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Rapport droit de succession Corse - octobre 2013 Rapport droit de succession Corse - octobre 2013

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    Groupe de Travail sur les consquences de la dcision du Conseil constitutionnel en matire de droits de succession en Corse

    LMENTS DE DIAGNOSTIC SUR LES CONSQUENCES DE LA DCISION DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL DU 29 DCEMBRE 2012 EN MATIRE

    DE DROITS DE SUCCESSION EN CORSE

    Octobre 2013

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    Par dcision du 29 dcembre 2012 (2012-662 DC), le Conseil constitutionnel a censur larticle 14 du projet de loi de finances pour 2013 qui prorogeait la dure du rgime fiscal transitoire applicable en matire de droits de succession aux immeubles situs en Corse.

    Cette dcision et ses consquences ayant suscit de fortes interrogations, le Gouvernement a mis en place un groupe de travail technique, charg dvaluer les consquences de la dcision du Conseil constitutionnel et dtablir des lments de diagnostic sur la situation du dsordre foncier en Corse.

    Le groupe de travail (dont la composition figure en annexe 1) tait constitu de personnalits et experts et de reprsentants de ladministration centrale ou locale du ministre de lEconomie et des Finances, du ministre de lIntrieur et du ministre de la Justice.

    Le groupe avait pour objectif de travailler partir des donnes juridiques, fiscales, historiques, gographiques, conomiques et sociologiques caractrisant la situation des successions et de la proprit immobilire en Corse. Il tait galement charg de rassembler les donnes quantitatives et qualitatives qui avaient jusqu prsent fait dfaut pour estimer la situation prcise de la proprit immobilire et son volution.

    Le groupe sest runi quatre reprises les 31 janvier, 4 avril, 2 juillet et 17 septembre 2013. Au cours de ces runions et dans le cadre des travaux conduits entre les sances, le groupe de travail sest attach dfinir les consquences juridiques et fiscales de la dcision du Conseil constitutionnel et dresser des lments actualiss de diagnostic sur le dsordre foncier, afin dobjectiver les difficults rencontres et didentifier les leviers damlioration.

    Il a conduit ses travaux autour des axes suivants :

    1. la dfinition des consquences juridiques et fiscales prcises pour les contribuables de la dcision du Conseil constitutionnel, apprhendes selon les diffrentes situations lies la date douverture des successions ;

    2. la collecte et lexploitation dlments quantitatifs et qualitatifs permettant de cerner la situation du dsordre foncier et des successions non rsolues ;

    3. la collecte et lexploitation de donnes de nature mesurer les actions engages pour remdier au dsordre foncier, au travers notamment de lactivit du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC) ; 4. les leviers mme de favoriser le retour un droit de la proprit rgulier des biens immobiliers situs en Corse au travers du bilan des travaux conduits par les notaires et de lanalyse des instruments juridiques offerts sur le plan civil. Le prsent rapport synthtise les travaux conduits.

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    Synthse

    Au plan fiscal, la dcision du Conseil constitutionnel du 29 dcembre 2012 entrane deux consquences partir du 1er janvier 2013. La premire tient au passage dune exonration totale de droits de succession des immeubles situs en Corse une exonration fixe hauteur de 50 % de leur valeur vnale. La seconde porte sur la rduction de vingt-quatre six mois, dlai de droit commun, du dlai de dpt des dclarations de succession comportant des immeubles situs en Corse. Cette deuxime consquence na cependant pas eu de porte concrte, le Gouvernement ayant pris la dcision de dispenser de pnalits et majorations les dclarations dposes tardivement la condition que la rgularisation de la proprit des biens immeubles concerns intervienne dans les vingt-quatre mois suivant le dcs.

    Certains outils fiscaux existent donc toujours pour accompagner le rglement des successions, dont certains parviennent chance au 31 dcembre 2014.

    Dans ce contexte, la collecte et lanalyse de toutes les donnes foncires et cadastrales actualises ont permis dobjectiver le diagnostic et de corroborer lexistence importante de successions non rsolues, aboutissant un dsordre foncier . Cette situation dommageable bien des gards, tant sur le plan fiscal que civil, paralyse les initiatives des hritiers confronts un alourdissement des frais devant tre exposs pour sassurer une scurit juridique relative.

    Deux lments mritent principalement dtre signals. Le premier tient lexistence en Corse dun volume de biens non dlimits sans rapport avec ce qui peut tre constat sur le reste du territoire. Le second tient la prsence dans la documentation cadastrale dun volume important en Corse de propritaires apparents qui peuvent tre considrs comme prsums dcds, attestant de labsence de rgularisation de la succession et didentification des propritaires.

    Les lments de diagnostic dvelopps attestent des particularits de la situation foncire prendre en compte et montrent que la question de la reconstitution des titres de proprit demeure une proccupation au regard des difficults pratiques rencontres.

    Pour autant, plusieurs actions ont dj t engages pour remdier au dsordre foncier et leur examen montre que la situation en Corse, loin dtre fige, fournit des signes de progrs au cours des dernires annes.

    Laction du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse en constitue un indicateur important, avec laide la recherche des origines de proprit quil fournit.

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    Sa mise en place effective a cependant pris beaucoup de retard par rapport sa cration juridique en 2006, le conduisant natteindre quen 2011/2012 la pleine effectivit de ses ressources documentaires et de sa capacit de traitement.

    Laction des notaires est galement dterminante et constitue un autre indicateur du rtablissement progressif de la situation. Le recours la procdure de prescription acquisitive mise en place depuis 1989, dans le prolongement direct des conclusions de la commission Badinter, a contribu reconstituer les chanes de proprit dans de nombreux cas, avec un contentieux qui est rest limit.

    Cela tant, lampleur des situations restant rgler, dont on peut penser quy figurent les situations les plus complexes, rend ncessaire de rflchir aux moyens de consolider dans la dure les tendances positives observes.

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    Sommaire

    I Le droit fiscal applicable et les consquences juridiques de la dcision du Conseil constitutionnel

    1 - La loi applicable avant le 1er janvier 2013 1-1 Lexception cre historiquement par l arrt Miot en Corse

    1-2 Les consquences fiscales de la fin de larrt Miot

    1-3 Les dispositions fiscales applicables jusquau 31 dcembre 2012

    2 - La censure du Conseil constitutionnel

    2-1 Les dispositions fiscales prvues partir du 1er janvier 2013 2-2 Les effets prvus par larticle 14 de la loi de finances pour 2013

    2-3 La dcision du Conseil constitutionnel

    3 - Les consquences de la dcision du Conseil constitutionnel

    3-1 La lgislation applicable aux successions ouvertes compter du 1er janvier 2013 3-2 La situation des successions ouvertes avant le 1er janvier 2013

    II - Les lments de diagnostic sur la situation du dsordre foncier en Corse

    1 - Les lments du dsordre foncier et larrt Miot

    2 - Une prsence importante de biens non dlimits

    2-1 La dfinition des biens non dlimits

    2-2 Les donnes disponibles

    3 - Une proportion trs leve de propritaires apparents qui sont en fait prsums dcds

    3-1 Les modalits de gestion de la taxe foncire et de changement des propritaires

    3-2 Les donnes disponibles sur les propritaires apparents prsums dcds

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    3-3 Les donnes estimes par le GIRTEC sur le volume des biens nayant pas fait lobjet de publication dun titre au fichier immobilier

    4 - Un ratio entre les dclarations de succession dposes et les dcs trs infrieur la moyenne nationale

    4-1 Les rgles en matire de dclaration de succession et de changement de propritaire

    4-2 Les donnes disponibles

    5 - Les consquences sur la proprit immobilire

    5-1 Pour les citoyens

    5-2 Pour les collectivits locales

    6 - Les difficults des hritiers pour rgulariser leur situation

    6-1 Des prix de limmobilier levs

    6-2 Un poids relatif important des rsidences secondaires

    6-3 Des successions complexes et potentiellement onreuses

    6-4 Une complexit des situations juridiques 6-5 Un cot lev des formalits par rapport la valeur de certaines proprits

    III - Les actions dj engages pour remdier au dsordre foncier

    1 - Laction du groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC)

    1-1 La cration juridique 1-2 Le rle du GIRTEC

    1-3 Le fonctionnement du GIRTEC

    1-4 Une mise en place progressive

    2 - Les signes dune amlioration progressive de la situation immobilire

    2-1 Les donnes statistiques dactivit du GIRTEC

    2-2 Les donnes des services de publicit foncire

    2-3 Les cas les plus complexes restent rgler

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    IV - Les leviers juridiques favorisant un retour un droit de la proprit rgulier pour les biens immobiliers situs en Corse

    1 - Mode dacquisition et preuve de la proprit immobilire

    1-1 La transmission par succession

    1-2 La prescription acquisitive (usucapion) 1-3 Le rgime juridique des biens sans matre

    2 - Les lments de bilan et les questions souleves par le recours la procdure dusucapion en Corse

    2-1 Les travaux de la commission Badinter

    2-2 Lapplication des propositions

    ANNEXES

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    I - Le droit fiscal applicable et les consquences juridiques de la dcision du Conseil constitutionnel

    Les premiers travaux du groupe ont consist clarifier les consquences juridiques de la dcision du Conseil constitutionnel en matire fiscale, afin dapporter toutes les prcisions utiles aux interrogations nombreuses quelle a suscites.

    Un tat des lieux a t tabli pour prciser la lgislation fiscale applicable en matire de successions comportant des biens immeubles ou des droits immobiliers situs en Corse avant et aprs la dcision du Conseil constitutionnel. Lannexe 2 prsente un ensemble de questions-rponses destines rpondre aux questions les plus frquemment poses.

    1 - La loi applicable avant le 1er janvier 2013 Pendant deux sicles, le droit fiscal rgissant les successions a t soumis en Corse une lgislation particulire gnralement dsigne sous le terme d arrt Miot . Cette exception a pris fin le 23 janvier 2002 et l arrt Miot a cess de produire ses effets, laissant la place un rgime fiscal transitoire.

    1-1 Lexception cre historiquement par l arrt Miot en Corse

    L arrt Miot auquel il est rgulirement fait rfrence est larrt du 21 prairial an IX (10 juin 1801) concernant lenregistrement, connu sous le nom de ladministrateur gnral des dpartements du Golo et du Liamone de mars 1801 octobre 1802, Andr-Franois Miot, alors conseiller dEtat en mission extraordinaire.

    Larticle 3 de cet arrt dictait trois rgles spcifiques pour la Corse :

    - En ce qui concerne le mode de liquidation des droits : La valeur des immeubles, dont les hritiers, lgataires ou donataires taient tenus de faire la dclaration pour les successions qui leur taient chues, sera lavenir dtermine par le montant de la contribution foncire, et pour parvenir cette fixation, la contribution foncire sera considre comme le centime du capital sur lequel les droits percevoir, daprs la loi du 22 frimaire an VII, seront liquids .

