PSAUME, par le Théâtre2 l'Acte

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Mise en scne et scnographie : Michel Mathieu Avec : Julien Charrier, Jean Gary, Diane Launay, Carol Larruy, Rajae Idrissi, Yarol Stuber, Julie Pichavant Lumire : Alberto Burnichon Cration Sonore : Arnaud Romet Affiche : Ronald Curchod Photos, communication et graphisme : Thtre2 lActe, Capucine Sedira & Yohann Allais-Barillot Avec le soutien de : Mairie de Toulouse, Rgion Midi-Pyrnnes, DRAC Midi pyrnes, Conseil gnral de la Haute-Garonne Partenaire : Radio FMR, Thtre Garonne.

Transcript

  • PsaumeDe Georg Trakl

    Il est une lumire que le vent a teinte.Il est sur la lande une taverne que dans laprs-midi quitte un homme ivre.Il est un vignoble brl et noir avec des trous pleins daraignes.Il est une pice quils ont chaule avec du lait.Le fou est mort. Il est une le des mers du Sudo recevoir le dieu Soleil. On frappe le tambour.Les hommes excutent des danses guerrires.Les femmes balancent leurs hanches dans des lianes et des fleurs de feu,quand la mer chante. O notre paradis perdu.

    Les nymphes ont quitt les forts dores.On enterre ltranger. Alors tombe une pluie dtincelles.Le fils de Pan apparat sous la forme dun terrassier,qui dort midi sur lasphalte brlant.Il est des petites filles dans une cour avec des robes dune dchirante pauvret !Il est des chambres pleines daccords et de sonates.Il est des ombres qui streignent devant un miroir aveugle. la fentre de lhpital se rchauffent des convalescents.Un vapeur blanc remonte le canal charg dpidmies sanglantes. La sur trangre apparat nouveau dans les mauvais rves de quelquun.Reposant dans le bosquet de noisetiers elle joue avec ses toiles.Ltudiant, peut-tre un double, la regarde longtemps de la fentre.Derrire lui se tient son frre mort, ou bien il descend le vieil escalier tournant.Dans lobscur des bruns chtaigniers plit la forme du jeune novice.Le jardin est dans le soir. Dans le clotre, a et l voltent les chauves-souris.Les enfants du gardien cessent leurs jeux et cherchent lor du ciel.Derniers accords dun quatuor. La petite aveugle court tremblante dans lalle.Et plus tard son ombre tte les murs froids entours de contes et de lgendes sacres.

    Il est un bateau vide qui le soir descend le canal noir.Dans les tnbres du vieil asile dclinent des ruines humaines.Les orphelins morts sont couchs contre le mur du jardin.Des chambres grises sortent des anges aux ailes souilles dexcrments.Des vers gouttent de leurs paupires jaunies.La place devant lglise est sombre et silencieuse comme aux jours de lenfance.Sur des semelles dargent glissent des vies antrieuresEt les ombres des damns descendent vers les eaux soupirantes.Dans sa tombe le mage blanc joue avec ses serpents.

    Silencieusement dessus le calvaire souvrent les yeux dor de Dieu.

    Georg Trakl

  • PsaumeD'aprs un pome de Georg Trakl

    Psaume,

    Le spectacle est un salut Georg Trakl, cest aussi une exploration dans le monde que laisse entrevoir les mots du pome dans ses profondeurs comme en ses cmes

    Nul spectacle bien sr npuisera la posie de Trakl, celle-ci reste intacte avec son pouvoir vibratoire singulier, au-del de toutes les interprtations, nous parlant intimement chacun

    Avec ce moment de thtre, un groupe dindividus a voulu laisser merger ce que les uns et les autres ont ressenti la lecture de ces strophes, et lont traduit en actes, corps, voix sons avec

    des images, des chants, des textes crits par eux-mmes ou pris la posie ou au thtre universel.

    Cest donc un dialogue avec un pome, celui-ci sous-tend lensemble et snonce au gr des phases de jeu pour parvenir tel loreille du spectateur.

    Un rapport frontal naurait pas convenu un texte qui chappe toute centralit, et senvolant au-dessus de nos vies et capte, pour en faire monde les fragments palpitants de nos

    pouls, si clats soient-ils.Lespace cr est un nomansland qui situe le jeu dans les marges du temps. Les personnes

    qui le peuplent voquent ces exils de toutes poques, dans la mme ex-centricit que celle que Trakl a incarn dans ses oeuvres vis--vis de la socit de la Vienne impriale.

    La scnographie abolit ici la perception unique, en multipliant les points de vue dans une troite proximit de lacteur et du spectateur.

    La polyphonie du geste, de la musique et des paroles interdit toute lecture troite. Elle laisse le spectateur libre de ses interprtations et de ses motions.

    Michel Mathieu.

    Outre le texte de Psaume , figurent dans le spectacle un extrait de Rvlation et dclin de notre auteur, et des extraits duvres diverses : Woyzeck de Bchner, Gaspard et Par

    les Villages de Peter Handke, le pome de Csar Pavese Dehors dans Bois Vert , Linvitation au voyage de Baudelaire un aphorisme de Nietzsche tir du Zarathoustra,

    quelques vers de lInferno de Dante.

    Le pome de Paul Celan Todesfuge dans sa traduction franaise clt le spectacle.

    A ceux-l sajoutent une berceuse yiddish kinderlek et quelques textes brefs crits par les comdiennes Rajae Idrissi et Julie Pichavant

  • Vincent Fortemps.

