des documents les plusintressants de l'Antique gypte.

    C'est un commentaire du Zodiaque dans ses rap-ports avec l'enseignement sotrique.

    Nous signalerons nos lecteurs la prsence dansla bordure de la gravure de Sphinx ails, qui sontassez rares dans l'iconographie gyptienne.

    Lenoir a consacr une brochure l'analyse dtail-le de ce triomphe d'Isis. et Dupuis en parle aussidans son ouvrage.

    Nos lecteurs, amateurs d'sotrisme, trouverontdu reste de prcieux enseignements dans cetteplanche.

    A l'occasion, nous republierons des documentsrares ou introuvables du mme genre.

    La Direction.

  • Confrence Initiatique O. va la Barque d'Isis ? lt

    De l'utilit des Mystreset des Origines du Fminisme-Spiritualiste

    Je ne sais s'il vous est arriv d'entendre dire quele mythe est le plus vaste rcipient de la Tradi-tion ?

    En effet: de deux choses l'une, ou le mythe nerecouvre aucun contenu sensible et ne serait qu'unmot vide de sens, ou bien les symboles bass surdes rapports d'efficacit avec l'invisible, avec leslois divines, sont dS lieux de communion avec lacommunion divine, et des tincelles de la Sagesseternelle dbordant jusque sur l'humanit, depuisles mystres crits, gravs, peints, chants, qui par-courent tous les cultes de l'ordre du temple et dessanctuaires, jusqu' la signification mystrieuse despyramides; depuis les cryptes de l'Hymalaya, jus-qu'au fameux triangle grav sur la table isiaque, oucelle du Soleil en thiopie ... car tous les cuItes sontoccultes, et ce fait est si fort au-dessus de toute con-testation que prolonger des citations pour l'tablirserait plus que superflu.

    Je le dirai au sujet de la Rvlation qui se fait

  • OU VA LA BARQUE n'ISIS 217

    apprcier avec autant de densit que d'tendue dansle mythe d'Isis portant une re disparue.

    En effet, qu'est-ce que le mythe d'Isis?C'est la vritable th~se de la thorie initiatique,

    de la nature sortant voile du crible des forces cos-miques et voilant ses dons et ses aspects depuisque les mauvaises intentions des hommes ont rompul'quilibre des hirarchies clestes, runissant dansle mme unisson l'me du monde touchant Dieuet l'me individuelle touchant au monde.

    C'est le marbre en poussire de la doctrine secrte-du souffle, une tradition cosmique voue l'Etoileflamboyante; marquant l're de la Femme, et met-tant les divinits fminines l'origine des Religions.

    Mais, dira-t-on peut-tre, le mouvement fministecontemporain n'a que faire de tout cela!

    C'est le mot d'ordre d'un certain parti matrialistequi ne peut prvoir la quantit de lumire qui sedgagera de la mise en communication de la Femmeavec le gnie de sa tradition.

    Sachez-le bien, un droit n'existe que quand il saitce qu'il vaut, ce qu'il peut, ce qu'il doit, d'ol'utilit de la connaissance de l'antique Rvlationpar rapport au mouvement fminisfe contemporainest de rappeler que l'assujettissement de la femmen'est que le vtement d'un systme bas sur le pr_jug ecclsiastique, n'est qu'une limitation volu-tive temporaire dont on ne peut saisir tout l'enche-vtrement occulte, que si on comprend surtout ceque le mot Religion, sagesse, jette dans les profon-

  • 21S MYSTERIA

    deurs du feminin; c'est--dire si on est initie auxmystres antiques par les conqutes scientifiques duChristianisme moderne. Et pourquoi n'y aurait-ilpas de Christianisme scientifique, puisque la vraiethologie- sacre est sci-entifique?

    Si je voulais envisager l're de la femme par soncte sacerdotal, je vous apprendrais par les livres del'sotrisme universel que la doctrine qui rappelleau Fminin son principe constitutif propre, clavier deses harmonies occultes, n'est pas une doctrine rLOU-velle, Si nous remontons dans le passe, nous trou-vons que maint texte egyptien nous rvle les dis-cussions tMologiques entre une doctrine feminineintrieure des prtres de Veith, et une doctrine exo-terique des prtres masculins d'Amon-Ra.