    Comme lattestent les registres de lenregistrement conservs aux archives dpartementales de la Corse-du-Sud et de la Haute-Corse, cette rgle a t applique sans difficult ds lan X jusquau 1er janvier 1949, date laquelle la contribution foncire a t supprime en tant quimpt dEtat par larticle 1er du dcret n 48-1986 du 9 dcembre 1948 portant rforme fiscale.

    A partir de cette date, lapplication antrieure de larrt Miot na plus t possible, du fait de la disparition de cette rfrence sur laquelle sappuyait le mode de liquidation prvu par larrt.

    Un dispositif provisoire lui avait t substitu par une dcision du Ministre du Budget en date du 14 juin 1951, consistant multiplier le revenu cadastral par le taux de la taxe proportionnelle sur le revenu des personnes physiques, plus connu sous le nom de coefficient 24 (pour 24 % : montant du dernier taux en vigueur avant la disparition de cette taxe).

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    Ce dispositif a t appliqu durant quarante ans puis il a t cart par le juge de cassation au motif quil navait pas de base lgale (Cour de cassation, pourvoi n 82-10.688, 4 dcembre 1984, Dame Benedetti et Cour de cassation, pourvoi n 90-13.706, 28 janvier 1992, Sieur Perrino). - En ce qui concerne le dlai de dclaration de la succession : () ces droits seront exigibles ds que le receveur de lenregistrement au bureau de la situation des biens aura la connaissance du dcs de lex-propritaire ; il en suivra le recouvrement sur les hritiers qui seront tenus, en acquittant ces droits, dajouter la dclaration des immeubles fictifs, ainsi que celle du mobilier.

    Contrairement ce qui est frquemment avanc, larrt Miot na pas juridiquement abrog lobligation dclarative gnrale pesant sur les hritiers dans les six mois du dcs.

    La rgle de droit commun impliquant le dpt dune dclaration de succession dans les six mois du dcs est reste applicable en Corse, comme la rappel le juge dinstance saisi dans le courant du XIXme sicle et jusquau dbut du XXme sicle. A cet gard, la jurisprudence a t constante. La disposition prvue par larticle 3 de larrt Miot permettait dailleurs au receveur de lenregistrement dintervenir dans ce mme dlai (ds quil avait la connaissance du dcs). - En ce qui concerne la pnalit de retard : La peine du droit en sus encourue, pour dfaut de dclaration dans le dlai de six mois, restera abroge.

    Soucieux de ne pas aggraver la facture fiscale, dans la mesure o la raison essentielle du non-paiement des droits de succession rsidait alors dans le fait quils taient alors disproportionns par rapport aux facults contributives des habitants de lle, Miot avait dcid de supprimer les pnalits pour dfaut de dclaration dans le dlai de six mois.

    La valeur lgislative des dispositions de larticle 3 de cet arrt, fixant le rgime fiscal particulier des biens immeubles et droits immobiliers sis en Corse transmis par dcs, a t reconnue par un arrt de la Cour de cassation du 23 janvier 1875, Ministre public c/ Costa et plusieurs fois confirme (notamment par Cour de cassation, pourvoi n 82-10.688, 4 dcembre 1984, Dame Benedetti). Larrt Miot a donc eu pour effet dinstaurer pendant deux sicles un rgime juridique fiscal spcifique pour les successions en Corse. Toutefois, les lments ci-dessus montrent que larrt, lorsquil tait applicable, na pas eu pour objet de supprimer lobligation dclarative pesant sur les hritiers mais dadapter le rgime dvaluation des biens et de pnalits, afin de tenir compte lpoque du contexte li la situation conomique de la Corse et aux capacits contributives des habitants.

    Cette analyse a t dveloppe de manire plus approfondie par M. Louis Orsini, membre du groupe de travail, dans sa thse intitule Le rgime juridique des arrts Miot et les ouvrages quil a consacrs ce sujet. 1-2 Les consquences fiscales de la fin de larrt Miot

    Larticle 21 de la loi n 98-1266 du 30 dcembre 1998 de finances pour 1999 comportait deux dispositions concernant larrt Miot.

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    La premire a supprim la phrase de l'article 3 de l'arrt qui disposait que La peine du droit en sus encourue, pour dfaut de dclaration dans le dlai de six mois, restera abroge . Cette suppression a donc mis fin labsence de sanction en cas de dpt tardif ou de dfaut de dpt de la dclaration de succession.

    La seconde a eu pour objet de mettre fin au vide juridique concernant lvaluation des immeubles en Corse, en prvoyant que Pour les successions ouvertes compter du 1er janvier 2000, les rgles d'valuation des biens immobiliers situs en Corse sont celles de droit commun , savoir la valeur vnale des biens.

    Ces dispositions devaient sappliquer aux successions ouvertes compter du 1er janvier 2000. Mais leur entre en vigueur a t repousse successivement : - jusquau 1er janvier 2001 par larticle 27 de la loi n 99-1173 du 30 dcembre 1999 de finances rectificative pour 1999 ;

    - jusquau 1er janvier 2002 par larticle 25 de la loi n 2000-1353 du 30 dcembre 2000 de finances rectificative pour 2000 ;

    - par larticle 31 de la loi n 2001-1276 du 28 dcembre 2001 de finances rectificative pour 2001, jusqu la publication des dispositions concernant la dclaration et la liquidation des droits denregistrement dus raison des mutations par dcs comprises dans la prochaine loi relative la Corse et, au plus tard, le 1er janvier 2003 . Larrt Miot a donc cess de produire ses effets compter du 23 janvier 2002, date de publication de la loi n 2002-92 du 22 janvier 2002 relative la Corse. Depuis cette date, le droit fiscal gnral en matire de successions sapplique en Corse et les dclarations qui ne sont pas dposes dans les dlais lgaux font lobjet de pnalits.

    1-3 Les dispositions fiscales applicables jusquau 31 dcembre 2012 Pour accompagner la suppression des effets de larrt Miot, larticle 51 de la loi n 2002-92 du 22 janvier 2002 relative la Corse a introduit dans le code gnral des impts des dispositions transitoires avant lapplication des rgles de droit commun.

    Le dlai de dpt des dclarations de succession a t tendu de six vingt-quatre mois aprs le dcs (article 641 bis du code gnral des impts en annexe 3) pour toutes les successions ouvertes jusquau 31 dcembre 2008, condition que la dclaration de succession comporte :

    - des immeubles ou droits immobiliers situs en Corse qui nont pas t acquis titre onreux compter du 23 janvier 2002 ; - et pour lesquels les titres de proprit existaient ou ont t reconstitus au cours du dlai de vingt-quatre mois.

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    Pour inciter la reconstitution des titres de proprit, le mme article 51 a introduit un dispositif d'exonration totale, puis partielle, de droits de succession pour les immeubles et droits immobiliers situs en Corse autres que ceux acquis titre onreux depuis le 23 janvier 2002 (article 1135 bis du code gnral des impts en annexe 3). La mme disposition tait applicable aux immeubles et droits immobiliers pour lesquels le droit de proprit du dfunt n'avait pas t constat antrieurement son dcs, la condition que les titres de proprit soient reconstitus dans les vingt-quatre mois du dcs.

    Pour la mme raison, larticle 51 a aussi prolong jusqu'au 31 dcembre 2012 lexonration du droit de partage (actuellement de 2,5 %) d sur les actes authentiques de partage et de licitation tablis en vue du rglement dune indivision successorale comportant des biens immeubles situs en Corse, hauteur de la valeur de ces immeubles (article 750 bis A du code gnral des impts en annexe 3). Il a prolong jusquau 31 dcembre 2012 lexonration des procurations et attestations notaries dresses aprs dcs en vue du rglement dune indivision successorale comportant des biens et droits immobiliers situs en Corse (article 1135 du code gnral des impts en annexe 3). Il a institu une exonration des actes de notorit tablis entre le 1er janvier 2002 et le 31 dcembre 2012 pour le rglement dune indivision successorale comportant des biens et droits immobiliers situs en Corse.

    Les dispositions de la loi du 22 janvier 2002 ont ensuite t proroges par l'article 33 de la loi n 2008-1443 du 30 dcembre 2008 de finances rectificative pour 2008 :

    - la drogation permettant un dlai de dclaration de succession de vingt-quatre mois a t proroge du 31 dcembre 2008 jusqu'au 31 dcembre 2012 ; - l'exonration totale de droits de succession a t proroge du 31 dcembre 2010 au 31 dcembre 2012 ;

    - l'exonration partielle de droits de succession de 50 %, applicable de 2011 2015, a t dcale de 2013 2017 ;

    - l'exonration des droits dactes a t proroge du 31 dcembre 2012 au 31 dcembre 2014.

    La synthse du droit fiscal qui tait applicable au 31 dcembre 2012 figure en annexe 2 (fiche 3 des questions-rponses).

    2 - La censure du Conseil constitutionnel

    Le dispositif fiscal transitoire sur les successions comportant des immeubles situs en Corse, prorog plusieurs fois, tait prvu pour faire cesser progressivement ses effets. Le 31 dcembre 2012 constituait de ce fait une tape importante, avec une diminution du champ des mesures drogatoires.

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    Un amendement parlementaire a voulu introduire une nouvelle prorogation du calendrier. Cest cette prorogation qui a t censure par le Conseil constitutionnel comme contraire la Constitution.

    2-1 Les dispositions fiscales prvues partir du 1er janvier 2013 En application de la loi n 2008-1443 du 30 dcembre 2008 de finances rectificative pour 2008, deux dispositions fiscales arrivaient chance le 31 dcembre 2012, relatives :

    - au dlai de dpt des dclarations de succession,

    - et au dispositif dexonration totale de droits de mutation titre gratuit des biens immeubles situs en Corse.

    Pour les successions ouvertes compter du 1er janvier 2013, le dlai lgal pour dposer les dclarations que les hritiers, donataires ou lgataires ont souscrire au titre des biens qui leur sont transmis devenait le dlai de droit commun de six mois compter du dcs, au lieu de vingt-quatre mois auparavant.

    Par ailleurs, pour ces mmes successions, les immeubles et droits immobiliers situs en Corse, qui bnficiaient jusquau 31 dcembre 2012 dune exonration totale des droits de mutation par dcs, devenaient exonrs hauteur de 50 % de leur valeur vnale.

