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Péguy socialiste

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Péguy socialistePÉGUY SOCIALISTE
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR Au Japon et en Extrême-Orient. Paris, Colin, igo5 (épuisé). Syndicalisme révolutionnaire et syndicalisme réformiste. Paris,
Félix Alcan, 1909 (épuisé). Le Congo français, La question internationale du Congo. Paris,
Félix Alcan, 1909 (épuisé). Japon illustré. Paris, Larousse, igi5 (épuisé). Le Mouvement ouvrier au Japon. Paris, Librairie de l'Humanité,
1921 (épuisé). La Chine et le Japon politiques. Paris, Félix Alcan, 1921 (épuisé). Les principes généraux de la science et de la morale. Paris, Fer-
nand Nathan, 1923. Philosophie scientifique et philosophie morale. Paris, Fernand
Nathan, 1923. Psychologie et métaphysique. Paris, Fernand Nathan, 1925. Le Cœur japonais. Paris, Payot, 1927 (épuisé). Cours de Morale à l'usage des écoles primaires supérieures. Mo-
rale; morale et instruction civiques; droit privé et économie politique. Paris, Félix Alcan, 1927-1929.
Bergson. Paris, Mellottée, 1929. L'Art et la Beauté. Paris, Fernand Nathan, 1929 (épuisé). Contes et légendes du Japon. Paris, Fernand Nathan, 1931. La dissertation philosophique. Paris, Fernand Nathan, 1932. Le Christianisme et nous. Paris, Rieder, 1932 (épuisé). Nietzsche. Paris, Mellottée, 1933. Souvenirs sur la colonisation. Paris, Picart, 1935 (épuisé). Jaurès. Paris, Mellottée, 1936. La formation du Socialisme, de Platon à Lénine. Paris, Alcan,
1937 (épuisé). La Chine, le Japon et les Puissances. Paris, Rieder, 1938 (saisi
par les autorités occupantes, le ier octobre 1940). Petite Histoire aes grandes religions. Paris, Presses Universitaires,
ig-io. L'Enfant et la Morale. Paris, Presses Universitaires, 1941. Histoire de la propriété. Paris, Presses Universitaires, ig4i. Petite histoire des grandes philosophies. Paris, Presses Universi-
taires, ig4i. Qonf:\e'Si de l'Inde. Paris, Durel, 1946. Le Fakir aux belles histoires. Paris, Durel, 1946. Le merveilleux Amour de Sita et de Râma. Paris, Durel, 1947. Freud. Parfs, Mellottée, 1948. Georges Demartial. Sa vie, son oeuvre. Paris, Lahure, 1950 (épuisé). La République de Platon. Paris, éditions Francis Lefebvre, 1952.
FÉLICIEN CHALLAYE
PÉGUY SOCIALISTE ,
AMIOT . DUMONT Paris
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE l5 EXEMPLAIRES SUR ALFA MOUSSE DES PAPETERIES NAVARRE, NUMÉROTÉS
DE I A XV.
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction réservés pour tous pays.
Copyright by « Le Livre Contemporain-Amiot-Dumont-», Paris, 195 4.
20, avenue de l'Opéra, Paris-J'er.
A JEANNE
- F. C.
Samedi, 27 mai 1911.
Exemplaire pour Félicien Challaye.
Voici ton exemplaire, mon cher Chal- laye, en souvenir de nos contubernales et
. commensales jeunesses. Charles PÉGUY.
D E3SINÉE d'une écriture artistique et archaïque, en lettres longues et minces sans pleins ni déliés, la dédicace s'étend sur les premières pages des Œuvres choisies de
Charles Péguy (Paris, Grasset, 1911).
... Moi aussi, mon cher Péguy, c'est un hommage aux jours vécus ensemble dans les turnes et autour des tables norma- liennes qu'apportera ce livre. A chacune de ses pages, tu seras présent.
Je serai contraint d'y être présent moi aussi, puisque l'es- sentiel de cet ouvrage est constitué par des souvenirs, et que (nos maîtres nous ont enseigné cette formule de Royer-Collard) « on ne se souvient que de soi-même ».
Il s'agira donc ici, mon cher Péguy, de ta personne telle que je l'ai découverte, connue, estimée, admirée, aimée, cri- tiquée aussi, ou même parfois blâmée.
Je dirai l'exceptionnelle grandeur de ta jeunesse, de cette période où tu mettais toute ton intelligence, tout ton grand talent, toute ta volonté désintéressée et un inébranlable cou- rage au service du plus haut idéal, la destruction de la misère humaine, la réalisation de la justice et de la paix sur toute la surface de la terre.
Mais une telle grandeur comporte un risque : celui de ne pouvoir subsister indéfiniment.
Si j'estimais que tu ne t'es point maintenu à cette hauteur et si je le disais, tu ne m'en voudrais certainement pas, mon vieux Péguy, toi qui, dans nos relations réciproques, mettais la sincérité au-dessus de tout.
Tu pourrais seulement m'objecter qu'une telle appréciation est personnelle, et tu n'aurais certes pas tort. Mon jugement se réfère à une échelle de valeurs que tous les esprits ne sont pas tenus d'accepter.
A-t-on le cœur plus large, plus largement humain, quand on méprise, avec Pascal, les grandeurs de chair, et les pauvres distinctions que ces médiocres autorités confèrent; ou quand on aspire aux récompenses données par des académies, aux titres et aux rubans accordés par des gouvernants ?
A-t-on le cœur plus large, plus largement humain, quand on étend sa tendresse à l'humanité tout entière, souhaitant à tous les hommes de tout pays et de toute race la paix et le bonheur; ou quand on réserve son affection à une étroite patrie, prêt à faire tuer, pour assurer son momentané triom- phe, des millions d'hommes, et détestant d'une haine féroce tous ceux des compatriotes qui refusent de consentir à ces sanglants massacres ?
Est-on plus généreux, plus noblement généreux, quand on aspire au salut matériel et spirituel de l'humanité tout entière; ou quand on est surtout hanté par le désir de voir ressusciter, pour une vie éternelle, sa médiocre personne, sa pauvre petite âme, peut-être même son oorps plus ou moins spiritualisé, et les quelques syllabes de son nom ?
L'évocation de ces vastes problèmes pourrait conférer quel- que ampleur aux menus souvenirs réunis en cet ouvrage.
Si, après t'avoir exalté, je croyais devoir, par sincérité, changer quelque peu de ton, je me bornerais à t'appliquer ta mélancolique pensée sur la vie, en laquelle tu vois « une usure perpétuelle, une constante, une croissante flétrissure. On des- cend tout le temps » (Mystère des saints Innocents, XlII, 12, p. 183).
En tout cas, c'est une façon de t'aimer que de préférer, au Péguy de quarante ans, le Péguy de vingt ans.
Pour l'étude de Charles Péguy, la source principale, ce sont ses Cahiers de la Quinzaine.