    Mais je ne m'arrterai pas suivre le drame femi-nin marchant vers la submersion des Initiationsfeminines, de ce grand testament d'une autre hu-manite dont l'antique revelation est l'hritire, Jeveux seulement, au seuil du cycle isiaque, mieuxattirer votre attention sur ceci :

    D'o viendrait, la vrit, la supriorit du fac-teur masculin, sinon d'une prfrence? Mais, si leshommes sont forms l'cole de la prfrence,l'Absolu ne connat pas de prfrence, I:.e masculinet le fminin sont donc les deux versants d'unemme essence, et ne sont que les deux natures dela Cause unique se dveloppant dans l'infini

    Ce n'est pas assez de le dire vaguement; lepoint capital c'est de dgager la mthode rationnelle

  • MYTHES ET SUPERSTITIONS CHILIENS Mf

    peau de mouton que l'on avait enleve au rhue pro-visoire.

    La premire machi monta lentement les marchesde l'escalier en agitant les grelots d'argent qu'eJreavait entre les mains. Parvenue au fate du monu-ment, elle saisit les deux grosses branches qui ledpassaient de chaque ct et se b.alana mollementen inclinant la tte sur les paules. Un momentaprs, elle descendit avec nonchalance et lorsqu'elleparvint au milieu de J'escalier, elle agita violemmentses grelots et se laissa tomber brusquement, maiselle fut reue par un jeune homme qui ne l'avait pasperdue de vue pendant son ascension. Elle demeuracomme vanouie entre ses bras, ce que voyant, lejeune danseur vint sur-le-champ exercer devant elleson art chorgraphique. Toutes les machis effec-turent successivement l'ascension du prahu, et,chaque fois, la mme scne se renouvela.

    Cependant que, les cercles concentriques des as- -sistants, qui augmentaient de moment en moment,tournaient d'une faon vertigineuse, au bruit aiguet bref des pifilcas qui se faisaient entendre plus .frquemment et aux roulements prcipits descultruns.

    Lorsqu'ils se fatigurent de tourner, les assistantsse dispersrent; la nuit tait alors sur le point detomber et la fin de la crmonie fut remise au joursuivant.

    Le lendemain matin, on sacrifia le mouton aveclequel on avait tourn autour du rhu, on lui ar-

    4

  • 242 MY5'I'ERIA

    racha le cur, et un jeune homme' fit avec cetteviscre, palpitante encore, le tour du rhu, puis illa remit la plus vieille machi qui l'examina, ainsique ses collgues et la candidate avec beaucoupd'attention, tout en soutenant une conversation trsanime, apparemment sur ce sujet.

    On mit fin la crmo:lie en couchant la no-phyte sur des pontros; deux machis lui assujettirentla tte et une troisime lui prit la langue avec unmouchoir, afin qu'elle ne lui glisse pas entre lesdoigts et la lui rcla avec un couteau bien aiguis,puis avec un petit canif elle lui fit sur la langue uneincision profonde dans laquelle elle introduisit unfragment de feuille de canelo.

    Aprs cette opration, la pauvre femme ne put senourrir durant trois jours que d'aliments liquides;le quatrime jour on lui donna de l'orge cuit sanssel et sans graisse; pendant tout ce temps-l, elledemeura dans le coin le plus obscur de sa ruca.

    Les rigueurs de l'initiation sont moindres aujour-d'hui qu'autrefois. Jadis, on retranchait la nouvellemachi de la socit et on lui construisait, prs de saruca, une cabane, la porte de laquelle veillait unesentinelle jour et nuit pour empcher qui que ce soitd'approcher d'elle. Si elle tait marie, on la tenaitloigne de son mari pendant quatre mois.

    Voici un fragment de l'un des chants des machis: Aujourd'hui, tu nous regardes du haut du ciel,Vileo. Aujourd'hui, j'ai plant mes deux lauriers etmes deux canelos. Aidez-nous bien, vous les deux

  • MYTHES ET SUPERSTITIONS CHILIENS 2B

    Vileos suprieurs qui sont au milieu du pays c-lestial. Ne nous avez-vous pas consacres, Vileo ?

    Avec deux bouquets, je prends un sige tescts Vileo !