    2-2 Les effets prvus par larticle 14 de la loi de finances pour 2013

    Larticle 14 du projet de loi de finances pour 2013, issu dun amendement dpos lors des dbats sur le projet de loi de finances pour 2013 lAssemble nationale (nI-744), a prorog la dure d'application des rgimes drogatoires pour les successions comportant des biens immeubles ou des droits immobiliers situs en Corse, en reportant lapplication des rgles de droit commun aux successions ouvertes compter du 1er janvier 2023 : - exonration totale des droits de succession sur la valeur vnale des immeubles situs en Corse (autres que ceux acquis titre onreux depuis le 23 janvier 2002) et non plus lexonration prvue de 50 % et allongement de six vingt-quatre mois du dlai pour dposer les dclarations comportant de tels biens, pour les successions ouvertes jusqu'au 31 dcembre 2017 ; - exonration de la moiti de la valeur vnale de ces mmes immeubles situs en Corse pour les successions ouvertes du 1er janvier 2018 au 31 dcembre 2022 ; - exonration du droit d'enregistrement sur les actes de partage et de licitation et exonration de toute perception au profit du Trsor en faveur des procurations, attestations aprs dcs et actes de notorit tablis jusqu'au 31 dcembre 2017 en vue du rglement d'une indivision successorale comportant des immeubles situs en Corse.

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    2-3 La dcision du Conseil constitutionnel

    Dans sa dcision du 29 dcembre 2012 (n 2012-662 DC), le Conseil constitutionnel a dclar contraire la Constitution larticle 14 du projet de loi de finances pour 2013 : Considrant que le maintien du rgime fiscal drogatoire applicable aux successions sur des immeubles situs dans les dpartements de Corse conduit ce que, sans motif lgitime, la transmission de ces immeubles puisse tre dispense du paiement de droits de mutation ; que la nouvelle prorogation de ce rgime drogatoire mconnat le principe d'galit devant la loi et les charges publiques ; que, par suite, l'article 14 doit tre dclar contraire la Constitution. (cf. texte complet en annexe 4). Le Conseil constitutionnel a ainsi motiv sa dcision sur la base de labsence de motif lgitime pour le maintien dun rgime fiscal drogatoire applicable aux seules successions portant sur les immeubles situs en Corse. Et il a considr que, en labsence de motif lgitime, cette nouvelle prorogation tait contraire au principe d'galit entre contribuables acquittant des droits de succession.

    Cette dcision a eu pour effet dannuler lentre en vigueur de la mesure de prorogation qui tait prvue par la loi de finances pour 2013.

    3 - Les consquences de la dcision du Conseil constitutionnel

    A dfaut de prorogation, cest par consquent le calendrier du dispositif transitoire issu de l'article 51 de la loi n 2002-92 du 22 janvier 2002 relative la Corse, modifi par larticle 33 de la loi n 2008-1443 du 30 dcembre 2008 de finances rectificative pour 2008 (cf. 1-3 supra), qui continue sappliquer. Il en rsulte des volutions dans la lgislation applicable aux successions ouvertes compter du 1er janvier 2013. La dcision du Conseil constitutionnel nayant par ailleurs pas deffet rtroactif, comme semblaient le craindre certains contribuables, la situation est inchange pour les successions ouvertes avant le 1er janvier 2013.

    3-1 La lgislation applicable aux successions ouvertes compter du 1er janvier 2013 Seuls deux changements interviennent pour les successions ouvertes compter du 1er janvier 2013 : Le dlai de dpt

    Le dlai lgal pour dposer les dclarations que les hritiers, donataires ou lgataires ont souscrire au titre des biens qui leur sont transmis est rduit de vingt-quatre six mois, ce qui est le dlai de droit commun.

    Afin de laisser aux hritiers le temps de sadapter, le Gouvernement a pris le 31 janvier 2013 la dcision de dispenser de pnalits, intrts de retard et majoration les dclarations de succession comportant des immeubles situs en Corse enregistres dans les vingt-quatre mois du dcs.

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    Cette dispense vaut la condition que la proprit de ces biens soit rgulirement enregistre dans le mme dlai (cf. communiqu de presse du 31 janvier 2013 n 376 en annexe 5 et lettre au prsident du Conseil suprieur du notariat du 23 juillet 2013 en annexe 6). En pratique, le dlai de dpt des dclarations de succession comportant des immeubles situs en Corse reste donc fix vingt-quatre mois, puisque les dclarations dposes dans un dlai suprieur six mois mais infrieur vingt-quatre mois ne subissent pas de pnalits.

    Les exonrations

    Les immeubles et droits immobiliers situs en Corse, qui bnficiaient jusquau 31 dcembre 2012 dune exonration totale des droits de mutation par dcs, sont exonrs hauteur de 50 % de la valeur vnale de ces mmes biens pour les successions ouvertes entre le 1er janvier 2013 et le 31 dcembre 2017 (article 1135 bis du code gnral des impts en annexe 3). En revanche, tous les autres lments du dispositif en vigueur au 31 dcembre 2012 demeurent inchangs :

    - Les partages de succession et les licitations de biens hrditaires tablis jusquau 31 dcembre 2014, condition quils soient constats par acte authentique, restent exonrs du droit de partage de 2,5 % sur la valeur vnale des immeubles situs en Corse (article 750 bis A du code gnral des impts en annexe 3). - Les procurations, les attestations notaries aprs dcs et les actes de notorit tablis en vue du rglement dune indivision successorale comportant des biens immobiliers situs en Corse sont galement exonrs de toute perception au profit du Trsor jusquau 31 dcembre 2014 (article 1135 du code gnral des impts en annexe 3). - Les valeurs mobilires, les immeubles situs en dehors de la Corse et les immeubles acquis partir du 23 janvier 2002 continuent tre assujettis aux droits de succession dans les conditions de droit commun.

    La publication au fichier immobilier des actes de partage et de licitation, des attestations notaries aprs dcs et des actes de notorit acquisitive donne par ailleurs lieu la perception de la contribution de scurit immobilire (0,1 % sur la valeur des immeubles) prvue par larticle 879 du code gnral des impts (en annexe 3). Ces lments montrent que le principal changement intervenu au 1er janvier 2013 est le passage de lexonration totale mise en place titre transitoire en 2002 une exonration de 50 % de droits de succession sur les biens situs en Corse acquis par le dfunt avant le 23 janvier 2002. Certains outils fiscaux existent donc toujours pour permettre aux hritiers de rgulariser leur situation juridique sur des biens pour lesquels la dvolution successorale na pas eu lieu.

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    3-2 La situation des successions ouvertes avant le 1er janvier 2013 La situation juridique des hritiers de personnes dcdes avant le 1er janvier 2013 est inchange, que la dclaration de succession ait t dpose ou non cette date. Cest toujours la loi antrieure au 1er janvier 2013 qui sapplique dans ce cas. Lorsquelles comportent des biens immeubles ou des droits immobiliers situs en Corse qui nont pas t acquis titre onreux depuis le 23 janvier 2002, les dclarations de succession dposes avant le 31 dcembre 2012 continuent relever des dispositions antrieures au 1er janvier 2013. Il ny a donc pas de recalcul des droits de succession sur la base de la nouvelle lgislation.

    Si la dclaration de succession na pas encore t dpose, cest galement la loi antrieure au 1er janvier 2013 qui sapplique aux successions ouvertes avant le 1er janvier 2013. Le dlai de vingt-quatre mois pour dposer les dclarations de succession et lexonration totale des droits de succession pour les immeubles ou droits immobiliers situs en Corse qui nont pas t acquis titre onreux depuis le 23 janvier 2002 continuent de sappliquer pour ces dcs antrieurs au 1er janvier 2013.

    Par ailleurs, contrairement ce que pourraient craindre certains hritiers, lorsque des biens immobiliers ont t transmis sur plusieurs gnrations par des dcs successifs et ont entran des indivisions qui nont fait lobjet daucun partage, les hritiers qui souhaitent rgulariser la situation de ces biens nont pas acquitter des droits de succession et des droits de partage correspondant toutes les transmissions qui sont intervenues.

    Seules les transmissions dcoulant de dcs intervenus depuis le 1er janvier 2007 sont lgalement taxables. En effet, les transmissions ne peuvent tre soumises aux droits de succession que pour la priode o laction de contrle de ladministration est non prescrite. Les hritiers nont donc pas acquitter des droits de succession pour les transmissions antrieures intervenues au cours de la priode o laction de contrle de ladministration est prescrite.

    Le droit de reprise de l'administration, pour les droits de mutation par dcs, peut s'exercer jusqu' l'expiration de la troisime anne suivant l'enregistrement d'un acte ou d'une dclaration (dite prescription courte , article L. 180 du livre des procdures fiscales en annexe 3). Sous rserve des dispositions particulires prvues l'article L. 181 du livre des procdures fiscales (en annexe 3), cest en revanche la prescription sexennale de droit commun, dite prescription longue , qui est applicable en cas de non dpt de dclaration ou d'omission de bien. Elle court compter de la date du dcs (article L. 186 du livre des procdures fiscales en annexe 3). La date du dcs constitue le fait gnrateur des droits de succession. Cest le point de dpart du dlai qua l'administration pour agir, quelle que soit la nature du manquement : absence de dclaration, omission de bien, inexacte indication du lien de parent entre le dfunt et les hritiers, etc.

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    Exemple : Si une dclaration est dpose et enregistre le 20 dcembre de lanne N suite un dcs intervenu le 25 juin de cette anne N, l'administration fiscale dispose d'un dlai expirant le 31 dcembre de lanne N+3 pour contrler la dclaration, pour les biens figurant dans cette dclaration.

    Sous rserve des dispositions particulires prvues l'article L. 181 du livre des procdures fiscales, si aucune dclaration na t dpose ou si certains biens (crances, biens meubles, immobilier, comptes bancaires) ont t omis lactif de la dclaration, le droit de contrle peut sexercer jusqu'au 31 dcembre de lanne N+6.

    Ce droit de reprise de l'administration ne peut plus s'exercer au-del de 6 ans aprs le dcs et l'administration ne peut exiger aucun paiement de droits.

    Par consquent, les dcs antrieurs au 1er janvier 2007 ne peuvent tre soumis des droits de succession.

    II Les lments de diagnostic sur la situation du dsordre foncier en Corse

    Afin dobjectiver les difficults rencontres, des lments gnraux de quantification sur le tissu fiscal et des donnes quantitatives et qualitatives sur la situation de la proprit et des successions en Corse figurent en annexes 7 et 8.

    Diffrents paramtres danalyse permettent de mieux cerner la situation de la proprit immobilire et des successions en Corse et attestent de particularits de la situation foncire qui sont prendre en compte.

    1 - Les lments du dsordre foncier et larrt Miot

    Pendant deux sicles, le droit fiscal des successions a t rgi par un texte dexception en Corse. Au cours de ce long intervalle, une priode stendant de la premire guerre mondiale aux annes 1950 a t marque par de grands bouleversements socio-conomiques : de trs fortes pertes humaines au cours des deux guerres mondiales, un exode rural encore plus marqu que sur le continent conduisant un dpeuplement qui a provoqu un vritable effondrement de lconomie et des valeurs traditionnelles bases sur la terre1, de nombreux habitants quittant leur village pour chercher du travail en ville, sur le continent, voire ltranger. Aujourdhui, la Corse est la rgion prsentant la densit la plus faible2 : 36 habitants/ km2, contre une moyenne nationale de 115 habitants/ km2.

