vivant vivant

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Vivre vivant. Vivre survivre. Vivre parmi les vivants.

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  • ncessaireLe Vivant Vivant

    Philippe Portier Nadge Planson Frdric Neyrat Gilles Clment Florent Tillon Charles Pennequin A.c Hello Alberto Sorbelli Guillaume du Boisbaudry Marine Legrand Michel Tibon-Cornillot Emmanuel Nardon Dominique de Varine Collectif Bon Pied Bon il Herv Lequeux Friedrich Nietzsche Thierry Salantin Patrick Mourral Cora von Zezschwitz Dominique Forest Bruce Taj Magal Bonelli-Bassano Ruppert et Mulot Clmence Torres Stella Cash

  • ne|cessum ne cesse

    nec|essum ne peut pas ne pas tre

  • ncessaireLe Vivant Vivant

    Philippe Portier Nadge Planson Frdric Neyrat Gilles Clment Florent Tillon Charles Pennequin A.c Hello Alberto Sorbelli Guillaume du Boisbaudry Marine Legrand Michel Tibon-Cornillot Emmanuel Nardon Dominique de Varine Collectif Bon Pied Bon il Herv Lequeux Friedrich Nietzsche Thierry Salantin Patrick Mourral Cora von Zezschwitz Dominique Forest Bruce Taj Magal Bonelli-Bassano Ruppert et Mulot Clmence Torres Stella Cash

  • s ommaire

    p. 8

    LevivantvivantGuillaume du Boisbaudry | Philippe Portier Nadge Planson

    p. 12

    LettReauXvivantsFrdric Neyrat

    p. 18

    PeRROsDesantiaGOGilles Clment

    p. 28

    DetROitviLLesauvaGeFlorent Tillon

    p. 52

    mOiPascOmPRenDReCharles Pennequin | A.c Hello

    p. 56

    LeXtaseDevnusAlberto Sorbelli

    p. 62

    maLaDeLamaLaDieGuillaume du Boisbaudry

    p. 64

    mOnstReMarine Legrand

    p. 70

    LesLaBYRintHesDuvivantMichel Tibon-Cornillot

    p. 98

    cestcOmmeaEmmanuel Nardon

    p. 102

    GuiRLanDesDominique de Varine

    p. 108

    DeveniRsJOYeuXDescOnFLitsCollectif Bon pied bon il Herv Lequeux

    p. 118

    tRavaiLetennuiFriedrich Nietzsche

    p. 120

    RetRiBaLisatiOnThierry Salantin | Patrick Mourral

    p. 134

    LaBanDOnCora von Zezschwitz

    p. 146

    sanstitReDominique Forest

  • 7s ommaire

    p. 148

    translationBruce Taj

    p. 164

    sans titreMagal Bonelli-Bassano

    p. 166

    sans titreRuppert et Mulot

    p. 176

    17 Des DeUX Cent CinQUante-trois Variations aUtoUr DUne eFFerVesCenCe Clmence Torres

    p. 184

    le ViVant est bien mignonneStella Cash

  • le vivant vivantditorial Guillaume du Boisbaudry | Photo Philippe Portier Nadge Planson

    Le vivant deux fois. Toujours l et toujours manqu ; on rpte. On est l.Vivre pour tenter, vivre pour survivre, pour aimer. Vivre et se dtruire. On essaye. Vivre pour rire.Sans connatre le voulu de ce vouloir, surpris par ce qui est entrepris.Dans ce qui se fait hors de notre pense et de nos dsirs. Le monde est vivant apparemment. On parle des gnrations, mais la gnration on ne la voit pas. On ne sait pas o a gnre.

    Vivre vivant avant dassurer.

    Les essais sont multiples avec leurs formes et leurs terrains.Un jeu rhtorique ou amoureux, une action politique, de nouvelles convivialits avec les vivants.On parcourt pour penser et inversement.

    On parle du vivant vivant et ce sont les morts qui reviennent. Cest pas notre faute, ils reviennent comme ce qui est vivant en nous. Ils sont l, nombreux. Et aussi il y a les vivants que lon aime aimer. De ceux pour qui la vie est inhumaine.

  • 9 le vivant vivantditorial Guillaume du Boisbaudry | Photo Philippe Portier Nadge Planson

    On aime pas y croire.Pour tenter dintervenir.On nen peut plus didentifier les problmes. Il sagit de vivre pas didentifier.La chance souvent, cest de ne plus fonctionner ; ou alors, cest quon ne veut plus de nous.Cest aussi une faon de partir, de commencer.

    Il ny a pas un point de vue du vivant ; on aimerait bien pourtant.On la met o la vie ? Dans lhomme, dans la famille ? Dans lorganisation de lorganisme ? L o on met la vie, cest comment on partage les vivants. On peut rejouer.

  • Lannonce faite aux vivants. Une lettre aux vivants ne peut scrire quun pied dans la tombe ; demi vif, boitant. Parce que les lettres, mots, images, rap-pellent les disparus qui les utilisrent, les forgrent et les renouvelrent. Et parce que lcrit est testamentaire, en puissan-ce diffre de demeurer aprs ma mort je ne suis quun successeur averti sur la prcarit de son succs, savoir tre rest encore vivant, malgr tout. Mais dautre part et plus profondment (Derrida), lcrit est en puissance actuelle de mort : en tant que se sparant de moi, compos par des termes rptables en mon absen-ce ds lors avre par cette criture mme, il atteste immdiatement la possibilit, toujours dj l, de ma mort.