    Vous autres, les deux Pillanes suprieurs vousviendrez nous aider demain lorsque l'aube appa-ratra, et vous nous aiderez avec bienveillance, Pil-lanes chefs. Ne nous avez-vous pas consacres,Pillanes? Demain donc, tu nous feras connatrel'avenir tt tu "nous inspireras tout ce que nous de-vons dire, chef Vileo.

    Mon escalier est pos, il est orn de fleur decopihu et de mousses. Aidez-nous donc, vous lesdeux chefs Vileos. Je placerai mes remdes de fleurs,mon rhu de canelo, mon rhu de laurier, vousles Vileos, vous nous aiderez.

    Ici, j'ai amen mon agneau par l'ordrl' du roj duciel. Ma lance est prparee, j'ai des soldats. Leurforce est telle qu'ils font trembler la terre.

    Ils viennent, ils descendent du ciel, mes soldats;ils ont pris ton pe et ils ont aussi des sabres. Hsse rjouissent tous la vue des remdes et des bou-quets mdicinaux.

    Le Vileo que les mapuches invoquent ici est,pour eux, le dieu de la mdecine. Le nom de Vileaest, dans leur langue, synonyme de machi et de m-decine. Les Pillanes semblent tre plutt des espritsinfrieurs, qui aident les machis dans leurs opra-tions, c'est ce qu'ils croient du moins, ils leur assi-

  • MYSTERIA

    ~nent les volcans comme demeure, tandis que lesVileos sont des tres suprieurs qui rsident dansle ciel.

    Cot/ception, novembre 1912.SUSAB0.

  • LES TERNELS MESSIESLa terre n'est jamais privee de la prsence d'en-

    voys divins, qui viennent parmi nous pour s'as-socier nos souffrances, nous vivifier pour le ciel,et nous y entraner ensuite avec eux. Ces envoysdivins, ces Fils de Dieu, pour dire le mot, ce sontles potes.

    Tant que j'humanit subsistera, il y aura despotes dans son sein; car ce sont eux le vrai selde la ter're, les vrais reprsentants de l'Esprit d'En-Haut; et, sans eux, la terre se dissoudrait, sub-merge dans de profonds et indicibles cataclysmes.Ce n'est point pour briller, ce n'est point pour faireparler d'eux par les mille bouches de la renomme,qu'ils sont descendus de l'Olympe primitif: Non,c'est, au contraire, pour montrer aux hommes quela Divinit est capable d'abdiquer sans regret lesplus glorieux privilges de son essence, seule finde rendre aux tres crs le courage, l'esprance etla confiance finale, qui, trop souvent, dans l'me duplus grand nombre, dfaillent sous l'ouragan fu-rieux des souffrances, sous les noirs cyclones desdceptions. Oui, grands Esprits, quand vous venezsur cette triste plante, vous n'ignorez pas la raison

  • 246 lfYSTERIA

    sublime de votre avnement; vous savez d'avancece qui vous attend ici-bas. L'toile qui luit sur vosberceaux, au moment de votre naissanc~, n'est pasune toile de joie, d'allgresse' et de triomphe:c'est une toile divine, certes, mais, comme tout cequi est divin, elle ne prsage pour ceux qui en sontl'objet que douleur, amertume, agonie et renonce-ment. Vous ne le nierez pas, vous, grands potes,vous, Flambeaux du monde, qui nous tes djapparus! 0 vous, quels que soient les noms terres-tres que vous ayez ports; que vous vous soyez ap-pels Homre, Virgile, Lucrce, Ovide, Villon,Malherbe, Racine, Corneille, Molire, Lamartine,Musset, Po, Baudelaire, oui, vous tes venuspour nous rvler, travers vos cris et vos larmes,le mystJe clatant de notre origine divine, pournous trompter le rappel la vie suprieure et nousfaire pressentir la pure Beaut qui cre le mondeau centre de notre cur. Et vous avez souffert! Etmalgr cela, et pour cela mme, vous avez aim!Vous avez souffert plus qu'aucune crature 1Et vousavez aim aussi avec 'une passion indomptable etdivine 1 Oui, vous tes grands, vous tes des Matres,des Seigneurs et des Dieux! Et bnf soit quiconquevnre pieusement votre souvenir et rpte pieuse-ment vos paroles rdemptrices!

