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Neige et avalanche

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PréventionAccidentologieBonnes pratiques de randonnées à ski

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    o : D

    anie

    l GO

    ETZ

    En randonne dans le sud du massif de Belledonne, prs de Chamrousse (Isre).

    Quand est-ce quon creuse ? Frdric JARRY

    Accidentologie

    Rflexions autour de la prparation dune randonne skisSbastien ESCANDE

    Prvention

    Avril 2008 n 121

    SommairePrvention 2 Rflexions autour de la prparation dune randonne skis Sbastien ESCANDE

    Accidentologie 9 Quand est-ce quon creuse ? Frdric JARRY

    Prvention 14 Etat davancement des travaux de la CLPA Laurent BELANGER, Gilles BORREL

    Neiges 16 Drives Daniel GOETZ

    Matriel 18 Du nouveau pour les mesures nivo-mto Robert BOLOGNESI

    Science 20 Un site dtude et de dclenchement davalanches : le Lautaret Emmanuel THIBERT, Xavier RAVANAT

    Tmoignage22 Miracul ! Eric

    Formation27 Formations 2007 Bernadette CHAVASSE

    32 Abstracts

    NEIGE ET AVALANCHES N 121 - Avril 2008 Trimestriel ISSN : 1247-5327 - N de commission paritaire : 1110 G 87244 - Dpt lgal : avril 2008

    Publication A.N.E.N.A. Directeur de la publication : Jean FAURE ; Rdacteur en Chef : Jean-Paul ZUANON ; Mise en page : Monique GOLETTO. Commission revue : Christophe ANCEY ; Jacques COMPARAT ; Sbastien ESCANDE ; Daniel GTZ ; Frdric JARRY ; Richard LAMBERT ; Jean-Louis TUAILLON ; Jean-Paul ZUANON.A collabor ce numro : Rikke JARRY-SMEDEBOL.

    Abonnement : 4 numros par an : 24 - Tarif prfrentiel pour les membres de lANENA : 12 A.N.E.N.A. - 15 rue Ernest Calvat - 38000 Grenoble - Tl. 04.76.51.39.39 - Fax 04.76.42.81.66 Site : www.anena.org - Revue : [email protected]

    Composition : ANENA Impression : Imprimerie du Pont de Claix - 9 ch de la Plaine - 38640 CLAIX La revue Neige et Avalanches est imprime sur papier recycl, non blanchi au chlore.

    La reproduction, mme partielle, de tous les articles parus dans la revue Neige et Avalanches est interdite sauf accord crit de la rdaction. Les opinions mises dans la revue Neige et Avalanches sont celles de leurs auteurs. Elles nexpriment pas ncessairement le point de vue de lANENA. La rdaction reste libre daccepter, damender ou de refuser les manuscrits qui lui sont proposs. Les auteurs conservent la responsabilit entire des opinions mises sous leur signature.

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  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 2

    prvention

    ors de la construction du projet, le choix dune course et de ses alternatives est fonction de lva-luation des conditions et des

    quipiers : vcu, comptences tech-niques et physiques, aspirations Du point de vue du groupe, et cest encore plus vrai pour des projets de plusieurs jours, il est primordial de considrer que le choix de l'objectif doit permettre au moins aguerri des participants de ne pas tre mis en difficult physique-ment ou techniquement. La question des comptences et de la rpartition des responsabilits et des rles mrite galement dtre traite. En gnral, limplication de tous les membres du groupe sera efficace et effective sur le terrain si elle est mene ds le stade de la prparation. Ds lors quune premire approche de projet est ralise - un massif, une val-le et une date choisis avec un groupe connu - une analyse dtaille de cer-tains aspects simpose.

    > La collecte et la comparaison des infor-mations

    Supports ncessaires : une carte au 1/25 000me, bulletin mto, bulletins avalanche (bulletin quotidien destima-

    tion du risque davalanches et bulletin de synthse hebdomadaire - BSH).Autres outils utiles* : les topos de ski de randonne (avec photos des versants), les sites Internet donnant des rensei-gnements sur les conditions de neige actuelles, un crayon.Contacts utiles : bureau des guides lo-cal, gardiens de refuge, services des pistes. Auprs de ces professionnels, plus vos questions sont prcises, plus les lments quils vous apporteront seront utilisables

    Rflexions autour de la

    prparation dune randonne skisDans la continuit du dossier sur

    les mthodes daide la dcision

    ( Neige et Avalanches n 120),

    nous vous proposons de dcrire

    les tapes essentielles de la pr-

    paration dune sortie. Les points

    dvelopps nont pas vocation

    fixer des rgles ou constituer un

    manuel. Nous allons en effet nous

    attarder ici sur la phase temporelle

    de prparation la maison. Dans

    la dmarche du 3 x 3 (ou des filtres

    dcisionnels), cette premire ap-

    proche est prolonge par un ques-

    tionnement au dpart de la randon-

    ne et chaque difficult

    du parcours.

    par Sbastien ESCANDEGuide de haute montagne

    Cemagref/UR ETNA Grenoble

    L

    Note* En cas de mauvaise visibilit annonce ou possible, une prparation de route pour une marche la boussole ou au GPS est ncessaire, nous ne dvelopperons pas ces cas particuliers qui ncessiteraient un dossier part entire.

    Prvention

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 3

    En premier lieu, il importe avant tout de se faire une reprsentation d-taille de litinraire, de bien analyser le bulletin mto d'une part, le ou les bulletin(s) nivo d'autre part (BRA et au besoin BSH). Nous aurons alors no-tre connaissance les prvisions mto courte chance ainsi qu'une ten-dance moyen terme, et des informa-tions sur les conditions de neige, tant sur sa quantit et sa qualit en surface que sur sa stabilit. C'est le croisement de ces deux outils qui dterminera pour une bonne part la faisabilit du projet. Neige dure, gele, pourrie, paisse ou trs peu abondante, toutes ces condi-tions prsentent des avantages et des inconvnients, et il faut en tirer le meilleur parti en fonction du terrain, du groupe, de lhoraire.

    Concernant le choix prcis de litin-raire, une premire approche consiste tracer le parcours sur la carte au 1/25 000me puis reprer les passa-ges critiques. Sur les cartes TOP 25 de lIGN, une proposition de trac est pla-ce en bleu pour les plupart des clas-siques de ski de montagne. Ce trac ne constitue pas une rfrence prcise mais une indication plus ou moins ap-proximative de passage, ces tracs pouvant tre sujets de fortes volu-tions en zones glaciaires en particulier.

    Pour les passages les plus complexes, un sur-lignage des courbes de niveau matresses permet de faciliter la lec-ture du terrain en premire approche.Ds ce stade, une valuation grossire du temps de ralisation de la course

    Ds lors quune premire approche de projet est rali-se, une analyse dtaille de certains aspects simpose.

    Phot

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    Illustration : Alexis NOUAILHAT

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    Prvention

    est pertinente car elle peut remettre en cause le projet. Les outils tels que des topos de ski ou des sites contributifs sur les conditions apportent un clai-rage supplmentaire, pour peu que lon soit en mesure dinterprter ces donnes. Une analyse dtaille de tous ces outils permet de reprer les points-cls du parcours, les pentes raides, les chappatoires, etc.

    Un deuxime niveau dapproche consiste mettre en rapport le passa-ge le plus dlicat (dclivit, exposition) avec le bulletin davalanches. Cette comparaison permet de valider le choix de la sortie (ou bien au contraire de l'in-valider). Il reste ensuite vrifier que lensemble des membres du groupe est apte franchir le (ou les) passage-clef de litinraire. Pour finir, un examen de points ayant trait la logistique est faire : gestion des transports routiers, remontes mcaniques, etc.

    En pratique, pour ne pas oublier un as-pect important, des questions doivent tre poses. Elles sont reprises et or-ganises dans la mthode 3 x 3 (voir lencadr) : sur litinraire : son trac, passa-ges critiques du point de vue avalan-ches/risques de chutes, dnivellation, distance horizontale parcourir ; des difficults dorientations peuvent-elles apparatre par mauvaise visibilit, y a-t-il des zones o des dangers objectifs particuliers sont craindre (crevasses, chutes de pierres) ? sur la mto : quelle est la prvi-sion et son indice de confiance, doit-on sattendre des prcipitations, du brouillard, du vent ou un brusque chan-gement de temprature ? sur la nivologie et les avalanches : quel niveau de risque est annonc pour le massif, quelles pentes sont particu-lirement concernes par un risque de plaque ou bien de purge spontane ? Doit-on sattendre une volution im-portante au cours de la sortie (chaleur, nouvelle chute de neige, transport par le vent ?). Comment est constitue la surface du manteau neigeux, etc. propos du facteur humain : qui participe, avec quel niveau technique, dexprience ? Le groupe est-il homo-gne, y compris en termes de motiva-

    tion et dattentes ? Qui est responsable, qui dcide ? Les membres du groupe sont-ils quips en rapport avec lob-jectif fix ?

    > Analyser tous les passages-clefs avec des alternatives et leurs variantes ainsi que tous les points de dcision

    Matriel de prparation utile : le mme que lors de la phase prcdente auquel on peut ajouter judicieusement une r-glette de mesure des pentesA ce niveau, il convient de passer en

    Document de travail, jour en automne 2007, conu par le SNGM partir du tableau 3 x 3 de Werner Munter. Dans le cadre de cet article nous ne dveloppons que la phase de filtre la prparation.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 5

    revue chaque passage de la sortie, sen faire une bonne image afin de dvelopper une stratgie pour le fran-chir. La dclivit, lexposition en cas de chute ou un danger venant dau-dessus sont autant de points vo-quer. Comme pour ltape prcdente, il faut sassurer que chaque participant est en mesure de franchir tous les pas-sages en toute scurit. Il faut avoir en outre l'esprit que, frquemment, les

    contraintes ne sont pas les mmes lorsque le passage dlicat est abord la monte ou bien la descente, ou si leffectif du groupe est impor-tant ou au contraire limit. A ce stade, les conditions particulires, horaire, validation locale des conditions nivo-mto annonces, etc., sont prendre en compte. Par ailleurs, il faut se de-mander si des stratgies particulires ne doivent pas tre envisages : espa-

    cement entre les membres du groupe, matriel spcial (crampons, corde pour une pose de main courante, etc.)Dans la plupart des cas, des doutes devront tre mis sur la possibilit de raliser le parcours initial. Il apparat donc utile de rechercher des variantes possibles, ou mme un parcours de substitution, au cas o les conditions seraient moins favorables que pr-vues. Le fait denvisager diffrents cas de figure dveloppera l'imagination, et finalement la ractivit sur le terrain, ainsi que l'adaptation aux conditions. Cette prcaution vitera bien souvent de tomber dans le pige habituel de lobstination, qui entrane en une sous-valuation des dangers, essentielle-ment parce que les alternatives au projet initial ont t mal tudies, voire ignores, apparaissant ainsi inappro-pries.

