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  • Une christologie dogmatique

    La publication de la Ckrstoogie du Pre Duquoc est: un vnement impor-tant dans l'dition religieuse de langue franaise. Nous disposions dj d'ouvragesd'ensemble en christologie du N.T. (0. Cullmarnii X. Lon-Dufour) ou enhistoire du dogme (J. Libaert). Dans le domaine de la thologie dogmatique,il y avait bien quelques tudes importantes sur des questions particulires(notamment de grosses ludes trs techniques et assez polmiques sur la questionde l'tre du Christ en thologie thomiste). Le besoin d'une christologie dogma-tique tait fortement ressenti. Remercions et flicitons le P.D. de s'tre attel cette tche ardue et de nous avoir donn un ouvrage de trs. grande qualit.

    Une apprciation pleinement motive de cet essai dogmatique demanderait.qu'on le considre dans son entiret. Mais seul le premier volume est paru.Un second volume, comportant la troisime partie consacre au Mystrepascal (p. 10), est annonc. La difficult est accrue du fait que malheureuse-ment l'articulation prcise des trois parties entre elles, et ainsi la structuremme de l'ensemble, n'est pas explicite.

    L'introduction lgitime le projet d'une dogmatique, considr comme suspectpar trop de thologiens. Deux conditions sont requises : *; une attention con-stante la Parole divine, telle qu'elle se prsente dans le tmoignage scriptu-raire, et dans ses rfractions majeures l'poque patristique ; une perceptionaussi aigu que possible des 'dfis' ports aujourd'hui l'Eglise ou au christia-nisme. Sous ces deux conditions, l'effort de 'cohrence' universelle que sepropose d'tre une 'dogmatique' est justifi (p. 8). Ceci dfinit galementla mthode ici mise en uvre : reprise rflexive et critique du message bibliquepar une intelligence qui se trouve en mme temps l'coute de tout le mouve-ment de la pense contemporaine, dans et hors de l'Eglise.

    La tche propre de la thologie d'aujourd'hui est de manifester que c'esten tant fidle jusqu'au bout au postulat de l'humanit de Jsus. qu'on pourraseulement y dcouvrir la prsence de la transcendance et reconnatre la divinitpersonnelle de Jsus. Ainsi du point de vue anthropologique, la thologie pourra montrer que poser ' l'humanit ' de l'homme, c'est ne pas rcuser sa transcen-dance, mais au contraire la signifier (p. 16).

    Le livre comporte deux parties : Les Mystres de la vie du Christ s> et Lestitres du Christ et sa condition terrestre humano-divine . Le fait que cettechristologie s'ouvre par une tude des mystres du Christ, en: d'autres motsdes vnements concrets de sa vie, est de signification essentielle : la christo-logie, et la christologie catholique tout particulirement, s'est trop souvent garedans une laboration purement spculative de l'incarnation et de la rdemption,sur la base de dductions priori. Or, * les mystres ne sont accessibles dansleur sens que par les titres ; les titres n'ont de valeur existentielle que parl'historicit des 'mystres' (p. 20). L'intention de la premire partie estclairement exprime ; On y part des donnes concrtes de la vie de Jsus,

    1. Ch. DUQUOC, O.P. Christoogie, Essai do'gmaiigue. I. L'homme Jsus.Coll. Cogitatio Fidei, 29. Paris, Ed. du Cerf, 1968, 21 X 16, 340 p., 30 FF.

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    non pas dans le but d'crire une histoire de Jsus, mais dans l'intention dedgager la porte thologique de cette vie, (p. 10).

    Le chap. 1 traite des < Enfances du Christ . Ces pages mettent bien envaleur les thmes thologiques .qui structurent les deux rcits de Mt (NouveauMose, Messianisme davidique) et de ~Lc (Nouvel Adam, thme du Temple...).Le P.D. fait bien remarquer qu' il serait erron de vouloir clairer la cat-chse par les rcits de la naissance, Le processus fut inverse (p. 27). Sadmarche pose cependant une assez srieuse question de mthode. II est biencertain les exgtes sont unanimes que du point de vue littraire, les rcitsde l'enfance sont tardifs. Il est certain aussi que l'intention thologique y joueun rle tout fait dterminant. Est-il, dans ce cas, Judicieux de placer l'tudede ces crits en ouverture d'une christologie ? Si c'est bien la catchse (c'est--dire le reste de l'Evangile, et surtout le noyau central passion-rsurrection) quiles claire, n'y avait-il pas lieu de commencer par tudier cette catchse2 ?

    Les problmes proprement historiques que soulvent ces rcits nous semblentrsolus d'une faon parfois un peu facile et rapide. On s'tonne la lecturede formules comme celle-ci : < La vision des ' actualits cinmatographiques ' vingt ans de distance a. une profondeur de sens qu'on et t bien incapablede discerner dans leur immdiatet. Ainsi Matthieu et Luc ont-ils clair r-trospectivement des souvenirs par la catchse vanglique et les vnementsdcisifs de Pques (p. 27). Il serait injuste envers l'auteur de forcer lacomparaison. Elle est nanmoins malheureuse. Elle pourrait tre clairante poursuggrer la comprhension de la vie publique et de la mort de Jsus, dont lesAptres ont t tmoins, revues dans la lumire de Pques. Mais les trente ansde vie cache et surtout l'enfance de Jsus n'ont pas eu pour tmoins la pre-mire communaut. Il est historiquement possible, probable mme, que Marieait parl de ses souvenirs. Mais que Marie soit effectivement l'origine denos rcits est, pour une mthode historique rigoureuse, une pure hypothsesans appui positif.

