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Je doute donc je crois Alister McGrath - xl6.com · Je doute donc je crois Croire, c’est aussi, souvent, douter. Est-ce que je ne suis pas en train de me bercer d’illusions? Est-ce

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Croire, cest aussi, souvent, douter.

Est-ce que je ne suis pas en train de me bercer dillusions?

Est-ce quil est vraiment possible, en toute lucidit, de croire

au message de lEvangile? Est-ce que je peux rellement

tre utile Dieu? Sur quoi repose, au fond, la foi chrtienne?

Lathisme est-il plus fiable?

Est-il normal, pour un croyant, de douter?

Dabord athe, Alister McGrath a adhr la foi chrtienne et

est devenu prsident de lOxford Center for Christian Apolo-

getics. Qui, mieux que lui, pouvait aborder le thme du

doute, de ses ravages, des moyens de le combattre, mais

aussi de ses effets positifs?

Alister McGrath

Je doute donc je crois

CHF 21,90 / 17,00 ISBN 978-2-940335-54-1

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Alister McGrath

Je doute donc je crois

Titre original en anglais: Doubt in perspective Alister McGrath 2006All rights reserved. This translation of Doubt in perspective first published in 2006 is published by arrangement with Inter-Varsity Press, Nottingham, United Kingdom

Les textes bibliques sont tirs de la version Segond 21http://www.universdelabible.net

Traduction: Nathalie Surre

et dition: Ourania, 2012Case postale 1281032 Romanel-sur-Lausanne, SuisseTous droits rservs

E-mail: [email protected]: http://www.ourania.ch

ISBN dition imprime 978-2-940335-54-1ISBN format epub 978-2-88913-508-0ISBN format pdf 978-2-88913-922-4

Table des matires

Avant-propos ........................................................7Prface ............................................................... 111. Le doute: ce quil est et ce quil nest pas ....... 132. Le doute et la qute de certitudes ..................273. Le doute dans lathisme ............................... 394. Les aspects personnels du doute .................... 535. Le doute dans la Bible ................................... 616. Des doutes propos de lEvangile ................. 757. Des doutes propos de nous-mmes ............. 938. Des doutes propos de Jsus-Christ............ 1239. Des doutes propos de Dieu ....................... 13710. Le doute: comment le grer ..........................15511. Mettre le doute en perspective .................... 185Pour aller plus loin ........................................... 203

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1. Le doute: ce quil est et ce quil nest pas

Il est surprenant de voir combien de chrtiens prfrent ne pas parler du doute. Certains vont

jusqu refuser dy penser. Dune certaine faon, son existence est perue comme une insulte envers Dieu, comme une remise en question de ce quil est. De telles rticences sont assez naturelles: dune part, nous avons limpression quadmettre nos doutes est assimilable de la faiblesse spirituelle ou intellectuelle; dautre part, nous craignons, si nous en parlons des amis, de les troubler ou de mettre leur foi en danger.

Beaucoup de croyants cherchent ainsi li-miner le doute. Ils ont limpression quil serait dplac dadmettre son existence ou ont peur de paratre ridicules, ce faisant. Peut-tre craignent-ils pour leur orgueil ou leur estime personnelle. Cependant, si tant de personnes ont de la difficult grer ce phnomne, cest quelles le confondent avec deux notions qui, bien que similaires de prime abord, sen distinguent nettement: le scepticisme et lincrdulit.

14 Je doute, donc je crois

* Premirement, le doute est distinguer du scep-ticisme, attitude consistant dans le choix dlibr de douter de tout, par principe. * Deuximement, le doute est distinguer de lincrdulit, dcision de ne pas avoir foi en Dieu. Lincrdulit est un acte de la volont, ce nest pas une difficult comprendre.

Douter, cest se poser des questions ou exprimer des incertitudes, mais avec pour point de dpart la foi. Vous croyez, mais vous rencontrez des difficults avec ce que vous croyez ou vous avez certaines inter-rogations ce sujet. Si la foi et lincrdulit sexcluent mutuellement, foi et doute ne sont pas incompatibles.