    Le faible niveau des revenus a rendu le paiement des droits de succession difficile, dautant plus que cette priode a galement vu disparatre lancien rseau de notaires traditionnels.

    1 Cf. sur ce point les dveloppements de Jeanine Renucci, Corse traditionnelle et Corse nouvelle, Thse, Audin,

    Lyon, 1974. 2 Source Insee

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    Dans un tel contexte socio-conomique, malgr le fait quil ne soit pas la cause directe et principale de la situation dindivision, lie plutt au souci de prserver en commun les biens ancestraux matrialisant lattache des Corses leur le3, larrt Miot a produit des effets pervers sur la dtention de la proprit immobilire, en dsincitant les familles de rgler les successions, puisque aucune sanction ntait susceptible dtre applique par ladministration fiscale en labsence de dclaration de succession dpose dans le dlai lgal.

    Le rsultat est que plusieurs gnrations ont pu passer sans que les dvolutions successorales soient ralises, aboutissant une situation de la proprit immobilire quon peut qualifier de dsordre foncier . Dans ce cas, le propritaire juridique dun bien immobilier est encore une personne qui est dcde depuis de longues annes. Ses hritiers, qui peuvent tre nombreux aprs plusieurs gnrations, se partagent la proprit virtuelle et lusage dun bien sur lequel ils ne dtiennent, le plus souvent, aucun titre.

    Cette situation est rgulirement dcrite sous le terme d indivision , qui est inappropri car il se rfre en ralit des situations dindivision de fait. En effet, une indivision est une situation juridique bien encadre lorsquelle est assise sur un titre de proprit rgulier, dans laquelle les propritaires possdent ensemble un bien, parts gales ou non. Il sagit ici plutt dune succession non rgle ou de la dtention informelle dun bien par plusieurs personnes.

    En labsence de rglements successoraux, la situation est parfois aggrave par le fait que la transmission informelle du bien a pu se faire vers des membres de la famille qui ntaient pas les hritiers directs sur la base du droit civil. La situation de ces hritiers, qui occupent le bien, est ainsi particulirement fragile sur le plan juridique. Le groupe a cherch objectiver cette situation en identifiant les donnes quantitatives permettant de cerner son ampleur.

    2 - Une prsence importante de biens non dlimits

    Un premier symptme de successions non rgles est la forte prsence en Corse de biens non dlimits. Les donnes de la Direction gnrale des finances publiques et du Groupement d'intrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC) permettent dobjectiver leur prsence sur le territoire.

    2-1 La dfinition des biens non dlimits

    Un bien non dlimit (BND) est un terrain d'un seul tenant sur lequel s'exercent plusieurs droits de proprits pleins et entiers mais pour lequel les limites entre les diffrentes proprits ne sont pas connues de l'administration. Les biens non dlimits ne relvent ni du rgime de la coproprit, car il ny a pas de parties communes, ni de celui de lindivision.

    3 Cette analyse avait dj t retenue dans le rapport de linspecteur gnral des finances, M. de Saint-Pulgent,

    Le rgime fiscal de la Corse. Bilan et orientations de rforme, Inspection gnrale des Finances, 1984, p.17.

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    Seule la limite extrieure de la parcelle cadastrale formant un bien non dlimit est connue. En revanche, les propritaires nont pas pu indiquer ladministration, lors des oprations de confection ou de rnovation du cadastre, les limites sparatives internes entre les diffrentes proprits contenues dans le bien. Des contours de parcelles ont pu aussi tre dfinis arbitrairement par les gomtres lors de la rnovation du cadastre, en raison de l'impossibilit de consulter les propritaires lors des oprations de rnovation.

    Cest donc une parcelle cadastrale unique, alors que lattribution de proprit, au moment o elle sest produite, aurait d provoquer la cration de plusieurs parcelles portant chacune son propre numro denregistrement au cadastre.

    Un bien non dlimit est supprim par la dlimitation des droits qui s'exercent sur lui. Cette dlimitation relve de la seule volont des propritaires, ladministration ne disposant daucun moyen pour les contraindre entreprendre cette dmarche.

    Concrtement, la suppression est matrialise au travers dun document d'arpentage tabli par une personne agre (le plus souvent un gomtre-expert). Ce document, sign par les propritaires concerns, est ensuite appliqu dans la documentation cadastrale tenue par la Direction gnrale des finances publiques.

    2-2 Les donnes disponibles

    Poids relatif en nombre de parcelles

    Au 1er janvier 2012, il existait 63 800 biens non dlimits en Corse, rapporter aux 1 005 600 parcelles existantes, soit un taux de 6,4 %. Les taux sont similaires dans les deux dpartements.

    Le taux constat en Corse est ainsi trs suprieur au taux national qui est de 0,4 %.

    Taux de biens non dlimits

    Nombre de communes

    Nombre de parcelles

    Nombre de BND % BND/Parcelles

    2A Corse-du-Sud 124 346 200 21 100 6,1 %

    2B Haute-Corse 236 659 400 42 700 6,5 %

    Corse 360 1 005 600 63 800 6,4 %

    National 36 700 89 815 500 343 700 0,4 % source : statistiques foncires DGFiP au 1er janvier 2012

    Poids relatif en surface

    La surface couverte par les biens non dlimits reprsente 15,7 % de la surface cadastre de la Corse.

    Ce pourcentage est galement trs suprieur ce qui est observ dans les autres dpartements franais.

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    Le ratio moyen calcul sur un chantillon de 10 dpartements similaires (Ardennes, Arige, Aude, Creuse, Lozre, Pas-de-Calais, Guadeloupe, Martinique, Guyane et Runion) est de 0,7 %4. Taux de biens non dlimits

    Surface des BND (km2)

    Surface cadastre (km2)

    % surface BND/surface cadastre

    2A Corse-du-Sud 633 3 939 16,1 %

    2B Haute-Corse 706 4 602 15,3 %

    Corse 1 339 8 541 15,7 %

    source : statistiques foncires DGFiP au 1er janvier 2013

    Ce ratio varie fortement dune commune corse lautre, allant dun minimum de 0 % un maximum de 67,49 % pour la commune de Castirla (Haute-Corse). 9 communes (5 en Corse-du-Sud et 4 en Haute-Corse) prsentent un ratio suprieur 50 %.

    Prsence des biens non dlimits

    La rpartition de la densit gographique des biens non dlimits est ingale sur le territoire corse, puisque les 3/4 des biens non dlimits sont situs sur seulement 1/3 des communes. Il sagit donc dun phnomne gographiquement trs concentr.

    R p a rtit io n d e s B N D p a r c o m m u n e

    0 ,0

    1 0 ,0

    2 0 ,0

    3 0 ,0

    4 0 ,0

    5 0 ,0

    6 0 ,0

    7 0 ,0

    8 0 ,0

    9 0 ,0

    1 0 0 ,0

    5 1 0 1 5 2 0 2 5 3 0 3 5 4 0 4 5 5 0 5 5 6 0 6 5 7 0 7 5 8 0 8 5 9 0 9 5 1 0 0% B N D

    % co

    mm

    un

    es

    4 Source : fichiers fonciers DGFiP au 1er janvier 2013.

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    La quasi-totalit des communes corses comportent au moins un bien non dlimit sur leur territoire. Seules 2 communes, sur les 360 que compte la Corse, nont aucun bien non dlimit : Algajola et LIle Rousse, en Haute-Corse. Le taux le plus lev concerne la commune de Lugo Di Nazza, en Haute-Corse (38,30 % des parcelles). Sur cette commune, la surface des biens non dlimits reprsente par ailleurs 46,92 % de la surface cadastre.

    Les biens non dlimits sont plus frquents en zone montagneuse. Il sagit alors en gnral de maquis, dune valeur foncire faible. En plaine, les biens non dlimits peuvent galement exister mais il sagit alors souvent de parcelles cultives.

    Le nombre moyen de lots par bien non dlimit est de 3,2, mais il peut y avoir jusqu 20 25 lots par bien, voire dans des cas extrmes plus de 100 lots. La rpartition gographique des biens non dlimits est illustre ci-dessous. Ils sont concentrs dans des zones rurales, pour des parcelles dont la valeur foncire est faible.

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    Une tude ralise par le GIRTEC partir des donnes cadastrales de 2009 dgage les mmes tendances que celles exposes ci-dessus et permet dillustrer finement la photographie par commune des biens non dlimits des deux dpartements de la Haute-Corse et de la Corse-du-Sud.

    Les donnes prises en compte pour ltude sont celles du nombre de parcelles et de lots en biens non dlimits :

    - 42 571 parcelles en biens non dlimits et 115 240 lots de biens non dlimits en Haute-Corse,

    - 21 105 parcelles en biens non dlimits et 92 618 lots de biens non dlimits en Corse-du-Sud.

    - Le nombre maximum de lots contenus dans une parcelle en biens non dlimits est de 40 en Haute-Corse et de 118 en Corse-du-Sud.

    La carte du pourcentage des surfaces parcellaires non dlimites par commune fait apparatre la localisation de ces biens.

    On peut noter que, dans 4 communes, plus de 60 % de la surface nest pas dlimite. Il apparat galement, quelques exceptions prs, que le dfaut de dlimitation et dindividualisation des proprits est plus marqu dans lintrieur de lile que dans les zones littorales.

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    Les donnes disponibles dmontrent donc une prsence particulirement forte en Corse de ces biens non dlimits par rapport au reste du territoire national. Ces statistiques montrent que, dans de trs nombreux cas, les familles nont pas accompli les dmarches ncessaires pour diviser et se rpartir un bien immobilier aprs une ou plusieurs successions.

    3 - Une proportion trs leve de propritaires apparents qui sont en fait prsums dcds

    Un second symptme de successions non rgles est la forte prsence en Corse de biens dont le propritaire officiel est trs probablement dcd et de parcelles qui nont fait lobjet depuis des dcennies daucune mutation au fichier immobilier des services de la publicit foncire. Comme pour les biens non dlimits, lampleur du phnomne est assez considrable. Les donnes de la Direction gnrale des finances publiques et du Groupement d'intrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC) permettent dobjectiver leur prsence sur le territoire.

    3-1 Les modalits de gestion de la taxe foncire et de changement des propritaires

    Larticle 1400 du code gnral des impts (en annexe 3) dispose que toute proprit, btie ou non btie, doit tre impose au nom du propritaire actuel. Le propritaire concern par cet article est le propritaire apparent. Peu importe quil dispose ou non dun titre de proprit pour tre inscrit au rle de taxe foncire.

