Corneille Le Cid

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Le Cid

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  • Le Cid

    Pierre Corneille

    Publication: 1636Source : Livres & Ebooks

  • Don Fernand , premier roi de Castille.Dona Urraque , infante de Castille.DonDigue , pre de don Rodrigue.

    Don Goms , comte de Gormas, pre de Chimne.Don Rodrigue , amant de Chimne.Don Sanche , amoureux de Chimne.Don Arias , gentilhomme castillan.Don Alonse , gentilhomme castillan.Chimne , fille de don Goms.Lonor , gouvernante de linfante.Elvire , gouvernante de Chimne.

    Un page de linfante.

    La scne est Sville.

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    ACTE I

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    Scne premire - Chimne, Elvire

    ===ChimneElvire, mas-tu fait un rapport bien sincre ?Ne dguises-tu rien de ce qua dit mon pre ?ElvireTous mes sens moi-mme en sont encor charms :Il estime Rodrigue autant que vous laimez,Et si je ne mabuse lire dans son me,Il vous commandera de rpondre sa flamme.ChimneDis-moi donc, je te prie, une seconde foisCe qui te fait juger quil approuve mon choix ;Apprends-moi de nouveau quel espoir jen dois prendre ;Un si charmant discours ne se peut trop entendre ;Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amourLa douce libert de se montrer au jour.Que ta-t-il rpondu sur la secrte brigue

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  • Que font auprs de toi don Sanche et don Rodrigue ?Nas-tu point trop fait voir quelle ingalitEntre ces deux amants me penche dun ct ?ElvireNon, jai peint votre cur dans une indiffrenceQui nenfle daucun deux ni dtruit lesprance,Et sans les voir dun il trop svre ou trop doux,Attends lordre dun pre choisir un poux.Ce respect la ravi, sa bouche et son visageMen ont donn sur lheure un digne tmoignage,Et puisquil vous en faut encor faire un rcit,Voici deux et de vous ce quen hte il ma dit : Elle est dans le devoir, tous deux sont dignes delle,Tous deux forms dun sang noble, vaillant, fidle,Jeunes, mais qui font lire aisment dans leurs yeuxLclatante vertu de leurs braves aeux.Don Rodrigue surtout na trait en son visageQui dun homme de cur ne soit la haute image,Et sort dune maison si fconde en guerriers,Quils y prennent naissance au milieu des lauriers.La valeur de son pre en son temps sans pareille,Tant qua dur sa force, a pass pour merveille ;Ses rides sur son front ont grav ses exploits,Et nous disent encor ce quil fut autrefois.Je me promets du fils ce que jai vu du pre ;Et ma fille, en un mot, peut laimer et me plaire. Il allait au conseil, dont lheure qui pressaitA tranch ce discours qu peine il commenait ;Mais ce peu de mots je crois que sa penseEntre vos deux amants nest pas fort balance.Le roi doit son fils lire un gouverneur,Et cest lui que regarde un tel degr dhonneur ;Ce choix nest pas douteux, et sa rare vaillanceNe peut souffrir quon craigne aucune concurrence.Comme ses hauts exploits le rendent sans gal,Dans un espoir si juste il sera sans rival ;Et puisque don Rodrigue a rsolu son preAu sortir du conseil proposer laffaire,Je vous laisse juger sil prendra bien son temps,Et si tous vos dsirs seront bientt contents.

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  • ChimneIl semble toutefois que mon me troubleRefuse cette joie, et sen trouve accable :Un moment donne au sort des visages divers,Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers.ElvireVous verrez cette crainte heureusement due.ChimneAllons, quoi quil en soit, en attendre lissue.

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    Scne II - Linfante, Lonor, un page

    ===LinfantePage, allez avertir Chimne de ma partQuaujourdhui pour me voir elle attend un peu tard,Et que mon amiti se plaint de sa paresse.(Le page rentre.)LonorMadame, chaque jour mme dsir vous presse ;Et dans son entretien je vous vois chaque jourDemander en quel point se trouve son amour.LinfanteCe nest pas sans sujet : je lai presque force recevoir les traits dont son me est blesse.Elle aime don Rodrigue, et le tient de ma main,Et par moi don Rodrigue a vaincu son ddain ;Ainsi de ces amants ayant form les chanes,Je dois prendre intrt voir finir leurs peines.LonorMadame, toutefois parmi leurs bons succsVous montrez un chagrin qui va jusqu lexcs.Cet amour, qui tous deux les comble dallgresse,Fait-il de ce grand cur la profonde tristesse,Et ce grand intrt que vous prenez pour euxVous rend-il malheureuse alors quils sont heureux ?Mais je vais trop avant, et deviens indiscrte.LinfanteMa tristesse redouble la tenir secrte.

