Zola Emile Une Page d Amour

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Zola Emile Une Page d Amour

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  • mile Zola

    UNE PAGE DAMOUR

    (1878)

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  • Table des matires

    1re Partie .................................................................................. 4

    Chapitre I...................................................................................... 4

    Chapitre II ...................................................................................16

    Chapitre III..................................................................................31

    Chapitre IV ................................................................................. 46

    Chapitre V................................................................................... 64

    2me partie ................................................................................75

    Chapitre I.....................................................................................75

    Chapitre II .................................................................................. 89

    Chapitre III................................................................................105

    Chapitre IV ................................................................................ 118

    Chapitre V..................................................................................134

    3me partie .............................................................................. 147

    Chapitre I...................................................................................147

    Chapitre II .................................................................................164

    Chapitre III................................................................................ 181

    Chapitre IV ................................................................................196

    Chapitre V..................................................................................212

    4me partie ............................................................................. 225

    Chapitre I.................................................................................. 225

    Chapitre II ................................................................................ 240

    Chapitre III................................................................................257

    Chapitre IV ............................................................................... 274

    Chapitre V.................................................................................288

    5me partie .............................................................................300

  • - 3 -

    Chapitre I..................................................................................300

    Chapitre II .................................................................................315

    Chapitre III................................................................................331

    Chapitre IV ............................................................................... 347

    Chapitre V................................................................................. 360

    propos de cette dition lectronique ................................. 371

  • - 4 -

    1re Partie

    Chapitre I

    La veilleuse, dans un cornet bleutre, brlait sur la chemine, derrire un livre, dont lombre noyait toute une moiti de la chambre. Ctait une calme lueur qui coupait le guridon et la chaise longue, baignait les gros plis des rideaux de velours, azurait la glace de larmoire de palissandre, place entre les deux fentres. Lharmonie bourgeoise de la pice, ce bleu des tentures, des meubles et du tapis, prenait cette heure nocturne une douceur vague de nue. Et, en face des fentres, du ct de lombre, le lit, galement tendu de velours, faisait une masse noire, claire seulement de la pleur des draps. Hlne, les mains croises, dans sa tranquille attitude de mre et de veuve, avait un lger souffle.

    Au milieu du silence, la pendule sonna une heure. Les bruits

    du quartier taient morts. Sur ces hauteurs du Trocadro, Paris envoyait seul son lointain ronflement. Le petit souffle dHlne tait si doux, quil ne soulevait pas la ligne chaste de sa gorge. Elle sommeillait dun beau sommeil, paisible et fort, avec son profil correct et ses cheveux chtains puissamment nous, la tte penche, comme si elle se ft assoupie en coutant. Au fond de la pice, la porte dun cabinet grande ouverte trouait le mur dun carr de tnbres.

    Mais pas un bruit ne montait. La demie sonna. Le balancier

    avait un battement affaibli, dans cette force du sommeil qui anantissait la chambre entire. La veilleuse dormait, les meubles dormaient ; sur le guridon, prs dune lampe teinte, un ouvrage de femme dormait. Hlne, endormie, gardait son air grave et bon.

    Quand deux heures sonnrent, cette paix fut trouble, un

    soupir sortit des tnbres du cabinet. Puis, il y eut un froissement de linge, et le silence recommena. Maintenant, une haleine oppresse sentendait. Hlne navait pas boug. Mais,

  • - 5 -

    brusquement, elle se souleva. Un balbutiement confus denfant qui souffre venait de la rveiller. Elle portait les mains ses tempes, encore ensommeille, lorsquun cri sourd la fit sauter sur le tapis.

    Jeanne ! Jeanne ! quas-tu ? rponds-moi ! demanda-t-

    elle. Et, comme lenfant se taisait, elle murmura, tout en courant

    prendre la veilleuse : Mon Dieu ! elle ntait pas bien, je naurais pas d me

    coucher. Elle entra vivement dans la pice voisine o un lourd silence

    stait fait. Mais la veilleuse, noye dhuile, avait une tremblante clart qui envoyait seulement au plafond une tache ronde. Hlne, penche sur le lit de fer, ne put rien distinguer dabord. Puis, dans la lueur bleutre, au milieu des draps rejets, elle aperut Jeanne raidie, la tte renverse, les muscles du cou rigides et durs. Une contraction dfigurait le pauvre et adorable visage, les yeux taient ouverts, fixs sur la flche des rideaux.