    En effet, le cadastre franais est un cadastre fiscal et les nonciations cadastrales ne sont que des prsomptions parmi dautres, qui peuvent tre retenues ou non par les tribunaux comptents pour trancher les litiges en matire de droit de proprit.

    Sagissant des mutations cadastrales, la rgle fondamentale qui rgit la modification du propritaire apparent dans la documentation du cadastre est nonce larticle 36 de la loi du 3 frimaire an VII relative la rpartition, lassiette et au recouvrement de la contribution foncire : la note de chaque mutation de proprit sera inscrite au livre des mutations, la diligence des parties intresses : elle contiendra la dsignation prcise de la proprit ou des proprits qui en seront lobjet, il y sera dit quel titre la mutation sen est opre . Le dcret n 55-22 du 4 janvier 1955 portant rforme de la publicit foncire a par ailleurs impos la forme authentique des actes dont la publication au fichier immobilier est requise et organis la concordance du fichier immobilier et du cadastre.

    La conjonction de ces textes amne larticle 1402 du code gnral des impts (en annexe 3) organisant aujourdhui les mutations cadastrales : Les mutations cadastrales conscutives aux mutations de proprit sont faites la diligence des propritaires intresss. Aucune modification la situation juridique dun immeuble ne peut faire lobjet dune mutation si lacte ou la dcision judiciaire constatant cette modification na pas t pralablement publi au fichier immobilier .

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    Il en dcoule que, pour un immeuble donn, bti ou non bti, aussi longtemps quun acte de mutation na pas t publi au fichier immobilier, la mutation cadastrale nest pas faite et cest lancien propritaire qui continue tre impos au rle de taxe foncire. En consquence, cet ancien propritaire ou ses hritiers naturels peuvent tre contraints au paiement de la taxe foncire (article 1403 du code gnral des impts en annexe 3). En pratique, cest donc le fichier immobilier de la publicit foncire qui est le fichier matre pour que ladministration fiscale puisse mettre jour les propritaires figurant sur les rles de taxe foncire. Tant que les hritiers dun propritaire dcd naccomplissent pas les dmarches ncessaires pour rgler sa succession, cest son nom qui figurera sur le rle. Cest ce qui explique que de nombreuses taxes foncires puissent tre tablies au nom de propritaires dcds en Corse5.

    3-2 Les donnes disponibles sur les propritaires apparents prsums dcds

    Dans le cadre du groupe de travail, une tude a t mene partir de la documentation cadastrale de la Direction gnrale des finances publiques pour estimer le volume de propritaires apparents prsums dcds en Corse et quantifier ainsi lexistence des trs nombreuses successions non rgles portant sur des biens immobiliers.

    Ltude a t mene sur les donnes contenues dans les fichiers fonciers de taxation la taxe foncire de 2012.

    Le nombre total de personnes physiques enregistres en tant que propritaires dans les fichiers fonciers en Corse est de 397 000 personnes physiques, dont 174 800 en Corse-du-Sud et 222 200 en Haute-Corse.

    Sur ces 397 000 personnes physiques :

    - 29 200 personnes, soit 7,4 %, ont une date de dcs renseigne dans le fichier foncier et sont donc a priori dcdes ;

    - 68 000 personnes, soit 17,1 %, n'ont pas de date de naissance renseigne dans le fichier, et parmi elles 627 ont en revanche une date de dcs renseigne.

    5 Sans compter par ailleurs lexonration spcifique la Corse sur la taxe foncire non btie sur les terres

    agricoles qui existe depuis 1995 et qui peut entraner labsence dmission davis de taxe foncire dans certains cas (car infrieur au seuil de recouvrement de 8 ). Cet effet est toutefois marginal et rcent, et ne peut expliquer le dsordre foncier corse dont les symptmes (taux de BND, taux de propritaires prsums dcds) ont des causes beaucoup plus anciennes.

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    Par ailleurs, une partie des personnes physiques sont enregistres avec une date de naissance si ancienne quon peut prsumer quelles sont en ralit dcdes.

    Les trois estimations qui suivent reposent sur lhypothse haute que toutes les personnes dont la date de naissance n'est pas renseigne sont prsumes dcdes6.

    Simulation 1 sur la base des propritaires enregistrs comme ns avant 1900

    La population des propritaires prsums dcds inclut, sans quil y ait de double dcompte :

    - les propritaires ns avant 1900, soit 3 600 personnes ;

    - les propritaires dont la date de naissance est non renseigne, soit 68 000 personnes ;

    - les propritaires dont la date de dcs est renseigne.

    Nombre total Nombre de parcelles Surface (ha) Propritaires apparents 397 000 821 500 398 300

    Propritaires prsums dcds, ns avant 1900 ou ayant une date de dcs renseigne

    92 600 523 300 247 200

    Pourcentage de propritaires prsums dcds

    23,3 % 63,7 % 62,1 %

    Sur la base dune hypothse selon laquelle les propritaires recenss dans les fichiers fonciers ns avant 1900 sont en ralit dcds, il ressort que 23,3 % des propritaires sont dcds. De ce fait, 63,7 % des parcelles et 62,1 % de la surface sont dtenus par des propritaires dont la succession na pas t rgle.

    6 Si plusieurs personnes ont des droits rels sur une mme parcelle, il suffit que lune dentre elles soit prsume

    dcde pour que cette parcelle et sa surface soient dcomptes ci-dessus. Donc la simulation effectue constitue un majorant, tant donn la situation de dtention de nombreux biens immobiliers.

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    Simulation 2 sur la base des propritaires enregistrs comme ns avant 1910

    Nombre total Nombre de parcelles Surface (ha) Propritaires apparents 397 000 821 500 398 300

    Propritaires prsums dcds, ns avant 1910 ou ayant une date de dcs renseigne

    94 200 530 600 250 900

    Pourcentage de propritaires prsums dcds

    23,7 % 64,6 % 63,0 %

    Sur la base dune hypothse selon laquelle les propritaires recenss dans les fichiers fonciers ns avant 1910 sont en ralit dcds, il ressort que 23,7 % des propritaires sont dcds. De ce fait, 64,6 % des parcelles et 63 % de la surface sont dtenus par des propritaires dont la succession na pas t rgle.

    Simulation 3 sur la base des propritaires enregistrs comme ns avant 1920

    Nombre total Nombre de parcelles Surface (ha) Propritaires apparents 397 000 821 500 398 300

    Propritaires prsums dcds, ns avant 1920 ou ayant une date de dcs renseigne

    97 000 544 000 257 300

    Pourcentage de propritaires prsums dcds

    24,4 % 66,2 % 64,6 %

    Sur la base dune hypothse selon laquelle les propritaires recenss dans les fichiers fonciers ns avant 1920 sont en ralit dcds, il ressort que 24,4 % des propritaires sont dcds. De ce fait, 66,2 % des parcelles et 64,6 % de la surface sont dtenus par des propritaires dont la succession na pas t rgle. Sur le taux de dtention des surfaces, les calculs sont raliss uniquement sur les personnes physiques. Entre 62 et 65 % des surfaces dtenues par des personnes physiques sont dtenues par des personnes prsumes dcdes.

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    Lhypothse retenue influe donc peu sur le rsultat. La proportion de propritaires probablement dcds et de biens immobiliers dont la proprit na pas t mise jour est extraordinairement leve. Les 397 000 personnes physiques propritaires dtiennent 398 300 hectares. La superficie de la Corse est de 868 000 hectares. Les propritaires personnes physiques possdent donc moins de la moiti du territoire corse. Si on rapporte la surface totale, ce sont environ 30 % de la surface qui sont dtenus par une ou des personnes dont lune est prsume dcde.

    3-3 Les donnes estimes par le GIRTEC sur le volume des biens nayant pas fait lobjet de publication dun titre au fichier immobilier En 2004, dans le cadre du rapport tabli par M. Jean-Claude Hirel, inspecteur gnral des finances, sur la reconstitution des titres de proprit en Corse, une tude cible a t effectue auprs de la conservation des hypothques dAjaccio sur les titres publis. Ce travail a consist en un balayage des fiches hypothcaires dtenues par le service sur 6 communes : Ajaccio, Sartne, Altagne, Campo, Marignana et Tavaco.

    Le pourcentage de parcelles pour lesquelles aucun acte na t publi stablissait alors :

    - 20,75 % pour la commune de Campo,

    - 21,58 % pour la commune de Sartne,

    - 27,62 % pour la commune dAltagne,

    - 29,52 % pour la commune dAjaccio, - 35,98 % pour la commune de Tavaco,

    - et 59,83 % pour la commune de Marignana.

    Aucune donne exhaustive globale nest disponible en matire de publication de titres par parcelle cadastrale, faute doutils informatiss permettant de ltablir.

    Afin de permettre au GIRTEC destimer le volume de biens nayant pas fait lobjet dune publication au fichier immobilier, les services de la Direction gnrale des finances publiques ont fourni au groupement lintgralit des fiches parcellaires correspondant la tenue du fichier immobilier tenu manuellement de 1956 2003.

    A partir des fiches parcellaires regroupant, dans lordre du plan cadastral, les parcelles de proprit dtenues par les services de publicit foncire de la Corse-du-Sud et de la Haute-Corse, le GIRTEC a ralis une tude destine estimer le ou les actes publis pour chacune des parcelles sur la priode considre.

    Chaque fiche a fait lobjet dune analyse en utilisant la technique de la reconnaissance optique de caractres qui a permis de dterminer les parcelles pour lesquelles figurait une publication au fichier immobilier (marge derreur de + ou 2 %).

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    Les donnes ainsi obtenues ont t mises en relation avec les donnes cadastrales actuelles extraites de la base informatique des fichiers fonciers MAJIC de la Direction gnrale des finances publiques de 2012.

    A partir de ce lien, le GIRTEC a dtermin, pour chaque section cadastrale de chaque commune, les parcelles ayant fait lobjet dune publication entre 1956 et 2003. Ces rsultats ont ensuite t agrgs pour les deux dpartements. Il a galement t procd des extractions pour un chantillon de communes significatif : 7 communes en Haute-Corse et 7 communes en Corse-du-Sud.

    Cette tude ne permet pas de conclure ncessairement labsence de titre, soit antrieur au 1er janvier 1956, date de mise en place du fichier immobilier, soit postrieur 2003. Cela tant, ralise sur une priode relativement longue (47 ans), elle contribue mettre en lumire le dsordre juridique foncier auquel est confronte la Corse.

    Les trois tableaux qui suivent rsument les donnes issues de ltude ralise par les services du GIRTEC.

