Procès UIMM : le texte du jugement

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  • 1. Motivations U.I.M.M. Pn07268092048 (10.2.14) I Sur les exceptions de nullit A Sur les conclusions in limine litis aux fins d'annulation de l'ordonnance de renvoi dposes par Denis GAUTIER-SAUVAGNAC 1 Sur le moyen tir de la violation du principe de la prsomption d'innocence Le magistrat instructeur en se rfrant aux arrts de la Chambre criminelle de la Cour de cassation des 8 dcembre 1971 et 10 janvier 1984 n'a fait application d'aucune prsomption de culpabilit mais a dfini, ce qui pour lui, constituait l'acte de dtournement ; il a ainsi parfaitement respect les dispositions de l'article 184 du Code de Procdure Pnale en indiquant la qualification lgale des faits imputs la personne mise en examen, les motifs pour lesquels il existe contre elle des charges suffisantes et les lments charge et dcharge concernant la personne mise en examen. L'ensemble de ces points (qualification lgale, motifs, concernant les charges suffisantes, lments charge et dcharge) fait ensuite l'objet d'un dbat contradictoire devant la juridiction correctionnelle. En consquence, il convient de rejeter ce moyen de nullit.2 Sur le moyen tir de l'application rtroactive de la loi n2008-789 du 20 aot 2008 Contrairement ce qui est soutenu par Denis GAUTIER-SAUVAGNAC, le magistrat instructeur n'a pas ordonn le renvoi de ce dernier devant le Tribunal correctionnel en se fondant, que ce soit dans les motifs ou le dispositif de son ordonnance, sur la loi sus-vise de telle sorte qu'il convient de rejeter ce moyen de nullit.B Sur les conclusions in limine litis aux fins d'annulation de l'ordonnance de renvoi dposes par l'U.I.M.M. 1 Sur le moyen tir du dfaut de rponse par le magistrat instructeur aux observations du 3 aot 2011 En expliquant en particulier aux pages 46 et 53 de l'ordonnance de renvoi les motifs pour lesquels il estime que le versement de rmunrations ou de complments de rmunration en espces est constitutif du dlit de travail dissimul, le magistrat instructeur a implicitement et ncessairement rpondu aux observations crites de Matre REINHART agissant au nom de l'U.I.M.M. en date du 3 aot 2011, observations qui sont d'ailleurs vises la page 3 de l'ordonnance de renvoi. En consquence, il convient de rejeter ce moyen de nullit.2 Sur le moyen tir de la prescription de l'action publique La circonstance, la supposer tablie, que le magistrat instructeur ait dcid de renvoyer devant la juridiction correctionnelle une personne mise en examen du chef d'une infraction prescrite au sens des dispositions de l'article 8 du Code de Procdure Pnale, n'entache pas de nullit l'ordonnance de renvoi mais impose seulement la juridiction de jugement de constater l'extinction de l'action publique en application de l'article 6 du Code de Procdure Pnale. En consquence, il convient de rejeter ce moyen de nullit.C Sur les conclusions aux fins de nullit de l'ordonnance de renvoi dposes par Alain NOQU, Aymeric DUROY de SUDUIRAUT et Henri FABRE ROUSTAND de NAVACELLE Contrairement ce qui est soutenu par ces trois prvenus, la lecture des motifs et du dispositif de l'ordonnance de renvoi leur permet d'tre informs d'une manire dtaille et prcise des faits qui leur sont reprochs et de leur qualification juridique. Il est en effet prcis en quoi les complments de rmunration verss en espces sont constitutifs du dlit d'abus de confiance (cf. en particulier page 46 de l'ordonnance de renvoi) et en quoi la perception de ces complments de rmunration verss en espces par ces trois personnes mises en examen est constitutive de recel d'abus de confiance (cf. en particulier pages 50 et 51 de l'ordonnance de renvoi). En consquence, il convient de rejeter ce moyen de nullit.