    Toi dont la moelle a coul et coule encore dansle sang de nos fils, Homre, tu fus aveug:e, tu fusmendiant, tu fus ignor, et nul ne sait mme le lieude ta naissance. Cependant, tu nous as initis

  • LES TERNELS MES!lIES 247

    l'hrosme, tu as engendr les pre4x au grand cur,tu nous as enseign l'intervention constante desdieux dans les choses humaines et la puissance ir-rsistible du destin. C'est ton souffle surhumainqui sortait des lvres mourantes de Roland et quifaisait rsonner son cor Roncevaux; c'est ton rireinextinguible qui secouait le ventre du grand Rabe-lais et qui inspira tous ses crits; mais c'est aussita petite le d'Ithaque, si chre Ulysse, qui a en-fant chez nous l'amour de la Patrie, et qui nouspermet d'avoir aujourd'hui pour la France, patrie detoutes les patries, un amour sans bornes, une ado-ration sans rserves! Tu es un dieu l

    Et que dire de toi, Virgile, le plus doux de tousles chantres, de toi qui as os proclamer que toutvivait, que rien n'tait inanim, que les chosesmmes avaient des larmes?

    Sunt lacrim rerum!Tu es descendu vivant dans le royaume des om-

    bres; tu as cueilli le rameau d'or de la suprmematrise; tu as senti mieux que personne l'affiatusdivin: Deus ecce Deus! tu as t le pote de laplus merveilleuse compassion, et le prophte del'ge d'or qui doit revenir:

    Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia 1'egna!Et toi, Lucrce, n'as-tu pas entr'ouvert aux

    hommes les portes du Temple de la srnit; ne lesas-tu pas affranchis des terreurs inanes de Cer-bre; ne leur as-tu pas appris que, pour tre desdieux, illeur suffisait de re':OLlvrer la paix? Et cepen-

  • 248 MYSTEfllA

    dant, tre sublime, tu voulus vivrp. comme leshumains dont tu venais partager le sort: toi aussi,prtre de Vnus me ardente, tu cdas l'empirede l'amour, et tu mourus de la main de Vnus mmedans la nuit d'une mystrieuse folie. Tu es undieu!

    Ne te confrerai-je pas aussi ce titre, toi, Ovide,qui, parlant si naturellement la langue du ciel(quidquid tentabam scriben versus e1'at) rappris ton sicle les purs prceptes de Pythagore, dvoilasles secrets de l'universelle mtamorphose et de latransmigration des mes; qui, brlant d'une flammetmraire, fus contraint pour cette cause de t'exilerdans de sombres marcages, au milieu d'tres sau-vages que tu charmais par tes chants, tel Orpheles lions et les tigres de Thrace? Et, pour en arriver des temps plus rapprochs de !10US, qui peut telire, Villon, sans avoir les yeux mouills de douceslarmes, toi qui clbras avec tant de ralit lenant des fausses joies; toi qui consentis jouerici-bas le rle d'un mauvais escholier, d'un fripon,d'un souteneur mme, et dont nanmoins le cursanglotant nous lve vers l'obissance divine etnous fait pressentir la voix lointaine de Verlaine? aCorneille, n'estce pas toi qui fis reconnatre toutun grand peuple le triomphe de l'amour sur tous -les prjugs humains? Cependant tu vcus obscur-ment, comme il sied aux dieux, et tu savouras lepain amer de la misre! Q!Je de luttes tu eus en-treprendre et soutenir, Molire, toi dont l'ironie

  • LES TERNELS MESSIES 249

    sortait d'un abme de tristesse! Mais si tu succom-bas la peine, aprs t'tre dvou pour tous, tuproC!am3s la prcellence du sentiment naturel surles arguties, tu fustigeas les faux savants, tu fisrentrer l'hypocrisie dans son repaire, tu fus vain-queur de Tartufe comme Apollon ~u dragon pythien.Tu es un dieu! Dieux aussi, dieux aussi, vous Lamar-tine, Musset, Baudelaire, qui ftes couler par votreplume le plus pur sang de votre cur, et dont laplainte ternelle sera rpte d'ge en ge par lesplus lointains chos! Car tous vous avez profrcette leon solennelle que l'me de l'homme est faitepour la douleur, qu'elle s'y retrouve comme dansson lment naturel, et qu'elle ne saurait mieuxs'exalter et se diviniser que sous l'empire de cettedouleur mme:

    L'homme est un apprenti, la douleur est son matre!

    s'est cri Musset. Et il ajoute:Le seul bien qui me reste au mondeEst d'avoir quelquefois pleur!

