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soigner en syrie et aux frontières,témoigner des souffrances

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Plus d’un an et demi après le début du conflit qui ravage la Syrie, le bilan humain est tout simplement tragique. Plus de 40 000 morts selon l’OSDH*, des dizaines de milliers de blessés, plus d’un million de déplacés internes, des centaines de milliers de réfugiés accueillis dans les pays frontaliers. Et tout laisse à penser que l’avenir sera plus sombre.

Text of soigner en syrie et aux frontières,témoigner des souffrances

  • Dossier de presse Crise syrienne - dcembre 2012 1

    Mdecins du Monde aux cts des populations dplaces en Syrie, en Jordanie et au Liban

    Dossier De pressedCeMbRe 2012

    soigner en syrie et aux frontires,tmoigner des souffrances

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  • 2 Mdecins du Monde

    Plus dun an et demi aprs le dbut du conflit qui ravage la Syrie, le bilan humain est tout simplement tragique. Plus de 40 000morts selon lOSdH*, des dizaines de milliers de blesss, plus dun million de dplacs internes, des centaines de milliers de rfugis accueillis dans les pays frontaliers. et tout laisse penser que lavenir sera plus sombre.

    La diplomatie internationale est en chec, hsitante entre ngociation et sanction, soutien plus ou moins affich lopposition arme, appel larrt des violences, rponse humanitaire de circonstance.

    dans de telles circonstances, lhumanitaire se retrouve lui pig, rduit assister les rfugis dans les pays voisins qui les accueillent sans rellement leur donner de sta-tut, sans arriver non plus ngocier un accs scuris aux civils et blesss pris au pige des violences. Les rseaux dassistance en Syrie mme sont majoritairement syriens, organiss comme ils le peuvent par des groupes de mdecins locaux ou leurs confrres ltranger. Lassistance humanitaire reste la marge dun conflit durable et extrmement meurtrier, mettant les secouristes devant le dfi dimaginer tous les moyens dagir, parfois mme distance, pour secourir ceux qui en ont besoin.

    Il sagit bien pour nous, Mdecins du Monde, de soigner les civils et les blesss, sans discrimination, et de refuser linacceptable, dans un conflit qui par bien des aspects rappelle les violences acharnes contre les civils observes ailleurs, en bosnie ou en Tchtchnie.

    Il nous appartient de tenter au del des risques de porter secours ceux et celles qui sont pris dans la spirale de violence qui caractrise cette sale guerre. et de rappeler encore et encore aux forces gouvernementales comme aux divers groupes arms quen Syrie comme sur dautres thtres daffrontement, tout nest pas permis. Non, on nachve pas les blesss et on nexcute pas les mdecins et le personnel parce quils cherchent les aider. Non, on ne bombarde pas les hpitaux et les structures de soins. Non, les hpitaux ne peuvent devenir des lieux de torture ou dexcutions sommaires. Non, on ne peut bombarder impunment les quartiers dhabitation civile ni les soumettre un blocus meurtrier. et de rappeler enfin tous les tats membres des Nations unies, plus ou moins influents dans la rgion, que le droit de fuir son pays quand on est en danger de mort existe, et quil leur appartient de savoir par cons-quent accueillir ceux qui dcident de fuir pour prserver leur vie et celles de leur famille.

    docteur Thierry brigaud, Prsident de Mdecins du Monde

    Pierre Salignon, directeur gnral de Mdecins du Monde

    dito

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    * Observatoire syrien des droits de lHomme

  • Dossier de presse Crise syrienne - dcembre 2012 3

    Camp de Qah, dans le nord de la Syrie

  • 4 Mdecins du Monde

    EN SYRiE,AUPRS dES dPLACS dU CAmP dE QAh, dANS LE NoRd dU PAYS

    ;

    21 mois aprs le dbut de la rvolution syrienne, les vio-lences contre les civils se poursuivent lintrieur du pays. deraa, Homs, Alep, damas ainsi que dautres villes syriennes connaissent des bombardements rguliers et sont le thtre des affrontements entre linsurrection et le rgime en place. Face la recrudescence des violences qui affectent la population civile, le personnel mdical et les structures de soins, les Syriens nont dautre choix que de fuir. Selon lONU, ils seraient plus d1,2million dplacs lintrieur mme du pays.

    Lattaki, jai vu des mdecins militaires achever des blesss sur la table dopration. Aprs a, jai dcid de rejoindre la rvolution en tant que soignant.Abdallah, 35 ans, docteur et ancien officier du rgime.

    dans ce contexte et pour venir en aide aux populations dplaces, Mdecins du Monde a ouvert en octobre un centre de soins de sant primaires dans le Nord-Ouest de la Syrie. Situ dans le camp de Qah, dune capacit de 5 000 personnes, proche de la frontire turque, le centre de sant accueille prs de 100patients par jour, majoritai-rement des femmes et des enfants. Les principales pathologies rencontres par nos quipes sont des affections lies aux conditions de vie de ces personnes durant leurs multiples dplacements. elles sont souvent parties dans la prcipitation, en abandonnant tout ce quelles possdaient, ce qui les prcarise encore davantage prcise Joel Weiler, coordinateur gnral du programme en Syrie et des quipes sur place composes dun mdecin, une infirmire, un interprte, un garde et un secrtaire mdical.Lintensification des violences et des combats entrane un afflux permanent de personnes dans le camp, qui compte actuellement plus de 600 tentes et presque cinq milliers de Syriens. lapproche de la priode hivernale, les quipes de MdM assurent galement des distributions de couvertures, de savons et de bches permet-

