Sensibilité du méningocoque aux antibiotiques

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  • M ~ d e c i n e et M a l a d i e s I n f e c t i e u s e s 1 9 8 4 - - 14 - - N H o r s s~r ie - - 37 a 4 2

    Sensibilit du m6ningocoque aux antibiotiques

    par H. DABERNAT*

    INTRODUCTION

    Les infections & m~ningocoques sont toujours des infections d'actualit~ mais la r6sistance de cette bact~rie aux antibiotiques ne semble pas ~tre un probl~me pr~occupant (34). Bien que des souches r~sistantes aux sulfamides aient ~t~ observ6es tr~s t6t apr~s I'util isation de ces antibact6riens, il n'a pas ~t~ report~ dans la Iitt~rature de cas d' infection

    m~ningocoque dont I'~volution d~favorable serait li~e & une r~sistance aux antibiotiques utilis~s dans le traitement sp~cifique. Cependant une souche de Neisseria meningitidis r~sistante ~ la p~nicilline par production de b~ta-lactamase a ~t~ d~crite (14), ph~nom~ne reste unique ~ ce jour.

    La connaissance de la sensibilit~ du m~ningo- coque aux antibiotiques se situe dans un double contexte, celui du traitement m~dical sp~cifique et celui de la chimiopr~vention avec un seul but : le choix d'un antibiotique actif in vivo. En util isant des r~sultats personnels et ~ I'aide d'une br~ve re- vue de la litt~rature nous nous proposons de don- ner un aperc, u de I'activit~ d'antibiotiques de diff~- rentes families sur le m~ningocoque. Nombre de ces antibiotiques ne sont pas des antibiotiques de choix dans le traitement ou la prevention des infec- tions ~ m~ningocoques mais il en est comme de toute connaissance, I'utile et le superflu et ce qui n'est pas utile aujourd'hui peut I'~tre demain.

    MATERIEL ET METHODES

    Le materiel utilis~, souches de Neisseria me-' ningitidis, souches de r~f~rences, milieux de culture et les techniques employ6es ont 6t~ d~crites pr~c~- demment (12). Bri6vement, les concentrations mi- nimales inhibitrices ont ~t~ d6termin6es par m~tho-

    de de di lut ion en g~lose sur milieu de Muelter Hin- ton incub6 & 37C. L'influence des conditions de culture sur I'activit~ in vitro des macrolides a ~t~ ~tudi~e en r~alisant les tests en atmosphere eni'ichie ou non en CO2 (Gaspak, BB1).

    RESULTATS ET COMMENTAIRES

    Les r6sultats sont exprim6s en concentration minimale inhibitrice (CMI) et les valeurs des CMI (mg/I) (intervalle, CMI 50 et CMI 90) d'antibioti- ques appartenant ~ differentes families sont pr~sen- t~es dans les tableaux I ~ II I. L'activit~ des antibio- tiques de la famille des b~ta-lactamines apparaFt

    * L a b o r a t o i r e C e n t r a l de M i c r o b i o l o g i e - C e n t r e H o s p i t a l i e r U n i v e r - s i t a i re P u r p a n - 3 1 0 5 9 T o u l o u s e C e d e x .

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  • dans les Tableaux I e t I I. Le m~ningocoque'est et reste remarquablement sensible aux antibiotiques de cette famille et par rapport & I'activit6 de la p~ni- cilline et de I'ampicilline, il convient de souligner I'activit6 inhibitrice tr~s importante de nombreux compos~s. II s'agit tant de p6nicillines que de c6pha- Iosporines et parmi ces derni~res, plusieurs mol6cu- les ont une activit6, confirm6e par diff6rents auteurs, s'exerc, ant ~ des concentrations de I'ordre du micro- gramme par litre. N. meningitidis est une esp~ce na- turellement r~sistante au trim~thoprime (Tableau III). Une partie des souches ~tudi6es est r6sistante au sulfam~thoxazole et la distribution des souches en fonction des CMI est bimodale ; la concentra- tion de 16 mg/I s~pare les deux populations.

    L'activit~ de I'association trim6thoprime-sul- fam6thoxazole est parall~le & celle du sulfam~tho- xazole et la m6me distribution bimodale est obser- v~e. Le probl~me de la r6sistance aux sulfamides sera envisag6 ult~rieurement. Le m~ningocoque est sensible au chloramph~nicol, & la minocycline, la rifampicine et la pristinamycine (Tableau II I).

    Le Tableau IV illustre I'influence des condi- tions de culture sur I'activit6 in vitro d'antibioti- ques de la famille des macrolides (~rythromycine, spiramycine, josamycine). La distribution modale de la valeur des CMI montre I'homog~n6it~ de la population bact~rienne. Plusieurs facteurs, pH du milieu, teneur en CO2 de I'atmosph~re, peuvent modifier l'activit~ in vitro de 1'6rythromycine (20, 21). La pr6sence de CO2 entraFne des variations importantes pour les trois antibiotiques test~s. La spiramycine est la mol6cule la plus sensible aux conditions de culture et la presence de CO2 fait va- rier de 1 mg/I & 8 mg/I la valeur modale des CMI. La josamycine qui a la meilleure activit6 in vitro, est la moins sensible aux conditions ext~rieures. Ces m~mes variations sont repr6sent6es pour cha- que souche sur la Figure 1 (2, 19, 26).

    L'activit~ d'antibact~riens de la famille des quinolones est pr~sent6e dans le Tableau V. Les derni6res mol6cules, analogues de I'acide nalidixi- que ont une activit6 int~ressante sur IV. meningiti- dis, inhibant toutes les souches ~ des concentra- tions inf~rieures & 0,06 mg/I.