On citera ici les Cahiers dans leur première édition en dési- gnant la série par un chiffre romain, et le cahier par un chiffre arabe. Pour le seul Cahier L'Argent, suite (série XIV, cahier 9), qui a disparu de la bibliothèque de l'auteur, la pagination sera celle des Œuvres complètes publiées par la Nouvelle Revue française (t. XIV). C'est aussi dans cette der- nière édition qu'ont paru et d'après cette édition que seront citées les Œuvres posthumes, Clio (t. VIII) et la Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne (t. IX). La NouveUe Revue française a publié des inédits : Par ce demi- clair matin (1952) et l'Esprit des systèmes (1953).
Les œuvres de Péguy parues en éditions antérieures aux Cahiers, Jeanne d'Arc (1*897) et Marcel (1898), ne sont pas paginées. J'ai paginé mes éditions personnelles afin de préci- ser ioi la place des passages cités.
On utilisera aussi les principaux ouvrages consacrés à Péguy, et l'on y renverra en citant seulement le nom de l'auteur : Jérôme et Jean Tharaud : Notre cher Péguy (Paris, Plon, 4926); Daniel Halévy : Péguy et les « Cahiers de la Quinzaine » (Paris, Grasset, 1941); Romain Rolland : Péguy (Paris, Albin Michel, 1944); René Johannet : Vie et Mort de Péguy (Paris, Flammarion, 1950).
La société L'Amitié Charles Péguy (4, rue Auguste-Bartholdi, Paris-XYO) publie de précieux Feuillets mensuels, auxquels on renverra à l'aide du mot Amitié, en désignant le numéro par un chiffre romain, la page par un chiffre arabe.
Je ne pourrai citer de Péguy à moi qu'un billet retrouvé par hasard dans l'un de ses livres, ses lettres, comme celles de Romain Rolland, m'ayant été enlevées lors de perquisitions faites en 1942 par les autorités occupantes, et ne m'ayant pas été rendues.
CHAPITRE PREMIER
ENFANCE ET ADOLESCENCE DE PÉGUY
Q U'AVAIENT été l'enfance et l'adolescence de Charles Péguy avant que je ne le rencontre à l'Ecole normale supérieure en 1894 ?
On pourrait, pour s'amuser, lui appliquer la méthode de ces historiens déterministes qui, se plaçant aux origines d'un écrivain, déduisent de quelques données élémentaires toute sa vie et toute son oeuvre — quand, bien entendu, ils la connaissent déjà : merveilleuse façon de prédire... le passé !
Charles-Pierre Péguy est né à Orléans; Orléanais, il ne peut pas ne pas avoir une immense admiration pour l'héroïque pucelle qui, il y a quelques siècles, libéra sa ville. Jeanne d'Arc sera le premier objet de sa ferveur, le principal personnage de sa création littéraire.
Péguy est né le 7 janvier 1873. Sa personnalité se forme aux dernières années du XIX" siècle. A ce moment, dans les milieux populaires, auxquels il appartient par ses ascendants, se répand une doctrine politique d'avant-garde, le socialisme. Péguy sera socialiste.
Comme alors la plupart des enfants dans les familles fran- çaises, le petit Charles va au catéchisme et prépare sa première communion. Sous l'influence de ses maîtres, sa conscience enfantine se pénètre de sentiments chrétiens, de sentiments catholiques. Ces tendances seront momentanément refoulées dans son. subconscient ou dans son inconscient, après sa con- version au socialisme d'alors, anticlérical et même souvent
antireligieux. Mais elles n'en conserveront pas moins une singulière vitalité. Agissant indirectement, elles détermineront certaines attitudes, influenceront certaines œuvres. Un jour, elles reparaîtront à la conscience, s'exprimeront avec éclat.
Le petit Charles, comme tous les enfants de son âge, va à l'école primaire. Pendant les vingt années consécutives à la défaite de 1870, les instituteurs prêchent un patriotisme ardent, exaltent l'esprit de revanche. Sous l'influence de ces maîtres, la conscience enfantine de Charles se pénètre de nationalisme et de bellicisme. Ces tendances seront momen- tanément refoulées dans son subconscient ou dans son in- conscient, après sa conversion au socialisme, alors internatio- naliste et pacifiste. Mais elles n'en conserveront pas moins une singulière vitalité. Agissant indirectement, elles détermi- neront certaines attitudes, influenceront certaines œuvres. Un jour, elles reparaîtront à la conscience, s'exprimeront avec éclat.
L'évolution de Péguy, du moins en ses grandes lignes, ne se trouve-t-elle pas ainsi expliquée?
Mais il convient de suivre de plus près le déroulement de cette enfance et de cette adolescence.
Charles Péguy était d'origine paysanne et ouvrière. Ses ancêtres paternels étaient des Orléanais, jardiniers, vignerons; ses ancêtres maternels étaient du Berry. Sa grand-mère, Étiennette Quéré, accompagnée de sa fille Cécile, s'était, pour des raisons qui restent obscures, expatriée et fixéé à Orléans.
Le père, Désiré Péguy, menuisier, avait, à Orléans, épousé Cécile, le 8 janvier 1872. Il avait, auparavant, participé à la guerre de 1870. Il y avait eu l'estomac délabré par le pain de siège, et y avait commencé à être atteint de la maladie qui l'emporta le 18 novembre 1873. Quand le petit Charles avait été tout à fait sage, on lui lisait une lettre écrite par son père, lors du siège de Paris, et on lui montrait un petit mor- ceau de pain du siège.
En l'absence du père, le garçonnet fut élevé par sa mère
et sa grand-mère, femmes énergiques, dures au travail, qui gagnaient leur vie en rempaillant des chaises, notamment pour la cathédrale d'Orléans.
Péguy a ainsi dédié sa Chanson du roi Dagobert, signée du nom Pierre Baudouin (Cahiers, IV, i5) :
A la mémoire de ma grand'mère, paysanne qui ne savait pas lire, et qui première m'enseigna le langage français.
La mère de Péguy, levée à quatre heures, hiver comme été, écrasée de travail, trouvait quand même le temps d'apprendre à son fils les lettres de l'alphabet et le calcul mental. On a pu l'appeler « une grande figure de la classe ouvrière M. L'éloge provient d'une femme au cœur généreux, qui fut pour Péguy une précieuse amie, et que tous ceux qui l'ont connue, ou même simplement approchée, comme l'auteur de ces li- gnes, ont profondément estimée : Mme Geneviève Favre, la fille de Jules Favre, la mère de Jeanne et de Jacques Maritain (dont il sera question plus loin) (Revue Europe, 1938, I, p. 160).
Cependant un ami d'enfance de Péguy, Henri Roy (qui fut plus tard sénateur du Loiret, ministre de l'Intérieur et candidat à la présidence de la République) , à la suite de con- fidences de son camarade, mêle à cette louange quelque cri- tique. Il reproche sa « ladrerie » à « la mère Péguy qui, avec les sous épargnés, les liards rognés, achète des maisons dans le faubourg ». Charles avoue à Roy avoir eu « une enfance sans joie, ... entre ces deux femmes pour qui les gestes d'affection sont faiblesse interdite et, au demeurant, du temps perdu » (A-mitié, XVII, 8). Affirmations contestées (Amitié, XXV, 26-27).