    Et Beaudelaire :

    Je sais que la douleur est la Noblesse um'que,O ne mordront jamais la terre et les enfers,Et qu'il faut, pour tresser ma couronne lIlystique,Imposer tous les tf:mps et tou~ les univers!

    Oui, voil bien la grande et immuable doctrine

  • 250 MYSTERIA

    qui ressort, en fin de compte, des vaticinations deces envoyes celestes: la douleur, sceau de noblessedont sont signes les 1us, c'est--dire tous ceux quisont en voie d'ascension vers l'ineffable Lumire. Et,dans tous les cas, cette douleur est l'indispensableattribut de tous les dieux qui ,se manifestent sur laterre: leur vie n'est qu'une longue et inexprimableagonie; leur eglise, eux, est celle de Notre-Dame-de-Misre, et leur dernier refuge l'hpital. Car, jele rpte, ils ont librement voulu, dans leur volontdivine, subir toutes les pires calamits qui peuventadvenir aux hommes; ils ont librement consenti porter toutes les tares, supporter toutes les humi-liations, toutes les contradictions, toutes les atta--ques, toutes les injures, toutes les meurtrissures,parce que c'est cette unique condition qu'ilspouvaient donner leurs frres de grands et utilesenseignements, et rvler aux yeux de la foule, ouseulement d'une lite, le Dieu vivant et triomphantqui habite au cur de l'homme et qui constitue l'es-sence et la raison d'tre de l'humanit.

    Car pour tre vraiment homme, il faut avoir lesvices et les passions de l'homme dans toute leurintensit; de mme que, pour tre dieu, il faut pos-sder en soi le sens indefectible de la Beaut sup-rieure et l'intuition profonde des choses ternelles.C'est cette dualit qui clate chaque pas dansl'existence des potes. Seulement le vulgaire nevoit d'eux que le ct humain, alors que seul ledisciple fidle et recueilli entrevoit la forme divine

  • LES TERNELS MESSIES 251

    qui lui montre son Matre tendant dj remontervers les splendeurs des Sphres suprmes.

    Voil pourquoi, par exemple, le pote des Fleursdu Mal a pass sa vie sangloter dsesprment;pourquoi il n'a jamais eu que des dettes pour toutavoir, pourquoi il a tent de se suicider; pourquoiil est mort dans un dnuement atroce et sousl'treinte de la plus terrible des maladies. Voilpourquoi Edgar Po a endur toutes les privations,y compris la faim, est devenu alcoolique, et a ttrouv, un matin, rlant et pantelant dans un carre-four!

    Devant d'aussi infortunes, d'aussi belles et d'aussiaugustes victimes, on ne peut vraiment ques'crier:

    Salutation aux Fils des Dieux? Salutation auxternels Messies 1 Salutation tous ces Matres deCompassion !

    Lyon, 2janvier 19[3.Karl NISSA.

  • AMULETTES ET TALISMANS

    Leg Pierres de foudre

    Les Grecs et les Romains avaient eu connaissanced'instruments trs anciens. fabriqus par l'homme,notamment de haches en pierre; mais ils les consi-draient comme des pierres tombes des nuagespendant les telT}ps d'orage et, pour ce motif, lesdsignaient sous- le nom de Craunies, ce qui veutpierre de tonnerre ou pierre de foudre. Et commentauraient-ils pu douter de l'origine cleste de cespierres? Galba, avant de devenir empereur, avait vutomber la foudre dans un lac des Cantabres; il Jefit fouiller et y trouva douze haches. Les Crauniespassaient pour jouir de proprits surnaturelles, etGalba considra celles qui avaient t retires du lacdes Cantabres comme un talisman manant directe-ment des dieux: Les puissances clestes l'infor-maient, par ce moyen, qu'il deviendrait empereur.Des pierres si prcieuses taient soigneusement con-serves, et on ne les utilisait que pour certainsusages. L'Espagne, comme tribut, apporta Romeune pierre de foudre; dans le mme pays, on se

  • AMULETTES ET TAL1SlHANS 253

    servit de Craunies pour orner le diadme desdesses Isis et Junon.