    Enfin, pour que, sur le terrain, les choix soient faits au bon moment, il est bon de convenir de quelques lieux de prise de dcision. Ils se situeront bien vi-demment avant les passages-clefs, mais ils gagneront aussi tre combi-ns avec des pauses de confort. Par-fois, un lieu de prise de dcision peut vouloir dire point de non-retour . Il est videmment ncessaire de bien y rflchir car, dans laction, une contrainte dhoraire ou une pression du groupe peut faire omettre un critre dterminant pour prendre la meilleure dcision.

    > La concrtisation dun plan horaire per-met de valider (une dernire fois avant le dpart) les choix pour optimiser le drou-lement de la course (scurit, plaisir du ski).

    Squence par squence, le droule-ment dune sortie peut tre repris en tentant de placer des temps de par-cours pour chaque section, sachant que : plus la course est technique, plus le dnivel horaire est ralenti. Ceci est li aux manipulations de matriel, la multiplication des points de dcision, la ncessite dassurer une scurit accrue pour les participants les plus faibles ; plus le groupe est important, plus il

    Quelques donnes pour calculer son plan horairePhase de monte :Aprs avoir calcul la dnivellation et mesur la distance horizontale, le temps de monte svalue comme suit : Temps de monte (heures) = dnivellation (en m) /400 + distance horizontale (en km) /4 + les temps de pause.

    Phase de descente : le temps ncessaire est le plus souvent estim au quart du temps de monte.

    Attention : dans le cas de groupe nombreux et de parcours techniques, les temps de pause peuvent tre trs importants du fait des manipulations. Il en est de mme pour les temps de prise de dcision lorsque les conditions nivologiques et/ou mtorologiques sont difficiles. Dans lexemple ci-dessous est prsent un enregistrement ralis sur 9 h lors dune traverse du Grand Charnier dAllevard (Isre - nord Belledonne) avec 8 personnes. Cette course technique (chaussage/dchaussage, utilisation de crampons) dmarre du Collet dAllevard (sommet de la station) et se termine au refuge.du Merlet (par la remonte dun long vallon).On saperoit que les skieurs sont en attente 39 % du temps, pause repas comprise.

    Lac desPriaudes

    Pause repas

    phase de manipulation(crampons), espacement

    Sommet station

    Petit Charnier

    Grand Charnier

    Refuge du Merlet

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    Prvention

    y aura dinertie dans les prises de dci-sion (ainsi que dans leur excution), et mme dans laction : passage avec un espacement dtermin, etc. ; si ltape comporte une section par-ticulirement plate, le dnivel horaire habituel nest pas du tout pertinent ; ds lors que lon volue par faible vi-sibilit (brouillard, nuit), les temps habi-tuels de parcours peuvent frquemment tre doubls.Pour chaque tape du parcours, il faut se demander ce qui pourrait se produire chaque passage-clef, en fonction des difficults rencontres possibles (m-to, difficult faire la trace, bottage sous les skis, sous-couche glace), difficults a priori indpendantes entre elles, mais qui pourraient sinfluencer mutuellement. Cela revient en quelque sorte se projeter dans le pire des cas ! Sans tomber dans la paranoa, ce questionnement et lidentification dune chane dvnements bien particuliers ne sont pas sans fin, si cette squence est bien identifie.Ds lors, il ne reste plus qu transpo-ser tout cela sur le terrain. Tous les par-ticipants, si ce ntait pas le cas aupara-vant, doivent tre informs des tapes dcrites ci-dessus et des choix raliss. En effet, leur implication dans les dci-sions en fonction de leurs observations

    et de leur ressenti nen sera que plus pertinente. Leur capacit accepter un renoncement ou une adaptation du choix initial sera galement amliore.Cest lissue de cette phase que lon vrifiera la constitution des sacs car, outre le trio Arva-pelle-sonde, un ma-triel spcifique peut tre ncessaire : baudrier, crampons, piolet. Cette vrifi-cation sera parfois loccasion denlever des sacs des participants de faible ex-prience du poids inutile (trop de nour-riture, vtements de rechange), sou-vent lorigine de fatigue inutile et de pertes de temps.

    > Dveloppement partir dun exemple : la monte au col de la Balmette (combe est nord est) - Belledonne

    Le contexte de la sortie : nous sommes un groupe de sept skieurs alpinistes expriments voluant un rythme moyen, avec un leader identifi, dispo-sant dune corde de trente mtres. Nous avons ralis ce parcours le 2 mars 2008 en fin de raid de traverse nord-sud du massif de Belledonne.Nivo-mto : le beau temps et un bon regel sont annoncs, nous circulons dans le massif depuis quatre jours et nous nous attendons (hors consultation du BERA) un risque davalanche mar-

    qu au-dessus de 2 200 m. La veille, cinq centimtres de neige se sont d-poss par un fort vent de sud-ouest ; des accumulations sont craindre sur toutes les pentes du quart nord.Terrain/logistique : nous dmarrons ltape au Rivier dAllemont (en versant est de la chaine) et finirons en versant ouest de la chaine. Pour viter des contraintes logistiques, nous navons pas dpos de vhicule larrive et prvoyons de rejoindre la valle en stop, avec diffrentes hypothses de parking (Freydires, Chamrousse). Notre prparation nous a fait identifier trois passages dlicats lors de la mon-te est-nord est du col de la Balmette. La prsence de zones dattente pro-tges nous motive tenter de pas-ser, sachant que le franchissement de la crte est possible par une brche dont le final regarde au sud-est (le col lui-mme regarde lest ; encaiss, il est assimilable un couloir nord). Dun point de vue horaire, un dpart de nuit nous semble ncessaire (compte tenu de la longueur de ltape et de lorienta-tion des passages de monte).

    Le descriptif des points de dcision et des difficults, ainsi que les horaires prvus de passages sont prsents dans le tableau ci-dessous.

    N Heure

    Descriptif (altitude, contexte)

    Dangers ventuels identifier ; stratgie prvueSolution de repli

    ventuel

    1. 8 h 30

    2100 m, replat den-tre de la combe de la Balmette

    Purges des pentes sud-est dominant le lac si la neige est dj ramollie.Observation de lensemble de la combe (sauf la sortie au col), recherche visuelle (aux jumelles) dindices daccumulations, transport de neige par le vent

    Retour sur la valle dAllemont par la combe dArticol

    2. 9 h

    2150 m, replat au pied de la premire pente (mais dcal de son axe)

    100 m de dnivel 30 ; recherche dindices daccumulation. Un premier skieur trace la pente en utilisant au mieux sa largeur et en vitant les accumulations ventuelles.Le reste du groupe attend ses consignes pour sy engager, un espacement minimum sera requis. Cette dnivellation importante nautorise que difficilement le passage un par un : trop de perte de temps.

    Aller retour dans la combe sud de Roche Rousse (certainement peu accumule) = retour sur Allemont

    3. 9 h 45

    2350 m, extrme rive droite de la combe, au pied dun pilier rocheux

    50 m de dnivel 30-35 avec une configuration dlicate en sortie (pente convexe) : identification dune accumulation dans le panneau, prsence ou pas de zones rodes Par ailleurs, ce niveau, il est bon de vrifier quaucune purge naturelle nest craindre depuis la face est du Grand Pic, qui domine toute la fin de litinraire.Passage dun premier skieur et attente de consigne depuis le haut (replat) : possibilit dun passage un par un, hypothse dun dchaussage si une partie de la pente reste en neige dure.

    Renoncement et retour sur la valle dAllemont

    4. 10 h 30-

    2500 m, replat au pied du col de droite

    Observation daccumulations (ou non) dans le court couloir daccs au col, recherche dun cheminement ventuel vers une brche plus droite (orient au sud) : ncessit de placer une corde en main courante (contexte de neige de printemps avec des rochers apparents).

    Renoncement et retour dans la valle dAllemont

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 7

    Utilisation dune rglette de mesure de pentes. O pointe le crayon, les courbes maitresses ont un espacement de lordre de 30-35, ce passage lors de la monte fera lobjet de prcautions particulires (point de dcision n3).

    La combe de monte vue depuis le point de dcision n1 ; sont placs en les points 2 et 3 et litinraire prvu.

    La combe de monte -point de dcision n 2.

    La combe de monte -point de dcision n 3.

    Exemple de carte TOP 25 annote avec litinraire (tiret) de monte au col de la Balmette. Sont indiqus les points de dcisions/regroupements (ronds blancs), passages dlicats (cercles blancs), les alternatives en flches pointilles.

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  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 8

    Prvention

    > En guise de conclusion, quelques ides supplmentaires pour aller plus loin

    Si l'on souhaite aborder une sortie dun niveau suprieur ses pratiques habituelles, un bon principe consiste najouter quune (ou deux) complication la fois. Par exemple : passage dun couloir, parcours en boucle avec une descente vue , etc. Une accumu-lation de difficults trop importantes pourrait mettre l'quipe en mauvaise posture, voire en danger.

    Choisir judicieusement son prochain sommet, son prochain raid, passe par une prise d'informations et ncessite de savoir utiliser une chelle de cota-tion. Celles-ci sont nombreuses, elles tentent en gnrales de combiner des notions de difficult technique (raideur de la pente, passages trs troits), dexposition et d'engagement. Lors des sorties, parmi les lments qui favorisent une conduite efficace en accord avec la prparation, le soin ap-port la gestion de la trace intervient

    comme un plus. Une bonne trace per-met doptimiser lhoraire, d'conomiser physiquement les moins entrans ou expriments et enfin, d'utiliser la por-tion de terrain la moins expose un dpart davalanche lorsque les condi-tions nivologiques sont dlicates. Ce point particulier a fait lobjet dun article dans la revue Neige et Avalanches de septembre 2006 (n115). valuer sa sortie pour dvelopper son exprience. Au retour de la sortie ( lheure de la bire), une rflexion sur les vnements de la journe permet dintgrer des constats, et renforce son exprience pour les projets futurs ; ceci pourra permettre d'viter, le cas chant, de refaire les mmes erreurs. Les ques-tions se poser peuvent tre (liste non exhaustive) : o taient situs les dangers, quest-ce qui ma le plus sur-pris, les dcisions taient-elles correc-tes et ont-elles t prises au bon mo-ment. Et, pour synthtiser, quelles sont les consquences que nous pouvons (voulons ?) tirer de cette exprience.

    Une nouvelle tendance : la prparation partir de sites internet*Trs riches en informations, les sites contributifs de renseignements de courses* viennent parfois se subs-tituer pour partie lensemble de la dmarche classique de prparation. Ils offrent par leur contenu, des renseignements sur : ltat denneigement dun secteur : altitude chaussage, skiabilit les conditions de neige rencontres : type de manteau neigeux, enfoncement, activit avalancheuse constate des informations logistiques : accs, quipement des refuges, le niveau de frquentation des lieux enfin, et cest souvent un problme, un certain nombre dapprciations subjectives : qualit de la descente, ressenti sur le danger, la qualit de la traceLeur utilisation concrte ncessite souvent une lecture critique, pour rechercher les informations factuelles. En effet, que peut-on faire dapprciations telles que : les conditions sont super bonnes (quel est le vcu du skieur, son niveau, son honntet ?) ou encore la descente est en moquette revenue (o exactement, quelle heure ?) Par chance, de plus en plus des photos viennent appuyer les descriptifs. Par ailleurs, les administrateurs des sites ayant identifi cette difficult, certains mettent en place des grilles types visant unifier la qualit des observations sur la neige, sur la base de critres factuels.