En tout cas Péguy a conservé un souvenir ému du milieu où il -a vécu alors, dans ce faubourg Bourgogne d'Orléans. Il a rendu, aux hommes qu'il y a connus, un magnifique hom- mage dans son fameux Cahier L'Argent (XIV, 6) :
J'essayerai de représenter ce qu'était alors tout cet admirable
monde ouvrier et paysan, disons-le d'un mot, tout cet admirable peuple. C'était rigoureusement l'ancienne France et le peuple de l'ancienne France...
... Un enfant élevé dans une ville comme Orléans entre 1873 et 1880 a littéralement touché l'ancienne France, l'ancien peuple, le peuple tout court, il a littéralement participé de l'ancienne France, du peuple (pp. 11-12).
Péguy loue la gaieté de ce peuple, sa décence et sa « justesse d'âme », sa finesse et sa culture profonde, surtout son goût du travail et son « honneur du travail », et aussi d'autres « beaux sentiments adjoints ou connexes », le respect des vieillards et des parents, le respect des enfants, le respect de la femme, le respect de la famille et du foyer, « un goût propre et un respect du respect même » (pp. 14-20).
J'ai vu toute mon enfance rempailler les chaises exactement du même esprit, et du même coeur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales (p. 16).
On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux (p. 20).
Parmi les voisins du petit Charles, l'un a eu sur lui une particulière influence : un charron-forgeron, républicain, so- cialiste, anticlérical, fondateur d'un cercle d'études sociales, nommé Boitier. L'enfant avait pour lui une affection presque filiale. Il l'a toujours considéré comme son « premier et plus fidèle ami », son « plus ancien maître », son « premier pro- fesseur d'histoire et le meilleur ». Il lui a toujours manifesté une vive reconnaissance; lui envoyant ses Morceaux choisis, il les dédicaçait « au premier homme qui m'ait mis les Châ- timents dans les mains », ajoutant : « en souvenir de cette grande édition plate illustrée que vous me prêtiez presque en cachette (et je ne travaille jamais dans une autre) et en sou- venir de toutes les fois que vous m'avez parlé de Waterloo ».
Dès la plus tendre enfance, Charles Péguy se montre un élève parfaitement consciencieux et d'une exceptionnelle appli- cation. 1
Un jour de janvier ig3o, Mme Péguy mère a montré à Emmanuel Mounier, qui lui rendait visite, tous les cahiers d'école primaire et de lycée de son fils, « -tous de la même calligraphie soignée, écrite on ne sait de quelle plume qui ne laisse sur le papier qu'un trait imperceptible et sûr »; des tableaux historiques qui sont « de vrais imprimés » ; des cartes « traitées avec la précision des miniaturistes ». Mme Péguy, à ce propos, conte une anecdote significative : « Je me sou- viens d'un mardi gras où on venait le chercher pour voir la cavalcade. Il s'agissait bien de masques ! Et la carte que j'ai à faire ! Il y passa son après-midi » (Amitié, XII, 6-7).
Les amis et admirateurs de Péguy ont pu voir ces cahiers et ces cartes en visitant l'exposition organisée par L'Amitié Charles Péguy à la Bibliothèque Nationale, en 1950, pour le cinquantenaire de la fondation des Cahiers de la Quinzaine. On a pu ainsi découvrir en l'enfant l'écrivain appliqué qui, plus tard, devait s'attacher à calligraphier ses manuscrits, évitant les ratures, et qui, dans les textes imprimés, faisait minutieusement la chasse aux coquilles.
Le petit Charles avait été, d'abord, mis à l'école-annexe de l'École normale, dirigée alors par un M. Fautras, qui avait été prisonnier en Allemagne pendant la guerre; ce qui « lui conférait un lustre sévère, une" grandeur dont' nous n'avons plus aucune idée ». L'école-annexe eut ensuite à sa tête un homme dont Péguy écrit qu'il a été « le véritable maître de tous mes commencements, le plus doux, le plus patient, le ' plus noble, le plus courtois, le plus aimé, M. Tonnelat » (Cahiers, XIV, 6, p. 11). (M. Tonnelat a eu pour fils un de nos camarades de l'École normale supérieure, qui fut germa- nisie, et devint professeur au Collège de France.)
Péguy put alors apprécier « 'ce qu'était, vers 1880, cet admirable mondé de l'enseignement primaire » (XIV, 6, p. II).
En 1881 fut nommé à la direction de l'École normale M. Naudy; un homme dont Péguy a pu écrire : « Il se fit bientôt mon maître et mon père »; et aussi : « C'est l'homme à qui je dois le plus » (XIV, 6, p. 9; p. 5a).
Appréciant la valeur exceptionnelle du jeune écolier, qui, après. son certificat d'études, avait été placé à l'École primaire
supérieure, afin qu'il devînt instituteur, M. Naudy décida que l'enfant devait « faire du latin »; et, obtenant pour lui une bourse municipale, il le fit, pendant l'année scolaire, entrer au lycée d'Orléans en sixième. « Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l'étonnement, la nouveauté devant rosa, rosae, l'ouverture de tout un monde, voilà ce qu'il faudrait dire, mais voilà ce qui m'entraînerait dans des tendresses, écrit Péguy. Le grammairien, qui, une fois, la première, ouvrit la grammaire latine sur la déclinaison de rosa, rosae, n'a jamais su sur quels parterres de fleurs il ouvrait l'âme de l'enfant » (Cahiers, XIV, 6, p. 53).
Au lycée d'Orléans, Péguy va faire, au début de la qua- trième, la connaissance d'un homme qui, plus tard, lui con- sacrera sa vie, puisqu'il acceptera d'être l'administrateur des Cahiers de la Quinzaine, André Bourgeois. Celui-ci, en décem- bre 1942, a décrit ainsi cette rencontre :
Au lycée d'Orléans, octobre 1886, dans la cour de la classe de quatrième, un demi-pensionnaire, petit pour son âge, modeste- ment vêtu, cheveux passés à la tondeuse, le crâne faisant saillie sur le cou, une verrue à l'une des arcades sourcilières : c'est Péguy, me dit-on, le premier en cinquième.
Nous ne tardâmes pas à faire connaissance, puis à nous lier. Une volonté et le choix sans débat du droit chemin : :dans la vie il y a des choses qu'on ne fait pas.
Tel m'apparut Péguy. Très tôt. Je l'ai suivi (Amitié, VIII, 3).
Tout au long de ses études secondaires, Charles a les plus brillants succès scolaires. Il s'intéresse aussi au sport, se montre un bon footballeur. Ses camarades l'élisent, à l'una- nimité, président de leur Société de jeux.