    Lcrit est un dtachement de verbe envoy au front du Disparant.

    fissure et foLie. Dans ce milieu pr-caire travers par les morts, fantmes

    oscillant de la brume au marbre, se tient, en quilibre instable, un tre vivant. Cest--dire quelquun pour qui la traver-se doit compter plus que les traverses de mort. Forcment infidle, tratre obli-g dfaut dtre contraint. ContrUn par la force du vivant lui-mme.

    Tout tre vivant est une anomalie, cest--dire une singularit. Pour vivre sa vie dtre vivant, ltre humain dut sano-maliser. Il a d tenir la proposition dexis-tence quil stait faite pour tenir la proposition de vie qui lui avait t faite. Mais ces deux propositions ne se recou-vrent pas. Lorsque le vivant ne se singu-larise pas, il demeure au vivier. La correspondance normale est le plus bas degr du vivant rplication au plus pro-che de lidentique, et mme l, mme au niveau de la duplication de linformation gntique, a diffre, rate, mute, a se hasarde en terrain mconnu.

    Dans ltre humain, la trace de lano-

    lettre aux vivantsFrdric Neyrat

    Frdric neyrat est ancien directeur de programme au Collge international de philosophie et Docteur en philosophie.

    Membre du comit de rdaction de la revue Multitudes, il collabore rgulirement aux revues Rue Descartes et Ctheory. Auteur dun essai sur Martin Heidegger, il sintresse aux questions de biopolitique, dimmunopolitique et dcologie politique.

    Ouvrages :

    Fantasme de la communaut absolue. Lien et dliaison, Paris, LHarmattan, 2002.

    Limage hors-limage, Paris, ditions Leo Scheer, Manifeste , 2003.

    Surexposs : le monde, le capital, la terre, Paris, Lignes manifestes, 2005.

    Lindemne. Heidegger et la destruction du monde, Paris, Sens et Tonka, Collge international de philosophie , 2008.

    Biopolitique des catastrophes, Paris, ditions MF, 2008.

    Instructions pour une prise dmes. Artaud et lenvotement occidental, Strasbourg, Ed. La Phocide, 2009.

    Le Terrorisme. La tentation de labme, Paris, Larousse, coll. Philosopher , 2009.

  • 13

    malisation est une case vide, ou une fis-sure. La fissure est lcart, matriel et symbolique, quil y a entre le genre suppo-s et lindividu dpos. Elle est la marque de la non-correspondance, du non-embo-tement. Une folie, comme la vie. Car la folie nest pas le chaos originaire qui naura pas su tre dompt par lordre de la civili-sation, mais la faille qui se sera creuse pour quon puisse, tant bien que mal, se civiliser. Pour se civiliser, il faut devenir fou, trouver son anomalie vitale. On a cherch par erreur la transcendance en Dieu ; on la rajuste, dans limmanence, comme hors-de-soi originaire, extase (Bataille) ; il fallait la trouver dans le dcol-lement fissile. Dont le rayonnement fossile communique, avec plus ou moins de force, notre proposition vitale.

    Et peut-tre que les animaux, eux aus-si, ont leur fissure, si lon admet que cha-que tre vivant existant est dfection en acte de tout type (Canguilhem). Les chiens qui, Moscou, savent prendre le mtro et descendre aux stations atten-dues ont su prendre en marche le train de lhistoire. Et la folie animale est recon-naissable aux yeux de lamateur. Peut-tre cependant que la fissure animale passe plus entre lindividu vivant et son genre aboli quen lindividu lui-mme. Mais cest voir avec les animaux.

    Lauto-organisation et La mort. Ltre vivant est ce qui se passe de la vie au trpas. Car la vie dun tre vivant,

    humain, animal ou vgtal, celle qui lui appartient en propre en cela que person-ne dautre ne pourra la vivre sa place, se singularise dans la faon que cet individu aura de passer. De sinstaller non pas seu-lement comme passage, mais dans un passage labor. partir du moment o lon interroge lindividu vivant comme tel, cest--dire cet tre-ci et non pas cet tre-l, la vie comme naissance et la mort com-me dcs cessent de pouvoir mesurer une droite, un fil ou un plan homogne, pour senrouler du ct de la vie.

    Cet enroulement peut prendre le nom dauto-organisation. Ltre vivant sauto-organise non pas comme une boule autis-te mais en se couplant sur un milieu, un monde quil gnre dans cette opration. Il se ferme non pas , mais sur lextrieur (Morin), les dehors qui composent et dcomposent son lieu. Le vivant est ltre en relations. Mais la relation ne lui est pas quelque chose dextrieur, toute mcanique ici dfaille si vous ne mettez plus dessence dans votre voiture, elle sarrte sans se dsintgrer (tout du moins temporairement) ; il nen va pas de mme pour lindividu vivant qui, faute de nour-riture, doxygne ou de sang, meurt sans dlai. La relation sincurve du vivant, elle est son incursion et sa rcursion perma-nente, systme autopoitique : un rseau de processus de production de composants qui a ) rgnrent continuel-lement par leurs transformations et leurs interactions le rseau qui les a produits, et

    lettre aux vivantsFrdric Neyrat

  • 14 nCESSairE Lettre aux vivants

    qui b ) constituent le systme en tant quunit concrte dans lespace o il exis-te, en spcifiant le domaine topologique o il se ralise comme rseau (Varela).

    Mais la rgnration continuelle est localement finie, et thermodynamique-ment condamne. Loin de sexclure de la mort, lauto-organis sy rapporte, et plus encore sy scelle par son couplage