Le doute est probablement un trait caractris-tique de la vie chrtienne. Cest en quelque sorte une douleur de croissance spirituelle. Parfois, il diminue au point de sembler absent; dautres mo-ments, il vient occuper le devant de la scne, comme sil voulait se venger de sa priode de latence en se manifestant clairement. Un mdecin que jai connu prsentait la vie comme une lutte permanente contre toutes sortes de maladies et affirmait que la sant nest rien de plus que la capacit de maintenir la ma-ladie distance. Pour certaines personnes, la vie de foi ressemble un conflit permanent contre le doute. Il peut tre utile de prendre conscience quil sagit dun symptme de notre fragilit humaine, de notre rticence naturelle faire confiance Dieu. Nous allons dvelopper ce point en examinant ce qui nous conduit la foi.

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 15

Venir la foi avec des doutes non rsolus

La conversion peut tre dcrite de la faon sui-vante: ce qui empche les gens de venir la foi en Dieu, ce sont leurs doutes; une fois quils ont lutt contre leurs divers doutes et les ont vaincus, le che-min de la foi est dgag. Venir la foi devient donc possible partir du moment o tout doute a t li-min du chemin. La foi exclut le doute. Sans doute certaines personnes viennent-elles la foi de cette faon-l, mais ce nest pas le cas de la majorit, et lexprience montre quil existe une faon plus sre de comprendre la conversion.

La plupart des gens sont profondment sduits par lEvangile, en dpit de leurs doutes. Dun ct, ceux-ci sont rels et les empchent de venir la foi; de lautre, lattraction que Christ exerce sur eux est si forte quils se sentent tout de mme dsireux de croire en lui. Finalement, ils dcident de placer leur confiance en Dieu et ce, en dpit des angoisses et problmes non rsolus. Ils restent partags et esprent que leurs difficults trouveront rponse au fur et mesure quils grandiront dans la foi. Cette dmarche correspond celle prne par le philosophe Francis Bacon, dans Du progrs et de la promotion des savoirs (1605): Si un homme commence par des certitudes, il terminera dans le doute; mais, sil se contente de commencer par le doute, il arrivera des certitudes.

Une analogie rendra notre propos plus clair. Imaginez que vous vous trouviez une fte trs

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ennuyeuse, un soir. Cest alors que vous faites la connaissance dune personne charmante. Vous ap-prenez la connatre et, plus le temps passe, plus vous vous rendez compte que vous tes en train de tomber amoureux. Toutefois, vous mettez certains freins cette relation. Aprs tout, vous ne connaissez pas vraiment lautre. Il y a srement des aspects de sa personnalit qui sont moins reluisants. Pouvez-vous rellement lui faire confiance? De plus, comme bien des gens, vous ne vous sentez pas la hauteur: que peut-elle bien voir en vous? Vous avez beau vous sentir trs attir, vous vous retenez. Vous avez des doutes. Vous tes partag.

Dans une telle situation, deux options soffrent vous. Vous pouvez continuer rester sur la rserve et devenir ainsi prisonnier de vos doutes et hsitations. En agissant de la sorte en permanence, vous passe-rez ct de la plupart des grandes aventures et des merveillements de la vie, comme le fait de tomber amoureux ou de dcouvrir la foi chrtienne. Lautre option consiste prendre un risque, vous dire: Je vais essayer, et jespre que mes doutes et mes inqui-tudes disparatront, chemin faisant. Vous permet-tez alors la relation de se dvelopper.

Beaucoup deviennent chrtiens dans cet tat desprit. Ils sont conscients de limmense intrt que prsente lEvangile; ils sont profondment touchs par la pense que Jsus-Christ est mort pour leurs fautes; ils sont enthousiasms par la promesse du par-don et dune vie nouvelle. Ou alors, ils ont fait une exprience furtive de la transcendance et savent quil

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 17

y a un Dieu. Ils dcident de croire et de sapproprier ces ralits-l. Quant leurs doutes et inquitudes, ils esprent tout simplement quils seront relativiss ou limins au fur et mesure que leur relation avec Dieu se dveloppera. Je crois, Seigneur, viens au secours de mon incrdulit! ( Marc 9.24).

Si vous tes dans pareille situation, votre lutte contre le doute occupera une place importante dans votre vie de chrtien. La faon dont on vient la foi dtermine les points qui doivent tre rsolus. Vous allez devoir traiter les questions que soulve toute re-lation personnelle: Puis-je vraiment avoir confiance en Dieu? Maime- t-il rellement? Et mes dfauts personnels, les connat-il? Sait-il vraiment quoi je ressemble, en ralit? Vous aurez aussi affronter des doutes concernant lEvangile, concernant vous-mme, concernant Jsus-Christ et la personne de Dieu. Dans ce livre, je me propose daborder chacun de ces sujets. Sachez cependant quen aucun cas vos doutes nont la capacit dinvalider votre conversion: vous tes rellement sauv!