Tout enfant, il avait, en même temps que l'école primaire, suivi les cours de catéchisme, et profondément subi l'in- fluence de ses maîtres religieux. « La République et l'Église nous distribuaient des enseignements diamétralement oppo- sés », a-t-il écrit depuis; mais « nous ne nous en apercevions pas » (Cahiers, XIV, 6, pp. 35-36). On reviendra plus loin sur la formation religieuse de Péguy et sur ce qui lui en
res|é- Maie voici qu'au lycée d'Orléans, en seconde, il a
conscience de n'avoir pas sauvegardé la foi de son enfance; il est devenu « un hérétique ». Dans la classe de philosophie, ses camarades et lui n'acceptent plus la thèse classique de l'immortalité de l'âme. Continuant à protester contre la croyance catholique où l'on
nous avait élevés, commençant à protester contre l'enseignement du lycée, où nos études secondaires finissaient, préoccupés surtout de n'avoir pas peur et de ne pas avoir l'air d'avoir peur, nous réagissions contre la complaisance. Nous étions durs. Nous disions hardiment que l'immortalité de l'âme, c'était de la métaphysique (Cahiers, I, 6, p. 7).
Cependant, il accepte encore la pensée que l'on puisse « croire sans preuves ». La philosophie telle qu'il la découvre pendant la classe de ce nom, au lycée d'Orléans, ne remplace point, pour lui, la foi de son enfance. Il écrit, le ier jan- vier 1891, à son ami Camille Bidault : La philosophie est une triste chose. J'ai la conviction intime
que le père Taupe m'enseigne une foule de choses dont il ne croit pas un mot. Mais je lui rends la pareille et n'en crois rien non plus. Ce qu'on appelle philo est un assemblage desséchant, écœu- rant, décourageant, énervant, analytique et antiartistique de doc- trines sans grandeur. La philo a tous les inconvénients des sciences sans avoir leurs avantages. Je veux dire qu'elle manque à la fois de poésie et d'exactitude. Il n'y a que les doctrines absurdes en philo qui soient irréfutables : le fatalisme, l'idéalisme, le scepti- cisme sont, chacun à un point de vue particulier, indémolissables. Au contraire, les doctrines un peu convenables, un peu encoura- geantes ne tiennent pas debout. Heureusement, mon cher, qu'ayant la foi en un tas de choses, je me passe tout à fait bien de la philo. Où en serait-on s'il fallait s'attendre à elle pour aimer les bonnes et belles choses ? Le mieux est de croire sans preuves et d'agir au lieu de rêver et de philosopher.
De cette lettre si caractéristique, on peut retenir cette cons- tatation que Péguy accorde toujours une valeur éminente à la foi : la foi socialiste va bientôt, en lui, remplacer momen- tanément la foi catholique. Selon lui, la philosophie devrait être une doctrine « encourageante M; ce sera le cas, plus tard, des philosophies auxquelles il adhérera, celle de Jaurès, puis celle de Bergson.
En tout cas, au moment où il écrit en ces termes à Camille BidaulÍ, il se rend compte que son désaccord avec les doctrines régnantes peut avoir pour lui de fâcheuses conséquences; mais il accepte courageusement ce risque. Il signale à son camarade la note mise sur son bulletin trimestriel par le proviseur du lycée : « Excellent trimestre à tous égards, mais se défier d'une certaine tendance à comprendre les choses à côté de la vérité. » Il interprète ainsi cette note :
Cela veut dire simplement que je ne suis pas de son avis sur un tas de choses. Cela est très grave, parce que son avis, à lui, est partagé par presque tous les gens qui détiennent et possèdent l'Université. Or tu n'ignores pas que j'aimerais mieux rater ma carrière que de mettre, soit dans un concours, soit dans une composition d'entrée à Normale, une opinion qui ne soit pas la mienne. Cela m'a déjà un peu coulé au concours général et peut me mener loin. Mais il en arrivera ce qui pourra. J'espère tou- jours ne pas trop crever de faim (Amitié, 'XI, 11-13).
A la fin de ses études au lycée d'Orléans, Péguy reçut une bourse pour préparer l'École normale supérieure, en un lycée parisien, le lycée Lakanal. Henri Roy, qui l'y vit arriver en octobre i8gi, le décrit ainsi :
Il était franchement et naturellement peuple; mieux, paysan. Les épaules épaisses et rondes, le cou ccfart le faisaient paraître plus petit qu'il n'était réellement. La parole était brève, le geste rare, affirmant une maturité confirmée par la méthode qu'il apportait dans tous ses actes.
Les gestes de la vie quotidienne, ... il les accomplissait avec une régularité que nous qualifiions manie, alors qu'elle était raison.
Au dortoir, ses vêtements étaient pliés avec soin sur la petite chaise voisine du lit... /Lc premier levé au réveil, à la cloche, il était le premier habillé, net comme un sou neuf. Au réfectoire, où le couvert était mis avec l'incurie normale à l'internat, aus- sitôt aussi, il disposait avec symétrie l'assiette, le verre, le couteau, la cuiller, la fourchette. Il rompait en petites bouchées bien égales le pain et les disposait bien alignées des deux côtés de son assiette. 'Il mâchait sans hâte, à fond; il professait que le potage lui-même devait être mastiqué.
Henri Roy nous montre Péguy mettant, dès son entrée en classe ou en étude, des manches de lustrine, puis disposant sous lui le petit tapis nommé par les lycéens un « sous-cul ».
Au cours, assis bien droit sur son banc, les yeux tantôt fermés, tantôt fixes, ... il avait l'air absent, mais il n'avait pas perdu un mot du cours. Il prenait, de temps à autre, quelques notes. Il répondait aux interrogations d'une voix brève et nette.
Prié, pour son début, de commenter une phrase de La Bruyère, il le fit avec une pertinence et une sobriété qui nous surprirent. A notre maître Rochcblave, qui l'invitait à un développement moins sommaire, il répondait, sans fard, que le verbiage n'était pas dans ses habitudes, et qu'il suffisait que l'ensemble fût dit (Amitié, XVII, 4).
Ses professeurs ont, pour cet élève d'une exceptionnelle droiture, une estime confinant au respect; ce sont, avec Roche- • blave, le philosophe hégélien Noël et un excellent latiniste, « le père Edet », pater Ecleas.
Péguy découvre avec joie Paris, le Louvre, le Théâtre-Fran- çais. Au Louvre, avec un « émoi religieux », il salue « la nouvelle blancheur des statues, l'application des toiles et le silence du monument. Je ne sais si jamais vivants nous eûmes un émoi religieux comparable » (Cahiers, I, n, p. 43). Jamais, dit-il, il n'oubliera « la profonde et copieuse bonté du Louvre » (Cahiers, I, 11, p. 53).
Pendant son séjour à Lakanal se fortifient ses sentiments socialistes. Il les partage avec l'un des nouveaux lycéens (qui sera plus tard l'un de nos plus remarquables camarades à l'Ecole normale : Albert Mathiez. Tous deux ouvrent une sous- cription en faveur des mineurs de Carmaux, en grève contre la compagnie qui a congédié l'un d'eux, Calvinhac, élu député.
Péguy s'éloigne, plus qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, du catholicisme, en constatant que la presse cléricale prend parti pour la compagnie contre les mineurs.
A la fin' de l'année, Péguy a le prix d'excellence. Mais, admissible à l'Ecole normale, il échoue à l'oral.