    Corse entire

    Nombre total de

    parcelles analyses

    Nombre de parcelles nayant fait lobjet

    daucune publication

    Pourcentage de parcelles nayant fait

    lobjet daucune publication

    Corse-du-Sud 300 563 124 803 41,52 % Haute-Corse 656 568 327 186 49,83 % Total Corse 957 131 451 989 47,22 %

    Corse-du-Sud

    Communes de Corse-du-Sud

    Nombre total de parcelles analyses

    Nombre de parcelles nayant fait lobjet

    daucune publication

    Pourcentage de parcelles nayant fait

    lobjet daucune publication

    Ajaccio 9 352 3 901 41,71 % Bonifacio 10 247 3 369 32,88 % Lecci 3 536 1 196 33,82 % Porto-Vecchio 16 878 10 163 60,21 % Quenza 3 491 1 625 46,55 % Rosazia 2 340 1 274 54,44 % Tasso 1 627 849 52,18 %

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    Haute-Corse

    Communes de Haute-Corse

    Nombre total De parcelles analyses

    Nombre de parcelles nayant fait lobjet

    daucune publication

    Pourcentage de parcelles nayant fait

    lobjet daucune publication

    Aleria 3 294 1 172 35,58 % Bastia 7 720 3 335 43,20 % Calacuccia 2 733 876 32,05 % Corbara 3 682 1 067 28,98 % Corte 6 171 2 513 40,72 % Piedicroce 1 431 736 51,43 % Santa-Maria-di-Lota 6 323 2 601 41,14 %

    Ltude trs dtaille conduite par le GIRTEC vient confirmer les lments fournis par ltude des fichiers des propritaires de la Direction gnrale des finances publiques.

    En moyenne, la moiti des parcelles nont fait lobjet daucune publication pendant 47 ans, ce qui laisse supposer une absence de rgularisation des successions. Ce pourcentage peut monter jusqu 60 % pour certaines communes.

    4 - Un ratio entre les dclarations de succession dposes et les dcs trs infrieur la moyenne nationale

    Un dernier symptme du niveau lev de successions non rgles est le ratio qui peut tre tabli entre le nombre de dclarations de succession qui sont dposes dans les services de la Direction gnrale des finances publiques et le nombre de dcs. Ce ratio est trs infrieur la moyenne nationale, ce qui laisse supposer que de nombreux dcs ne sont pas suivis dune transmission des droits immobiliers.

    4-1 Les rgles en matire de dclaration de succession et de changement de propritaire

    En application des dispositions de larticle 800 du code gnral des impts (en annexe 3), ce sont les hritiers, lgataires ou donataires, leurs tuteurs ou curateurs, qui sont tenus de souscrire une dclaration de succession (dtaille et signe sur une formule fournie par ladministration). Les ayants cause en ligne directe, le conjoint survivant et le partenaire li par un pacte civil de solidarit (PACS) au dfunt en sont dispenss lorsque lactif brut successoral est infrieur 50 000 . Il en est de mme pour les autres hritiers, lgataires ou donataires lorsque lactif brut successoral est infrieur 3 000 .

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    Lorsque la succession comprend des biens ou droits immobiliers, il rsulte par ailleurs des articles 28-3 et 29 du dcret n 55-22 du 4 janvier 1955 (en annexe 3) que toute transmission ou constitution par dcs de droits rels immobiliers doit tre constate par une attestation notarie, obligatoirement publie au service de la publicit foncire.

    Selon larticle 33 du dcret n 55-22 du 4 janvier 1955 (en annexe 3), le dlai d'accomplissement de la formalit est fix pour les attestations notaries quatre mois dater du jour o le notaire a t requis. La responsabilit des successibles peut tre engage, conformment au premier alina de l'article 30-4 du dcret n 55-22 du 4 janvier 1955 (en annexe 3) si le notaire est requis plus de six mois aprs le dcs.

    Selon larticle 29 du dcret n 55-22 du 4 janvier 1955 (en annexe 3), il nest toutefois pas tabli dattestation notarie si un acte de partage portant sur la totalit des immeubles hrditaires est dress et publi dans les dix mois du dcs.

    4-2 Les donnes disponibles

    Autour de 300 000 dclarations de succession sont dposes chaque anne au niveau national, dont 0,4 % auprs des services de Corse. Cette proportion est stable dans le temps.

    Un peu moins de 3 000 dcs sont enregistrs chaque anne en Corse. La part des dcs enregistrs en Corse chaque anne depuis 2006 reste stable 0,5 % du total des dcs au niveau national.

    Les droits de succession encaisss en Corse reprsentent une proportion stable du montant peru au niveau national, soit 0,2 % des 7 Md encaisss chaque anne.

    Le rglement des successions et la rgularisation des titres de proprit qui peut y tre associe ne sont pas inexistants en Corse, comme le montrent les chiffres ci-dessus.

    Cela tant, de 2006 2011, lvolution du ratio entre le nombre de dcs et le nombre de dclarations dposes montre que la proportion de dclarations de succession dposes en Corse est infrieure celle observe au niveau national.

    Ratio dclarations de succession/ nombre de dcs

    2006 2007 2008 2009 2010 2011

    Corse-du-Sud 36 % 43 % 38 % 38 % 34 % 33 %

    Haute-Corse 42 % 45 % 41 % 41 % 41 % 38 %

    Corse 39 % 44 % 40 % 40 % 38 % 36 %

    National 62 % 59 % 59 % 58 % 57 % 55 %

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    5 - Les consquences sur la proprit immobilire

    La prsence de trs nombreux biens immobiliers dont la situation juridique nest pas jour est lourde de consquences pour les citoyens comme pour les collectivits locales.

    5-1 Pour les citoyens

    La situation de dsordre foncier qui peut tre constate est gnratrice d'inscurit juridique et provoque un ensemble deffets conomiques ngatifs. Labsence de titres de proprit prive tout dabord les citoyens de la possibilit d'utiliser normalement les rgles du droit civil, notamment en matire de rglements successoraux, de donations entre vifs, de ralisation dchanges, de ventes, de baux pour les agriculteurs. Elle entrave les possibilits de recours aux organismes de crdit, faute de pouvoir faire valoir un titre.

    Elle les prive galement de la possibilit de lancer des assignations en revendication de proprit ou de partages successoraux, les rgles de la procdure civile imposant en effet de produire les actes de dvolutions successorales, les attestations immobilires ou le titre de proprit.

    Ltat de fait existant sur les biens non dlimits entrane aussi spcifiquement de nombreux obstacles la disposition des biens concerns, du fait de l'incapacit pour le propritaire prsum dun lot de bien non dlimit de produire un titre de proprit sur un bien dment identifi et dlimit.

    Dans une mme parcelle, un titulaire de lot de bien non dlimit peut tre connu et titr et les informations concernant les autres titulaires des lots trs lacunaires (absence de date de naissance, homonymies ...), ce qui rend impossible toute identification des ayants droits. Une ou plusieurs indivisions peuvent tre propritaires des diffrents lots du bien non dlimit, posant alors la question de la reprsentation de ces indivisions. De faon gnrale, l'absence de dlimitation physique d'une proprit ajoute une difficult supplmentaire une situation juridique dj confuse. La dtention dimmeubles par de nombreux hritiers non titrs dilue les responsabilits et rend plus difficile la prise de dcision sur lentretien des immeubles.

    Plus globalement, tous ces lments aboutissent au constat dune dsertification de l'intrieur de l'le et dun dlabrement du patrimoine immobilier et gnrent des contentieux abondants dans les familles.

    5-2 Pour les collectivits locales

    La situation de dsordre foncier est galement lourde de consquences pour les collectivits locales. Elle ne cre pas des conditions optimales pour le recouvrement des impts locaux et surtout de la taxe foncire. Les avis dimposition sont adresss au nom du propritaire dcd, sa dernire adresse connue, sauf si les hritiers ont fait la dmarche ncessaire pour fournir une adresse.

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    Lorsque lavis parvient aux hritiers, ils acquittent la taxe. Dans de nombreux cas toutefois, ladresse des hritiers nest pas connue et lavis ne peut pas tre distribu par La Poste. La taxe foncire nest donc pas recouvre dans ce cas.

    Elle place par ailleurs les maires en difficult pour faire appliquer la rglementation environnementale. A titre dexemple, les maires sont dans limpossibilit de faire appliquer la loi sur le dbroussaillement, dfaut de connatre les propritaires, alors que les dpartements corses sont fortement exposs au risque dincendie.

    Lorsque les propritaires ne sont pas correctement identifis, il est impossible de distinguer un bien appartenant des hritiers qui nont pas accompli les formalits ncessaires et les biens pour lesquels lancien propritaire est dcd sans hritiers. Cette opacit freine le recours la lgislation sur les biens vacants et sans matre.

    De mme, il est galement impossible de mettre en uvre la lgislation sur les immeubles menaant ruine. Le patrimoine immobilier de certaines communes peut ainsi se dgrader sans que le maire ait la possibilit dintervenir efficacement.

    6 - Les difficults des hritiers pour rgulariser leur situation

    La conjonction de plusieurs facteurs rend la rgularisation difficile pour les hritiers.

    6-1 Des prix de limmobilier levs

    Le march immobilier en Corse est caractris par des prix levs.

    En 2012, 8 164 ventes ont t publies au fichier immobilier en Corse, ce qui correspond un niveau lgrement suprieur la moyenne des ventes enregistres au cours des 5 dernires annes (+ 1 %). Elles reprsentent 0,6 % du total des ventes dimmeubles publies au niveau national (1 290 000) qui sont quant elles en baisse par rapport la moyenne des 5 dernires annes (- 3 %). Les prix des transactions immobilires restitus par les notaires pour la priode du 1er juin 2012 au 31 mai 20137 mettent en vidence des prix moyens de limmobilier levs en Corse.

    Prix des appartements anciens

    Avec une moyenne de 2 530 /m2, le prix des appartements anciens en Corse est suprieur la moyenne nationale qui stablit hors Ile-de-France 2 310 /m2. Seules les rgions PACA (3 150 /m2) et Ile-de-France (5 450 /m2 au 2me trimestre 2013) enregistrent des prix plus levs.

    7 Source Immoprix

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    Prix moyen au m2

    Haute-Corse 2 320 /m2

    Secteur de Bastia 2 330 /m2

    Secteur de Calvi 3 140 /m2

    Secteur de Corte 1 670 /m2

    Corse-du-Sud 2 910 /m2

    Secteur dAjaccio 3 020 /m2 Secteur de Sartne 2 350 /m2

    Prix des maisons anciennes

    Avec une moyenne de 260 000 , le prix des maisons anciennes en Corse est trs suprieur la moyenne nationale qui stablit hors Ile-de-France 162 000 . Seules la rgion PACA (299 000 ) et lIle-de-France (302 300 au 2me trimestre 2013) enregistrent des prix plus levs.