    Mon Dieu ! mon Dieu ! cria-t-elle, mon Dieu ! elle se

    meurt ! Et, posant la veilleuse, elle tta sa fille de ses mains

    tremblantes. Elle ne put trouver le pouls. Le cur semblait sarrter. Les petits bras, les petites jambes se tendaient violemment. Alors, elle devint folle, spouvantant, bgayant :

    Mon enfant se meurt ! Au secours ! Mon enfant ! mon

    enfant ! Elle revint dans la chambre, tournant et se cognant, sans

    savoir o elle allait ; puis, elle rentra dans le cabinet et se jeta de nouveau devant le lit, appelant toujours au secours. Elle avait pris

  • - 6 -

    Jeanne entre ses bras, elle lui baisait les cheveux, promenait les mains sur son corps, en la suppliant de rpondre. Un mot, un seul mot. O avait-elle mal ? Dsirait-elle un peu de la potion de lautre jour ? Peut-tre lair laurait-il ranime ? Et elle senttait vouloir lentendre parler.

    Dis-moi, Jeanne, oh ! dis-moi, je ten prie ! Mon Dieu ! et ne savoir que faire ! Comme a, brusquement,

    dans la nuit. Pas mme de lumire. Ses ides se brouillaient. Elle continuait de causer sa fille, linterrogeant et rpondant pour elle. Ctait dans lestomac que a la tenait ; non, dans la gorge. Ce ne serait rien. Il fallait du calme. Et elle faisait un effort pour avoir elle-mme toute sa tte. Mais la sensation de sa fille raide entre ses bras lui soulevait les entrailles. Elle la regardait, convulse et sans souffle ; elle tchait de raisonner, de rsister au besoin de crier. Tout coup, malgr elle, elle cria.

    Elle traversa la salle manger et la cuisine, appelant : Rosalie ! Rosalie ! Vite, un mdecin ! Mon enfant se

    meurt ! La bonne, qui couchait dans une petite pice derrire la

    cuisine, poussa des exclamations. Hlne tait revenue en courant. Elle pitinait en chemise, sans paratre sentir le froid de cette glaciale nuit de fvrier. Cette bonne laisserait donc mourir son enfant ! Une minute stait peine coule. Elle retourna dans la cuisine, rentra dans la chambre. Et, rudement, ttons, elle passa une jupe, jeta un chle sur ses paules. Elle renversait les meubles, emplissait de la violence de son dsespoir cette chambre o dormait une paix si recueillie. Puis, chausse de pantoufles, laissant les portes ouvertes, elle descendit elle-mme les trois tages, avec cette ide quelle seule ramnerait un mdecin.

  • - 7 -

    Quand la concierge eut tir le cordon, Hlne se trouva dehors, les oreilles bourdonnantes, la tte perdue. Elle descendit rapidement la rue Vineuse, sonna chez le docteur Bodin, qui avait dj soign Jeanne ; une domestique, au bout dune ternit, vint lui rpondre que le docteur tait auprs dune femme en couches. Hlne resta stupide sur le trottoir. Elle ne connaissait pas dautre docteur dans Passy. Pendant un instant, elle battit les rues, regardant les maisons. Un petit vent glac soufflait ; elle marchait avec ses pantoufles dans une neige lgre, tombe le soir. Et elle avait toujours devant elle sa fille, avec cette pense dangoisse quelle la tuait en ne trouvant pas tout de suite un mdecin. Alors, comme elle remontait la rue Vineuse, elle se pendit une sonnette. Elle allait toujours demander ; on lui donnerait peut-tre une adresse. Elle sonna de nouveau, parce quon ne se htait pas. Le vent plaquait son mince jupon sur ses jambes, et les mches de ses cheveux senvolaient.

    Enfin, un domestique vint ouvrir et lui dit que le docteur

    Deberle tait couch. Elle avait sonn chez un docteur, le Ciel ne labandonnait donc pas ! Alors, elle poussa le domestique pour entrer. Elle rptait :

    Mon enfant, mon enfant se meurt ! Dites-lui quil vienne. Ctait un petit htel plein de tentures. Elle monta ainsi un

    tage, luttant