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L'analyse keynésienne et néo-keynésienne

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  • Cours Mario Dehove INSTITUTIONS ET THORIE DE LA MONNAIE Mars 2001

    Chapitre 3

    La demande de monnaie

    1. Prambule

    1.1 La demande de monnaie nest pas une demande de bien comme les autres

    Est-ce si important que cela dtudier comment squilibre le march de la monnaie ?A priori, la monnaie peut apparatre comme une question conomique relativement secondaire.

    Avant tout, cest un instrument dchange. Elle intervient dans la circulation des marchandises. ct du capital, de la productivit, des innovations, de la formation de la main-duvre qui

    affectent directement la production, la monnaie devrait occuper une trs petite place dans la thorie dela croissance et de la richesse. On pourrait accepter cette ide si la monnaie ntait quun simpleinstrument des changes.

    Mais, on a vu quelle en tait aussi ltalon des valeurs. Si lon imagine une vie conomique et plusgnralement une vie matrielle dans laquelle lunit de mesure (le mtre, le kilo) serait dtermine surun march, par confrontation dune offre ou dune demande, on mesure limportance de la monnaiedans lunivers conomique.

    On a vu galement quelle tait rserve de valeurs. cet gard, elle est un lment fondamental delquilibre entre lpargne et linvestissement, et entre dans la formation des taux dintrt et de ladpense.

    On conoit donc bien qu ces deux titres talon des valeurs, rserve de valeurs la monnaieoccupe une place de premier rang dans la vie conomique, comme dterminant du niveau gnral desprix (talon des valeurs) et du taux dintrt (rserve de valeurs). Et qu travers lincidence delquilibre du march de la monnaie sur les conditions de formation des prix et de taux de lintrt, lamonnaie exerce, ou peut exercer, une influence majeure sur lactivit conomique.

    Tels sont donc les enjeux de ltude du march de la monnaie : les liens entre quantit de monnaieen circulation et les trois grandes variables macro-conomiques que sont le niveau gnral des prix, letaux dintrt et le niveau dactivit.

    Le march de la monnaie, comme tout march, peut tre regard comme le lieu o squilibrentune offre et une demande.

    Mais ce nest pas un march tout fait comme les autres. Dabord parce que la monnaie est unbien public, cest mme le bien public par excellence, puisque cest la mesure des valeurs etlinstrument des changes : sans monnaie, pas de march.

    Tous les problmes soulevs par les biens collectifs (information, free riding, exclusion, rle de lacontrainte) se posent dans leur plus large extension pour la monnaie.

    Ltat joue sur le march de la monnaie un rle majeur, et mme ne peut pas ne pas y jouer un rlemajeur. Tout le monde ne saccorde pas sur cette ide. Les libraux les ultra libraux pensentmme que la monnaie est trop importante pour que ltat se mle de sa rgulation, et certainsprconisent une privatisation complte de loffre de monnaie (free banking). Cette vue est en gnralconsidre comme extrme. Elle est minoritaire.

    On peut donc retenir lhypothse que loffre de monnaie ne peut pas ne pas tre contrle,surveille et rgule par ltat. Les banques (prives) interviennent aussi bien sr, mais la rgulationdensemble revient ltat et il est difficile dimaginer quil puisse en tre autrement. Nous avons vulimportance de la rglementation bancaire dans le systme financier. Loffre est donc, pour une partessentielle, publique et dtermine par des mobiles dintrt gnral (inflation, activit, chmage)in fine qui, videmment, ne sauraient tre des mobiles de la demande de monnaie.

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    En revanche, la demande est exclusivement prive et il est exclu que ltat intervienne pour rgulerson cours, directement par le rationnement et lexclusion. Parce que cest lquivalent gnral,lexpression condense de la libert conomique, dacheter et de vendre, la demande de monnaie (ladcision de la dpenser ou de la conserver) est un phnomne essentiellement priv, qui ne sauraitadmettre aucune ingrence tatique directe.

    Il ny a pas dautre march pour lequel loffre et la demande soient aussi opposes quant laperception par les agents de leur statut de bien collectif et de bien march priv.

    Cest videmment une cause de difficult extrme pour les autorits montaires lorsquellescherchent quilibrer le march. Cest une cause de difficult extrme pour la thorie.

    Autre difficult : la monnaie nexerce pas quune seule fonction, elle na pas quune seule utilit.talon des valeurs, elle est aussi rserve de valeur et intermdiaire des changes. Les motifs de sadtention sont multiples et non indpendants. Ce qui doit rendre la demande de monnaie, nonseulement difficile expliciter, mais aussi instable. Dautant plus instable que dpourvue de toute utilitintrinsque ou de rendement pcuniaire en tant que marchandise ou titre, elle peut tre simplement lersidu, le solde inintentionnel du comportement de consommation des mnages, ou de dpenses desentreprises.