    La situation de la r6sistance aux sulfamides dans diff6rents pays est pr6sent6e dans le Ta-

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  • bleau VI. Ces r~sultats concernent des souches iso- I~es de malades ou de porteurs. II convient au pr~a- lable de souligner la diversit~ des crit~res d'inter- pr6tation et de d~finition de la r6sistance car si pour une majorit~ d'auteurs la r~sistance se situe ~ partir de 10 mg/I, pour certains la concentration re- tenue est plus faible, 1 & 5 mg/I et pour d'autres plus ~lev6e 20 ou 50 mg/l. De plus I'interpr~tation des tests in vitro par m~thode de diffusion en g~lo- se peut ~tre d61icate et soumise ~ divers al6as tech-

    niques (10, 24). Aussi la d6termination de la con- centration minimale inhibitrice par m~thode de di- lution en g61ose semble ~tre le moyen le meilleur pour appr~cier la sensibilit~ des m6ningocoques aux sulfamides.

    Les souches isol~es ~ Toulouse, petit ~chantil- Ion non repr~sentatif d'une population plus g~n~ra- le, se r6partissent, selon les CMI du sulfam6thoxa- zole, en deux populations, la concentration de 16 mg/I s6parant ces deux populations. La valeur de ce point ({critique)) peut 6tre un sujet de discussion in-

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  • t~ressant pour lequel il manquera sans doute des ar- guments cliniques r~cents.

    La r~sistance aux sulfamides, apparue tr6s vite apr~s leur util isation est devenue pr6occupante dans les ann~es 1960. Depuis cette date, le niveau de r~sistance aux sulfamides est r~gi par des r~gles encore mal pr6cis~es, en ~volution permanente dans le temps et dans I'espace. Aux Etats-Unis d'Am6rique le niveau de r~sistance globale a vari6 de 67% en 1970 & 12% des souches en 1980. Dans le m~me temps pour le s~rogroupe B (le plus fre- quent), la r~sistance ne concerne plus en 1980 que 8% des souches (pour 21% en 1970) et pour le s~- rogroupe C, en 1980, 30% des souches (pour 89% en 1970). Cette situation a fait envisager le retour & I'util isation des sulfamides pour la chimioprophy-

    laxie des porteurs, ~ la place de la minocycline ou de la rifampicine (4). Au Danemark, la r6sistance concerne 50% des souches, situation observ~e Iors- que le groupe A ~tait predominant mais qui a per- sist6 apr~s la disparition des souches de groupe A (28). II y a en effet variation dans le temps, selon le lieu g6ographique et selon le s~rogroupe (34). Une diff6rence peut aussi s'observer selon que I'on ~tu- die des souches isol6es chez des malades et chez des porteurs. Chez ces derniers les souches sont signifi- cativement plus sensibles ce qui pourrait indiquer que les souches isol~es chez les malades et celles isol~es chez les porteurs appartiennent ~ deux po- pulations distinctes de m~ningocoques (17, 23).

    En France, I'~volution de la sensibilit6 aux sulfamides des souches de m~ningocoques est suivie

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  • par le Centre Collaborateur OMS de Recherche et de R~f6rence pour les m~ningocoques (Parc du Pharo, Marseille). La r~sistance concernait 11% des souches en 1970 ; en 1983, 53% des souches sont r~sistantes et des variations d'ampleur importante ont ~t~ observ~es au cours des ann~es pr~c~dentes (1, 17) (Rapports annuels d'activit~ 1981, 1982, 1983 et Bulletin Epid~miologique Hebdomadaire 26-1984). La r#sistance concerne les deux s~ro- groupes les plus fr6quemment isol~s, s#rogroupes B et C dont 54 et 53% des souches sont r~sistantes. II convient de souligner la quasi disparition du s~ro- groupe A (Bulletin Epid~miologique Hebdomadaire 26-1984). Pour les souches ~tudi~es &Toulouse, la r~sistance globale est de 31% mais la r~sistance con- cerne 50% des souches isol~es chez les malades et seulement 23% des souches isol6es chez les por- teu rs.

    Cette derni~re situation est celle observ6e dans diff~rents pays (Tableau VI).

    Aucune 6volution notable vers la r~sistance n'est observ~e pour les autres antibiotiques. En par- ticulier aucune souche isol~e dans les Iocalisations classiques des infections ~ m6ningocoques n'est productrice de p~nicillinase et toutes les souches sont inhib6es par 0,50 mg/I de p~nicilline (4, 12, 32, 36). La r~sistance ~ la rifampicine se situe ~ un niveau tr~s faible malgr~ son utilisation dans la chi- miopr~vention et seules 4 souches r6sistantes (0,15%) ont ~t~ observ6es en 6 ans (4). Une modi- fication de I'activit~ des macrolides est plus diffici- le ~ appr6cier en raison des probl~mes techniques ~voqu6s pr~c6demment mais I'~volution vers la r6- sistance & 1'6rythromycine qui semble se pr6ciser dans notre pays m#rite d'etre suivie avec attention (Bulletin Epid~miologique Hebdomadaire, 26- 1984) car pouvant ~tre le d6but d'un ph~nom~ne qui entrainerait la remise en question des mesures de Sant~ Publique actuellement pr~conis#es (Bulle- tin Epid~miologique Hebdomadaire 4-1984).

    B I B L I O G R A P H I E

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    A L B E R T J.P., CAUSSE G., ET IENNE J., F A V R E