  • PsaumeUn choix

    Cest Trakl que nous empruntons ce titre qui est dabord celui dun de ses pomes, et cest autour de Trakl que ce projet sarticule. Le dfinir comme le Pote du dclin et sarrter l serait

    lamputer de sa vise, comme le dit Heidegger dans Acheminement vers la parole, lhomme que figure le pote est appel l'existence pour laquelle partir du dclin qui lui est propre, il resurgit en son matin et plus loin sa posie chante la mission de la frappe qui spcifie le genre humain en

    son tre encore rserv, et ainsi le sauve.*

    Nous avions autrefois abord le versant thtral de luvre, puisque nous avions mont Barbe-bleue en 1978. Cette fois cest son versant potique qui nous requiert.

    Il peut tre surprenant quune troupe de thtre soriente sur un projet plaant un pote en son centre plutt quun dramaturge. Il y a cela plusieurs raisons.

    La premire tient la qualit dune uvre en regard avec notre conception du thtre et des pratiques qui sensuivent. Le pome Psaume est reprsentatif de cette tendance de Trakl daller

    vers une sorte dimpersonnalit o le moi disparat au profit dun enregistrement sensible des faits qui sont en eux-mmes porteurs dmotion et de tremblement. Cette lecture visionnaire du monde nest pas pour autant neutre, elle oscille entre la conscience fascine de la destruction et le rappel

    dune innocence natre ou renatre, il sensuit une tension tragique et forcment thtrale.Ce double aspect nous a vivement questionn. Parce que chaque vers constituait lui seul une

    incitation imaginer, lui donner une rponse en acte, parce que au-del le sentiment de tragique constituait pour lacteur un appel improviser et concevoir en sappuyant sur les ressorts intimes

    que les propositions du texte avaient rveill.Il nous tait capital de continuer fonder le thtre sur les propositions singulires et engages des protagonistes, et ce texte nous y incitait vivement. Le pome devenait ce viatique qui nous a permis

    de poursuivre et dapprofondir une dmarche dj entame avec Qui Vive ! la prcdente cration.

    La seconde tient sa situation historique. Trakl est tmoin et acteur involontaire de cette premire faille qui voit basculer le monde civilis dans la barbarie du premier conflit mondial. Une priode

    o le monde dhier pour paraphraser Zweig, se voit volatilis en quelques semainesau milieu de lincrdulit gnrale. Ne sommes-nous pas aujourdhui galement stupfis par ltat

    dun monde o les forces en jeu submergent tous ceux de la base au sommet, qui sont censs les manuvrer. Politiques dconsidrs pour leur incapacit daction, finance anthropophage et

    totalitaire, classes populaires impuissantes et dmoralises pourtant au Sud se lve une nouvelle jeunesse

    La troisime raison recoupe les deux premires en un sens plus anecdotique, cest la vie du pote qui nous la donne. Sa situation marginale vis vis dune socit autrichienne fige, qui lui fit croiser les

    routes de Karl Kraus, de Kokoschka, et des autres collaborateurs de la revue Le Brenner.

    Sa relation incestueuse avec sa sur, ses tentatives dchapper ses angoisses par la drogue, sa mort enfin qui clt un vacillement dans une dpression dclenche par son immersion brutale dans la

    guerre lors du carnage humain de la bataille de Grodek.

    *Martin Heidegger, Georg Trakl, in NRF, n61 janvier 1958, p. 52-75, et n62 fvrier 1958, p 213-236, trad. de Jean Beaufret et Wolfgang Brokmeier.

  • CritiquesLa parole des potes

    Le propre du pome est d'puiser toutes les explications que l'on peut en donner, et c'est ce qui empchera toujours que l'on en fasse un objet de consommation. Ou ne saurait non plus

    "l'interprter" pour la raison qu'il conteste sa propre reprsentation, mais on peut, partir de lui, tenter de crer des instants d'quivalence. Dfi que Michel Mathieu la fois relve et

    lance au Psaume de Georg Trakl. Il ne le met pas en scne : il compose une suite de scnes qui, tantt par la violence et la drision, tantt par l'humour, le dcalage ou l'explosion verbale crent un pome visuel, spatial et sonore qui drange les rgles du thtre, de l'coute et de la

    lecture. L'important, ds lors, n'est pas le rapport au texte mais la vivacit d'clats / pomes toujours actifs et provocants...

    Bernard Nol

    Ce nest pas au got du thtre de juger le thtreLes propos de stylistique vrais aujourdhui seront faux demain.

    Le style, les rfrences ne le sont que par rapport des artisanats ou des dorures dencadrement.

    Seul le regard, comme un vomi, nous importe qui fait voluer nos angles afin dinventer des nouvelles gomtries de perception.

    Pour ce texte de Trakl, je ne juge donc pas une pice, mais un dialogue avec la posie, car la posie nappartient pas quau texte qui nen est quune partie infime, peine visible. Ainsi,

    hier, je ne suis pas all au thtre, mais une noce de la posie.Dialoguer avec Trakl, cest parler avec la mort, et ceci nest pas joli ou beau, ou bien fait,

    CELA EST : sous le couteau ouvert dune cruaut.Qui donc peut parler dun pome sans faire un pome ?

    Dans ces Psaumes innommables, jai aim les poubelles, le jusquau bout des potes sans mots que sont ces acteurs venus des gouffres. Jai aim les dchets, la colique, le corps en feu, les

    pets des verbes qui ne parlent pas.Pas la peine de rciter Trakl. Il apparti