2. II Sur la prescription de l'action publique Les faits d'abus de confiance viss par la prvention sont matriellement constitus par des dcaissements en espces effectus sur des comptes bancaires entre le 1er janvier 2000 et le 30 novembre 2007. En matire d'abus de confiance, le point de dpart de la prescription triennale doit tre retard jusqu'au jour o les faits dlictueux ont pu tre constats dans les conditions permettant l'exercice de l'action publique. En l'espce, mme si durant toute la priode de prvention, les dirigeants des tablissements bancaires teneurs des comptes, certains dirigeants et certains salaris de l'U.I.M.M. ont eu connaissance de ces dcaissements d'espces, il est galement tabli que ces retraits d'espces taient "discrets", "confidentiels", connus d'un cercle restreint "d'initis", qu'ils n'taient pas officiellement ports la connaissance du bureau, du conseil ou de l'assemble gnrale de l'U.I.M.M., pas plus qu' celle du conseil de surveillance de l'E.P.I.M., de l'expert-comptable, du trsorier, de telle sorte que les autorits de poursuite n'ont t indniablement en mesure de connatre ces faits que lorsque la cellule TRACFIN, elle-mme tenue d'une obligation de dnonciation en application de l'article 40 alina 2 du Code de Procdure Pnale, a acquis la connaissance du caractre possiblement dlictueux de ces dcaissements en espces. La cellule TRACFIN a t destinataire de la dclaration de soupons de la B.N.P. le 3 juin 2004 ; les investigations de la cellule TRACFIN permettant de souponner le caractre dlictueux des faits se sont acheves lorsqu'a t rdig le premier projet de saisine du Parquet le 24 novembre 2004 (cf. scell n2 TRACFIN). Il en rsulte que le point de dpart de la prescription doit tre retard jusqu' cette date du 24 novembre 2004. Le premier acte interruptif de prescription, le soit-transmis du parquet du 26 septembre 2007, est intervenu avant l'expiration du dlai de 3 ans, de telle sorte que les faits d'abus de confiance poursuivis ne sont pas prescrits. Les faits de travail dissimul et de recel d'abus de confiance tant connexes aux faits d'abus de confiance, il convient galement de considrer qu'ils ne sont pas prescrits.III Sur le fond A - Prsentation de l'Union des Industries et des Mtiers de la Mtallurgie (U.I.M.M.) L'Union des Industries et des Mtiers de la Mtallurgie est une union patronale forme entre les chambres syndicales adhrentes conformment aux articles L411-21 L411-29 du Code du travail ; elle est adhrente du M.E.D.E.F. Sa cration le 9 mars 1901 s'inscrit dans le cadre de la loi du 21 mars 1884, dite loi Waldeck-Rousseau, sur la cration des syndicats professionnels. Elle a notamment pour objet au vu de l'article 2 de ses statuts en vigueur au moment des faits : a) d'tudier toutes les questions sociales, juridiques et fiscales, d'intrt gnral pour les industries et activits reprsentes par les Chambres syndicales adhrentes, et de suivre l'application des mesures qui s'y rfrent; b) de dterminer au sujet de ces questions, la ligne de conduite que doivent suivre toutes les Chambres syndicales adhrentes dans les conditions poses par les prsents statuts; c) de participer l'administration et la gestion des organisations sociales la cration desquelles elle aura contribu, de leur accorder son patronage si elles deviennent autonomes, et d'en suivre en ce cas la gestion en vue d'en maintenir la conformit avec l'objet pour lequel elles ont t constitues et avec l'esprit qui en a inspir la cration; d) de reprsenter les Chambres syndicales adhrentes toutes les fois qu'une action collective doit tre exerce en ces matires. 1 - La direction (article 3 et 13 des statuts) L'U.I.M.M. est reprsente par un bureau et un conseil reprsentant l'ensemble des industries mtallurgiques et minires. Les membres du conseil, lus pour 4 ans par l'assemble gnrale o sigent les reprsentants des chambres syndicales adhrentes et les reprsentants des fdrations professionnelles, dsignent les membres du bureau comprenant 10 20 membres. 3. Le bureau comprend parmi ces membres le prsident de l'U.I.M.M. dsign par le conseil, pour 3 ans, renouvelables une fois et exceptionnellement une deuxime fois pour 1 an. Le trsorier et le secrtaire sont dsigns pour 4 ans par le bureau. Le bureau peut galement nommer un vice-prsident qui peut tre dlgu gnral. La direction gnrale de l'U.I.M.M. ainsi que la reprsentation de celle-ci en justice, auprs des administrations publiques et dans tous les actes de la vie civile, est assure par le prsident, ou sous son autorit et par dlgation par le viceprsident dlgu gnral s'il a t nomm un vice-prsident dlgu gnral ; s'il n'en a pas t nomm un, le bureau nomme un dlgu gnral sur proposition du prsident. Le vice-prsident dlgu gnral ou le dlgu gnral est notamment charg des attributions suivantes : - prparer les questions soumettre aux dlibrations du conseil et du bureau, et faire excuter les dcisions prises ; - diriger le travail des services, signer leur correspondance et tablir tous comptes de gestion ; - passer, dans la limite de ses attributions, tous contrats et procder toutes oprations rentrant dans l'objet de l'Union ; - faire tous actes conservatoires, et gnralement faire le ncessaire pour assurer le fonctionnement rgulier de l'Union et la ralisation de son objet ; - exercer toutes attributions et accomplir toutes missions qui peuvent lui tre confies par le prsident de l'Union. Pour mener bien ses missions, le dlgu gnral a la facult de proposer au bureau la dsignation d'un dlgu gnral adjoint dont les attributions ne sont pas dfinies par les statuts. Il est galement assist d'un secrtaire gnral dsign par le bureau, sur proposition du prsident, auquel il peut dlguer certaines de ses attributions. Il rsulte des dclarations des anciens prsidents, Arnaud LEENHARDT (1984-1999) et Daniel DEWAVRIN (18 mars 1999-15 mars 2006), que le rle du vice-prsident dlgu gnral est dans la pratique prpondrant. Arnaud LEENHARDT indiquait le 19 juin 2008 au magistrat instructeur (D488) : Depuis le dbut, tout tait organis autour du vice-prsident dlgu gnral qui avait tous les pouvoirs. Du reste on ne parle pas des pouvoirs du ou des prsidents dans les statuts mais de ceux du dlgu gnral... Le prsident est l pour runir le bureau de l'U.I.M.M. qui est compos de ses pairs, les prsident