    Les gyptiens supposaient que les pierres tombes du ciel, les ba en pe, taient des fragments dela vote de pierre du ciel, dtachs par les clats dutonnerre. Jusqu' nos jours, en passant pM les Grecs,les Romains, les Arabes et tout le "Moyen-Age, lacroyance fut gnrale que les outils de l'ge de lapierre, dcouverts dans le sol, avaient la foudrepour origine. La bibliographie seule du sujet seraitlongue, s'il fallait signaler les passages de Damig-mn, de Pline, de Snque, de Claudien, de saintIsidore, de Marbode, de tous les lapidaires, en unmot (1) ; en ralit, la thse est unique, les auteursn'ayant fait que se copier les uns les autres. M. Sa-lomon Reinach en a publi l'essence (2),

    Les guerriers germains portaient la mme hachesur leurs casques d'or, pour gagner des bataillesavec l'aide de la divinit.

    Ces croyances ont exist chez nous et persistentencore dans quelques coins de la France, que nouscit~rons plus loin. Au XIIe sicle, nous dit M. Car-tailhac, l'vque de Rennes, Marbode, nous certi-fiera qu'avec elles (les pierres de foudre) on peut.gagner sa cause et triompher dans les combats,affronter les flots sans crainte d'un naufrage, prot-ger contre la foudre soi-mme, sa maison, sa ville,

    ('1) F. de Mly, le. Pien'es de foud,'e chez les Chino" et le3-Japonais.

    (2) S. Reinach, Antiquitl nationales.

  • 254 MYSTERIA

    avoir de doux songes et un agrable sommeil; unepage entire numre les vertus surnaturel\es desCraunies ... Vers 1670, ajoute plus loin le mmeauteur, un pareil trsor fut apport Monseigneurle prince Franois de Lorraine, vesque de Verdun,par M. de Marcheville, - ambassadeur pour le roide France Constantinople auprs du Granri Sei-gneur - laquelle pierre nephrticque porte aubras ou sur les reins, a une vertu merveilleuse pourjeter et prserver de la gravelle, comme l'expriencele faict voire journellement. De nos jours, en Bre-tagne, dans l'Aveyron, les bergers considrent leshaches en pierre comme un talisman pour prserverleurs troupeaux de la foudre. Il y a vingt-cinq ans,j'ai vu, en Touraine, des paysans chercher la pierre de foudre dans une curie qui venaitd'tre incendie par le fluide lectrique, afin d'enprserver leur maison dans l'avenir. Dans le Bour-bonnais, les haches prhistoriques sont galementdes pierres de foudre; on leur attribue des vertusparticulires. Un fermier d~ Treban, dit Prot, enavait dpos une trs belle dans l'auge qui servait faire boire son btail; il nous dit ql!e cette pierreprserverait ses animaux de toutes les maladies con-tagieuses, car c'tait oune piarre de tounarre.

    En Italie, des pointes de flches en silex sontsouvent montes en argent ou en or et considrescomme de puissantes amulettes. Il n'est pas rare deles voir suspendues des chapelets ou des colliers.La mme coutume existe dans la Haute-Garonne, en

  • AMULETTES ET TALISMANS 255

    cosse, etc. Cependant, ds 1636, Boce de Boot,aprs avoir dclar que les instruments de pierretaient considrs comme flesche du foudre etassur que si quelqu'un voulait combattre cetteopinion communment tenu, et y desnier son con-sentement, il paroistroit fol , ne craignit pas, poursa part, d'tre tax de folie; il se demanda si cen'taient pas des marteaux, des coins, des haches,des socs de charrues faonns primitivement en feret transforms en pierre par le temps ..