    Prix

    Haute-Corse 219 000

    Secteur de Bastia 244 000

    Secteur de Corte 161 500

    Corse-du-Sud 302 500

    Secteur dAjaccio 280 000

    Secteur de Sartne 373 600

    Prix des terrains btir

    Avec une moyenne de 88 900 , le prix des terrains btir en Corse est trs suprieur la moyenne nationale qui stablit hors Ile-de-France 58 700 . Seule la rgion PACA (127 400 ) enregistre des prix plus levs. Non seulement cette chert rend laccs la proprit immobilire plus difficile mais elle est vcue par les hritiers comme un obstacle la rgularisation des situations car ils craignent de devoir acquitter des droits levs. En effet, la valeur des immeubles btis est frquemment suprieure labattement applicable en matire de succession.

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    6-2 Un poids relatif important des rsidences secondaires

    Au regard de la taxe dhabitation, il apparat un poids relatif important des rsidences secondaires.

    Le pourcentage de taxes dhabitation au titre de 2012 correspondant des rsidences secondaires slve ainsi 35 % en Corse-du-Sud et 34 % en Haute-Corse, alors quil stablit 11 % au niveau national.

    6-3 Des successions complexes et potentiellement onreuses

    Il nexiste pas de donnes statistiques sur la typologie des contenus des dclarations de succession. Pour les travaux du groupe, des analyses ont t conduites sur des chantillons de dclarations.

    Dclarations comportant des immeubles situs en Corse

    Pour mesurer le pourcentage de dclarations de succession comportant des immeubles situs dans lle, une tude a t ralise sur un chantillon de dclarations de succession dposes en Corse. Elle a port sur les dclarations de succession dposes en 2012 au service de lenregistrement dAjaccio. Il ressort de cette tude que 81 % des dclarations de succession dposes comportent un immeuble situ en Corse. Le sujet de la proprit immobilire, de sa rgularit et des prix de limmobilier est donc central pour le rglement des successions.

    Actif net successoral

    Un chantillon de dclarations de succession dposes en Corse et sur lensemble du territoire a t tudi au regard de lactif net dclar (avant dtermination des parts et application des abattements personnels). Lchantillon observ fait apparatre la dispersion suivante.

    Actif net dclar

    Actif net Corse National

    De 0 0,25 M 78 % 72 %

    De 0,25 0,5 M 13 % 20 %

    De 0,5 0,7 M 4 % 4 %

    De 0,7 1 M 3 % 2 %

    Plus de 1 M 2 % 2 %

    Total 100 % 100 %

    La taille des successions nest pas significativement diffrente en Corse et dans les autres rgions.

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    Nombre dhritiers

    Une analyse a tout dabord t conduite sur des dclarations dposes en 2011 en Corse et sur lensemble du territoire. Cette tude ne montre pas dcarts notables entre la situation en Corse et au niveau national.

    Hritiers prsents dans les dclarations

    Nombre dhritiers personnes physiques

    Dclarations en Corse Dclarations au plan national

    1 3 76 % 70 %

    4 6 21 % 25 %

    7 9 1 % 4 %

    10 et plus 2 % 1 %

    Total 100 % 100 %

    Dvolution successorale

    Une tude a galement t conduite sur les dclarations de succession comportant un immeuble situ en Corse dposes en 2012 au service de lenregistrement dAjaccio. Parmi ces dclarations, 26 % comportent uniquement une dvolution en ligne collatrale8, ce qui est une proportion leve.

    Cette proportion nest pas sans consquence sur la situation des hritiers, les droits de succession tant plus levs en ligne collatrale quen ligne directe.

    Droits de succession en ligne directe

    Fraction de part nette taxable Tarif applicable

    Jusqu 8 072 5 %

    De 8 072 12 109 10 %

    De 12 109 15 932 15 %

    De 15 932 552 324 20 %

    De 552 324 902 838 30 %

    De 902 838 1 805 677 40 %

    Plus de 1 805 677 45 %

    8 39 % comprennent le conjoint survivant dans la dvolution avec, le cas chant, dautres hritiers. 35 % ne

    comprennent pas le conjoint survivant mais un ou des enfants avec, le cas chant, dautres hritiers.

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    Droits de succession en ligne collatrale ou entre personnes non parentes

    Fraction de part nette taxable Tarif applicable

    Frres et surs jusqu 24 430 35 % Frres et surs suprieure 24 430 45 %

    Parents jusquau 4me degr 55 % Parents au del du 4me degr et

    personnes non parentes 60 %

    6-4 Une complexit des situations juridiques Lexpression de dsordre juridique foncier recouvre une ralit complexe. Elle est caractrise, dune part, par une absence de titres de proprit et, dautre part, par des situations dindivision informelles qui perdurent sur plusieurs gnrations. Ces deux notions interagissent entre elles et en quelque sorte salimentent pour crer la situation particulirement complexe que les dpartements corses connaissent aujourdhui. Une succession non rgle sur une priode particulirement longue peut aboutir une carence de titres : perte de titres non enregistrs, dispersion des documents, difficult de retrouver un acte ayant travers plusieurs gnrations et qui soit exploitable. Labsence de titre peut avoir pour effet de rendre vaine toute vellit de partage et conduire lmergence dune situation dindivision de fait.

    La situation a pour rsultat la multiplication de ces indivisions de fait, touchant notamment les zones rurales, qui rendent particulirement lourde la rgularisation que peuvent souhaiter les hritiers.

    6-5 Un cot lev des formalits par rapport la valeur de certaines proprits

    La complexit des situations rgler peut entraner un cot de rgularisation jug excessif par les propritaires indivis dun bien, soit au regard de leurs capacits contributives, soit par rapport la valeur du bien concern.

    A titre dexemple, Matre Spadoni, Prsident du Conseil rgional des notaires et membre du groupe de travail, a prsent lors des travaux un rglement successoral dont il a eu la charge en son tude d'Ajaccio et pour lequel il a sollicit lappui du GIRTEC.

    Il s'agit d'une opration ralise en 2012 et rvlatrice des situations complexes dont les notaires ont rgulirement connatre. L'tude de ce cas permet de mettre en exergue les difficults d'ordre juridique qui se posent lors des rglements successoraux en Corse, avec toujours pour base l'absence de titre de proprit.

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    Matre Spadoni relve cet gard que, si les rglements successoraux traiter n'ont pas tous la mme ampleur, le cas dcrit reflte la problmatique de labsence de titre qui reste toujours la mme et la mthode pour la rsoudre qui reste toujours celle mise en place lissue de la commission Badinter (cf. IV infra).

    Il est essentiel de prciser que le dcompte des frais d'actes a t ralis par ltude de Matre Spadoni sur la base du droit commun, afin d'estimer le cot du rglement successoral en l'absence de mesures fiscales d'accompagnement, et lexception des droits de succession. Les droits de succession viendraient s'ajouter dans l'hypothse o ils seraient exigibles.

    Description de l'opration

    Il s'agit de permettre une arrire petite-fille, se trouvant dans l'indivision avec l'ensemble de sa famille, de racheter les droits des autres hritiers, en sortant ainsi de l'indivision, sur une maison en mauvais tat sur le territoire de la commune d'Aullne (Corse-du-Sud), village de montagne de l'Alta Rocca, dont le propritaire d'origine tait son arrire grand-pre.

    Il n'existe pas de titre de proprit. Il va donc falloir tablir, en application des articles 2261 et 2272 du code civil, une possession continue et non interrompue, paisible, publique, non quivoque et, titre de propritaire pendant 30 ans.

    Il faut insister sur le fait quen application des rgles de droit civil, lorsque la proprit ne peut se prouver par titre, elle peut nanmoins se prouver par la possession. Afin de faciliter ltablissement de cette possession, la pratique notariale, s'appuyant sur les recommandations de la Commission Badinter de 1984 et sur la circulaire du Prsident du Conseil rgional des notaires, a eu recours llaboration dactes de notorit acquisitive.

    Faute de titre, la preuve de la proprit se fait sur la base des lments retrouvs, notamment les donnes cadastrales, en examinant l'histoire des personnes et des biens, travers l'volution des diffrents cadastres. Dans l'exemple, le notaire, grce l'intervention du GIRTEC, a pu retrouver sur les matrices cadastrales le nom de l'auteur commun (arrire grand-pre) et c'est donc de son chef qu'est labor lacte de notorit acquisitive, qui fait foi des faits quil rapporte jusqu preuve du contraire. En pratique, cet acte de notorit est appel titre de proprit mais ce terme est inappropri car, en vertu des rgles de droit civil, la proprit ainsi constate rsulte non pas dun titre mais de la possession.

    En ce qui concerne les personnes

    A partir de ce titre cr, il va falloir tablir la dvolution successorale depuis l'auteur commun pour arriver aux hritiers vivants ce jour.

    Comme cela est impos par le code civil, il faut tablir la dvolution des personnes dcdes par un acte de notorit, qui est le seul document permettant de connatre avec certitude la quotit des droits du dfunt et de ses hritiers.

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    Dans l'exemple, le de cujus d'origine, que nous nommerons VD, a eu 5 enfants, tous dcds et ayant tous eu des enfants dont certains sont dcds.

    Ncessit de recourir au gnalogiste

    Dans cet exemple, il na pas paru ncessaire, compte tenu du nombre limit d'hritiers, de justifier de la ncessit absolue d'avoir recours au gnalogiste. Lorsquil est ncessaire, ce travail effectu sur rquisition du notaire auprs du GIRTEC est ralis par le gnalogiste et est rgl par le GIRTEC dans le cadre de sa mission.

    En ce qui concerne le bien

    Le titre, une fois cr et le dlai d'opposition tant expir (affichage en mairie, avis de cration dans la presse et sur le site du Conseil rgional des notaires), est publi au service de la publicit foncire.

    Conformment au dcret n55-22 du 4 janvier 1955 portant rforme de la publicit foncire, les mutations des personnes dcdes au profit de leurs hritiers sont dresses et publies au service de publicit foncire. L'intervention des ayants-droits se fait soit directement par la signature de l'acte, soit par procuration.

    Au terme de ces mutations, la quotit des droits de chacun des hritiers vivants sera connue : par personne et par branche.

    C'est seulement ce moment que pourra intervenir la licitation amiable entre co-hritiers, qui permettra celle qui a voulu acqurir le bien d'en tre dfinitivement propritaire.

    Bilan de cet exemple de rglement successoral

    Pour raliser cette opration, il a fallu rdiger 125 actes (cf. liste en annexe 8). La valeur du bien a t estime 51 000 , le cot de l'opration 57 000 .

    Cet exemple rel correspond des situations frquemment rencontres par les notaires corses. Matre Spadoni a prcis avoir ralis ce rglement successoral en 2012 aprs 4 ans de travail et relve que, comme l'avait dj soulign la Commission Badinter, la fiscalit peut devenir un obstacle infranchissable si elle ne s'adapte pas aux exigences du droit civil en la matire.

    III - Les actions dj engages pour remdier au dsordre foncier Aprs avoir tabli un diagnostic concluant de trs fortes particularits du foncier en Corse, le groupe de travail sest attach identifier les actions dj engages pour remdier au dsordre foncier et en dresser des lments de bilan et de perspectives.