Un rappel de la nature de lhommePour adopter la bonne perspective sur le doute,

nous devons commencer par adopter la bonne pers-pective sur notre propre nature. Par-dessus tout, nous devons dterminer quelles sont les limites de notre capacit de connaissance. Nous sommes des tres humains pcheurs et finis, et ce simple fait limite ce dont nous pouvons tre srs.

18 Je doute, donc je crois

Le centre de lEvangile, cest la rdemption, cest--dire la transformation rendue possible par Jsus-Christ travers lEsprit saint. Nous avons t librs du pch par la mort et la rsurrection de Jsus-Christ. Toutefois, cest quelque chose qui ne se ralise pas de faon instantane. Une petite fille, un jour, a demand un pasteur sil tait sauv. Jai t sauv de la sanction du pch, je suis en train dtre sauv de la puissance du pch et, un jour, je serai sauv de la prsence du pch, a-t-il rpondu. Le salut prend du temps! Cest un processus par lequel nous grandissons dans la foi, tout comme une graine se dveloppe pour devenir une plante.

Dans la pense vanglique classique, on estime quil faut faire une distinction entre justification et sanctification. Par la justification, nous sommes dclars justes devant Dieu; notre statut change au moment o nous sommes adopts par lui comme ses enfants et o nous recevons le Saint-Esprit en guise dattestation ou marque de notre foi. La sanctifica-tion, quant elle, est un processus tal dans le temps, par lequel nous sommes graduellement transforms la ressemblance de Jsus-Christ. Que cette transfor-mation ne se produise pas du jour au lendemain mais sinscrive dans la dure ne signifie pas que Dieu soit impuissant. Cela indique simplement quel point le pch est enracin en nous.

Martin Luther employait une formulation qui se rvle trs utile, lorsquil affirmait que le chrtien est juste et pcheur en mme temps. Il est juste dans le sens o il est dj en rgle avec Dieu, et pcheur

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 19

dans la mesure o le pch na pas encore t com-pltement radiqu en lui. Pour employer une ana-logie militaire, la victoire dcisive sur le pch a t remporte lors de la conversion; nanmoins, il faut poursuivre les oprations de nettoyage pour triom-pher des poches de rsistance isoles. Le mal a t vaincu dans la vie de celui qui place sa confiance en Christ, mais sa prsence persiste. Nous nous trom-pons nous-mmes si nous prtendons ne pas avoir de pch ( 1Jean 1.8; 2.1). Ignorer le pch ou prtendre quil nest pas l rvle une mauvaise comprhension de la condition humaine, de la nature pcheresse de lhomme. Pour Paul, la grce et le pch sont comme deux puissances qui se livrent bataille lintrieur de nous. Nous savons quelle sera lissue finale du combat, mais, en attendant, nous ne pouvons pas ignorer les effets du pch. Lun deux est le doute.

Le doute reflte le caractre continu de la pr-sence et de la puissance du mal en nous. Il nous rappelle que nous avons besoin de la grce et nous empche de faire preuve de suffisance dans notre relation avec Dieu. Nous sommes tous pcheurs et nous souffrons tous du doute, petite ou grande chelle. Nous avons entretenir notre relation avec le Seigneur, confiants quen y veillant nous travaillons avec son aide et non par nous-mmes ( Philippiens 2.12-13). Le pch nous conduit douter des pro-messes de Dieu, nous mfier de lui. (Notons que cette mfiance nest autre que le pch originel de Gense 3.1-5.) Cest uniquement en nous poussant nous loigner du Seigneur que le mal peut regagner

20 Je doute, donc je crois

son emprise sur nous. La foi nest pas seulement une disposition ou une capacit nous confier en Dieu; elle est aussi le canal par lequel la grce de Dieu se dverse sur nous. Cest notre planche de salut. Elle est semblable au tronc dun arbre, qui transfre la sve porteuse de vie des racines jusquaux branches, soutenant et alimentant ainsi leur croissance. Si lon coupe le tronc, les branches dprissent (voir Jean 15.1-8). La stratgie mise en uvre par le pch, aprs notre conversion, consiste briser ce lien, dtruire notre foi et nous empcher daccder aux promesses et la puissance de Dieu et, de cette manire, recouvrer lemprise quil exerait aupara-vant sur notre vie.