    * www.camptocamp.org ; www.montagneinfo.net; www.skitour.fr; www.volopress.fr...

    Dans le haut de la combe.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 9

    accidentologie

    ans leur article prsentant une stratgie de recherche larva en prsence de plusieurs ense-velis1, M. Genswein et S. Har-

    vey constataient quen Suisse, de 1970 1999, 61 % des randonneurs ense-velis taient ensevelis avec dautres victimes.A linverse, lors de la Cisa-Ikar 2007, Dieter Stopper2 affirmait quau Tyrol les cas de multi-ensevelissement ne repr-sentent pas la majorit des cas et que les pratiquants doivent essentiellement savoir rgler le cas dun ensevelisse-ment simple et avoir une technique effi-cace de dgagement la pelle.

    Lavance technologique majeure des nouveaux modles darvas (Pulse Barryvox, DSP Pieps et S1 Ortovox) rside dans le fait quils facilitent la re-cherche en cas de multi-ensevelisse-ment : lorsque plusieurs ensevelis qui-ps darvas en mission sont proches et que les lignes de champs dmission

    se superposent, certains modles per-mettent en effet leffacement du signal de la premire victime localise afin de poursuivre aisment la recherche des victimes suivantes.Au vu des deux tudes prcites et de cette volution dans le matriel, il nous est apparu intressant danalyser les donnes franaises daccidents dava-lanches afin de rpondre principale-ment deux questions :

    D

    Phot

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    Accidentologie

    Notes1. Statistical analyses on multiple burial situations and search strategies for multiple burials - M. Gens-wein et S. Harvey - ISSW 2002, September 29-October 4, 2002, Penticton, BC, Canada.

    2. How common are multiple burials ? - D. Stop-per, Cisa-Ikar 2007, October 18-20, 2007 Pontresina, CH.

    Quand est-ce quon creuse ?

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 10

    Accidentologie

    1- Les cas de multi-ensevelissement sont-ils frquents en France ?2- Lorsquil y a ensevelissement, dis-pose-t-on de suffisamment de pelle-teurs pour grer efficacement le dga-gement ?

    Cette deuxime question fait suite une interrogation pose en apart par un secouriste professionnel au cours de la prsentation dun nouveau modle dArva, lors de la Cisa-Ikar 2007 : oui mais, quand est-ce quon creuse ? . En effet, pouvoir aisment et rapi-dement, grce son arva, localiser la deuxime voire la troisime (etc.) victime ensevelie, sans avoir besoin dteindre leur arva metteur est une trs bonne chose. Mais il est important de replacer cette avance technolo-gique dans son contexte pratique du terrain : la frquence de cas de multi-ensevelissement et la disponibilit de bras pour assurer le dgagement des victimes une fois la localisation ef-fectue.

    En pratique, quelle est la probabilit davoir se servir de la fonction de marquage propose par la dernire g-nration darvas ? Et, le cas chant, dispose-t-on de suffisamment de com-pagnons pour dgager simultanment chacun des ensevelis et ainsi tirer b-nfice de ce gain de temps ?

    > La frquence du multi-ensevelissement en France

    Sur la priode de rfrence et pour len-semble des activits rcratives hors domaine scuris, on ne comptabilise aucune victime ensevelie dans 41 % des cas daccidents recenss. Une seule personne tait ensevelie dans 47 % des cas. Le multi-ensevelisse-ment (deux personnes ou plus enseve-lies par accident) reprsente 12 % des cas daccident (figure 1).En ne considrant que les 259 cas daccidents o au moins une person-ne par accident tait ensevelie, on se rend compte que, lorsquil y a ense-velissement, le multi-ensevelissement reprsente 20 % des cas (dont 13 % avec seulement deux personnes en-sevelies). Autrement dit, lors dun se-cours pour un accident en randonne, hors-piste ou alpinisme, lorsquil y a ensevelissement, le cas de multi-ensevelissement se prsente 1 fois sur 5.

    En randonneLe regroupement des randonneurs la monte rend-il le multi-ensevelisse-ment plus frquent quen hors-piste ? Les rsultats ci-dessous ne permettent pas de rpondre directement et explici-tement cette question, mais ils sem-blent confirmer la supposition.Ainsi, en randonne, on ne constatait

    Lanalyse porte sur 440 accidents davalanche survenus lors de la pratique dactivits rcratives en dehors des domaines scuriss (randonne, hors-piste et alpinisme), recenss par lAnena entre octobre 1999 et septembre 2007. Sur ces 440 accidents, 259 (59 %) comportaient au moins une personne totalement ensevelie.175 accidents sont survenus lors dune randonne, 112 (64 %) dentre eux comptaient au moins une personne ensevelie.232 accidents sont survenus lors dune sortie hors-piste, 135 (58 %) impliquaient au moins un enseveli.33 accidents sont survenus lors dune course dalpinisme, 12 (36 %) comptaient au moins un enseveli. La faiblesse du nombre daccidents davalanche recenss en alpinisme empche toute analyse spcifique sur cette activit.Il est impossible de distinguer, au sein des donnes recueillies par lAnena, les cas de vritable multi-ensevelissement, cest--dire les cas o les victimes ensevelies sont proches les unes des autres et o les signaux dmission de leurs arvas se superposent, rendant difficile leur localisation (multi-ensevelissements regroups), des cas densevelissement multiple o les ensevelis sont loigns les uns des autres et pour lesquels la stratgie de recherche se borne la localisation de plusieurs arvas de manire isole (multi-ensevelissements isols). Les donnes prsentes ci-aprs traitent donc des deux types de multi-ensevelissements confondus.

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    Figure 1. Rpartition des accidents (n=440) selon le nombre den-sevelis - randonne, hors-piste, alpinisme -1999-2007.

    Figure 2. Rpartition des accidents (n=175) selon le nombre densevelis - randonne - 1999-2007.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 11

    aucun ensevelissement dans 36 % des cas daccident davalanche recen-ss, et un seul enseveli dans 50 % des cas. Les cas de multi-ensevelissement reprsentent 14 % des accidents re-censs (figure 2). Lorsquil y a enseve-lissement, le multi-ensevelissement re-prsente 21 % des cas, dont 14 % pour lesquels deux victimes seulement sont ensevelies.On constate une diffrence selon que les accidents ont eu lieu la monte ou la descente. Ainsi, si lon considre les accidents survenus la monte, les cas de multi-ensevelissement reprsentent 26 % des cas daccidents comptant au moins un enseveli. La proportion tombe 17 % pour les accidents survenus la descente (figures 3 et 4).Ces rsultats, mme sils portent sur une petite srie (112 cas daccidents davalanches en randonne impliquant au moins un enseveli), tendent confir-mer la priori que lon pouvait avoir : la monte, le regroupement des randon-neurs et la difficult dchapper lava-lanche semblent accrotre la probabilit dun multi-ensevelissement.En outre, et comme le soulignent M. Genswein et S. Harvey dans leur analyse, on peut penser, tant donn les circonstances des accidents, que les cas de vritable multi-ensevelisse-ment, avec des victimes proches les unes des autres, sont plus frquents lors daccidents de randonne surve-nus la monte.

    En hors-pisteEn hors-piste, le multi-ensevelissement semble moins frquent quen randon-ne. Ainsi, sur la totalit des accidents sur-venus en hors-piste depuis 1999-2000 et recenss par lAnena (232 accidents impliquant au moins un emport), 42 % ne prsentaient aucun enseveli. Dans 50 % des cas une seule personne tait ensevelie. Le multi-ensevelissement re-prsente 8 % des cas daccident (dont 5% avec seulement deux ensevelis) (figure 5).La part du multi-ensevelissement en hors-piste est donc presque trois fois moins leve quen randonne. En ne considrant que les accidents dava-lanche impliquant au moins un enseveli (135 cas), les cas de multi-ensevelisse-ment reprsentent 13% du total, dont la moiti o lon ne compte que deux en-sevelis. Autrement dit, lors daccidents en hors-piste impliquant au moins un enseveli, les secouristes auront grer un multi-ensevelissement dans 1 cas sur 8.Comme on pouvait le supposer, les cas de multi-ensevelissement sont moins frquents en hors-piste quen randon-ne. Il est mme intressant de noter que les parts de multi-ensevelissement en hors-piste (13%) et en randonne la descente (17%) sont assez proches. La diffrence monte/descente, la faci-lit dchapper ou non lavalanche, la taille des groupes (on le verra plus loin,

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    Figure 3. Rpartition des accidents impliquant au moins un ense-veli (n=59) selon le nombre densevelis - randonne la descente - 1999-2007.

    Figure 5. Rpartition des accidents (n=232) selon le nombre densevelis - hors-piste - 1999-2007.

    Figure 4. Rpartition des accidents impliquant au moins un en-seveli (n=53) selon le nombre densevelis - randonne la monte - 1999-2007.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 12

    Accidentologie

    le hors-piste est une activit pratique plus souvent en solitaire que la randon-ne) peuvent en partie expliquer ces diffrences.

    > Compagnons sauveteurs disponibles :

    Un secours en autonomie (cest--dire effectu par les compagnons de la ou des victimes ensevelies), o lensem-ble des ensevelis pourrait tre dgag dans les quinze premires minutes, implique non seulement que le groupe utilise avec efficacit lensemble arva-pelle-sonde, mais galement et surtout quil y ait suffisamment de compagnons sauveteurs disponibles en surface pour assurer le dgagement des victimes. On peut considrer que plus il y aura de bras disponibles pour pelleter, plus les chances de survie des ensevelis seront statistiquement leves.Considrant que la profondeur moyen-ne densevelissement3 est, en France, proche de 120 cm, il faudrait en moyen-ne dplacer un volume de neige voisin de 3 m3 (reprsentant une masse dau moins une tonne) pour dgager une personne ensevelie4.Sans prjuger de la qualit de neige, de la motivation, de lentranement et de la forme physique des compagnons sau-veteurs, on peut raisonnablement consi-drer quil faut un minimum de deux personnes pour dgager rapidement un enseveli5. Ds lors, pour un enseveli, il faudrait un groupe constitu lorigine

    de trois personnes. Pour deux ense-velis, il faudrait quatre pelleteurs en si-multan pour offrir les mmes chances de survie aux deux victimes. Donc un groupe constitu de six personnes, etc. En de de ces chiffres, les chances de survie de chaque enseveli supplmen-taire seraient hypothques.Considrant les donnes franaises, combien comptait-on de personnes dans les groupes accidents ? Com-bien de victimes ensevelies ces grou-pes pouvaient esprer dgager simul-tanment ?Lanalyse porte sur les 112 accidents survenus en randonne et les 135 ac-cidents survenus en hors-piste entre 1999-2000 et 2006-2007 pour lesquels on comptait au moins un enseveli.

