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  • Pour mieux comprendre Fencyclique Humanae vitae

    SECONDE PARTIE

    SIGNIFICATION ET PORTEE DE L'ENCYCLIQUE

    En vue de saisir la signification et la porte de l'encyclique Hu-manae vitae , il faut envisager tour tour au moins les pointssuivants : la complmentarit de l'encyclique et du Concile, du Papeet des Evques ; la porte vritable des motifs allgus dans l'en-cyclique ; son point de dpart doctrinal ; les critiques adresses Humanae vitae ; la structure de l'argumentation. ; le prolonge-ment que peut lui apporter une symbolique de l'homme ; l'intgrationnouvelle qui en rsulte pour la doctrine et enfin la voie des conscien-ces et leur cheminement possible.

    I. COMPLMENTARIT DE L'ENCYCLIQUE ET DU CONCIL,DU PAPE ET DES EVQUES

    Une partie assez considrable de l'opinion catholique1 s'tait doncfaite l'ide que l'enseignement de l'Eglise sur la morale conjugalene passait plus, ne pouvait plus passer, aprs Vatican II, par lacondamnation de la contraception. Il semblait vident plus d'unque le Concile, en prconisant une version franchement personnalistede l'amour conjugal, avait pratiquement aboli l'enseignement tradi-tionnel sur la contraception, tel qu'on le trouvait dans Casi connu-biiet chez Pie XII lui-mme.

    1. Voir N.R.Tk., nov. 1968, Pour mieux comprendre l'encyclique, pp. 897-917.

  • 1010 G, MARTLET. S,J.

    De fait, le changement d'optique entre Casi connubn et Gaudiumet spes sur ce sUJ'et est vident ; il suffit, pour le voir, de comparerles textes qui abordent ce problme. Alors que Casi connubii semblaitsouponner les poux de vouloir par la contraception s'pargner ceque beaucoup osent nommer une charge fastidieuse de la vie con-jugale2, Gaudium et spes s'efforce aussitt de comprendre les dif-ficults des foyers. Le Concile ne l'ignore pas, dit-il, les pouxqui veulent conduire harmonieusement leur vie conjugale se heurtentsouvent de nos jours certaines conditions de vie et peuvent se trouverdans une situation o il ne leur est pas possible, au moins pour un temps,d'accrotre le nombre de leurs enfants ; ce n'est point alors sans d i f f i -cult que sont maintenues la pratique d'un amour fidle et la pleinecommunaut de vie (51,1). Le Concile rappelle alors qu'il nepeut pas y avoir de vritable contradiction entre les lois divines quirgissent la transmission de la vie et celles qui favorisent l'amourconjugal authentique (51, 2) : il met ainsi les poux devant l'esp-rance d'une solution possible. Aprs avoir fortement rprouv l'in-fanticide et l'avortement, il n'aborde pas directement la question, alorsrserve, de la contraception. II se contente de parler du grandrespect dont doivent tre entours les actes spcifiques de la vieconjugale, accomplis selon l'authentique dignit humaine . Il ajoute aus-sitt: Lorsqu'il s'agit de mettre en accord l'amour conjugal avec latransmission responsable de la vie, la moralit du comportement ne d-pend donc pas de la seule sincrit de l'intention et de la seule apprcia-tion des motifs; mais elle doit tre dtermine selon des critres objec-tifs, tirs de la nature mme de la personne et de ses actes, critres quirespectent, dans un contexte d'amour vritable, la signification totaled'une donation rciproque et d'une procration la mesure de l'hom-me ; chose impossible si la vertu de chastet conjugale n'est paspratique d'un cur loyal (51, 3).

    Ce texte, nouveau tant d'gards, signifiait-il cependant que l'en-seignement antrieur de l'Eglise sur la contraception tait dfinitive-ment dpass ? D'aucuns pensaient en voir ou la preuve ou le signedans le fait que le Concile faisait dpendre la moralit conjugale de critres objectifs tirs de a nature de la personne . II leur parais-sait clair qu'en s'exprimant ainsi, le Concile avait abandonn le pointde vue de Pie XI et de Pie XII qui donnaient, comme critre de lamoralit de l'acte, le respect d'wne nature physo-togiquement consid-re et non point, celui de la personne spirituellement comprise s. Leseul critre objectif devenait donc dans un contexte d'amour vri-

    2. A.A.S., 1930, p. 559- Traduction de l'Action Populaire, p. 49.3. Ainsi Ph. DEI,HAYE dans Ami du Clerg, 1966, 605-606, repris dans Vatican

    II, l'Eglise dans le -monde de ce temps, t. II, Commentaire, Unam sancam 65 ti,Paris, 1967, 447-448.

  • POUR COUPH1&-DII-, IfL-UANAII VITAffi . II 1011

    table, la signification d'une donation rciproque et d'une procration la mesure de l'homme ; critre qui ne comprenait plus, disait-on,le respect, exig jusqu'alors en chaque acte, de l'ordination la vie.