Ainsi, le doute doit tre considr dans le contexte qui lui est propre: celui de la lutte contre le pch ( Hbreux 12.4). Il fait partie intgrante du processus de croissance dans la foi et de lutte contre la rsistance oppose par la vieille nature.

Mais ce nest pas tout. Il ne serait pas tout fait exact de dire que le doute vient uniquement de la nature pcheresse de lhomme. Il est aussi un reflet de sa fragilit. Nous sommes des tres humains, ce qui veut dire, reconnaissons-le, que notre champ de manuvre est limit. Il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons pas faire ni voir, tout simplement parce que nous sommes humains et non divins. Nous sommes pareils des sauterelles qui cherche-raient embrasser le vaste univers ( Esae 40.22). Nous sommes si petits: comment pouvons-nous esprer un jour comprendre une telle immensit?

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 21

Comment notre esprit si petit peut-il saisir quelque chose de si vaste? Cest pourquoi la notion de rv-lation est si importante. Si nous tions condam-ns trouver Dieu en comptant uniquement sur nos propres ressources, nous nirions pas trs loin. Mais lui-mme vient notre rescousse en se faisant connatre. Cest lui qui prend linitiative.

Que lhomme soit limit dans ses capacits par le fait quil est une simple crature, voil qui a consti-tu un thme majeur de la thologie chrtienne, tout au long des sicles. Dieu dpasse tout ce que nous pouvons imaginer, et notre esprit a du mal saisir mme une partie infime de ce quil est. Au cinquime sicle, slevant contre de dangereux raccourcis, Augustin a soulign lincapacit de lesprit humain comprendre pleinement son crateur. Si vous pou-vez le comprendre, remarquait-il, ce nest pas Dieu. Comprendre une chose quivaut la saisir dans sa totalit mais que faire lorsque vous vous trouvez face une ralit trop grande et trop profonde pour tre comprise? Que faire lorsque nous sommes en prsence du plus profond des ocans, rduits sim-plement cumer sa surface? Si nous ne pouvons pas voir quelque chose dans sa totalit, nous ne serons pas en mesure de le comprendre entirement.

Augustin a rdig un trait colossal sur le mystre de la Trinit (la conception relativement complexe de Dieu qui caractrise la foi chrtienne). On rap-porte ce propos une anecdote qui vaut le dtour. Il semble que, durant la rdaction de son livre, il se soit un jour balad sur le rivage de la Mditerrane, dans

22 Je doute, donc je crois

son Afrique du Nord natale, non loin de la grande cit de Carthage. Alors quil rflchissait tout en marchant sur le sable, il a remarqu un petit garon qui prenait de leau de mer dans ses mains, en sap-pliquant prendre tout ce quil pouvait, pour rem-plir un trou quil avait creus dans le sable. Perplexe, il a observ lenfant rpter ses alles et venues.

Finalement, sa curiosit la emport: que simagi-nait ce petit garon? Celui-ci la inform quil tait en train de vider locan dans la petite cavit creuse dans le sable. Augustin sest mis rire: comment un si grand volume deau pouvait-il tre contenu dans un trou si petit? Mais il a aussi eu sa rponse: com-ment simaginait-il pouvoir enfermer le grand mys-tre de Dieu dans les simples mots dun livre?

Cette histoire met en relief lun des thmes ma-jeurs de la thologie et de la spiritualit chrtiennes: les limites de la capacit humaine comprendre les choses de Dieu. Nous interprtons souvent notre incapacit saisir une notion dans son intgralit comme un signe de son manque dauthenticit ou de son caractre improbable. Mais cest tort: notre vie dans ce monde nous place devant beaucoup de ralits qui nous dpassent, y compris lEvangile, et nous devons apprendre vivre avec cette frustration sans douter, mais en exerant notre foi.

Au treizime sicle, Thomas dAquin soulignait que Dieu tait oblig de nous parler en utilisant des images et des analogies. Pourquoi? A cause des d-ficiences de notre intelligence. Notre esprit na pas lenvergure suffisante pour comprendre le Crateur.

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 23

Nous sommes incapables de le saisir dans son int-gralit, de mme que ses voies. Par consquent, il se rvle partiellement (bien quavec prcision et de manire approprie), dans les limites de nos capa-cits. Cette manire de faire reflte nos limites, pas celles du Seigneur.