Contrairement à ce qu'écrit Johannet (p. 34), il était excep- tionnel qu'on fut alors reçu à l'École après une seule année
. de préparation. L'échec de Péguy n'avait rien d'extraordinaire. Mais il se doubla, pour lui, d'une catastrophe : le proviseur refusa de continuer sa bourse.
Henri Roy, qui se trouvait dans la même situation, nous conte l'entrevue entre le proviseur et les deux élèves. Lui- même proteste contre cette décision qu'il juge inique. Mais Péguy, la mâchoire serrée, le tire par le bras : « Foutons le camp. » Puis il murmure : « C'est peut-être mieux ainsi » (Amitié, XVII, 10).
Péguy décide de s'engager, par devancement d'appel, au régiment d'infanterie d'Orléans, n'ayant à servir qu'un an, comme fils aîné de veuve. Il arrive au corps le 12 novem- bre 1892.
Selon le témoignage de son excellent ami Lucas de Pes- louan, Péguy « a fait le métier de soldat avec conscience, et aussi avec allégresse,.. Il a vu dans le régiment l'image d'une société meilleure que la société civile : des hommes unis dans la même tâche, sans distinction de classe ni de fortune; une hiérarchie fondée sur l'ancienneté ou (en partie du moins) sur la valeur; un désintéressement complet; chez les officiers, l'acceptation d'une vie médiocre; chez tous, par- fois masqué par de l'ironie, le sentiment de l'honneur et du devoir » (cité par Johannet, p. 35).
Péguy, le 27 septembre 1893, quitte le 1318 d'Infanterie avec le grade non pas de sergent (Johannet, p. 35), mais de caporal (Amitié, XIX, i5). C'est au cours de périodes d'ins- truction qu'il deviendra sergent, puis sous-lieutenant, puis lieutenant de réserve (Amitié, XIX, 16).
Au régiment, il a retrouvé André Bourgeois. Avec cet ami, il a loué une petite chambre chez un paysan. Il y travaille son programme de Normale. Mais il est de nouveau refusé au concours de 1893. Non sans quelque cruauté, Gaston Boissier apprécie ainsi sa dissertation latine : « Il a des idées, mais je crains que le régiment ne lui ait désappris le latin. »
Péguy écrit à Henri Roy pour le supplier de lui trouver un poste de surveillant dans quelque boîte à bachot. Mais Henri Roy, qui, l'année précédente, a été content de recevoir une bourse d'études à Louis-le-Grand et une bourse de pension à
Sainte-Barbe, désire obtenir pour le caporal Péguy une situa- tion analogue. Il rend visite au directeur de Sainte-Barbe, « l'excellent M. Favre », et rappelle une intervention antérieure du professeur Rocheblave en faveur de son ami. M. Favre lui répond : « [Écrivez à Péguy de venir tout de suite : il y a un an que je l'attends » (Amitié, XVII, II). 1
Pour connaître la vie de Péguy pendant son année scolaire 1893-1894, vécue au collège Sainte-Barbe, d'où l'on suit les cours du lycée Louis-le-Grand, il faut surtout consulter les pages célèbres de Jérôme et Jean Tharaud dans : Notre cher Péguy. Ils décrivent le cadre de leur vie commune, la « cour aux murs peints en rose » (qui vient de disparaître, absorbée par la faculté de droit). Ils tracent, du Péguy d'alors, le plus vivant portrait :
C'était un petit homme robuste, un peu massif, avec des épaules carrées, mais dans le détail tout en finesse. Il avait des yeux noisette, ou plutôt couleur de châtaigne, d'un éclat étonnant, qui regardaient passer les idées et s'arrêtaient sur vous tout à coup avec une autorité surprenante, des lèvres minces, bien dessinées entre de vigoureux maxillaires, le sang près de la peau, des artères qu'on voyait battre, des mains admirablement faites qui vous brisaient les doigts quand il vous serrait la main (p. 10).
Dans la « cour rose » tournent en rond des camarades auxquels le jeune caporal a imposé le pas cadencé et l'allure militaire (beaucoup joueront, plus tard, un rôle dans la vie du directeur des Cahiers) : Jérôme (alors Ernest) Tharaud, Henri Roy, Léon Deshairs, dessinateur et futur bibliothécaire des Arts Décoratifs, Charles-Lucas de Peslouan, le futur bénédictin Louis Baillet, Jules Riby, qui, plus tard, préfacera les pages de Péguy sur Pascal, etc.
Péguy donnait généralement le bras à son camarade préféré, un rêveur, plein de talent, mais d'une timidité maladive, « un de ces êtres à la Gérard de Nerval, inexplicables et char-
mants, qui portent sur eux, dès leur jeunesse, une fatalité mauvaise » : Marcel Baudouin (Tharaud, p. g).
Au cours de l'année suivante, Péguy, normalien, retournera souvent en visite dans la « cour rose ». C'est alors seulement, en l'année scolaire 1894-1895, qu'il fera connaissance avec le plus dévoué de ses disciples, fidèle jusqu'à la mort, un jeune Breton à l'âme ardente, Joseph Lotte.
Dans la cour rose, écrit Tharaud, ils se reconnurent vite pour des natures de même sorte. Péguy annexa aussitôt notre nouveau camarade à son monde fermé, à son univers personnel. Et Lotte prit la place que Péguy lui donnait avec une force d'enthousiasme qui dépassa vite la nôtre, et qui devait aller jusqu'au sacrifice de la vie (pp. 76-77).
Revenant à la cour rose de 1893-1894, il convient de citer le témoignage saisissant de Tharaud sur le Péguy d'alors :
Parmi nous, dans la cour rose, il était incontestablement le premier. Il était naturellement le centre de la chaîne que nous formions. Ce petit Beauceron rougeaud, sans beaucoup de grâce extérieure, possédait ce don mystérieux comme le génie ou la beauté : le prestige... Tout de suite, il nous domina par le carac- tère, la décision, cette force morale difficilement exprimable qui émanait de lui, que nous reconnaissions, et devant laquelle on s'inclinait...
La cour où nous tournions formait pour lui un univers où il se sentait à son aise, car il y exerçait pleinement le premier de ses dons : grouper. des êtres, agir sur eux, ou plus exactement imaginer la vie avec eux, organiser sa troupe avant de s'élancer à la conquête du monde (Tharaud, pp. 14-15).