    , Ce respect devenait gnral et entrait en composition avec la recherched'un ensemble de valeurs, au sein desquelles le devoir, lui-mme gn-ral, de paternit responsable, jouait un rle dominant. L'interprta-tion pouvait tre tentante. Elle semblait librer dfinitivement laconscience chrtienne du physicism, inhrent, disait-on, la moraletraditionnelle ou du moins l'expression courante qu'on en donne.' Cependant, tout en dsirant largir le contexte dans lequel l'Egliseprsente le respect qualifi de la vie dans l'amour, le Concile enten-dait-il vraiment dsavouer l'enseignement traditionnel sur la contra-ception ou prparer ce dsaveu ? En ce qui concerne la rgulationdes naissances, prcisait-il, il n'est pas permis aux enfants de l'Eglise,fidles ces principes, d'emprunter des voies que le Magistre, dansl'explicitation de la loi divine, dsapprouve (51, 3). Le Concile rappe-lait donc ainsi le rle que joue et doit jouer le Magistre dans la forma-tion de la conscience chrtienne en ce domaine. Et de fait, si la moraleconjugale, comme tout autre aspect de l'thique chrtienne, n'est pasrductible aux seules prescriptions de la loi, si elle exige que laconscience tablisse une juste hirarchie des valeurs (H.V., 10),cette estimation des valeurs ne saurait aboutir une abolition de laloi. C'est pourquoi, aprs comme avant le Concile, le magistre gardedans l'ducation des consciences un rle irremplaable. Interprteauthentique de la loi divine, comme dit le Concile (51,3), il aide laconscience se former un jugement la lumire inaltrable de lafoi. Mais, comme par ordre du Souverain Pontife, certaines ques-tions qui supposent d'autres recherches plus approfondies ont tconfies une commission pour les problmes de la population, de lafamille et de la natalit, pour que, son rle achev, le Pape puisse seprononcer 4, le Concile se contente de rappeler en note l'enseigne-ment dj donne par Pie XI, Pie XII et Paul VI.

    Le sens de cette note a t tudi de trs prs 5. Elle signifie aumoins que le Concile a laiss la porte ouverte la CommissionPontificale spcialement charge de l'examen des questions concr-tes 8 . Mais, tout en refusant d'anticiper sur la dcision pontificale,l Concile veut viter de livrer la conscience chrtienne de gravesincertitudes, en laissant croire, entre autres, que l'enseignement an-trieur tait, dsormais prim. Il renvoie donc aux formulations,les plus explicites de cet enseignement, qui demeurent valables. Tel

    4. Note 14 de G.S. 51, 3.. La commission tait .donc bien. purement consultative,5. V. HYI/EN, La note 14 de Gaitdwm et spes, dans Eph. Theol. Lov., 1966,

    p. 555-566.6. Art. cit., p. 565.

  • 1012 G, MARTSI,IT, S.J,

    est aussi le point de vue plusieurs fois formul par Paul VI. Encorequ'il ait t lui-mme plus explicite que le Concile sur l'tat de re-cherche o se trouvait, en sa personne, le magistre, il demandaitformellement aussi ds 1964, comme il ne cessera de le faire par lasuite, que personne pour le moment ne s'arroge le droit de se pro-noncer en des termes non conformes aux rgles en vigueurT .Pareillement aussi, croyons-nous, le Concile, en renvoyant l'ensei-gnement pontifical autoris, avait entendu souligner qu' il n'est paspermis aux enfants de l'Eglise... d'emprunter des voies que le ma-gistre, dans l'explicitation de la loi divine, dsapprouve (G.S., Si, 3),

    ** *

    Longue sera la route qui conduira Paul VI rendre publique unedcision qu'il avait cru lui-mme d'abord plus facile mrir8. Alorsqu'il avait exprim, dans son discours aux Cardinaux du 23 juin1964, son espoir d' achever bientt cette tude avec la collaborationde nombreux savants de valeur 9 , deux ans plus tard et quatre moisaprs que la Commission lui eut communiqu ses conclusions, Paul VIannonait que celles-ci ne (pouvaient) tre considres comme d-finitives . Plus qu'une solution rapide, elles faisaient bien pluttune fois encore apparatre l'norme complexit et la redoutablegravit de la question de la rgulation des naissances . A quoi PaulVI ajoutait : < Cela impose Notre responsabilit un supplmentd'tude- Avec un grand respect pour ceux qui y ont dj consacrtant d'attention et de labeur, mais aussi avec le sens des obligationsde Notre charge apostolique. Nous nous y consacrons rsolument.Tel est le motif qui a retard Notre rponse et qui devra la diffrerpendant encore quelque temps 10 .

    Sur ce point encore l'histoire dira comment le temps de rflexiondemand par Paul VI a jou en fait, chez beaucoup de fidles etde prtres, dans un sens contraire celui que le Pape personnellementlui assignait. En ralit, le sentiment que le magistre hsitait surla valeur actuelle de l'enseignement pass allait se diffusant peu peu dans le monde. Certes, Paul VI prvenait bien cette redoutableobjection dans le mme discours d'octobre 1966, en prcisant : Onne peut pas considrer que l'enseignement antrieur n'oblige plus

    7. Discours aux Cardinaux du 23 ju-m 1964, dans Doc. Cath-, 1964, c- 817-Voir N.R.Th-, 1964, p. 755.

    8. Sur ce chemin, E. HAMEL, Genesi deir Eficiclica Hi^mamie vitae , dansCivUt cattolica, 1968, p. 453-467. Po'stkonsiiiare Hmtergrunde ewer Ensykfika,dans Herder Korrespondens, 1968, 523-536.

    9. DC, 1964, c. 817 ; N.R.Th., 1964, 755.10. DC, 1966, c- 1924.

  • POUR COMPRENDRE KUMAITAB VITAS . II 1013

    en disant que le magistre de l'Eglise est aujourd'hui dans le doute,alors qu'il est e