    Si le sens de la conception virginale est que l'origine du Christ est l'Espritde Dieu et que sa. naissance est l'acte d'une nouvelle cration, cela permet-ild'affirmer premptoirement qu'on ne saurait sauvegarder le sens de la con-ception virginale indpendamment de son historicit (p. 35)3 ? De mmeaffirmer que l'pisode du Temple {Le 2, 49) est important pour la connaissancede la 'conscience de Jsus' (p. 36), semble fort hasardeux.

    Enfin, et plus fondamentalement, on peut s'interroger sur la validit duprojet mme de ce chapitre qui se donne pour but de dgager la significationthoogique des annes obscures de Jsus (p. 23). Rejoignons-nous ainsi l'in-tention des rdts vangliques ? Ne visent-ils pas plutt, partir d'une relec-ture de certains souvenirs du ministre palestinien ou partir de l'laborationde midrashim, donner une plnitude d'expression plus totale de la foi en lapersonne de Jsus ? S'il en est bien ainsi, y rechercher la signification tho-

    2. Ceci n'implique pas qu'une christologe dogmatique doive ncessairementcommencer par l'tude de la rsurrection : le problme de la rsurrection estvidemment le point de dpart exgtique. Une dogmatique, fonde sur une her-mneutique qui intgre directement la question du Jsus prpascal, peut pro-bablement prendre son point de dpart dans le ministre et les attitudes de Jsus.

    3. Cette remarque ne vise pas contester la conception virginale. L'historicitde cet vnement doit tre tablie par l'exgte et l'historien. Il s'agit idsimplement du refus en principe de rsoudre une question d'historicit par un

    . argument purement thologique, argument qui, en l'occurrence, ne semble deplus pas convaincant

    N. E. Ta. xc, 1968, n 9 36

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    logique des anniea obscures de Jsus, nous parat tre un malentendu, surtoutlorsqu'on conclut que la porte thologigue de ces aimes obscures est qu' ellesnous invitent ne pas penser idalement Jsus : il fut une individualit, avectoutes les limitations que comporte une individualit (p. 41). En effet, si nouscomprenons bien la fonction des rcits de l'enfance dans l'ensemble de la pr-dication vanglique, ces rcits ne nous clairent pas sur la signification tho-logique des annes obscures de Jsus , mais sur la signification thologique dela personne mme et de l'oeuvre de Jsus, telles que les disciples ont pu en fairel'exprience au cours des annes de ministre et travers l'vnement pascal.Cela signifie que la pointe de ces rcits vise - nous faire dcouvrir que Jsusest le Fils de Dieu, et non nous rappeler qu' il fut une individualit avectoutes les limitations que comporte une individualit.

    Un second chapitre, Le temps de la prdication , se donne pour tche de

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    Le P.D. montre de faon trs clairante qu'en dfinitive pour celle-ci lemessage vangique devient une illustration culturelle de la signification tou-jours actuelle de Dieu pour l'homme et de son exigence sur l'homme (p. 104).Contre Bultmann, pour qui la personnalit historique de Jsus perd - toutesignification et tout intrt, il fait trs justement valoir que le Christ dela foi prend valeur de la singularit du Christ ' de l'histoire (p. 107). C'estpourquoi l'entreprise qui vise, travers les Evangiles, rejoindre les attitudesde Jsus, est d'une signification essentielle pour a christologie5.

    L'auteur souligne surtout la souveraine libert de Jsus vis--vis de la Loiet vis--vis de son entourage : cette libert qui n'est nullement arbitraire, maisqui est l'expression mme de sa mission, permet de souponner qu'il vientd'ailleurs. Trs rapidement est aussi remarque l'autorit de Jsus (qui est enfait une autre face de cette libert). Personnellement, nous aurions souhait quece point ft analys d'un peu plus prs : cette < autorit de Jsus (sur la Loi,vis--vis des pcheurs...) est l'un des traits o le plus manifestement se refltesa transcendance. Il nous semble de mme qu'une tude plus prcise de larelation de Jsus son Pre et t sa place ici (il n'en est question que defaon trs allusive au sujet de la prire de Jsus) : un tel point d'appui l'tudedu titre de Fils de Dieu n'aurait certainement pas t superflu.

    La seconde partie tudie Les titres du Christ et sa condition terrestre humano-divine. < Les tmoignages vangliques attestent, dans les actions et les atti-tudes du Christ, la prsence d'une dimension ' transcendante '. Elle est suffi-samment discernable pour inquiter et conduire s'interroger an sujet de Jsus :' Quelle est sa Mission ? Qui est-il ? ' (p. 129). Les divers titres sont diversesrponses partielles a cette question. Chacun exprime

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