    En randonneDans 16 % des cas daccidents en ran-donne, il sagissait dune sortie en so-litaire : la victime pratiquait seule et ne pouvait compter que sur la disponibilit de tmoins de laccident pour un ven-tuel secours.54 % des cas prsentaient une res-source humaine suffisante pour grer efficacement le simple cas dun mono-ensevelissement (trois randonneurs ou plus constituant le groupe).Dans seulement 22 % des cas dacci-dents, il y avait une ressource humai-ne thorique suffisante pour grer au mieux un double ensevelissement (six randonneurs ou plus). Et ce nest que

    dans 6% des cas daccidents recenss que les groupes taient suffisamment grands (constitus de neuf randon-neurs ou plus) pour pouvoir grer avec efficacit un triple ensevelissement (fi-gure 6).

    Hors-pisteConsidrant les 135 accidents dava-lanche survenus en hors-piste impli-quant au moins un enseveli, dans 27 % des cas il sagissait dune sortie en solitaire . Le hors-piste semble donc tre plus facilement pratiqu en soli-taire que la randonne. Limpression de scurit apporte par la proximit de la station, de la foule et des secours expli-que peut-tre, en partie, cette plus forte tendance.Dans 52 % des cas, il y avait thorique-ment assez de bras pour dgager rapi-dement un seul enseveli.Dans seulement 13 % des cas, les groupes taient suffisamment grands pour dgager simultanment deux ensevelis (groupes composs de six free-riders ou plus). Enfin, les cas de triple ensevelissement nauraient pu tre thoriquement traits que dans 4 % des cas daccidents recenss (figure 7).

    Lorsquun accident davalanche im-plique un ensevelissement, le cas de multi-ensevelissement nest pas aussi frquent quon pouvait le penser. 1 cas sur 5 en randonne dune manire g-

    A la monte, le regroupementdes randonneurs et la difficult dchapper lavalanche semblent accrotre la probabilit dun multi-ensevelissement.

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  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 13

    pe dau moins trois personnes ; la monte en randonne, conserver des distances suffisantes et viter de se re-trouver sur une mme ligne de pente ; descendre un par un. Au final, on arrive la mme conclu-sion que D. Stopper : les pratiquants doivent dj savoir rgler un ensevelis-sement simple et avoir une technique de dgagement la pelle efficace.

    Frdric JARRY

    nrale. Un peu plus pour les accidents survenus la monte (1 sur 4), et bien moins pour ceux survenus la descente (1 sur 6). La frquence est encore moin-dre pour les accidents en hors-piste : 1 cas sur 8.

    En ce qui concerne le nombre de bras thoriquement disponibles pour dga-ger un ou plusieurs ensevelis, il ressort que, dans prs de la moiti des cas dac-cidents recenss en randonne et hors-piste impliquant au moins un enseveli, le nombre de personnes constituant le groupe tait thoriquement insuffisant pour grer de faon autonome avec efficacit un simple cas de mono-ense-velissement. Dans seulement 1 cas sur 5 en randonne et 1 cas sur 8 en hors-piste, les groupes taient suffisamment importants pour pouvoir dgager deux victimes au maximum simultanment.

    En cas de multi-ensevelissement, les compagnons sauveteurs sont donc sta-tistiquement souvent amens choisir quel enseveli ils donnent le plus de chance de survivre. En permettant de connatre la profondeur densevelisse-ment, la sonde peut devenir un moyen de triage statistiquement parlant !Ces donnes nenlvent rien lint-rt que lon peut porter aux nouveaux matriels de secours, censs faciliter la recherche de plusieurs metteurs pro-ches. Sil nest pas frquent, le cas de multi-ensevelissement peut en effet se prsenter pour nimporte quel randon-neur. Et, moins dtre infaillible dans la recherche multi-victime avec un arva ancienne gnration (ce qui impli-que, on le sait, un entranement sp-cifique rgulier), ces nouvelles techno-logies sont un plus pour les prati-quants amateurs.Mais, comme on la constat, lapport de ces appareils ne sera pas suffisant lui seul pour rgler tous les problmes poss par le multi-ensevelissement. A un moment donn, il faut bien commen-cer creuser !

    Dans la pratique, si lon veut viter le multi-ensevelissement et disposer dun nombre suffisant de pelleteurs en cas de problme, les bons vieux conseils de prvention sappliquent toujours : ne jamais sortir seul ; constituer un grou-

    Figure 7. Rpartition des accidents impliquant au moins un enseveli (n=135) selon le nombre de personnes dans le groupe - hors-piste - 1999-2007.

    Figure 6. Rpartition des accidents impliquant au moins un en-seveli (n=112) selon le nombre de personnes dans le groupe - ran-donne - 1999-2007.

    3. 20 % des ensevelis se trouvaient sous moins de 50 cm, 26% entre 50 et 100 cm, 22% entre 100 et 150 cm et 32% sous plus de 150 cm. Lensevelissement moyen pour les victimes dgages vivantes est de 75 cm. Il est de 150 cm pour les victimes retrouves dcdes (accidents recenss en randonne, hors-piste ou alpinisme entre 1999 et 2007).

    4. B. Edgerly et D. Atkins estiment que pour un ensevelissement sous 100 cm. Il faudrait dgager 3m3

    de neige (1 t. 1,5t.). Strategic shoveling : the next frontier in companion rescue - ISSW 2006, October 1-6, 2006, Telluride, Co. Prsentation disponible sur le site : www.backcountryaccess.com/english/documents/EdgeAtkins_Shoveling.ppt.

    5. Pour la stratgie de dgagement en V mise au point avec une guide norvgienne (Eide), M. Genswein recommande notamment deux pelleteurs au minimum par enseveli . Das V-frmige Frderband zum schnellen und schonenden Ausgraben eines Verschtteten - Cisa-Ikar 2007, 19 octobre 2007, Pontresina, CH.

    La part du multi-ensevelissement en hors-piste est donc presque trois fois moins leve quen randonne.

    Notes

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  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 14

    prvention

    epuis 2002, le Cemagref assure, avec lappui de lONF, la mise jour et lextension des zones couvertes par la CLPA, selon un processus rnov, et en amliore la valorisation et la diffusion.

    > Les volutions dcides

    Les conclusions de la mission confie lInspection Gnrale de lEnvironnement, suite la catastrophe de Montroc (Chamonix, fvrier 1999), ont conduit le ministre de lEnvironnement et du Dveloppement Durable commander deux oprateurs (ONF et Cemagref ), et soutenir financirement, un programme de mise en place, de modernisation, de diffusion et de gestion des bases de donnes sur les avalanches , parmi lesquelles la CLPA.A cet effet, une premire convention-cadre a t conclue entre ce ministre et les oprateurs, couvrant la priode 2002-2006, tendue 2007. Outre la mise jour des donnes et la maintenance du dispositif, de nombreux dveloppements ont t effectus dans ce cadre.Parmi les dcisions arrtes au niveau de la convention, citons quelques modifications ou amliorations -les plus visibles pour lutilisateur- dont certaines avaient dj fait lobjet de propositions de la part du Cemagref, oprateur historique de ces travaux : Cette carte sera renomme Carte de Localisation des Phnomnes dAvalanche , lancien nom Carte de Localisation Probable des Avalanches ayant pu tre interprt tort comme tant celui dune carte de risque, alors quil ne sagit que dune carte des phnomnes observs par des tmoins, accompagne dune photo-interprtation des avalanches, partir des formes du relief et de la vgtation. Ces donnes seront reprsentes sur un fond unique et continu au niveau du massif et feront lobjet de publications au format A3, rendant leurs utilisation et mise jour simplifies. Elles feront lobjet de mises jour annuelles et de rditions dcennales, une fois la rnovation initiale effectue. Quelques modifications de la lgende seront apportes, rendant plus logique linterprtation des symboles utiliss. Le produit complet comprendra : les feuilles A3, les fiches descriptives des principales zones davalanches de la carte ainsi que des notices de massif dcrivant, pour chaque massif, des informations concernant lenvironnement (gologie et vgtation), les principaux pisodes avalancheux historiques et quelques avalanches remarquables.Toutes ces amliorations ont t apportes. Mais cest dans le domaine de lorganisation des bases de donnes, peu visible pour lutilisateur, que les efforts ont principalement port.

    Les conclusions de la mission mettaient laccent sur la valorisation de ces produits daffichage du risque.Cest pourquoi un effort dinformation des lus a t effectu grce ldition dun guide de prsentation de la CLPA ralis avec le soutien notamment de la rgion Provence-Alpes-Cte dAzur.La diffusion de la CLPA a t largement tendue. Sa version papier sadresse ses nombreux utilisateurs habituels (institutionnels et professionnels de la montagne). La mise disposition des cartes elles-mmes ainsi que des fiches et autres documents sur un site Internet, permet de toucher un plus vaste public, y compris au niveau international.

    > Un document mis jour rgulirement

    De 2002 2006, la CLPA a t mise jour sur dix-neuf zones de lancienne dition, dont douze ont fait lobjet dextensions attenantes ou proches. Elle a t tendue deux nouvelles zones.Ces extensions ont pu tre ralises grce la participation des collectivits sur les territoires les concernant, particulirement les rgions Provence-Alpes-Cte dAzur, Midi-Pyrnes et Rhne-Alpes et les dpartements 04, 05 et 06. Au total, depuis 2002 jusquau terme de la premire conven-tion-cadre, la mise jour a port sur plus de 340 500 ha, soit 47,6 % des 714 400 ha (hors photo-interprtation seule) cartographis depuis 1970, auxquels sajoutent 82 400 ha de

    Etat davancement des travaux de la Carte de Localisation des Phnomnes dAvalanches (CLPA) rnove

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    Prvention

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 15

    zones nouvellement traites. Plus de 5000 nouvelles fiches signaltiques de tmoignages sur une emprise ont t traites, et vingt-deux notices de massif ont t rdiges et distribues.La livraison de ces documents sest tage de 2003 dbut 2008.En 2008, vont tre mises disposition les zones tudies dans le cadre du programme annuel additionnel 2007, qui sont : Sixt-Passy-Val Montjoie-Beaufortin (74-73) : 52 100 ha ; Petit-Saint-Bernard (73) : 10 500 ha ; Guisane-Vallouise (05) :18 000 ha.Ceci portera le pourcentage des zones conformes aux dispositions de la convention plus de 58 % du total. Il reste actuellement 105 900 ha reprendre, qui concernent les anciennes cartes du dbut des annes 1990. Le solde est constitu de cartes parues entre 2000 et 2004, ne ncessitant que trs peu de travaux de mise en conformit (204 600 ha).Durant cette mme priode, la carte a fait lobjet dun nombre relativement modeste (environ 80) de mises jour annuelles, suite des vnements signals au Cemagref par lONF ou dautres tmoins, et qui ont dpass les emprises connues. Elles ont t intgres la base de donnes. Parmi les vnements remarquables ayant entran la mise jour des donnes, citons lavalanche de la Rouva Pelvoux (05), survenue en fvrier 2006.