Les camarades de Péguy s'étonnaient de la façon dont il travaillait. Les jours de composition française, latine ou philosophique,
sitôt le sujet connu, une forte contention d'esprit lui faisait monter le sang à la tête. Alors il disait à Deshairs, qui occupait en classe la place voisine de la sienne : « Je vais dormir, réveille- moi dans une demi-heure. » Congestionné, le sang aux tempes, il se mettait le front sur ses deux mains formant appui sur la table. La demi-heure écoulée, Deshairs, lui touchait l'épaule. Il se réveillait sans surprise. Ce bref sommeil l'avait nourri. II pre- nait son papier, sa plume, et se mettait à écrire sans rature,
recommençant sa page s'il avait dû effacer une phrase ou un mot, enchaînant ses idées avec une sûreté singulière. Pas une bavure, pas une tache sur la feuille où il dessinait, d'une main lente, en hautes lettres maigres, les phrases longuement pesées, et jamais un mot pour un autre. Je le voyais, me dit Deshairs, s'en aller à la ligne, ponctuer, prendre une page après l'autre, soigneux, méticuleux, achevant toujours sa copie dix minutes avant le moment de la remettre, relisant posément, ajoutant seu- lement çà et là une virgule, un point, un accent, puis il signait Charles Péguy. Il était rarement le premier, il était second, troisième. On louait le fond, on faisait des réserves sur la forme, qui avait toujours cet aspect guindé qu'on voyait à son écriture (Tharaud, pp. 12-13).
11 s'intéresse surtout à la langue et à la littérature grecques, notamment il Homère et à Sophocle, et à la littérature fran- çaise du xviie siècle, notamment à Corneille et à Pascal. Il dit à Tharaud : « Je suis un classique de la première généra- tion, je veux dire Sophocle èt Corneille,, et non de la seconde, Euripide et Bacine » (p. 35). Il admire passionnément Victor Hugo, dont il sait par coeur une grande partie de l'œuvre poétique.
Sa distraction préférée, c'est d'aller au Théâtre-Français entendre Mounet-Sully jouant Polyeucte, ou la « divine » Bartet jouant Antigone. « Quel homme de ma génération, écrira-t-il plus tard, ne se rappelle... Mounet, debout au plus haut des marches à droite?... Nous avons encore le timbre rocheux et beurré de sa voix sonnant dans nos mémoires. »
Une ou deux fois par semaine, Péguy quittait le collège avec quelques camarades, groupés par le généreux Louis Baillet, et par l'aumônier de Sainte-Barbe, l'abbé Batiffol, pour participer à une œuvre de bienfaisance, celle de la Mie de Pain, dans le quartier de la Butte-aux-Cailles. On servait la soupe à deux ou trois cents malheureux, réunis dans un hangar. Le spectacle de telles misères fortifiait en son âme les sentiments socialistes.
A. la fin de l'année scolaire, le ier août 189/j, Péguy fut reçu à l'Ecole normale, non pas troisième (Johannet, p. 4g), mais sixième, après Foulet, Challaye, Villeneuve, Sarrieu et Reustan.
. Le nouveau normalien célébra ce succès en partant pour
Orange afin de voir Mounet-Sully jouer Œdipe-Roi sur les marches du Théâtre Antique. Sa mère dut consentir, non sans difficulté, à payer les frais du voyage. Ce qui fit dire gaiement à Péguy, épris de comparaisons militaires : « J'ai gagné la bataille d'Orange » (Tharaud, p. 59).
CHAPITRE II
c OMMENT m'apparut Charles Péguy quand je fis sa connais-
sance à l'Ecoie normale? Au physique, c'était un petit homme robuste et san-
guin, aux épaules carrées, aux cheveux jas, à la barbe châtaine légèrement frisée, aux yeux bruns vifs et malicieux recouverts d'un binocle. Il y avait dans toute sa personne, dans sa tenue, dans son allure, quelque lourdeur paysanne, et l'évidente influence d'habitudes militaires.
Au moral, il était, à vingt ans, un magnifique exemplaire de juvénile humanité. Tout de suite on se sentait en présence d'une personnalité originale et vigoureuse, douée d'une excep- tionnelle autorité. A le mieux connaître, on découvrait en lui une singulière valeur morale; une intelligence lucide, au service d'une volonté ferme et d'un oœur ardent. L'énergie de tout son être était tendue vers le but le plus noble et le plus vaste qui se puisse concevoir : la réalisation de la justice sur toute la surface de la terre. L'immensité de cette ambition généreuse n'excluait point en lui la gaîté, le goût de la blague, le plus savoureux humour.
Je ne constatai sa présence qu'après la semaine d'innocentes brimades infligées par les anciens aux nouveaux, ce qu'on nomme en argot normalien le canular.
Pendant ces sept jours, les nouveaux, les gnoufs, étaient les domestiques des anciens, utilisés à transporter d'une turne à l'autre les livres, les cahiers, les notes, tous les biens des carrés et des cubes. Ils leur servaient aussi de jouets, en des séances récréatives dirigées par le chef de canular. Notre ahurissement amusait les normaliens quand, la nuit, ils ve- naient nous retourner dans nos lits; quand, le jour, ils nous faisaient combattre les uns contre les autres à coups de.tra- versin, ou quand ils nous conduisaient, enveloppés chacun dans un drap de lit transformé en suaire, baiser la dernière vertèbre du méga : un squelette de mégathérium, dont l'an- cienneté symbolisait les plus lointaines traditions de l'École. On contait qu'il y a quelques dizaines d'années, un gnouf ayant refusé d'accomplir ce geste qu'il jugeait déshonorant, Jaurès improvisa un magnifique discours, flétrissant cette manifestation d'un monstrueux irrespect, et exprimant l'in- dignation éprouvée par l'archicube méga devant un scandale dont il n'avait jamais encore été témoin...
Après plus d'un demi-siècle, bien des détails de ces pitto- resques scènes vivent encore devant mes yeux. Je vois s'agiter avec une verve extraordinaire le chef de canular, le cube Feyel; j'écoute ses mots d'esprit, que rendait encore plus piquants un bégaiement léger. Je me rappelle la stupeur du petit provincial bien élevé que j'étais, quand je l'entendis hurler, après la bataille aux traversins : « Le combat ayant eu lieu à l'arme blanche, il n'a pu y avoir que des pertes de même couleur. »
Le dernier soir du canular, au cours d'une vaste assemblée, certains nouveaux devaient s'exhiber en grimpant sur yn poêle, pendant que quelques anciens, qui souvent avaient été au lycée leurs camarades, chantaient une chanson dénonçant leurs ridicules physiques ou moraux. J'entends encore le refrain de la chanson consacrée à notre camarade Albert Mathiez, dont la douceur n'était point la qualité dominante :
C'est épatant : Rouspétait tout le temps.
A la fin de cette séance, le chef de canular proclamait qu'il
n'y avait jamais eu de gnoufs, qu'il n'y avait plus que des conscrits. Un bal animé, où les plus jeunes d'entre nous faisaient fonction de danseuses, mettait fin au canular. Puis cubes et carrés invitaient les conscrits à prendre le thé dans leurs turnes. Je fus invité par Paul Crouzet, le futur historien de la littérature, qui devait devenir inspecteur général de l'Instruction publique et qui partageait sa turne avec Gustave Téry. Sur le pas de la porte, j'entendis la grosse voix de Crouzet faire à mon sujet un calembour, que j'ai dû plus d'une fois subir : « Dans cette maison, tu travailleras, Chal- laye, de nécessité... »
Dans cette période de la vie normalienne, qui avait l'avan- tage de faire se connaître les membres des diverses promo- tions, et aussi les nouveaux venus, entre eux, comment se fait-il que je ne remarquai point une silhouette aussi originale que celle de Péguy, et qu'au contraire elle me frappa tout de suite après la fin de cette semaine fatidique?
