WOZZECK - Action ducative - ac-aix- BERG (1885-1935) fait partie des trois compositeurs autrichiens du dbut du XX sicle dnomms compositeurs de L’Ecole de Vienne,

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  • Armelle BABIN, professeure dEducation Musicale, charge de mission DAAC au

    service ducatif de lopra de Marseille, 2010

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    WOZZECK

    Opra en trois actes (15 scnes) de Alban BERG (1885-1935)

    Livret du compositeur daprs le drame Woyzeck (1836) de Georg

    Bchner (1813-1837).

    Cration au Staatsoper Unter den Linden de Berlin le 14 Dcembre

    1925.

    Poster datant de 1964, par le graphiste polonais Jan Lenica (1928 -2001).

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    Sommaire

    Introduction

    1. Contextes et sources

    1.1. Le compositeur

    1.2. Le contexte artistique. LEcole de Vienne. Lexpressionisme.

    1.3. Le sujet : le drame de Bchner

    1.4. Comparaison entre le drame et le livret

    1.5. La compassion sociale dans les opras

    2. Etude de luvre

    2.1. Circonstances de composition

    2.2. Forme

    2.3. Synopsis

    2.4. Personnages et tessitures

    2.5. Caractristiques musicales

    3. Pistes pdagogiques

    3.1. Autour de lexpressionnisme

    3.2. Guide dcoute

    4. Annexes

    4.1. Glossaire

    4.2. Ressources documentaires

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    Page daccueil

    Un opra parfait, voil comment peut-on prsenter Wozzeck, mais nous avons bien conscience

    que cette qualification peut tre rductrice. Alban Berg transcende par sa musique un texte crit un

    sicle plus tt partir dun fait divers sordide. Schoenberg lui-mme stait tonn du choix de son

    lve si dlicat. Comment faire un opra sur un fait divers sans que la musique nen devienne

    triviale?

    Par jalousie et aussi par manipulation sociale, un soldat, trop influenable, assassine la femme

    qui est sa seule raison de vivre, qui a eu un enfant de lui mais qui ne l'aime plus. Entre Wozzeck et

    Marie se joue toute la misre humaine: amour et haine, humiliation, folie qui conduit au suicide du

    meurtrier dsespr. Plus qu'une simple peinture de loppression sociale, l'ouvrage dvoile combien

    les forces destructrices du hros sont enfouies au fond de lui comme en chacun de nous-mmes.

    Au-del de la simple description la composition dAlban Berg nous montre de manire

    remarquable combien la musique possde ce pouvoir dincarner la condition humaine et par l-

    mme celui de llever au niveau de la conscience.

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    1. Contextes et sources

    1.1. Le compositeur Alban BERG (1885-1935) fait partie des trois compositeurs autrichiens du dbut du XX

    sicle dnomms compositeurs de LEcole de Vienne, avec le matre et lan Arnold

    SCHOENBERG (1874-1951) et le condisciple Anton WEBERN (1883-1945).

    Toute son existence se droula Vienne. Tout en poursuivant des tudes gnrales, le

    jeune Berg crivit de nombreuses pices de jeunesse avant de se former vritablement la

    composition, selon les principes de son matre. A partir de 1909-10, il saffranchit des rgles de la

    tonalit classique. Toutes les uvres composes jusquen 1926 relve de latonalisme le plus

    libre : les Trois pices opus 6 (1913-14), Wozzeck (1918-21) et la Suite lyrique (1925-26). A partir

    de 1926, il compose selon la technique dodcaphonique* mise au point par Schoenberg vers

    1920 : Lulu (1929-35) et le Concerto la mmoire dun Ange pour violon (1935). La musique de

    Berg se caractrise par beaucoup de lyrisme alli un sens dramatique accru.

    Alban Berg, 1909 (dtail). Photo de Mme dOra.

    sterreichische National bibliotek, Bildarchiv, Vienne

    1.2. Le contexte artistique. LEcole de Vienne. Lexpressionnisme. Tous les crateurs du dbut du XX sicle se posent la mme question, que ce soit en

    peinture, en architecture ou en musique: comment renouveler le langage artistique, cest--dire

    comment agir sur la forme, la syntaxe et le matriau? En musique, Igor STRAVINSKI explore le

    domaine rythmique, Claude DEBUSSY propose un renouveau par des recherches sur le timbre*

    au moyen dune harmonie* trs raffine et tendue.