    Un demi-sicle auparavant, Mercati, minent mi-nralogiste it2lien, avait dcouvert la vrit; maisson manuscrit ne fut publi qu'en 1717. Il prten-dait, avec juste raison, qu'il n'tait pas possible deprouver que les Craunies n'existaient pas dans lesendroits o on les trouvait la suite d'un orage,avant que la foudre n'et produit ses ravages. Il vaplus loin et n'hsite pas voir dans les prtenduespierres de foudre les armes des plus ancienshommes . Mercati tait intendant du Jardin desplantes du Vatican et il ne pouvait gure rompreavec la tradition. Aussi les haches, les pointes deflches en silex dont il parle, il les attribue deshommes qui vcurent entre Adam et Tubalcan etqui, ignorant l'usage des mtaux, fabriquaienttout avec des pierres aiguises (1) . Il prouve, pardes textes, que les couteaux de pierre ont t em-ploys aux poques historiques. Les embaumeurs

    (i) Dr Verneau, l'Enfance de l'humanit.

  • MYSTERIA

    gyptiens ouvraient, en effet, les cadavres avec desoutils en silex; Jhovah avait ordonn Josu defabriquer des couteaux de pierre pour circoncire lesIsralites; les prtres de Baal et de Cyble se fai-saient, avec des instruments semblables, des inci-sions pour se rendre la divinit favorable. Il seraitfacile de multiplier ces exemples. Mais revenons nos pierres de foudre. Quand Sleucus Nicator cher-chait un emplacement pour la nouvelle capitale qu'ilvoulait btir, il se laissa guider par l'augure de lafoudre et construisit Sleucie l'eniroit qui en avaitt frapp. La foudre mme qui tait tombe en celieu y fut adore sous les noms de Zeus Crauniosou Casios, et les monnaies de Sleucie nous mon-trent que cette foudre n'tait autre qu'un arolithe(de forme conique), lequel s'y change avec l'imageordinaire de la foudre de Jupiter.

    Les pierres noires dites divines, adores Lao-dice, en Syrie, taient galement de forme conique.Elles taient ddies Oreste dans la lgende hell-nise. La pierre d'mse, appele EIagabalus, taitune pierre conique avec la figure du x'm, trs net-tement dtermine sa base, comme on peut levoir par la clbre monnaie d'or frappe au nom del'empereur Uranius Antoninus (Lenormant, Rev.Numism., 184}). C'tait, dit Hrodien, une grandepierre ronde par le bas et se terminant en pointe;elle a la figure d'un cne; sa couleur est noire, leshabitants se glorifient de cette pierre, qu'ils disenttombe du ciel; ils font voir, aux trangers qui la

  • AMULETTES ET TALlSMANS 257

    considrent, quelques ingalits, quelques formespeu apparentes. Ils affirment que c'est une imageimparfaite du Soleil et la rvrent ce titre.

    On classait aussi parmi les pierres de foudre, oupierres de nature igne, les pierres prcieuses dontles feux ou les reflets faisaient songer aux rayonsd'une toile ou au brillant de l'clair.

    C'est ainsi que le jaspe tait appel Stella rutilispu,nctis et que la sidrite devait son nom sonclat. Telle tait encore l'meraude, dont le nomhbreu barketb a pour racine le mot ba1'ak quisignifie clair. On peut citer en exemple l'meraudecolossale du temple de Melkarth, Tyr, que lesfragments de Sanchoniaton dsignent comme unastre tomb du ciel. Cette pierre aurait t ramas-se par Astart elle-mme et consacre par elle audivin Melkarth (1).

    Au sicle dernier, on attribuait quelques cerau-nies des vertus diverses, entre autres celle de gurirou d'empcher les hernies aux enfants. Les fossilesde formes lancoles ou toiles furent gafementclasss parmi les pierres de foudre. Notons, d'aprsPline, qu'ils Jurent parfois considrs comme tom-bs du ciel par des nuits sans orage et sans lune.

    Les blemnites, de ~EEp,"OV, trait, dard, sont despierres de foudre pour les paysans allemands qui lesnomment Donnerkiel ou Donne-rstein, ainsi que pour'les paysans de la Flandre qui les appellent Donders-teenen. Aux environs de Marche (Luxembourg) ces

    (1) P. Saint-Yves, les Reliques et les Imagei lgendaires.

  • 258 MYSTERIA

    fuseaux de pierre reoivent le Qom de Moha diSteule , pierres d'toile; les Marchois pensentqu'ils tombent avec les toiles filantes. Enfin, lespaysans franais les tiennent pour des pierres defoudre.