On me conta que Péguy, dès son succès au concours de l'école, avait déclaré les brimades du canular contraires à la dignité humaine, proclamé sa décision de ne point s'y plier, annoncé sa ferme résolution de casser la figure au premier des anciens venus pour le canuler; et que l'administration, connaissant son énergie, redoutant un esclandre, l'avait invité à rester chez lui huit jours de plus.
Cette explication me parut confirmée quand j'appris que, quelques jours avant l'entrée à l'École, Péguy avait, pour exprimer son refus d'accepter le canular, convoqué en un café quelques camarades amis, dont Albert Mathiez. Celui-ci conduisit à la petite réunion son cousin et correspondant; c'est de sa fille que je tiens ce récit.
Le bruit se répandit, parmi les normaliens, que Péguy n'avait pas, comme nous, subi le canular, et que l'adminis- tration avait reculé devant son énergie. A mes yeux, comme aux yeux de tous les nouveaux, cet «, on dit » lui conféra un extraordinaire prestige, dès le début de notre vie commune.
La promotion à laquelle appartenait Péguy, la promotion de 1894, sera-t-elle considérée plus tard comme l'une des grandes promotions de l'École?
J'avoue avoir été toujours agacé par l'application de ce qualificatif à la promotion Taine — About — Sarcey : un philo- sophe de second ordre, un romancier de troisième catégorie, un banal journaliste. La vraie grande promotion a été celle qui eut l'extraordinaire fortune de comprendre, à côté de plusieurs esprits fort distingués, tels que Paul Desjardins et Mgr Baudrillart, deux penseurs d'authentique génie : Henri Bergson et Jean Jaurès.
Notre promotion n'a pas atteint de tels sommets; peut-être cependant sera-t-elle considérée plus tard comme s'étant élevée assez haut.
Notre cacique (on nomme ainsi le chef de la promotion d'après l'ordre d'entrée au concours) était- Etienne Burnet : sorti de l'École agrégé de philosophie, il devint docteur en médecine et se consacra à la microbiologie; il dirigea long- temps l'Institut Pasteur de Tunis. Il a publié des œuvres merveilleusement intelligentes en des genres aussi différents que la vulgarisation scientifique : (La lutte contre les micro- bes; Microbes et toxines; La lèpre) l'essai littéraire (Essences) et le roman de mœurs (deux romans décrivant certains aspects de la vie russe : Loin des icônes et La Porte du Sauveur).
Burnet, Péguy et moi appartenions à la section de philoso- phie, ainsi que le regretté Désiré Roustan, qui, auteur d'un bon manuel de psychologie, s'est particulièrement occupé de Malebranche, dont il a publié et commenté le Traité de l'amour de Dieu; l'étrange Bernard Sarrieu, qui, devenu félibre, s'est passionné pour la langue d'oc; et Léon Bloch, qui se con- sacra à la philosophie de la physique.
A nos camarades de la section d'histoire et de géographie on doit une particulière abondance d'œuvres souvent remar- quables, Albert Mathiez a renouvelé l'histoire de la Révolution,
découvrant l'importance du rôle qu'y ont joué les faits d'ordre économique; il en a décrit les aspects politiques dans ses études consacrées à Robespierre et à Danton, les aspects religieux (par exemple Les Théophilanthropes et le culte décadaire), les aspects sociaux (par exemple La vie chère et le mouvement social sous la Terreur); il a résumé le résultat de ses recher- ches en la meilleure des études d'ensemble que nous ayons sur la Révolution française. Léon Homo est un des plus notoires historiens de l'antiquité grecque et romaine : La civilisation romaine; Les Institutions politiques romaines de la cité à l'État; L'Italie primitive et les débuts de l'impéria- lisme romain; Alexandre le Grand. Paul Léon, après une oeuvre de géographie économique, Fleuves, canaux et chemins de fer, est devenu le très influent directeur des Beaux-Arts, et, en cette qualité, a publié l'Art français, esquisses et portraits et Arts et Artistes d'aujourd'hui. Paul Mantoux, après son remarquable ouvrage La révolution industrielle au XVIIIO siè- cle (Essai sur les commencements de la grande industrie moderne en Angleterre), a été interprète à la conférence de Versailles de Ig18, puis secrétaire général à la Société des Nations. Georges Weulersse a rapporté d'un voyage autour du monde deux ouvrages, Chine ancienne et nouvelle et Le Japon d'aujourd'hui, puis a étudié Le Mouvement physiocratique en France et les Physiocrates.
A la section des lettres et à la section de grammaire appar- tenaient le stendhalien Arbelet, éditeur de quelques œuvres de Stendhal, auteur de La Jeunesse de Stendhal et de Stendhal épicier. Julien Luchaire, qui, directeur de l'Institut Français de Florence, écrivit Les Sociétés italiennes du XIIIe au xve siè- cle et les Démocraties italiennes, puis dirigea l'Institut de Coopération intellectuelle à la Société des Nations, enfin fit jouer des comédies dont la meilleure est Altitude 3200. Mario Roques, dont les travaux se rapportent à la littérature rou- maine et au moyen âge français (il en a édité bien des œuvres); il est, aujourd'hui, l'un des plus savants et spirituels confé-
- renciers de la Radiodiffusion française. Georges Seure, spécia- liste de l'àrchéologie thrace, grecque et romaine. Paul Val- lette, qui s'est occupé d'Apulée. Henri Yvon, qui a composé
des manuels pour l'enseignement des langues française et latine. A la jeune section de langues vivantes appartenaient Albert
Lévy, auteur de la Philosophie de Feuerbach, et Jean Poirot, qui s'est consacré à la linguistique celte et finnoise, et qui, en des Cahiers de la Quinzaine signés Jean Deck, a' appelé l'attention sur les souffrances des Finlandais soumis à la domination du tsarisme.
Je me suis borné à nommer ici ceux de nos camarades qui ont composé des ouvrages plus ou moins connus, laissant de côté d'excellents professeurs dans l'enseignement secondaire ou supérieur, l'aimable peintre Fernand Perez, et un homme politique notoire dont il sera question plus loin, Paul Elbel.
Les mérites de nos camarades scientifiques sont plus diffi- ciles à juger quand l'on n'est point soi-même un spécialiste : parmi eux se détachaient, dès l'Ecole, les mathématiciens Lebesgue. et Mon tel, le physicien Paul Langevin, le biologiste Noël Bernard.