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  • coute, coute enfin comme jai combattu,coute quels assauts brave encor ma vertu.Lamour est un tyran qui npargne personne :Ce jeune cavalier, cet amant que je donne,Je laime.LonorcachJe laime. Vous laimez !LinfantecachJe laime. Vous laimez ! Mets la main sur mon cur,Et vois comme il se trouble au nom de son vainqueur,Comme il se reconnat.LonorcachComme il se reconnat. Pardonnez-moi, madame,Si je sors du respect pour blmer cette flamme.Une grande princesse ce point soublierQue dadmettre en son cur un simple cavalier !Et que dirait le roi, que dirait la Castille ?Vous souvient-il encor de qui vous tes fille ?LinfanteIl men souvient si bien que jpandrai mon sang,Avant que je mabaisse dmentir mon rang.Je te rpondrais bien que dans les belles mesLe seul mrite a droit de produire des flammes ;Et si ma passion cherchait sexcuser,Mille exemples fameux pourraient lautoriser :Mais je nen veux point suivre o ma gloire sengage ;La surprise des sens nabat point mon courage ;Et je me dis toujours qutant fille de roiTout autre quun monarque est indigne de moi.Quand je vis que mon cur ne pouvait se dfendre,Moi-mme je donnai ce que je nosais prendre.Je mis, au lieu de moi, Chimne en ses liens,Et jallumai leurs feux pour teindre les miens.Ne ttonne donc plus si mon me gneAvec impatience attend leur hymne ;Tu vois que mon repos en dpend aujourdhui.Si lamour vit despoir, il prit avec lui ;Cest un feu qui steint, faute de nourriture ;Et malgr la rigueur de ma triste aventure,Si Chimne a jamais Rodrigue pour mari,

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  • Mon esprance est morte et mon esprit guri.Je souffre cependant dun tourment incroyable :Jusques cet hymen Rodrigue mest aimable ;Je travaille le perdre, et le perds regret ;Et de l prend son cours mon dplaisir secret.Je vois avec chagrin que lamour me contraigne pousser des soupirs pour ce que je ddaigne ;Je sens en deux partis mon esprit divis :Si mon courage est haut, mon cur est embras ;Cet hymen mest fatal, je le crains et souhaite ;Je nose en esprer quune joie imparfaite.Ma gloire et mon amour ont pour moi tant dappas,Que je meurs sil sachve ou ne sachve pas.LonorMadame, aprs cela je nai rien vous dire,Sinon que de vos maux avec vous je soupire ;Je vous blmais tantt, je vous plains prsent.Mais puisque dans un mal si doux et si cuisantVotre vertu combat et son charme et sa force,En repousse lassaut, en rejette lamorce,Elle rendra le calme vos esprits flottants.Esprez donc tout delle, et du secours du temps,Esprez tout du ciel, il a trop de justicePour laisser la vertu dans un si long supplice.LinfanteMa plus douce esprance est de perdre lespoir.Le pagePar vos commandements Chimne vous vient voir.Linfante ( Lonor)Allez lentretenir en cette galerie.LonorVoulez-vous demeurer dedans la rverie ?LinfanteNon, je veux seulement, malgr mon dplaisir,Remettre mon visage un peu plus loisir.Je vous suis. Juste ciel, do jattends mon remde,Mets enfin quelque borne au mal qui me possde,Assure mon repos, assure mon honneur.Dans le bonheur dautrui je cherche mon bonheur :Cet hymne trois galement importe ;

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  • Rends son effet plus prompt, ou mon me plus forte.Dun lien conjugal joindre ces deux amants,Cest briser tous mes fers et finir mes tourments.Mais je tarde un peu trop, allons trouver Chimne,Et par son entretien soulager notre peine.

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    Scne III - Le comte, don Digue

    ===Le comteEnfin vous lemportez, et la faveur du roiVous lve en un rang qui ntait d qu moi,Il vous fait gouverneur du prince de Castille.DonDigueCette marque dhonneur quil met dans ma familleMontre tous quil est juste, et fait connatre assezQuil sait rcompenser les services passs.Le comtePour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes :Ils peuvent se tromper comme les autres hommes ;Et ce choix sert de preuve tous les courtisansQuils savent mal payer les services prsents.DonDigueNe parlons plus dun choix dont votre esprit sirrite ;La faveur la pu faire autant que le mrite,Mais on doit ce respect au pouvoir absolu,De nexaminer rien quand un roi la voulu. lhonneur quil ma fait ajoutez en un autre ;Joignons dun sacr nud ma maison la vtre :Vous navez quune fille, et moi je nai quun fils ;Leur hymen nous peut rendre jamais plus quamis :Faites-nous cette grce, et lacceptez pour gendre.Le comte des partis plus hauts ce beau fils doit prtendre ;Et le nouvel clat de votre dignitLui doit enfler le cur dune autre vanit.Exercez-la, monsieur, et gouvernez le prince ;Montrez-lui comme il faut rgir une province,Faire trembler partout les peuples sous la loi,

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  • Remplir les bons damour et les mchants deffroi ;Joignez ces vertus celles dun capitaine :Montrez-lui comme il faut sendurcir la peine,Dans le mtier de Mars se rendre sans gal,Passer les jours entiers et les nuits cheval,Reposer tout arm, forcer une muraille,Et ne devoir qu soi le gain dune bataille.Instruisez-le dexemple, et rendez-le parfait,Expliquant ses yeux vos leons par leffet.DonDiguePour sinstruire dexemple, en dpit de lenvie,Il lira seulement lhistoire de ma vie.L, dans un long tissu de belles actions,Il verra comme il faut dompter des nations,Attaquer une place, ordonner une arme,Et sur de grands exploits btir sa renomme.Le comteLes exemples vivants sont dun autre pouvoir ;Un prince dans un livre apprend mal son devoir.Et qua fait aprs tout ce grand nombre dannes,Que ne puisse galer une de mes journes ?Si vous ftes vaillant, je le suis aujourdhui,Et ce bras du royaume est le plus ferme appui.Grenade et lAragon tremblent quand ce fer brille ;Mon nom sert de rempart toute la Castille :Sans moi, vous passeriez bientt sous dautres lois,Et vous auriez bientt vos ennemis pour rois.Ch