Jean Calvin, rformateur du seizime sicle, constatait que Dieu saccommode nos faiblesses. Autrement dit, il connat nos limitations et sy adapte. Puisque nous ne pouvons pas concevoir les choses dans leur totalit, il nous prsente un guide fiable de leur contenu, en soulignant les points les plus importants. Certes, nous avons de la difficult essayer de comprendre Dieu et le monde, mais cela ne veut pas dire que notre foi soit mal place!

Pour clarifier ce point, prenons un exemple. Supposons que vous dsiriez voir les toiles ou que vous cherchiez apercevoir la Voie lacte. Cest impossible en plein jour; vous devez attendre quil fasse nuit. Pourtant, les toiles sont bien l durant la journe. Simplement, vous ne pouvez pas les voir. Vos yeux ne sont pas assez performants pour dis-cerner leur clat. Lorsquil fait nuit, en revanche, ils peuvent distinguer ces petits points lumineux qui viennent des profondeurs de notre univers et que lobscurit de la nuit fait ressortir. Les toiles nont pas besoin de la nuit pour exister, mais nous avons besoin de la nuit pour les voir et pour nous convaincre quelles sont bien l!

Il en va de mme pour tout ce qui concerne Dieu. Tout comme nos yeux sont incapables de

24 Je doute, donc je crois

distinguer les toiles durant la journe, notre esprit est incapable dembrasser Dieu dans sa totalit. Le problme, cest la faon dont nous percevons la ra-lit plutt que la nature mme de cette ralit (pour employer les termes techniques de la philosophie, le problme est notique, et non ontique.) La condi-tion humaine impose des limites ce que nous pou-vons voir, connatre et comprendre.

Il est important que nous prenions conscience de nos limites, car, en fin de compte, ce sont parfois nos attentes irralistes en matire de certitudes qui donnent naissance au doute. Nous pensons tre ca-pables de prouver la vracit de certaines assertions, par exemple le fait que Dieu existe, alors quil nen est rien. Lacceptation de nos limites est essentielle pour notre croissance dans la foi. Un paradoxe sub-siste toutefois: cest seulement lorsque nous utili-sons notre raison que nous commenons prendre conscience de ses limites. Pascal, le grand crivain et philosophe franais, la bien exprim dans ses Penses: La dernire dmarche de la raison est de reconnatre quil y a une infinit de choses qui la surpassent; elle nest que faible, si elle ne va jusqu connatre cela.

Ce principe sapplique presque tout, en dehors mme des croyances religieuses. En 1932, Albert Einstein dclarait, dans une lettre la reine Elisabeth de Belgique, que ltre humain a t dot dune in-telligence qui lui permet de voir clairement quen fin de compte cette intelligence est inapproprie, une fois confronte la ralit. Il mettait en lumire une

Le doute: ce quil est et ce quil nest pas 25

vrit fondamentale: le monde est assurment mys-trieux, et y trouver un sens tient du miracle. Il y a des limites ce que nous pouvons comprendre, tout comme il y a des limites ce que nous pouvons prouver. Nous sommes par consquent bien obligs dadmettre que notre comprhension des choses est approximative.

Le dsir den voir plus et den savoir plus est natu-rel, mais il revient souvent oublier nos limitations. Cest un peu comme si nous dclarions: Etant donn que je ne peux pas voir les toiles en plein jour, elles nexistent pas. Nous avons tendance confondre notre perception de la ralit avec la ra-lit elle-mme. Or, notre faon de voir les choses ne correspond pas ncessairement ce quelles sont rellement.

Le doute reflte souvent un certain malaise vis--vis du lien que nous cherchons tablir entre lexp-rience, la raison, les sentiments et la foi, domaines qui ne semblent pas toujours cohabiter harmonieu-sement. Que devons-nous croire? Quest-ce qui est juste? Retenons que notre fragilit et notre faiblesse nous empchent de comprendre pleinement la rela-tion qui existe entre ces diffrents champs de notre existence. Comme la soulign Georges Mac Donald, toute difficult signale lexistence dune ralit que notre thorie de la vie ne peut encore embrasser. La foi nous assure que, mme si nous ne pouvons voir limage dans son intgralit, ce que nous voyons est fiable ( 1Corinthiens 13.12).