Pendant les trois années que la promotion 1894 a passées à l'École, ont vécu sous le même toit, entre autres, nos cubes littéraires Bargy, Bornecque, Emile Cahen, Paul Crouzet, Demangeon, Drouin (Michel Arnauld), Dufourcq, Feyel, Henri Hubert, de Martonne, Rudler, Segond, Gustave Téry, Wahl (Timmory); nos cubes scientifiques Cotton, Édouard Le Roy; nos carrés littéraires Besnier, Bourilly, Dresch, Laloy, Adolphe Landry, Pradines, Gaston Rageot, Rozet, François Simiand, Treffel; nos carrés scientifiques Touren, Wilbois; nos conscrits littéraires Arren, Joseph Aynard, Hubert Bourgin, André Chaumeix, Debidour, Edmond Flegenheimer, Foulet, Lebeau, Lubac, Claude-Eugène Maître, Vacher, René Waltz; nos cons- crits scientifiques Jacques Duclaux, Esclangon, Charles Pérez; nos petits conscrits littéraires Aillet, Babut, Raymond Cahen, Louis Cazamian, Louis Gillet, Albert Monod, Pernot, Tharaud (Ernest, qui prit plus tard le prénom de Jérôme); notre petit conscrit scientifique Clairin.
Entre ces jeunes gens si divers, que de conversations utiles au développement de l'esprit ! que de discussions fécondes et parfois étincelantes! non seulement à la fin des conférences
que les élèves se faisaient les uns aux autres en présence des professeurs, mais surtout dans les turnes, dans la cour, au réfectoire ! J'ai gardé le souvenir délicieux d'une vie intel- lectuelle intense en un milieu privilégié.
Péguy n'aurait-il pas apprécié cette atmosphère intellec- tuelle et morale ? Daniel Halévy écrit :
Péguy ne fut pas heureux à l'École. Le régime en était sévère : c'était un cloître. La lumière y entrait, la verdure y gardait sa fraîcheur, les souvenirs y abondaient. Tout de même on y vivait enfermé, et l'enfant du faubourg Bourgogne, depuis dix ans interné et caserné, avait besoin de respirer (p. 43).
Le seul texte que, à ma connaissance, on pourrait invoquer en faveur de cette thèse, c'est une lettre écrite par Péguy pendant un cours, à son ami Bidault : « Moi aussi je suis un peu en prison dans tous les sens : prison du corps et de l'esprit » (Am,itié, XI, 13).
Cette lettre, dont j'essaierai de fournir une explication, ne m'empêche pas de croire que Péguy a su goûter l'intérêt et l'agrément de la vie menée à l'Ecole pendant les deux années qu'il. y a passées. Lui qui n'avait pas souffert de la caserne, comment aurait-il souffert du « cloître » ? Comment n'aurait-il pas savouré les conversations qu'il avait avec tant de camarades à l'esprit éveillé, un Paul Langevin, par exem- ple, avec qui il aimait à se promener dans la cour ? Comment ne se serait-il point passionné pour la tâche de convertir à son socialisme certains de ces jeunes gens?
Comment n'aurait-il pas continué à aimer les promenades dans Paris, qu'il avait tellement appréciées lors de sa venue dans la capitale, les visites au Louvre, les représentations au Théâtre-Français? Il n'était pas difficile de s'évader du « cloître » dont parle Halévy ! C'est de ce cloître qu'il écrit à un ami :
En sortant j'ai rencontré Bartet rue de Rivoli et je l'ai regardée, mon cher, avec un sentiment harmonieux d'art parfait que je ne dis pas aux Barbares. Il faut aller au Louvre pour trouver pareille démarche (Amitié, XI, i3).
Péguy a été loin d'approuver la réforme de Lavisse, ouvrant largement l'École aux influences du dehors, atténuant la ri- gueur très relative de l'internat, multipliant les contacts avec la Sorbonne et réduisant la part de travail proprement norma- lien. Il écrit :
Il y avait l'ancienne École normale, qui était l'École normale supérieure. Il s'agissait de la faire continuer en cette École normale inférieure, en cette nouvelle École normale que nous connaissons (L'Argent suite, Paris, N.R.F., p. 28).
Quand, célébrant la grandeur de notre jeunesse, il parle de « trois ou quatre merveilleuses années » (Cahi&rs, XIII, 2, p. 224), comment ne pas admettre que, parmi elles, prennent place les deux années vécues en l'École de la rue d'Ulm?
C'est pour des raisons extérieures au régime de l'École que Péguy, après sa première année normalienne (novembre 1894-octobre 1895), s'est, en novembre 1895, fait mettre en congé pendant un an; et que, après une seconde année (novembre 1896-octobre 1897), il a, en novembre 1897, démis- sionné, tout en demandant et obtenant l'autorisation de suivre à l'École certains cours ou conférences. On exposera plus loin les raisons ayant déterminé Péguy en ces circonstances.
Quant à la lettre où il se plaint d'être « en prison », elle me paraît s'expliquer par le fait que Péguy l'a écrite pendant l'un des cours qui nous étaient imposés. La règle pédagogique appliquée à l'École normale d'alors obligeait les élèves de première année à recevoir une culture vraiment générale en suivant les cours de plusieurs professeurs autres que ceux de la spécialité choisie par eux. Certains de ces professeurs
"" ne nous intéressaient guère. Le temps passé à les entendre nous paraissait du temps perdu.
A propos des professeurs de notre première année, une sin- gulière erreur s'est répandue, qu'il convient à un contempo- rain de rectifier en apportant son témoignage.
On a répété qu'en sa première année normalienne (1894- 1895), Péguy avait fait la connaissance de Bergson et de Romain Rolland en suivant leurs cours à l'Ecole.
Tharaud, sans insister d'abord sur la date, écrit : Sous nos regards émerveillés, M. Bergson paraissait improviser
une philosophie pleine d'art qui ressemblait moins à un système - qu'à une invitation au voyage dans des parties de notre esprit où nous n'étions jamais allés (p. 88).
I Mais c'est bien de l'année 1894-1895 qu'il parle lorsqu'il
ajoute : •HTe ne crois pas que, cette année-là, Péguy ait pris un bien vif intérêt ni à Romain Rolland..., ni même à M. Bergson dont la philosophie devait tant le passionner plus tard (p. go).
Parlant aussi de la première année passée par Péguy à l'École normale, Daniel Halévy écrit :
Si farouche qu'il fût en cette année, c'est pourtant alors que Péguy se lia avec trois hommes qui auront, diversement, grande part dans sa vie : Bergson, qui enseignait la philosophie à l'Ecole, Romain Rolland, qui enseignait l'Histoire de l'Art, et Lucien Herr, bibliothécaire.
On reviendra plus loin sur les rapports avec Lucien Herr. Sur Bergson, Halévy continue en écrivant : Nommé depuis peu maître de conférences à l'Ecole, il avait
décidé de suspendre ses travaux personnels pour se donner tout entier à ses livres... Péguy reçut à plein ce merveilleux ensei- gnement (p. 47).
Même affirmation dans le très consciencieux ouvrage de Jean Delaporte : Connaissance de Péguy (Paris, Plon, 1944, t. I, P- 9).
Johannet écrit : Cette première année de Normale, serait-elle donc stérile ? Non,
Péguy allait au contraire faire de nouvelles rencontres et de pré- cieuses acquisitions. Il y avait alors à Normale un tout jeune maître de conférences, petit homme menu, pensif, au front vaste,
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CHAPITRE II - A L'ÉCOLE NORMALE
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