Traitement antibiotique des gastro-entérites à shigella sonnei

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Text of Traitement antibiotique des gastro-entérites à shigella sonnei

  • TRAITE M E NT ANTI B IOTI QU E SHIGELLA SONNEI

    DES GASTRO-ENTERITES

    Groupe de travail ~> de I'Agence frangaise de securite sanitaire des produits de sante (Afssaps)

    R6sume

    Les infections & Shigella sonnei representent une cause impor- tante de morbidite au cours des gastro-enterites de I'enfant.

    Uaugmentation de la prevalence de la resistance & I'ampicilline

    et au cotrimoxazole qui representaient les traitements de reference exige I'utilisation d'alternatives therapeutiques.

    Cette mise au point a pour objectifs de definir une strategie

    medicale au cours des gastro-ent@ites #. Shigella sonnei. Parmi les antibiotiques administrables per os, les fluorequinolones chez I'adulte et I'azithromycine chez l'enfant sent les molecules recommandees.

    Ant ib io th~rap ie - Shige l la sonne i - gast ro -ent6r i te -

    recommandat ions .

    Summary : Ant ib io t i c t reatment o f Sh ige l la sonne i

    gast roenter i t i s

    The Shigella sonnei infections represent an important cause of morbidity during gastroenteritis in children. The increase in the prevalence of resistance to ampicillin, thrimethoprim and sulfamethoxazole, which represent the recommended treat- ments, requires the use of therapeutic alternatives. This study aims to define a medical strategy during Shigella sonnei gastre-enteritis. Among the oral antibiotics fluoroquinolones for adults and azithromycin for children are the compounds recommended.

    Ant ib io t i c - Shige l la sonne i - gast roenter i t i s - recommen-

    dat ions ,

    1. ~ntrocluction

    p armi les especes bacteriennes responsables de gastro-enterites, la seule pour laquelle un traitement antibiotique est generalement

    recommande est Shigella. L'interet du traitement antibiotique des shi- gelloses est de diminuer le portage et la contagion, de reduire la duree des sympt6mes, enfin de diminuer le risque de complications.

    Sur la base des caracteres biochimiques et antigeniques, les Shigella sont divisees en quatre especes, Shigella dysenteriae, Shigella flex- neri, Shigella sonnei, Shigella boydii. En France, Shigella sonnei, dont le biotype g est le plus frequent, est I'espece predominante et la pre- valence de ces souches augmente. La prevalence des souches de

    Shigella flexneri a tendance & diminuer, celle de Shigella dysenteriae et de Shigella boydii est basse et stable.

    Les traitements recommand6s etaient une aminopenicilline ou le cotri- moxazole. Or, depuis plusieurs annees et selon une evolution cyclique, des seuches de Shigella sonnei resistantes aux aminopenicillines et au cotrimoxazole ont emerge et sent devenues predominantes, ce phe- nom~ne n'etant pas seulement Ioca]ise & la France mais constate 6ga- lement dans d'autres pays (l~tats-Unis, Canada, Isra61).

    La prescription d'un antibiotique inefficace est consideree comme pou- vant etre plus deletere que I'absence de traitement. Au risque de selec- tion de bacterie resistante s'ajoute la diminution de I'effet de barriere lid b. I'activite de la molecule sur la flore digestive normale.

    La difficulte du traitement vient de la contre-indication des fluoroqui- nolones chez les enfants et de la contrainte d'administrer un anti- biotique par vole parenterale (la ceftriaxone) chez des patients ambu- latoires, enfants comme adultes.

    i~,~thede

    Cette raise au point a pour objectif de d6finir une strategie medicale en fonction de I'etat actuel des connaissances et pr6ciser ce qui est utile ou inutile, voire dangereux, de faire en cas de gastro-enterite & Shigella senneL Elle resulte de I'analyse des donn~es actuelles de la science issues de la litterature. Lorsque ces donnees sont insuffisantes ou incornpl~tes, les recommandations sent basees sur un accord pro- fessionnel pour prendre en compte I'etat des pratiques et les opinions d'experts. Ce texte a et valide par la commission d'AMM (autorisa- tion de raise sur le marche).

    Les limites et les difficultes rencontr6es pour I'etablissement de ces recommandations ont 6te :

    - la faiblesse de la litterature : petits effectifs des etudes publiees, essais concernant des infections & shigelles, mais non exclusivement & Shigella senneL -I ' insuffisance des dossiers d'AM M d'antibiotiques dans le traitement d'infections digestives.

    3. $,pid~rnioiogie

    :3.1. L,es shigel loses

    Sur la base des caracteres biochimiques et antig6niques, les Shigella sont divisces en quatre espces, Shigella dysenteriae, Shigella flexneri, Shigella sonnei, Shigella boydii. En France, la prevalence des

    Correspondance : Pr Edouard Bingen Laboratoire de microbiologie H6pital Robert-Debre 48, bd Serurier 75019 Paris edouard.bingen@rdb.ap-hop-paris.fr

    article rec;u et acceptd le 13 mai 2004.

    Elsevier SAS.