    > Un document diffus largement

    La carte mise jour et tendue a t adresse au format papier A3 aux cent vingt-cinq communes tudies, mais galement une quarantaine de types de services concerns, ainsi quaux tmoins les plus assidus dans leur aide la mise jour de la CLPA.De plus, depuis 2004, celle-ci est consultable sur le site Internet http://www.avalanches.fr, o les feuilles de la carte au format image.jpg, ainsi que les fiches signaltiques denqutes et les notices de massif, peuvent tre librement tlcharges. Les formes dfinitives dune mise disposition par tlchargement des fichiers source de la carte sont ltude.Figurent galement sur ce site dautres donnes concernant les phnomnes et les risques davalanches, lenqute permanente sur les avalanches (EPA), la classification des sites sensibles aux avalanches, les statistiques de prcipitations en zone davalanches, le guide Construire en montagne ...

    Laurent BELANGER et Gilles BORRELCemagref/UR ETNA Grenoble

    Note1. Le terme massif, employ dans cet article, correspond celui utilis par Mto France pour sa prvision oprationnelle du risque davalanche (PRA).

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 16

    neiges

    ean tait en train de raviver le feu dans la grande pice de sjour lorsquun norme fracas le fit sursauter. Cela provenait de lextrieur. Il se prcipita la fentre, celle qui donnait sur les Drus. Il ne vit au-dehors quun immense nuage de poussire. Il comprit tout de suite. Il retourna en toute hte vers le

    centre de la pice, o se trouvait le tlphone. Il le prit et, dune main fbrile, se mit pianoter sur le clavier.- Allo ? ... oui, cest Jean. Elle est tombeEt il raccrocha.Il retourna la fentre, avec moins dempressement cette fois-ci. Le nuage commenait se dissiper. Il pouvait de nouveau distinguer la montagne. Mais la chapelle, elle, ntait plus l. Dsormais, il ny avait plus, face lui, que le front du glacier, menaant. Cern de toutes parts par les glaces, le petit difice avait fini par scrouler sous leur pousse. On avait pourtant tout essay pour le sauver : on avait tendu de grandes quantits de cendre sur la glace pour que le soleil la fasse fondre ; on avait ensuite dvers de gigantesques quantits deau chaude ; enfin, on avait utilis de la dynamite pour tenter denrayer la progression du monstre. Mais tous ces efforts staient rvls inutiles : le glacier tait le plus fort, et il avait continu avancer inexorablement. La disparition de la chapelle, il savait ce que cela signifiait : la prochaine construction subir le mme sort, ce serait son chalet. Ce chalet qui lui venait de son pre, qui le tenait de son pre, lui-mme de son pre, et ainsi en remontant les gnrations. Il en serra les poings dimpuissance. Puis, de rage, il prit une bche et la lana de toutes ses forces dans ltre. Le feu ragit instantanment, projetant une gerbe dtincelles digne dun bouquet final de feu dartifice.- Ah ! scria-t-il, on peut en faire de beaux feux, maintenant ! Cest pas le bois qui manque, avec tous ces arbres quil charrie ce maudit glacier, et tous ces chalets quil a dj dtruits !Son regard tait maintenant comme hypnotis par la danse des flammes revigores par larrive si soudaine de combustible. Ses penses senvolrent, se mirent remonter le temps

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    Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 17

    Il se remmora lpoque, pas si lointaine, o le rchauffement climatique avait encore cours. Il se souvenait des discussions et des inquitudes quil suscitait alors dans la valle : le retrait de nos beaux glaciers nallait-il pas faire baisser lafflux touristique ? Et ces saisons de ski qui devenaient de plus en plus difficiles avec une neige qui se faisait de plus en plus rare.Il se rappelait galement trs bien des prmices du basculement : les hivers taient redevenus froids et neigeux, et les avalanches descendaient de nouveau frquemment jusque dans le fond de la valle, interrompant toute communication. Les ts, eux, taient le plus souvent frais et pluvieux. Quant aux glaciers, ils cessrent dans un premier temps de reculer, puis se mirent progressivement avancer. Il se souvenait aussi trs bien de leuphorie de ces annes-l : lhiver, on avait recommenc faire de bonnes saisons, et lt, mme si le temps tait souvent maussade, les touristes venaient en nombre, attirs par le spectacle grandiose de ces masses glaciaires de nouveau joufflues mergeant des brumes froides qui enveloppaient les sommets draps de leurs neiges redevenues ternelles.Puis, lorsque lavance des glaciers sacclra, certains commencrent sinquiter. Lheure tait cependant encore loptimisme : le tourisme marchait bien, tout le monde dans la valle avait du travail.Mais le sentiment gnral changea vraiment lanne o la Mer de Glace, qui avait dj tant mont en seulement quelques annes, emporta, tels de vulgaires dcors de cinma en carton-pte, la gare et lhtel du Montenvers. Les glaciers taient devenus menaants. Ils staient mis descendre vers le fond de la valle en dimpressionnantes chutes de sracs, do provenaient, intervalles plus ou moins rguliers, de puissants grondements provoqus par leffondrement de gigantesques volumes de glace. Quelques annes plus tard, ils commencrent bousculer les forts qui se trouvaient en travers de leur chemin, puis ils sattaqurent aux premiers chalets.Les scientifiques avaient t alerts, bien sr. Ce refroidissement, ils en avaient rapidement trouv la cause :

    il provenait, avaient-ils dit, dune lgre baisse de lactivit solaire ; de quelques pour cent , avaient-ils prcis. Quelques pour cent peut-tre, mais quels bouleversements dans la valle ! Du reste, le problme fut vite rgl, si lon peut dire : il ny avait rien faire contre cette baisse de rgime du soleil, et personne ne savait non plus combien de temps cela durerait.Maintenant assis dans son fauteuil prs de la chemine, baign par la douce chaleur qui rayonnait du foyer, Jean finit par sassoupir

    Il fut rveill par le tintement dune cloche toute proche. Sa sonorit lui tait familire. Il se leva lentement, puis se dirigea vers la fentre, celle qui donnait sur les Drus. Il regarda dehors, et vit le clocher de la petite chapelle qui se dcoupait dans le ciel. Derrire, il y avait la fort, les rochers, mais pas la moindre trace de glacier. Il poussa un immense soupir de soulagement.- Quelque chose ne va pas, grand-pre ? senquit Adeline, sa belle-fille. Vous navez pas lair bien.- Ce nest rien, lui rpondit Jean dune voix rassurante. Jai juste fait un cauchemar.- Dis, papy, ctait quoi, ton cauchemar ? lui demanda son tour Tho.- Et bien jai rv que notre chalet allait tre englouti par la Mer de Glace.- Oh ! a, vu ltat dans lequel sont nos glaciers, a nest pas prs darriver ! sexclama son fils Julien.- Mais, quelle est cette Mer de Glace dont vous parlez, grand-pre ? reprit Adeline.- Il sagit dun glacier aujourdhui disparu. Il y a longtemps, quand jtais jeune, le glacier de Leschaux et celui du Gant se rejoignaient, pour former un puissant fleuve de glace. Celui-ci scoulait ensuite en direction de la valle, en passant juste sous le Montenvers. Ctait cela quon appelait la Mer de Glace .

    Daniel GOETZ

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 18

    matriel

    La mesure de lenfoncement du premier tube de la sonde de battage (habituellement nomm Ps ) apporte une information trs intressante pour lvaluation de la stabilit superficielle du manteau neigeux. Ce relev, lorsquil est complt par dautres donnes comme la masse volumique de la neige et sa temprature, se montre en effet trs pertinent pour la prise de dcision de dclenchement prventif des avalanches. Plus informatives encore sont les variations temporelles de cette donne, qui annoncent trs bien certaines crues et dcrues avalancheuses ( condition, bien sr, que les relevs soient effectus en un lieu reprsentatif des zones de dpart des avalanches).

    Tout pourrait tre parfait donc, si cette mesure simple ne posait quelques petits problmes pratiques. Il faut notamment utiliser une sonde de battage, coteuse et encombrante...

    On a donc conu un instrument parfaitement quivalent au premier tube de la sonde de battage, de mme poids et de mme diamtre, mais au cot et lencombrement nettement rduits. Il ne sagit donc pas dune grande invention, mais dune simple petite adaptation technique , utile au praticien. Celui-ci pourra dornavant conserver une sonde complte et utilisable tout moment, y compris lheure des relevs bi-quotidiens (un observateur pourra effectuer lobservation au poste de mesures pendant quun autre effectuera le sondage par battage en un autre lieu) ; il apprciera sans doute galement, lorsquil devra se dplacer ski, de transporter un tube mesurant vingt centimtres et non un mtre. Enfin, il pourra viter lachat dune sonde par battage sil nen a pas lutilit.

    On laura compris : voici un petit instrument sans prtention, mais bien pratique et bon march.

    Robert BOLOGNESIMETEORISK

    Du nouveau pour les mesures nivo-mto

    La sonde courte mesure 22 cm de longueur et sa masse est de 1 kg. Son diamtre et la gomtrie de sa pointe sont rigoureusement identiques ceux de la sonde de battage traditionnelle. Les graduations sont graves sur le tube, pour une plus grande longvit. Le mtre pliant est en matire plastique pour rsister leau. Enfin, le filetage est tel quil permet un vissage ais du tube sur la pointe.

    Conception : Robert Bolognesi, Meteorisk,

    tl. 0041 79 433 30 72 www.meteorisk.com

    Ralisation et commercialisation : Laurent Lebrun, Locker

    tl. 04 76 90 26 88 www.locker.fr

    Matriel

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 19

    Mesure traditionnelle de la donne Ps avec le premier tube de la sonde de battage (en haut) et mesure de la donne Ps avec la sonde courte (en bas).Ces deux mesures seffectuent exactement de la mme faon et sont parfaitement quivalentes.

    La sonde courte est facilement transportable, ce qui est un avantage certain lorsque lon ne dispose pas dabri permettant de stocker le matriel de mesure proximit du point de relevs (comme cest souvent le cas pour les postes daltitude ou pour les postes complmentaires.)

    A. Dvisser le tube gradu.Mode demploi

    B. Dplier le mtre gradu.

    C. Replacer le tube.

    D. Revisser le tube.La sonde est prte lemploi.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 20

    scienceScience

    > La structure de mesure

    Nous avons utilis les mesures effec-tues loccasion du dclenchement du 15 fvrier 2007 au couloir n1. Dans ce couloir est installe la structure illus-tre en figure 1, compose dune pou-tre encastre dans le sol et dune pla-que d'une surface de 1 m2. Cette plaque peut coulisser le long de la poutre afin de pouvoir ladapter, avant le dclen-chement, la hauteur de neige dans le couloir. Sous laction de lavalanche sur la plaque, la poutre se dforme de faon lastique et ses dformations sont me-sures par des jauges de contrainte. La sollicitation tant trs rapide, les acc-lrations de la structure sont galement mesures. La force applique par lava-lanche est calcule par une analyse in-verse de ces deux types de signaux. Ce calcul utilise un modle numrique de la structure, capable de reproduire les dformations principales et les frquen-ces propres de rsonance gnres par lavalanche (figure 2), et une validation de ce modle par des essais de choc. Lors de tels essais, la pression nest pas inconnue comme lors des dclen-chements davalanche, mais mesure laide dun marteau dynamomtrique, ce qui permet de connatre en mme temps la sollicitation et la rponse de la structure.