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    LEcole de Vienne

    Les trois compositeurs de cette cole sont les plus radicaux puisque quils prconisent

    labandon du systme tonal* pratiqu en musique depuis un peu plus de deux sicles. Cet

    abandon saccompagne dune remise en question des formes musicales cres justement en

    fonction des rgles de la tonalit. Nous sommes dans les annes 1910 et voici ce quen dit Alban

    Berg lui-mme en 1929:

    Quand je dcidai, il y a quinze ans, de composer Wozzeck, la situation de la musique tait

    trs particulire. Nous, de lEcole de Vienne, ayant notre tte Arnold Schnberg, venions juste

    de franchir le seuil de ce mouvement musical quon a appel ( tort dailleurs) atonal . La

    composition dans ce style se limitait, dans un premier temps, llaboration de petites formes,

    telles que des lieder, des pices pour piano ou pour orchestre, o, dans le cas duvres plus

    importantes (comme les vingt et un mlodrames du Pierrot lunaire de Schnberg ou ses deux

    ouvrages en un acte pour la scne), llaboration de formes qui tirent leur configuration dun

    support textuel ou de laction dramatique. Il manquait encore ce style dit atonal des

    uvres de plus grande envergure, conues classiquement en quatre mouvements, de

    dimensions jusqualors habituelles. La raison de cette absence ? Ce style avait renonc la

    tonalit, et, de ce fait, au moyen le plus sr, le plus puissant, pour traiter les trs grandes comme

    les petites formes. 1

    Dans la musique tonale, le systme est hirarchis autour dune tonalit principale et du

    rapport entre ses deux degrs forts, le cinquime, dominante, et le premier, tonique, crant un

    effet de tension-dtente. Sloigner de plus en plus de la tonalit principale vers des tons

    loigns permet dallonger le temps de luvre. Les compositeurs romantiques ont ainsi allong

    les formes classiques, ce qui correspondait leur dsir dallonger leur discours. Cest contre cette

    hypertrophie que ragissent les crateurs du dbut du XX sicle. En abandonnant le systme

    tonal, la grande forme perd sa raison dexister et laisse la place aux formes aphoristiques

    utilises par Schoenberg et ses lves dans leurs premires uvres. Mais il demeure chez eux

    une certaine nostalgie de la polarisation sur la tonique et de leffet tension-dtente qui les

    conduit substituer une tonique ancienne une note primordiale laquelle le discours revient

    souvent et laccord parfait des accords dissonants ritrs de manire les rendre familiers.

    Schoenberg dmontre ainsi que latonalit (ou atonalisme) et la dissonance sont en quelque

    sorte les points extrmes de la tonalit mais il ne peut se satisfaire de cette situation : au bout

    dun silence compositionnel et dune rflexion de dix ans, il cre un nouveau systme trs

    structur : le dodcaphonisme*.

    LExpressionnisme

    Mouvement artistique dabord n en peinture entre 1907-09 et attribu des uvres

    prsentes en 1911 au Salon de la Scession Berlinoise. Ces uvres de peintre franais comme

    Braque, Derain, Picasso ou Vlaminck se situaient entre le Fauvisme et le Cubisme, sous linfluence de

    Czanne. En 1912, le terme fut repris lors de la grande exposition organise Cologne par le

    Sonderbund qui prsentait aussi bien Czanne que Gauguin, Picasso, Braque, Matisse mais aussi Van

    Gogh, Munch, Vlaminck, Nolde, Dix, Kirchner, KokoschkaIl sagit en somme de dsigner des

    1 A.BERG, Confrence sur Wozzeck (1929), rvision et traduction Dennis Collins, in revue musique en jeu

    n14, ditions du Seuil, Paris, 1974, p.77.

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    artistes qui dpassent le Ralisme et lImpressionnisme, qui, en dformant la ralit visible, ont

    pour but essentiel dextrioriser de manire frappante leurs sentiments ou leurs ides. 2

    Les expressionnistes modernes se reconnaissent aussi par un climat : ils rendent compte dune

    insatisfaction, dune nostalgie, dun malaise dtre, qui provoquent tantt de linquitude, de

    langoisse, des dchirements, des nvroses, tantt la rvolte et des protestations, des dnonciations

    violentes. Cest dire que normalement leur art est assombri, nerveux, mlancolique, passionn,

    poignant. 3

    Lexpressionnisme serait donc une faon exacerbe dexprimer qui selon le dictionnaire revient

    extraire le suc des choses en le pressant avec force . Ce mme dictionnaire ajoute : la sueur

    par expression se dit des gouttes de sueur qui se montrent sur la face de ceux qui souffrent dune

    angoisse extrme.

    On peut tendre le qualificatif expressionniste toute uvre dart, en particulier musicale, qui

    va exagrer la ralit ou la dformer dans un souci dexpression extrme et lopra de Berg, comme

    ltait un sicle plutt une pice de thtre visionnaire, rpond ce postulat.

    Ajoutons enfin que si on peut trouver des signes expressionnistes dans des uvres de nimporte

    quelle poque, comme la Prhistoire la statuette de la Vnus de Willendorf ou, au Moyen ge, les

    peintu