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    Il apparat que la situation nest pas fige et a au contraire nettement progress au cours des dernires annes. La cration du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse a offert aux hritiers un instrument indispensable pour surmonter la complexit des recherches. Son fonctionnement a dsormais atteint son rythme de croisire.

    Les lments en possession de la Direction gnrale des Finances publiques montrent quun processus de rgularisation de la proprit immobilire a nettement t engag. Pour autant, ce sont ncessairement les situations les plus simples qui ont t rgles en premier et les cas les plus complexes restent encore rgulariser.

    1 Laction du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC) Le constat de la situation exceptionnelle de la proprit immobilire en Corse a conduit ladoption dune organisation spcifique, avec la cration du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC), destin aider les hritiers reconstituer leurs droits de proprit.

    La pleine mise en uvre de laction du GIRTEC est toutefois rcente. Il a tout dabord t effectivement mis en place avec un dcalage important par rapport la dcision de cration. Il a d ensuite crer ses propres outils de recensement pour pouvoir retracer les origines de la proprit.

    1-1 La cration juridique Ds lissue des travaux de la commission Badinter en 1984 (cf. IV partie), labsence de titres de proprit a t cible comme la cause principale du dsordre juridique du patrimoine immobilier. Cest dans ce contexte qua t mise en place par les notaires de Corse une procdure de reconstitution des titres , prsente infra, par recours la prescription acquisitive.

    Cela tant, face la complexit des cas rgler, il est apparu indispensable, pour venir en appui de laction conduite par les notaires et aider les hritiers confronts des situations difficiles, dutiliser la recherche et lexpertise ncessaires lidentification des propritaires de biens, condition du rtablissement progressif de la situation.

    Dans ce but, la loi n 2006-728 du 23 juin 2006 relative aux successions et libralits dispose dans son article 42 : Est autorise la cration d'un groupement d'intrt public, charg de rassembler tous les lments propres reconstituer les titres de proprit en Corse pour les biens fonciers et immobiliers qui en sont dpourvus, dans les conditions prvues aux articles L. 341-1 L. 341-4 du code de la recherche. A cet effet, il peut prendre toute mesure permettant de dfinir ces biens et d'en identifier leurs propritaires et crer ou grer l'ensemble des quipements ou services d'intrt commun rendus ncessaires pour la ralisation de son objet (). Le groupement est constitu entre lEtat, la Collectivit territoriale de Corse, lassociation des maires de Corse-du-Sud, lassociation des maires de Haute-Corse et le Conseil rgional des notaires.

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    Les modalits de cration et les rgles de fonctionnement de ce groupement ont t arrtes par le dcret n 2007-929 du 15 mai 2007 relatif au groupement d'intrt public constitu pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (cf. annexe 9). La convention constitutive du Groupement dintrt public pour la reconstitution des titres de proprit en Corse (GIRTEC), labore par le Ministre de la Justice, a t signe le 26 octobre 2007 et approuve par arrt conjoint des Ministres de lIntrieur, de la Justice et du Budget en date du 31 octobre 2007.

    La convention constitutive stipule notamment que le groupement est constitu pour une dure de dix ans, qui peut tre proroge une seule fois par laccord unanime de ses membres de droit.

    1-2 Le rle du GIRTEC

    Le GIRTEC est charg de rassembler tous les lments propres reconstituer les titres de proprit en Corse pour les biens fonciers et immobiliers qui en sont dpourvus .

    A ce titre, son rle est dapporter un soutien technique en recherchant tous documents ou lments se rapportant tant aux biens immobiliers quaux hritiers successifs.

    Il dispose cet gard, en application de larticle 42 de la loi n 2006-728 du 23 juin 2006, dun droit de communication lgard de toute personne, physique ou morale, de droit public ou de droit priv, lui permettant dobtenir tous documents et informations ncessaires la ralisation de sa mission, y compris ceux contenus dans un systme informatique ou de traitement de donnes caractre personnel, sans que puisse lui tre oppos le secret professionnel.

    En pratique, il recueille ses frais les informations ncessaires au rglement de la question souleve (dans le cadre du rglement de successions ou dautres situations de recherche de titres). Sa saisine nest pas obligatoire. Il intervient en appui des notaires et des collectivits qui dcident de faire appel lui.

    Le recours au GIRTEC est gratuit pour les hritiers et pour les notaires. Il permet ainsi aux hritiers de ne pas tre freins dans leur dmarche par lengagement de frais prohibitifs.

    1-3 Le fonctionnement du GIRTEC

    Le GIRTEC est administr par une assemble gnrale de 25 membres prside par le Prfet de Corse et un conseil dadministration de 11 membres, actuellement prsid par un magistrat de lordre judiciaire. Le Prsident du conseil dadministration dirige galement les services (huit personnes).

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    Un organe consultatif, le conseil suprieur dorientation, compos dexperts (universitaires, avocats, magistrats, syndicalistes et institutionnels du monde agricole, lus) examine les lments techniques aptes permettre au GIRTEC de faire concider les procdures et les informations avec les ralits du terrain.

    Sagissant des modalits de saisine, il a t dcid par les instances du GIRTEC que le groupement ne pourrait tre saisi que :

    - par les notaires dans le cadre de rglements successoraux ou de recherches visant tablir un acte de notorit acquisitive ;

    - par les responsables excutifs des collectivits publiques (maires, prsidents des conseils gnraux, prsident du Conseil excutif de Corse) pour la gestion du domaine priv de la collectivit, la matrise du foncier dans le cadre dune opration publique, la gestion des biens vacants, en tat dabandon manifeste, ou des prils ns du mauvais tat dune construction.

    Le choix de ne pas ouvrir une possibilit de saisine directe des particuliers a t effectu pour viter un risque dencombrement et de dispersion des moyens du GIRTEC. Il est apparu le plus pertinent ds lors que les lments recueillis permettent in fine au notaire de rgler la succession ou encore dtablir un acte de notorit acquisitive.

    Il parat nanmoins opportun d'ouvrir plus encore la saisine du Girtec aux mutations titre gratuit entre vifs. Cette possibilit a pour avantage de ne pas lier le rglement de difficults rsultant de l'absence de titre de proprit la survenance d'un dcs. Elle permettra d'acclrer la remise en ordre de la situation juridique du foncier et de rguler le flux de traitement des dossiers. Les notaires ont, cet gard, dans le cadre des conseils qu'ils sont susceptibles d'apporter leurs clients, un rle essentiel jouer.

    1-4 Une mise en place progressive

    Le premier Prsident du conseil dadministration du groupement a t nomm par arrt conjoint des Ministres de lIntrieur, de la Justice et du Budget en date du 14 dcembre 2007. Le commissaire du gouvernement a t dsign par arrt du Ministre de lIntrieur du mme jour. Le premier conseil dadministration du groupement sest tenu le 30 janvier 2008, sance au cours de laquelle a t adopt le premier budget du GIRTEC.

    Les recrutements du personnel sont intervenus les 1er aot et 1er octobre 2008. Le dernier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009 ont t essentiellement consacrs lamnagement des locaux et la mise en place des procdures de traitement des dossiers.

    Le Prsident du Conseil rgional des notaires et le Prsident du conseil dadministration du GIRTEC ont insist cet gard sur le fait que la dfinition des processus de traitement des dossiers a constitu une premire tape essentielle.

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    La notion de reconstitution de titres de proprit ne correspondant aucune notion juridique clairement dfinie. Le groupement a d travailler, en relation troite avec le notariat, sur des dossiers tests permettant de dterminer les lments essentiels ncessaires pour parvenir ltablissement dun acte de notorit acquisitive.

    Lobjectif des travaux est dtablir une origine de proprit en recherchant pour un bien donn tous les lments susceptibles dasseoir un titre.

    Les premiers travaux du GIRTEC ont ainsi port sur la dfinition des mthodes de travail, de lorientation des recherches, de la dtermination de la pertinence des informations recueillies au regard du rsultat recherch.

    Paralllement, le groupement a uvr reprer, identifier et rpertorier tous les gisements dinformations concernant la proprit en Corse et dterminer une mthodologie pour pouvoir les exploiter de la faon la plus efficace.

    Les recherches taient initialement effectues manuellement et ncessitaient de frquents dplacements dans les locaux des archives dpartementales, ce qui tait particulirement chronophage et diminuait fortement la productivit du groupement. Il est ds lors apparu que lacquisition des donnes par le GIRTEC sous une forme dmatrialise tait lun des lments essentiels pour la russite de sa mission.

    La premire tape a consist disposer des bases de donnes existantes. La Direction gnrale des finances publiques a mis la disposition du groupement les donnes cartographiques du cadastre et les matrices cadastrales actuelles.

    Le GIRTEC a dvelopp un outil de recherche partir des donnes littrales de la base foncire MAJIC permettant dextraire les informations relatives la structure parcellaire et aux personnes dtenant des droits dans chaque parcelle (par exemple pour la recherche des parcelles non dlimites et des titulaires de lots dans ces parcelles). Ces donnes vont tre recoupes avec celles de la BIA 2003 (Base Image autonome). Il sagit des fichiers immobiliers dtenus par les services de publicit foncire de la Haute-Corse et de la Corse-du-Sud, sur lesquels sont ports les actes publis entre 1956 et 2003. Le GIRTEC a dailleurs dj ralis, partir de ces lments, une tude permettant destimer les biens titrs par commune (cf. II partie). Le GIRTEC a galement recherch les documents anciens qui pourraient permettre de retracer lhistorique dun bien et den comprendre lvolution.

    Pour ce qui concerne les lments cartographiques, il a procd la numrisation et au gorfrencement des plans du cadastre napolonien et des plans tablis la rnovation du cadastre. Cette opration a consist rfrencer prcisment chaque plan par des coordonnes gographiques lgales (normes de projection de lInstitut national de linformation gographique et forestire). Elle permet de superposer des plans de diverses natures enrichis des mmes normes (des plans cadastraux levs diffrentes poques par exemple).

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    Il a galement t dcid deffectuer la numrisation de lensemble des matrices cadastrales de 1848 nos jours et du fichier hypothcaire antrieur 1956. Il en est de mme pour les fiches et les rpertoires de lenregistrement de la Corse-du-Sud qui permettent daccder aux actes ayant fait lobjet dun enregistrement. Le GIRTEC a enfin numris les documents permettant de dterminer lorigine et la consistance des proprits forestires publiques (dlimitations dites RACLE et BLONDEL au XIXme sicle). Au total, ce sont plus de 2 millions de vues qui ont t ralises, indexes et intgres dans les bases de donnes du groupement.

    Au terme de ces oprations, le groupement dispose des informations les plus compltes permettant dapprhender lhistorique et les spcificits du foncier corse.

    Au final, il rsulte de ces constats que la phase active des travaux d