    > Le tir du 15 fvrier 2007

    La densit de la neige dans la zone de dpart est comprise entre 80 et

    160 kg/m3. Il sagit dune neige sche (-2C), essentiellement constitue de grains fins (0,3 mm) et de particu-les reconnaissables dposs lors de prcipitations intervenues dans les 36 heures prcdentes. Lavalanche est dclenche au sommet du couloir par une charge explosive glisse (tir lectri-que) . Cest une couche denviron 50 cm dpaisseur qui est dstabilise. Elle forme un coulement dense accompa-gn dun arosol de neige bien canalis dans laxe du couloir. Lorsquelle arrive sur la structure, elle la recouvre sur peu prs toute sa hauteur (1 m). La vi-tesse de lcoulement, dduite du sys-tme de prise de vue vido, est, lem-placement de la structure, de lordre de

    17 m/s lors de limpact, puis diminue ra-pidement jusqu' environ 5-6 m/s dans les 6 secondes qui suivent. La figure 3 montre lavalanche quelques secondes aprs limpact sur louvrage.Les mesures ralises lors du tir du 15 fvrier 2007 sont prsentes figure 3 et illustrent comment volue la pression sur la structure en fonction du temps. Lavalanche atteint la plaque t=18 s. La pression augmente ensuite rapide-ment pour atteindre 35 kPa (3,5 tonnes par m2) t=21 s. Aprs, la pression di-minue, en relation avec la diminution de la vitesse de lcoulement, coulement qui conserve malgr tout une hauteur constante de 1 m au niveau de la struc-ture. Au-del de t=28 s, lcoulement de

    Figure 1. (a) Plaque de 1 m2 supporte par une poutre (3,5 m de haut) encastre dans le sol et quipant le couloir n1. (b) A la suite du tir du 15 fvrier 2007, la plaque est recouverte dun dpt de neige en forme de didre.

    Un site dtude et de dclenchement davalanches : le col du Lautaret

    Seconde partie : Pression gnre par une avalanche sur un ouvrageCet article fait suite une premire partie publie dans le numro 120 de cette revue. Il prsente un exemple de mesures ralises lors de limpact dune avalanche sur un ouvrage-capteur install sur le site de dclenchement davalanches du col du Lautaret. Rappelons simplement ici que ce type de mesure est ralis pour valuer la sollicitation des avalanches sur des ouvrages de gnie civil, en vue du dimensionnement des ouvrages paravalanches et dune contribution au zonage du risque avalanche(cartes de Plan de Prvention des Risques naturels (PPR)).

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 21

    neige se termine progressivement, et la vitesse ainsi que la hauteur de neige di-minuent, pour sannuler t= 33 s.Le pic de pression est trs proche de ce que prvoient les calculs classiques destimation de pression en fonction de la densit et de la vitesse de lavalan-che (modle cintique hydrodynami-que), comme le montre la figure 4 o la pression calcule par ce modle classi-que a galement t reporte. Pour une vitesse dcoulement leve comme lors de limpact, il y a cohrence entre les mesures et ce modle qui considre que lnergie de lavalanche est pure-ment dorigine cintique. Par contre, lorsque la vitesse de lcoulement dimi-nue, la pression obtenue par le calcul sous-estime systmatiquement la pres-sion mesure sur louvrage. Cela est d au fait qu'aux faibles vitesses, les forces de frottements et de cohsion internes lcoulement de neige apportent une contribution non ngligeable la sol-licitation sur louvrage. Ces forces de cohsion sont aussi responsables dun dpt de neige sur la face amont de la structure (figure 1b). Celui-ci a un effet plutt protecteur : il rduit la force appli-que louvrage en diminuant son coef-ficient de trane et en lui donnant une forme de didre plus arodynamique que sa surface plane dorigine. Ce ph-nomne, qui peut sinterprter comme un moyen de minimiser lnergie dinte-raction entre lavalanche et louvrage, il-lustre bien la complexit de linteraction coulement-obstacle.

    CollaborationsLa caractrisation de la sollicitation des structures par les avalanches fait partie de plusieurs projets de recherche me-ns par le Cemagref au col du Lauta-ret, en collaboration avec une unit de recherche spcialise en gnie civil et mcanique des solides de lINSA de Lyon (unit URGC). Ces projets b-nficient du soutien financier du Ple Grenoblois Risques Naturels (Conseil Gnral de lIsre), de la fdration RNVO-VOR (Vulnrabilit des Ouvra-ges aux Risques, CNRS-UJF-INPG) et de lAgence Nationale de la Recherche (projet OPALE).

    Emmanuel THIBERT et Xavier RAVANATCemagref/UR ETNA Grenoble

    Figure 3. Tir du 15 fvrier 2007, couloir n2. Ce clich est pris quelques secondes aprs le dclenchement de lavalanche au moment o elle vient de passer lemplacement de la structure. Elle a dj parcouru plus de 150 m et sa vitesse est alors de 17 m/s (61 km/h).

    Figure 4. Pression gnre sur la structure poutre-plaque par lavalanche du 15 fvrier 2007 et comparaison avec la pression calcule daprs les vitesses de lavalanche mesures par vido. A limpact, la pression atteint 35 kPa, cest--dire 3,5 tonnes au mtre carr.

    Figure 2. Modle numrique de la structure de mesure illustrant les diffrents types de dformations possibles sous laction dune avalanche et les frquences de rsonance correspondantes.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 22

    tmoignageTmoignage

    imanche 28 janvier 2007. Je suis dans les Alpes de Haute-Provence pour ma deuxime journe de ski de randonne. Je

    dcide de skier un couloir orient nord, culminant 2280 m dans un secteur que je connais bien pour le frquenter depuis vingt ans.Aprs un court portage en fort, je progresse une heure skis aux pieds avant de parvenir la base du couloir. Il y a peu de neige en ce dbut de saison, mais les culots des prcdentes avalanches sont bien l et le fond du couloir semble bien garni. J'enlve mes skis puis les fixe latralement sur le sac dos en les arrimant solidement l'un l'autre au niveau des spatules l'aide d'un scratch . Je chausse mes crampons et je pars lassaut du couloir. Sa pente est d'abord de 35, puis se redresse 40, pour approcher les 45 sous la corniche sommitale, quasi inexistante aujourdhui. Je progresse en rasant le ct gauche du couloir . Je fais cela systmatiquement, car je me suis toujours dit quen cas davalanche, il valait mieux ne pas tre au centre, afin de pouvoir l'esquiver latralement. Jenfonce beaucoup au dpart. Puis je franchis un court passage de neige dure, avant de casser nouveau chaque pas une neige cartonne, mais qui repose cette fois sur de la neige tendre Au bout de trente mtres de progression, ma jambe gauche provoque un timide wouff caractristique. Je viens de

    dclencher une mini-plaque vent. Je saute instinctivement sur ma gauche, crampons aux pieds. Je russis rester accroch la pente, et vois partir le panneau de neige. La montagne vient de me donner un premier avertissement. Cela ne minquite pas plus que cela : ce nest pas la premire fois que je fais partir des mini-plaques ici et tout sest toujours bien pass. Je redescends un petit peu dans mes traces et dcide de traverser dlicatement. De ce ct, il y a apparemment moins de neige et je progresse plus vite. Jai dpass dau moins vingt mtres la pointe de la cassure que j'avais provoque de l'autre ct du couloir quand, rattrap par mon instinct, je dcide de marrter. Le couloir sest largi, il fait bien sept mtres de large. Devant moi, un amoncellement de neige protg par une strate de roche oblique remonte anormalement sur la contre-pente o je me situe. Une

    petite voix intrieure commence me parler. C'est alors que le dernier de mes pas fait partir lamoncellement de neige. Javais anticip le coup et je russis de nouveau rester accroch la pente. Mais l'paisseur de la plaque de neige qui s'est dcroche atteint cette fois allgrement les cinquante centimtres. Deuxime avertissement, je capte enfin, mais nest-ce pas dj trop tard ? La course est finie, il faut faire demi-tour. Je redescends avec application dans mes traces, face la pente. Arriv au niveau de la traverse effectue la monte, jhsite : les contre-pentes ne sont gure accueillantes. Jai travers une fois le couloir, il doit bien tre possible de le traverser une seconde fois ? Un pas, deux pas, trois pas boum ! Cest lexplosion. En un centime de seconde jai compris que tout le couloir partait. Je tente de courir en oblique

    Miracul !

    D

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    pour rejoindre le bord den face, mais je suis rapidement fauch. Je me dbats comme un fou. a ne rigole plus ric, ce nest pas la petite avalanche dclenche avec insolence skis aux pieds, cest la grosse cette fois, je le sens, je le sais instantanment. Cest le dbut dun combat ingal, d'un long voyage vers linconnuSur les quinze premiers mtres, jai le sentiment de faire jeu gal avec lavalanche : je vois le ciel, je glisse, certes, mais ne suis pas enseveli, enfin pas encore Cest sans compter sur lnorme masse de neige, venue de derrire, qui brusquement me catapulte et me fait plonger la tte en avant sous la neige. a y est, je coule, mais je nage avec mes bras et mes jambes de toutes mes forces pour rester en surface. Je suis parfaitement conscient, commence rouler dans tous les sens et, connaissant bien les lieux, minquite

    pour la barre rocheuse qui mattend. Jai peur du choc, peur de me tuer la rception. Mon cerveau fonctionne 300 km/h. Janalyse tout instantanment. Je vole, jtouffe dj, je veux vivre, je veux vivre, jhurle sans arrt ces mots dans ma tte. Je sens un choc violent mais je suis toujours conscient. Le sac dos a peut-tre amorti la chute. Je ne lche pas le morceau. Je ramne les mains devant ma bouche pour dgager la neige, je respire mal, je ne vois rien, cest blanc partout. Jai limpression de parfois taper trs fort le sol puis de remonter. Jai perdu la notion du temps, les secondes durent une ternit. Lavalanche a acclr, cela va trs vite. Je ne parviens plus ramener les mains devant la bouche mais jy crois toujours et je me bats de toutes mes forces. Je veux vivre, je veux vivre ! Cest trop bte, ric, tu ne vas pas mourir l, juste pour ce couloir. Je suis parfaitement

    lucide sur lenjeu du combat. Les skis me tapent rgulirement sur la tte. Jessaie de savoir o jen suis, mais je suis perdu. La respiration est de plus en plus difficile, crache, crache, crache, ric ; la sensation dasphyxie est horrible mais je me bats toujours. Je suis dans une gigantesque machine laver, tel un nageur tourneboul dans tous les sens, plaqu au fond de leau par un rouleau jusqu' la plage, sauf que la plage ici narrive jamais. Et cela acclre encore. Langoisse de mourir fait son apparition. Japprhende de plus en plus linstant final. A quel moment vais-je partir ? Cest comment la mort ? Cest doux, cest froid ? Cest le nant ? Pour la premire fois de ma vie, je sens mon destin mchapper. Jattends avec inquitude la suite Mais je reviens au combat, elle ne maura pas cette maudite avalanche ! Ces mots reviennent toujours dans

    Sur les quinze premiers mtres, jai le sentiment de faire jeu gal avec lavalanche : je vois le ciel, je glisse, mais ne suis pas enseveli, enfin pas encore Photos : Eric

    Carte IGN au 1:25 000e n 3440 ET. IGN - PARIS - Autorisation n 50-8587. Reproduction interdite.