    F. de Mly, que nous citons plus haut, nous dit: En ce qui concerne le Japon, le travail a t fait;mais il se trouve dans un livre si peu connu, si rare,avec un titre qui ferait si difficilement souponnerle chapitre qu'on y va rencontrer, que la questiona pass absolument inaperue (1). Un rsum ensera donn pour les Occidentaux, en quelque sorteune tude indite.

    Geerts divis.e en quatre catgories les diffrentsinstruments de pierre du Japon:

    la Les armes, les couteaux, les aiguilles depierre;

    2 Les pierres de foudre;3 Les pierres ornementales de la priode de

    Kamis (anctres divins);40 Les pierres ornementales d'une priode plus

    rcente.Nous ne rsumerons ici que les chapitres ayant

    rapport aux pierres de foudre.Hekt reki seki no rui (les pierres de foudre). On y

    voit dcrit.s :1 Les coins de foudre, haches de foudre, Rai ru

    (hache de tonnerre) appeles aussi Ten gu no masakari(1) Geerts, les P"oduits de la nature japonaise et chinoise,

    Yokohama.

  • AMULETTES ET TALISMANS 259

    (la grande hache de Tengu), Kitsune no ma sakari(grande hache dite du renard); on en trouve defrquents spcimens dans les collections des ar-chologues japonais, et notamment au Muse deYedo et de Kiyoto. Ces instruments de pierre sont~oujours bien polis et bords arrondis, leur sur-face luisante les distingue des coins scandinavesd'ordinaire rudes et raboteux. Les coins perfors nesemblent pas exister au Japon, bien que l'auteur duHon {O ko rnoku (Pen ts' ao Kallg mou) nous informequ'en Chine il s'en trouve quelquefois de percs dedeux trous.

    Ils sont fahriqus en diorite, en mlaphire, enporphyre brun, en porphyre vert ou ophite, en p-trosilex, et, quelquefois, en phtanite ou Kiesels-chiefer.

    Ils ont t trouvs Tsuyama, dans la provinced'Awa, Akasaka, dans la province de Mutsu deYechigo.

    2 Kitsune no Kanna ishi (pierre fer de rabot du re-nard): Instrument en pierre, ayant la forme d'un ferde rabot. Le renard tant, au Japon, d'aprs lescroyances populaires, le symbole ou l'incarnation dudmon, on conoit aisment qli'on attribue cespierres une origine surnaturelle. Au Muse de Leyde,se trouve un spcimen de cette sorte de pierre, bienpoli et taill dans du ptrosilex vert fonc .

    .30 Raijo (bton de tonnerre); Heki reki chin (pi-lon l incelant).

    Les instruments dont il est ici question se trouvent

  • 260 MYSTERIA

    dans la collection du temple Ochoin, Nagahama,dans la province d'Omi, et au Muse de Yedo.

    4 Roi tsui (marteau de tonnerre) : Pierre cylin-drique, fort dure, lourde; 1l0irtre, d'environ un piedde longueur.

    5 Rai guwan (bracelet et anneau de tonnerre) :Pierres trs dures, brillantes, noires, ou parsemesde taches blanches, en forme d'anneau et de cylin-dres, perces verticalement au centre. On en voitune dans le temple d'Hosenji, Yanagi Bamba, Ya-matocho (Kiyoto) ; elle semble tre une espced'agate.

    6 Rai hoku (encre de tonnerre).Geerts cite le Hon {o to moka : Dans le district

    de Rai Shu, en Chine, o il y a beaucoup d'oragesaccompagns de tonnerre, on voit, de temps entemps, tomber, aprs ces orages, une pluie depierres noires, brillantes, sonores, lourdes et 'fortdures, de la longueur d'un doigt. Ce sont ces pierresque l'on appelle rai boku ou encre de tonnerre. Selon d'autres crivains, -rai boilu serait une subs-tance qui n'est ni pierre ni terre, mais une espced'encre dure produite par la foudre.

    Enfin le clbre m turaliste japonais Ono Ranzondit: ( Le rai boku est produit par un animal (mytho-logique), raifu, qui vit dans les hautes montagnes,ci Kisoya