    LeiLa a 21 ans. en mars 2012, aprs avoir t arrte

    alors quelle protestait contre le rgime dans une manifesta-tion pacifique, elle est torture pendant plusieurs jours par un homme qui dit lui souhaiter la bienvenue de la part de bachar el Assad. La tasse de caf est offerte par les hommes du

    rgime, comme ils appellent parfois les actes de torture quils font subir aux Syriens. Finalement libre aprs avoir pay

    une amende, elle dcide de devenir secouriste pour venir en aide aux blesss dans la rgion dAlep.

    Je travaillais dans lhpital dar al Shifa qui a t bombard il y a une semaine. Les forces du rgime se servent des

    ambulances pour attaquer les hpitaux de campagne. Ils rcuprent aussi les rebelles blesss pendant les combats pour les achever. Oblige de se cacher pour continuer secourir les victimes, elle est tmoin de lacharnement du

    rgime contre les structures de soins et le personnel mdical. Trois infirmiers se sont fait arrter parce quils transportaient

    des kits de premiers secours. Leurs corps en partie bruls ont t renvoys leurs familles sept jours plus tard.

    Alep, dans le district de Salaheddine, alors quelle est en train de transporter un bless avec un autre secouriste, un sniper embusqu vise et achve lhomme dj inconscient. Rvolte, elle continue pourtant venir en aide aux blesss malgr les risques. Lune de ses amies infirmires a t arr-

    te et viole. Ils ont crit des choses atroces sur son corps avec un couteau.

    Leila continue travailler et risquer sa vie pour, dit-elle, toutes les personnes qui sont en train dtre tortures en Syrie, toutes les femmes qui se font violer, tous les blesss

    qui nont pas accs aux soins pendant que lOccident et les pays arabes ne font rien pour les aider.

  • Dossier de presse Crise syrienne - dcembre 2012 5

    KhaLeD a 20 ans et vient De BaB eL amr, homs.

    en allant luniversit, il a t pris dans les bombardements et a reu plusieurs clats dobus dans la tte. Touch au cerveau, il a aujourdhui des difficults motrices et se dplace diffici-lement. Jai perdu conscience et je nai su quaprs coup quune voiture stait arrte pour me rcuprer. Transport dans un hpital local, son vacuation en Turquie est organise par les forces de larme syrienne libre. Je nai pas eu de chirurgie, juste un pansement le temps de rejoindre la frontire. a nous a pris huit heures, de Homs Hama puis Idlib. L, jai d rester aux soins intensifs pendant 25jours, mon tat ne me permettait pas de bouger et jtais toujours inconscient.Une fois stabilis, Khaled est transport de lautre ct de la frontire. Aujourdhui, il doit encore subir une opra-tion afin de refermer entirement sa boite crnienne. Il a subi auparavant une craniotomie de dcompression afin dviter un dme du cerveau. Pour lui, le futur ne se trouve pas en Syrie et il ne souhaite pas y retourner. Il ne reste plus rien de bab el Amr, tous les gens ont fui.

    tant dassurer ltanchit des tentes et de meilleures conditions de vie pour affronter lhiver. Un systme dadduction deau potable et dvacuation des eaux usages est actuellement mis en place ainsi que la distribution de kits dhygine afin de rduire le risque de maladies infectieuses au sein du camp. ce jour, prs de 1 500consultations ont t ralises dans le centre. proximit du camp, pour rpondre une demande des commu-nauts locales syriennes, les quipes de MdM installent actuellement un centre post-partum pour les femmes vivant dans les camps de la rgion et venant daccoucher. Le centre compte une dizaine de lits et peut accueillir pendant cinq jours mres et enfants afin de leur assurer des conditions de vie dcentes, un peu de chaleur et de confort. des soins postnataux seront galement dispenss par trois infirmires qui viendront renforcer lquipe. Malgr un contexte scuritaire extrmement tendu, le centre devrait tre fonctionnel dans les jours venir.

    VENiR EN AidE LA PoPULAtioN CiViLE, ViCtimE dES BomBARdEmENtS la frontire syrienne, Mdecins du Monde appuie technique-ment un centre postopratoire et de rducation. Ouvert depuis six mois, il a accueilli plus de 1 200patients ayant dj t oprs dans des hpitaux ou des cliniques syriennes mais dont le suivi postopratoire et la rducation nont pas t assurs. Actuellement, 77patients y sont soigns. La plupart viennent dAlep, Homs, Idlib et Hama, et sont des civils blesss au cours des bombardements ou par des tireurs du rgime. Une infirmire et une kinsithrapeute MdM aident lorganisation du centre et appuient quotidiennement les quipes locales, com-poses de sept mdecins et plusieurs volontaires. Les patients souffrent en majorit datteintes neurologiques et mdullaires, de fractures multiples, damputations et de paraplgies. Lquipe sera renforce rapidement par un second kinsithrapeute, un mdecin en rducation fonctionnelle et un mdecin infectiologue.

    En Syrie, prs de la frontire turque

  • 6 Mdecins du Monde

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