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    Tmoignage

    > Analyse et interprtation du bulletin avalanchePour ce dimanche 28 janvier 2007, le niveau de risque prvu tait de 3. Bien que situ au milieu de lchelle, il ne peut tre considr comme normal ou moyen , cest un risque marqu . Ce niveau de risque est utilis lorsque le manteau neigeux est modrment faiblement stabilis dans de nombreuses pentes du massif. Le risque 3 sert ainsi dcrire une large plage de situations nivologiques. Il nest donc que de peu dutilit concrte sur le terrain sil nest pas complt par la lecture du reste du bulletin et par la confrontation de la description qui y est faite aux observations sur le terrain. Dans la partie stabilit du manteau neigeux, son titre fournit souvent une premire prcision sur la nature des risques attendus. Pour ce dimanche, il tait le suivant : Attention aux plaques vent . Puis, dans le texte, il est mentionn : Les chutes de neige ventes se sont accumules dans le haut des couloirs et ont form quelques plaques prs des crtes. Le bulletin, bien que dcrivant la situation nivologique pour une vaste zone couvrant plusieurs massifs, contenait des lments dinformations pertinents pour sengager ou non dans cette pente. On peut toutefois regretter une chose dans la rdaction, cest lemploi de lexpression plaques prs des crtes . Ces termes sont gnralement utiliss lorsque le vent a t modr ou quil a souffl surtout en altitude ; ils servent indiquer que les zones de dpt de la neige sont plutt localises proximit des crtes ou des croupes, par opposition des priodes de vent temptueux o la neige peut se dposer trs loin des crtes principales. Cet emploi parfois un peu trop frquent nincite pas la vigilance lorsquon se dplace loin de la crte principale.

    Daniel GOETZMto-France/Centre dEtudes de la Neige

    ma tte, bats-toi, bats-toi, ne lche rien, crache, crache, crache encore et toujours cette cochonnerie de neige. Je ne suis quun pantin dsarticul aux mains dune puissance phnomnale. A quelle vitesse dvale lavalanche ? Je la ressens dans mes tripes. Cela tape trs

    fort par instants, les pieds notamment. Je commence srieusement fatiguer, le temps semble infini. Une partie de moi ne pense qu respirer, lautre regrette cette sortie. Je suis en colre contre moi-mme ! Je me rsigne ce moment-l lcher prise. Jattends que cela passe Cest alors qu'un silence absolu sinstalle. Surprise, je suis vivant ! Je me secoue, bouge les jambes et sors

    la tte de la neige en une fraction de seconde. Jtais par chance juste sous la surface. Je revois le ciel, les montagnes, la lumire. Que cest beau ! Le tas de neige final ne doit pas dpasser 1m50 dpaisseur. Il nest constitu que de galets de neige froide,

    rsidus de la plaque qui est partie et s'est totalement disloque lors du trajet, mlangs avec une norme quantit de semoule sans cohsion. Je tousse et crache du sang pendant dix minutes avant de reprendre une respiration peu prs normale. Jai gagn ce combat grce une chance inoue, mais aussi peut-tre grce une indestructible envie de vivre ? Je me relve avec difficult, ma main droite est surmonte

    dun hmatome gros comme une balle de tennis. Je saigne abondamment du visage, mais je ne sens rien. Je me retourne vers le haut de la pente et nen crois pas mes yeux. Aprs vrification sur une carte au 1/25000e, ce sont 600 mtres de dnivele sur 900 mtres de distance que je viens de descendre, et je suis toujours vivant. Jai eu un bel ange gardien ce jour-l ! Aprs une heure de marche, je retrouve ma voiture et file au village. Bilan : une main droite casse et de nombreuses plaies ouvertes, soit presque rien au vu du voyage effectu. Merci la vie pour ce si prcieux joker que tu mas offert ! Je sais que je nen aurai pas un deuxime comme cela. Ce fut une sacre leon.Je pensais tre prudent, je ne ltais pas suffisamment. La montagne est belle et neutre, ce sont les hommes qui, par impatience, intrpidit et erreur danalyse, la rendent dangereuse. Soyons prudents et humbles, les amis, face aux lments. Et si cela devait malgr tout partir un jour, sachez que les miracles, eux non plus, narrivent pas quaux autres, condition de se battre jusquau bout. Ayez la foi en ces instants !

    RIC

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 25

    > Que rajouter ce tmoignage en termes nivologiques...

    Quel temps a-t-il fait dans les jours ou semaines prcdentes pour que des plaques, ces piges si redoutables pour le pratiquant de la montagne enneige, soient en place en ce dimanche 28 janvier ?Un pisode neigeux actif et froid dpose quelques jours auparavant, entre le 23 et le 25 janvier, une quarantaine de centimtres de neige sur le massif. Durant ces chutes de neige, le vent souffle assez fort ; il vient tout dabord du sud, puis tourne progressivement au nord. En consquence, des plaques et des accumulations de neige se forment, notamment dans le haut des couloirs et prs des crtes, et ce dans diffrentes orientations. Les derniers flocons tombent sans vent, cachant plus ou moins ces plaques et accumulations.Puis le beau temps revient, avec peu de vent, et se maintient jusquau jour de laccident ; les tempratures demeurent froides, ce qui retarde la consolidation de la neige. Les plaques restent ainsi en place plusieurs jours durant.

    Daniel GOETZMto-France/Centre dEtudes de la Neige

    > et en termes de comportement ?Dans ce rcit, Eric fait preuve dune bonne capacit dobservation et de dcision, tant pour lanalyse des conditions topographiques que nivologiques. Il fait galement preuve dexprience et de rflexion pour adapter sa sortie. En sappuyant sur ses commentaires, nous vous proposons de revenir sur ces diffrents aspects.

    > Aspects topographiques

    Les petits couloirs nord ont souvent bonne rputation pour la qualit de la neige et la stabilit. Cet a priori favorable est-il fond ?

    Ct qualit de la neige pour le confort du ski, cela ne fait aucun doute. Dans une exposition nord raide, ds quil fait beau, la temprature de surface de la neige reste trs froide, la neige peut ainsi rester poudreuse plus longtemps. La forme dun couloir, surtout sil est encaiss, en fait une zone particulirement bien abrite du vent o la neige saccumule facilement sous la forme dun dpt assez tendre si le vent est modr. On y trouve parfois de la neige dure, les purges rgulires pendant les chutes balayent le couloir, laissent en surface une neige compacte mais avec une bonne accroche, on y trouve rarement des goulottes ou des boules en plein hiver, sauf sil a plu.

    Ct stabilit, un couloir est-il toujours bon ? Il est vrai que les couloirs, notamment sils sont troits, sont des zones moins propices aux ruptures de plaques dune certaine ampleur que le flanc dune combe de mme raideur ; la forme en creux favorisant une certaine compression vers son milieu. De plus, les purges rgulires, notamment depuis les pentes ou rochers latraux, modifient la structure du manteau neigeux. Cet aspect sera encore renforc au-del de 45, la raideur favorisant les purges naturelles. Ces neiges denses peuvent rendre la formation des couches fragiles plus difficiles ou venir isoler celles qui sont prsentes sous des neiges dures qui transmettent moins les contraintes en profondeur. Ces facteurs jouent dautant plus que lenneigement est important. Ce qui ntait pas le cas en ce 28 janvier ; il y a peu de neige en ce dbut de saison nous dit Eric. Mais attention, les couloirs ne sont pas toujours troits de bout en bout. Lorsque le couloir sest largi , cest un signe qui alerte Eric juste titre. Les vasements, la pente qui sadoucit et devient parfois plus large en amont la sortie du couloir sont des facteurs topographiques identifier comme autant de zones dlicates.

    > Aspects nivologiques

    Au-del des considrations topographiques, un autre facteur important pour la stabilit de la pente est la qualit de la neige en place. Un lment dinformation disponible est le bulletin destimation des risques davalanche de Mto-France, une analyse du bulletin de ce 28 janvier est propose en ci-dessus. Les lments du bulletin doivent tre confronts aux observations du terrain. De ce point de vue, les constats nivologiques dEric sur le terrain sont nombreux et prcis :- Corniche sommitale, quasi inexistante . Il est important dobserver la prsence de corniche, signe de fort transport de neige, mais il est souvent difficile de conclure sur la stabilit de la pente. Une grosse corniche peut stre forme dans lpisode prcdent ou plusieurs semaines auparavant et rester ainsi tout lhiver jusqu son croulement printanier. Par ailleurs, labsence de corniche ne veut pas dire quil ny a pas eu de transport de neige.- Un vent descendant balaye (le ravin) de faon continue , des volutes de neige glissent rgulirement la surface de chaque couloir sont des signes de transport de neige en cours. Lorsque la neige est lgre en surface, le vent peut

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    Tmoignage

    facilement larracher et la dposer un peu plus loin. Une pente raide sur laquelle la neige est en train de se dposer peut alors devenir rapidement trs dangereuse. Des avalanches peuvent sy produire spontanment, par simple surcharge due laccumulation de la neige rapporte par le vent, comme pendant des chutes de neige. De plus, ces conditions sont propices la formation de plaques friables dont le dclenchement est facile pied ou skis : la neige dpose prend gnralement un peu de cohsion, elle repose sur de la neige rcente qui joue le rle de couche fragile.- Les 35 cm de neige de poudre sont bien l puis jenfonce beaucoup au dpart (du couloir) . Cette paisseur de neige rcente correspond aux 30 40 cm de neige lgre jusqu basse altitude indiqus dans le bulletin. Observe la base du couloir, cette quantit de neige nous indique que le couloir na pas purg pendant la chute, sauf peut-tre partiellement dans la partie suprieure. Mais globalement, le couloir est probablement encore bien charg.- Court passage de neige dure, avant de casser de nouveau chaque pas . La qualit de la neige de surface change, il faut en tenir compte, ce sont les premiers signes que de la neige vente sest dpose dans ce couloir.- Une neige cartonne, mais qui repose cette fois sur de la neige tendre ; cest une bonne description dune structure de plaque. La couche suprieure a pris un peu de cohsion, probablement par le vent, mais elle nest pas trs paisse, cest du carton qui ne porte pas pied. La couche infrieure est tendre, cest une couche fragile, trs probablement constitue de neige rcente encore peu tasse comme indiqu dans le bulletin avec le froid la neige nest que faiblement stabilise .- Un timide wouff caractristique puis une miniplaque vent mais cela ninquite pas vraiment Eric. Une plus grande attention ces signes aurait pu venir dune meilleure connaissance des conditions nivologiques. Dans le bulletin, il est mentionn : les chutes de neige ventes de mardi mercredi se sont accumules dans le haut des couloirs et ont form quelques plaques prs des crtes . Alors quil volue dans le bas du couloir et dans une zone troite, Eric a dj constat une structure du manteau neigeux typique dune plaque de neige rcente. Il ny a pas de raison pour que les conditions deviennent meilleures plus haut ou dans une partie plus large.