    Finalement, donc, il existe videmment une demande de monnaie de fait : tout moment, onpeut mesurer la quantit de monnaie en circulation, la quantit de monnaie dtenue par les agentsconomiques (M1, M2). La question nest pas l. Elle est de savoir si ce que lon observe a un sens ensoi indpendant des catgories empiriques dfinies pour mesurer la quantit de monnaie demande ou ce qui revient au mme, si la demande de monnaie est stable ; si lon peutdterminer un ensemble de facteurs qui expliquent avec assez de constance une mesure de lademande de monnaie dfinie elle aussi avec assez de constance.

    1.2 Les origines historiques de lanalyse de la demande de monnaie

    Lapproche la plus ancienne de la demande de monnaie est la thorie quantitative de la monnaie.Ses origines sont lointaines. Elles remontent sans doute au XVIe sicle (au moment de larrive desmtaux prcieux en Europe) quand la question du rapport entre le niveau gnral des prix et la massemontaire en circulation a t place au cur de la problmatique conomique.

    Quelques textes marquants signalent cette origine 1 : COPERNIC (Discours sur la frappe desmonnaies) ; Anonyme (Compendieux ou bref examen de quelques plaintes) ; MALESTROIT (Leparadoxe sur le fait des monnaies, 1566) ; BODIN (La rponse aux paradoxes de M. de MALESTROIT,1568) ; DAVANZATI (Leon sur les monnaies, 1586).

    On prte en gnral RICARDO la paternit de la thorie quantitative . Il la mise sous la formemoderne. De ces travaux sest dgage lide dune liaison entre quantit de monnaie et prix dans lesens de la quantit de monnaie vers les prix : les prix augmentent parce que la quantit de monnaieaugmente.

    Dautres auteurs (TOOKE (Histoire des prix, 1840) puis MARX) contre cette thse, ont prtendu quectait les mouvements des prix qui commandaient les variations de la masse montaire en circulation.

    La thorie quantitative sest impose au dbut du XXe sicle sous deux formes dquations :

    ! Lquation de FISCHER (The Purchasing Power of Money, New York, 1907) :

    M : monnaie mtallique et billets de banqueMV + MV = PT M : dpts bancaires

    ou plus simplement : V : vitesse de circulation de la monnaie mtalliqueMV = PT et des billets de banque

    V : vitesse de circulation des dpts bancaires (V et V sont donns) P : niveau gnral des prix

    T : volume des transactions dans lunit de temps

    1 Ces textes sont repris dans Jean-Yves Le Branchu, ed., crits notables sur la monnaie, XVIe sicle : DeCopernic Davanzati , Collection des principaux conomistes, nouvelle dition, 2 vols., Paris, Librairie FelixAlcan, 1934.

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    ! Lquation de Cambridge (MARSHALL, PIGOU, HICKS) :1P

    M KR

    =. M : masse montaire

    P : niveau des prix ; 1/P : pouvoir dachat de la monnaie K : vitesse de transformation de la monnaie en revenu

    R : montant des revenus dans lunit de temps

    La question, videmment, que soulvent ces quations est celle de leur tautologisme : ds lorsque chaque transaction est un change dun bien contre de la monnaie, nest-ce pas crirediffremment la mme chose que de poser lgalit entre le prix des choses qui schangent et lavaleur montaire de la monnaie contre laquelle elles schangent ?

    1.3 Les grands principes ; les grandes oppositions thoriques

    ! Lanalyse classique : la monnaie est un voile

    Dans lanalyse classique, la monnaie, instrument dchange, nest pas demande pour elle-mme,mais seulement pour ce quelle permet dacqurir. La monnaie nest quun bien parmi les autres, celuiqui est choisi comme talon de rfrence pour fixer la valeur des autres biens.

    Dans le schma classique, les prix, la production et la consommation des biens ne dpendent quedes demandes et des offres de ces biens. Il y a un quilibre sur les marchs de chacun des biens,quilibre qui ne dpend en aucune faon du march de la monnaie dont le seul rle est de fixer leniveau gnral des prix.

    Cette absence dinteraction entre ce qui est montaire et ce qui est rel (activitconomique de production et de consommation des biens), cette neutralit de la monnaie, illustre parla formule : La monnaie nest quun voile , revient considrer que les agents, court termecomme long terme, font une valuation prcise du prix de la monnaie, cest--dire du niveau gnraldes prix, hypothse dabsence dillusion montaire . En dautres termes, les classiques privilgientuniquement la fonction moyen dchange de la monnaie : le seul motif de dtention de la monnaie estle motif de transaction.

    ! Lanalyse keynsienne et no-keynsienne

    KEYNES prend en compte les deux fonctions d intermdiaire des changes et de rserve devaleur de la monnaie, il les juxtapose en distinguant deux motifs de dtention de la monnaie :

    Le motif de transactionKEYN

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