    (1) Composition du groupe de travail Coordonnateur : Robert Cohen (H6pital intercommunal de Cr6teil, laboratoire de bacteriologie, Cr6teil). Membres : Edouard Bingen (H6pital Robert-Debre, Laboratoire de microbio- Iogie, Paris), Dominique Gendrel (H6pital Saint-Vincent-de-Paul, Service de pedia- trie gen@ale, Paris), Olivier Patey (Centre hospitalier, Service des maladies infec- tieuses, Villeneuve-Saint-Georges), Francine Grimont (Institut Pasteur, CNR E. cofi et Shigella, Paris), Frangoise Doyon (Institut Gustave-Roussy, Inserm U605, Villejuif), V6ronique Vaillant (InVS), Dominique Dejour-Salamanca (Cellule d'in- tervention regionale en epid6miologie lie-de-France), Sandrine S6govia-Kueny (Direction gen6rale de la sante), Nathalie Dumarcet (Afssaps), Natacha Charlier- Bret (Afssaps), Isabelle Pellanne (Afssaps).

    Revue Frangaise des Laboratoires, juin 2004, N 364 63

  • souches de Shigella flexneri a tendance & diminuer, celle de Shigella dysenteriae et de Shigella boydfi est basse et stable, et celle de Shigella sonnei, dent le biotype g est le plus frequent, augmente.

    Le reservoir est humain et la transmission inter-humaine. Uessentiel de la pathog6nicite des shigelloses reside dans la capacite des shigelles & envahir I'epithelium du celon humain. Ces bacteries se transmettent tres facilement sur le mode feco-oral ou par un aliment contamine par une personne infectee. Leur pouvoir pathogene est tres important. La dose infectante etant faible (seuil > 102 bacteries), I'ingestion d'une quantite tres faible de micro-organismes suffit & provoquer les symptemes.

    Les populations les plus exposees se trouvent dans les endroits de forte promiscuite (collectivites d'enfants, famille). Exceptionnellement, les adultes, et encore plus rarement les enfants, peuvent etre porteurs asymptomatiques et contribuer & la dissemination des shigelles.

    3.2. Uinfection '& Shigefla sonne/

    L'infection b. Shigella sonnei est caracterisee habituellement par une diarrhee febrile moder6e, apr~s une incubation breve de quelques heures & quelques jours (48 h). Uevolution est resolutive en 3-4 jours sans traitement, mais certaines infections peuvent etre severes (parfois mortelles) et necessitent une hospitalisation. La diffusion systemique de I'infection est exceptionnelle.

    Seule la coproculture permet le diagnostic d'infection & Shigella scnneL La quantite de bacteries presentes dans les selles peut etre faible, en- dessous du seuil de detection (seuil _> 101 UFC/g). Ceci peut expliquer les divergences possibles de resultats emanant de differents laboratoires d'anaiyse medicale. Apres traitement, deux coprocultures negatives sent necessaires avant I'autorisation de retour en collectivite [5].

    II est rappele qu'une coproculture dolt etre effectuee devant :

    - toute diarrhee glairo-sanglante (syndrome dysenterique) quel que soit le contexte de survenue,

    - toute diarrhee banale dans une collectivite d'enfants infectes,

    - tout sujet symptomatique ayant eu un contact avec une personne chez qui le diagnostic bacteriologique de Shigella sonnei a ete confirm&

    Un guide de bonne pratique des coprocultures est mentionne en annexe.

    En lie-de-France, des epidemies de gastro-enterites & Shighella sonnei ampicilline-R et co-trimoxazole-R sent survenues dans plusieurs departements de I'lle-de-France en 1996 (plus de 400 cas), 2001 et 2002 (310 cas). Ces epidemies ont concerne principalement les enfants d'&ge scolaire (70 % en maternelle et/ou primaire), mais egalement des families (26 %).

    La difficulte de la prise en charge therapeutique due au profil de resistance de la bacterie a ainsi engendre cette reflexion therapeutique.

    La Cellule d'intervention regionale d'epidemiologie d'lle-de-France et les DDASS de la region, en collaboration avec le Centre national de reference (CN R) des Escherichia coil et Shigella et I'lnstitut de veille sanitaire (InVS) travaillent au renforcement de la surveillance epidemiologique des cas de Shigella sonnei afin de detecter plus precocement les cas groupes et limiter la propagation d'epidemies. Ce systeme actuellement & I'etude s'appuiera sur le signalement de cas isoles par des laboratoires volontaires.

    3.3. E~vo!ution de I 'ant ibioresistance de Shigefla sonneJ

    Le CNR se base sur I'interpretation des donnees issues des souches regues au centre. Sur un peu moins de 1 000 souches de Shigella par an, 30 % concernent Shigella sonneL Les souches resistantes

    I'ampicilline et au co-trimoxazole sent en augmentation depuis

    2001 : 14 % en 2001, 36 % en 2002 et 2003. Depuis 1999, la proportion de souches resistantes & ces deux antibiotiques est en augmentation comparativement & ce qui est observe pour les souches sensibles & chaque antibiotique (et resistantes & I'autre) ou sensibles aux deux antibiotiques (figure 1).

    4. Quand faut-ii traiter ?

    Pour prendre la