    > Gestion de la course

    A travers ce tmoignage, Eric fait preuve dune stratgie cohrente. En accord avec ces observations de terrain, deux points mritent dtre souligns :

    - Aborder le couloir que lon souhaite descendre en le remontant au pralable. Cela parat tre une prcaution lmentaire, mais qui de nos jours savre souvent oublie, notamment par la banalisation du ski de pente raide (en particulier en hors piste). Dun point de vue gnral, cela permet dobserver les conditions nivologiques et les piges ventuels, par rapport aux avalanches (couloirs remplis en partie mdiane, accumulations peu visibles en haut de la face) ou au risque de chute (prsence de rochers, de glace).

    - Redescendre en suivant ses traces de monte. Dans une analyse quil a faite a posteriori, ric affirme qu'il a fait une erreur lors de la descente, en retraversant le couloir dans ses traces de monte : fragilisation laller, dstabilisation au retour. Mme si lhypothse dune fragilisation est possible, il faut souligner quil tait malgr tout moins hasardeux de suivre un cheminement connu que de tenter daller titiller un autre pan du couloir.

    A travers le rcit dEric, dtaillant point par point les tapes de sa progression et les signes de terrain qui lui apparaissent, nous comprenons rapidement quil est un skieur alpiniste expriment.

    Nanmoins, comme souvent, transparaissent plusieurs travers classiques de comportement :

    Il progresse vers cette crte du Cheval Blanc, un de ses lieux de prdilection, comme dhabitude . Il a les sens en veil mais, malgr tout, naccorde pas une relle importance aux signes nivologiques pourtant inquitants quil dcrit dans son rcit. En quelque sorte, il survalue la stabilit des pentes quil emprunte, probablement parce quil les connat bien.

    Son exprience, heureusement, le pousse renoncer relativement tt dans la remonte du couloir. Cest peut-tre cela qui va contribuer ce quil ait la vie sauve : le fait quil ne se trouve pas tout en haut du couloir lorsquil dclenche la plaque va limiter limportance de lavalanche. Il faut bien dire que lorsque lon est seul, on se sent assez vulnrable et, de plus, on ne cherche pas prouver son audace un(e) autre, pige parfois voqu lors danalyses daccidents.

    Ccile COLEOUMto-France/Centre dEtudes de la Neige

    Sbastien ESCANDEGuide de haute montagne

    Cemagref/UR ETNA

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 27

    formation

    Formations 2007l a t question, en septembre 2007, de lorganisation dun stage concur-rent dans les Pyrnes, puis dans les Alpes.

    Trs vite, les directeurs de services des pistes ont ragi cette annonce. Ils ont continu nous faire confiance comme ils le font depuis plus de trente ans, et ce stage concurrent a t annul. Nous les remercions trs sincrement et nous restons leur coute pour amliorer les formations, sil le fallait. Ce sont donc finalement 110 person-nes qui se sont prsentes la forma-tion de spcialiste en dclenchement, rpartis sur quatre sessions organises entre le 7 novembre et le 7 dcembre 2007 lAlpe dHuez.

    Il est noter que la Principaut dAn-dorre a envoy neuf personnes se for-mer lAlpe dHuez. La tche na pas t facile pour eux en raison des pro-blmes de langue puisquils taient soit argentins, soit chiliens. Grce leurs efforts et ceux des stagiaires qui les ont soutenus pendant les dix jours de formation, ils ont tous russi. Nous noublierons pas de remercier trois personnes qui se sont particulirement mobilises pour leur russite lexa-men : Rodolfo Pajares, Jeannot Martin-hot, dAndorre et Philippe Vigouroux de Serre-Chevalier.Malheureusement, comme toutes les annes, il y a eu quelques checs, mais cette formation ne peut pas laisser de place une ventuelle mise en danger du candidat ou de ses collgues.

    Tout a dj t dit sur la station dac-cueil des futurs artificiers depuis plus de vingt ans. Que dire de plus sinon que nous sommes toujours heureux de retrouver lAlpe dHuez. Toujours dis-ponible, le service des pistes rpond tous nos besoins. Nous remercions son directeur, Christian Reverbel et tout son personnel.

    Lencadrement des quatre stages tait assur par nos fidles : Chamrousse, Les Arcs, Serre-Chevalier, Val dIsre, Vars, Courchevel, Mribel, la Plagne, Valmorel, et par des passionns venus titre individuel. Ils se reconnatront sur ces photos, page suivante.Et tout cela sous la houlette de nos formateurs Jean-Paul Montmayeur et Laurent Foucher.

    > Spcialistes en dclenchements davalanches

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    Jean-Paul Montmayeur et Laurent Foucher en plein conciliabule.

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    Formation

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 28

    Formation

    Noublions pas notre formateur ma-rathon , Guillaume Laroche, puisquil assure aussi tous les recyclages arti-ficiers des Alpes et des Pyrnes, ce qui lui fait quelques kilomtres au compteur . Dores et dj nous lui adressons nos flicitations puisquil va tre papa fin avril. Tous nos vux la future maman, Sandrine.

    Les stagiaires nont pas chapp au dsormais traditionnel Tour de France , particulirement charg en boissons maison en tout genre, assez spciales pour certaines. Lambiance y est toujours agrable et chacun fait dcouvrir sa spcialit. Tout le monde apprcie ce moment de dtente bien mrit.

    Que tous les encadrements, jurys tir en montagne soient remercis et en particulier les jurys CPT (de plus en plus rares) qui font un rel effort pour se librer :M. Herv (Ciments Vicat), M. Rabut et M. Broigniez (St Titanite) M. Wack (CRAM), M. Schummer, M. Fayard (DRIRE Rhne-Alpes), M. Pichon (Balthazard et Cotte), M. Revil (Kinsite).Sans oublier le personnel de ldu-cation Nationale de lIsre : Mme Ba-ronnat et M. Janet-Matre qui avait re-pris du service pour notre plus grand plaisir.

    Ces examens de lducation Nationale taient orchestrs sous la responsabi-lit de nos prsidents de jury : Jean-Louis Tuaillon, Jacques de Haese et un nouveau prsident, Patrice Fon-tana, qui a pris son rle trs cur et qui a montr toutes ses compten-ces en la matire. Cest vraiment trs sincrement que lANENA remercie toutes les personnes qui ont contribu de prs ou de loin cette formation dartificier.

    Nous remercions aussi toute lquipe de lhtel du Pic Blanc qui nous a accueillis pour la quatrime anne. Nous avons pu inaugurer avant tout le monde leur nouvelle salle qui donne un cachet supplmentaire cet htel dj magnifique. Merci tout le per-sonnel pour sa disponibilit.

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 29

    Liste des nouveaux titulaires du Certificat de Prpos au Tir, options tir en montagne pour le dclenchement des avalanches et mche lente :

    INDIVIDUELS

    AGNES Olivier AUBERGER Marion AUZARY Romain BOREL Astride BOUCHER Julien CARDOT Yannick CHAULIAC Pierre DUBOIS Franck EBRARD Olivier GRANIER Daniel JOUANNEAU Bertrand KICHENIN Gilles LAARMAN Olivier LAZZAROTTO Odile MALJOURNAL Jean-Marc QUESNEL Xavier REY Maxime TABONE Milann ULISSE Guillaume VARNIER David ZENEVRE Manuel

    ANDORRE

    ARANCET Debora CASULLO Diego COLIPAI Palo Andres SCIARRA Juan Pablo GARCIA Ignacio GASTALDI Fabian ROLDAN Facundo SANTECCHIA Gabriel VARELA Francisco

    ALPES DU SUDAuron FULCONIS David

    La Foux dAllos BECK Thibault RIBAUT Jean-Christophe

    Les Orres HENRY Stphane MINIER Philippe

    Orcires BARTHELEMY Julien

    Queyras ODDOZ Pascal

    Serre Chevalier LEGRAIN Sbastien QUEYREL Rodolphe

    Vars BLOHORN Dimitri

    ALPES DU NORDSAVOIE

    Courchevel VIVET Emmanuel

    La Plagne BORNET Stphane DUFOUR Pascal FANLOU Stphanie ROUMIER Benjamin

    La Rosire CHENAL BORDONNOT Sbastien

    Le Corbier DEMOLLIS Philippe LUCHEZ Nicolas

    Les Arcs BOUCHENOT Raphal JEAN Arnaud LENOBLEGrgory TERRAZ Nicolas

    Les Karellis EDMOND Baptiste

    Les Menuires BESNARD Gerard

    Mribel AVENEL Laurent KIELPINSKI Betsy LUROL Grgory

    Mribel Alpina RICHARD Laurent ROY Guillaume SACHETTINI Julien

    Peisey Nancroix TOUNE Laurent

    Ste Foy ROQUES Sandrine

    Tignes BALMAT Julie LOCHRIE Duncan RICHMOND Peter

    Val dIsre BIANCHI Jean LOMBARD Denis REMONDET Benjamin VAUCHE Vincent

    Valloire SARTRES Jrmy

    Valmorel ESCOLIER Alexandre HINIGER Benot

    HAUtE SAVOIE

    Avoriaz GREGOIRE Jrmy VUILLERMET Laurent WITTORSKI Mike

    Chtel GUILI Herv

    Combloux SOCQUET JUGLARD Pierre Luc

    Flaine WEILAND Yannick

    La Clusaz NOEL Laurent POLLET VILLARD Benot

    Le Grand Bornand HUARD Baptiste

    Le Pleney GEHIN Sylvain

    Samoens LEROY Thierry

    Taninges LELOUCY Stphane

    Thollon les Memises DIEZ Vincent MEAUX Herv

    ISRE

    Alpe dHuez CASSAN Sbastien RICHE Herv

    Les Deux Alpes ARMAND Sbastien BADOLLE Olivier CLAVERIE Pascal MURER Thierry

    Villard de Lans THEVENET Mathieu

    MASSIF CENtRAL JURA

    Le Mont Dore MAZET Loic

    Les Monts du Jura CHATELAIN Stphane

    PYRENEES HAUtES PYRNES

    Cauterets DUCHENE Olivier

    Porte Puymorens MARTY Ludovic ROBOAM Thibault

    Puyvalador DEGRUEL Stephane GABORIAUD Ludovic

    ADMINIStRAtIONS

    BORDET Michel, Conseil Gnral de la Haute-Savoie POUSSE Eric, Conseil Gnral de la Haute-Savoie

    LAMBERT Jrme, ONF- Isre VILLARD Nicolas, ONF- Isre

    Phot

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    CHER

  • Neige et Avalanches n 121 Avril 2008 30

    Formation

    La formation s'est droule cette anne encore aux 2 Alpes du 3 au 20 dcembre 2007, louverture de la station.23 candidats (dont 1 moniteur) ont suivi ces trois semaines de travail dans des conditions mtorologiques apparemment trs agrables cette anne.A noter que 5 stagiaires finanaient leur formation, ce qui reprsente un gros investissement et dmontre une motivation certaine.Que les acteurs de cette formation soient remercis : l'Htel les Clarines qui accueillait ce stage pour la quatrime fois. Satisfaction gnrale encore une fois pour cet htel qui fait du mieux possible pour satisfaire ces clients trs exigeants ; le service des pistes et les remontes mcaniques des Deux Alpes qui,