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Les émigrations italiennes, 1840-2008 · PDF file200.000 au Maroc et 200.000 en Tunisie ; ... pour ne trouver en réalité qu'une terre jalonnée d’obstacles, de difficultés,

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  • Confrence pour Approches Cultures & Territoires, http://www.approches.fr/Le-temps-des-Italiens, 20 octobre 2009, Marseille 1

    Les migrations italiennes, 1840-2008

    Nous aborderons ici un phnomne migratoire, celui italien, quen cent cinquante ans dhistoire (de

    1861 nos jours) a intress 29 millions de personnes expatris, dont 11 millions ont fait retour en

    Italie1.

    1. Le contexte europen

    Pour mieux situer la particulire histoire migratoire d'Italie, il faut dabord rappeler que

    - la rvolution industrielle, avec labandon de la socit rurale et le dplacement des populations

    de la campagne vers la ville [en 1800, seules deux villes (Londres et Paris) en Europe comptaient

    plus de 500 mille habitants ; elles deviendront 150, la veille de la premire guerre mondiale]

    - et la croissance dmographique (187 millions dhabitants en 1800 deviennent 400 millions en

    1900) du XIXe sicle sont l'origine de flux de millions d'Europens lintrieur mme des pays

    europens mais aussi outre-mer.

    De 1815 1840, 70 millions de personnes ont chang de continent, 90% venant surtout dEurope.

    De 1840 1914 environ cent millions dEuropens ont migr dans un autre continent.

    Entre 1820 et 1929,

    - 5 millions de personnes migrent dAllemagne aux Etats- Unis et au Canada et 300.000 au

    Brsil ;

    - 1,25 millions de Sudois, 850.000 Norvgiens, 350.000 Danois et 250.000 Finlandais se rendent

    galement en Amrique du Nord ;

    - tout comme 2,6 millions de Polonais, Juifs et Ukrainiens, alors que 200.000 se dirigent au Brsil

    et en Argentine ; 600.000 Polonais, Juifs et Ukrainiens quittent la Russie des tsars pour

    lAllemagne et dautres 600.000 Polonais se dirigent dans les grandes villes russes ou en Sibrie ;

    - en mme temps, 11 millions de Britanniques, dont 4 millions dIrlandais, se rendent aux Etats-

    Unis, 2,5 millions au Canada, 2 millions en Australie et en Nouvelle- Zlande et 850.000 en

    Afrique du Sud ;

    1 Nombreuses sont les publications concernant lvolution du phnomne migratoire. Nous en rappelons ici seulement quelques unes, parmi les plus significatives. Cfr. ROSOLI, Gianfausto (a cura di), Un secolo di emigrazione italiana 1876-1976. Roma, CSER, 1978 ; NOIRIEL, Grard, Le creuset franais. Histoire de limmigration en France, XIXe-XXe sicle. Paris, Seuil, 1988 ; COHEN, Robin (ed.), The Cambridge survey of world migration. Cambridge, Cambridge University Press, 1995 ; RICHARD, Guy (dirig par), Ailleurs, lherbe est plus verte. Histoire des migrations dans le monde. Cond-sur-Noireau, Panoramiques-Corlet, 1996 ; BLANC-CHALEARD, Marie-Claude, Les Italiens dans lEst parisien. Une histoire dintgration (annes 1880-1960). Rome, Ecole franaise, 2000 ; CATTARUZZA, Marina; DOGO, Marco; PUPO, Raoul (a cura di), Esodi. Trasferimenti forzati di popolazione nel Novecento europeo. Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane, 2000 ; BADE, J. Klaus, LEuropa in movimento. Le migrazioni dal settecento a oggi. Roma-Bari, Laterza, 2001 ; HOERDER, Dirk, Cultures in contact. World Migrations in the Second Millennium. Durham & London, Duke University Press, 2002; CORTI, Paola, Storia delle migrazioni internazionali. Roma-Bari, Laterza Editori, 2003; COLUCCI, Michele ; SANFILIPPO, Matteo, Le migrazioni. Unintroduzione storica. Roma, Carocci editore, 2009.

  • Confrence pour Approches Cultures & Territoires, http://www.approches.fr/Le-temps-des-Italiens, 20 octobre 2009, Marseille 2

    - 500.000 personnes quittent la France pour l'Amrique du Nord, 650.000 vont en Algrie,

    200.000 au Maroc et 200.000 en Tunisie ;

    - les Espagnols prfrent surtout lAmrique latine : 1,2 millions en Argentine et 200.000 au

    Brsil,

    - tout comme les Portugais, dont 1,5 millions se rendent au Brsil.

    Le gros de cette migration est constitu de paysans rests sans terres, douvriers et dartisans sans

    travail. Ils se dirigent surtout aux Etats-Unis et en Amrique du Sud qui pour des dizaines de

    millions deuropens devient la terre promise des rves et des espoirs

    2. Quand des ides rpandues peuvent devenir dangereuses

    Au XIXe sicle, un immigr italien aux Etats-Unis disait : Je suis venu en Amrique parce quon

    mavait dit que les rues taient goudronnes dor. Aprs mon arrive jai dcouvert trois choses :

    dabord, que les rues ne sont pas goudronnes dor ; ensuite, que les rues ne sont mme pas

    goudronnes ; enfin, quon ma charg de les goudronner .

    Les migrants sous toutes les latitudes abandonnent aujourd'hui encore leur pays en croyant rejoindre

    une terre promise, pour ne trouver en ralit qu'une terre jalonne dobstacles, de difficults,

    d'humiliations et, parfois, de mort.

    Depuis le 11 septembre 2001, les immigrs, stigmatiss dsormais comme clandestins , sont

    souvent identifis comme voleurs du travail des nationaux ou comme profiteurs des avantages

    sociaux des pays europens, comme trafiquants, dlinquants et terroristes.

    Or, vouloir dfendre la scurit des uns en rduisant ou niant les droits des autres ne vient pas

    bout du terrorisme, mais mine la racine la confiance mutuelle, ncessaire pour permettre aux personnes

    d'origines, de cultures et de traditions diffrentes de vivre ensemble. Vivre ensemble est le dfi de notre

    temps, notamment avec les musulmans, considrs, presque gntiquement, culturellement et

    religieusement comme inassimilables.

    Mais, au dbut du XXe sicle, en France comme aux Etats-Unis, les Italiens taient considrs comme les

    derniers des trangers : les plus pauvres, les plus marginaliss, les moins intgrs, reprsentant une

    menace pour la scurit et la sant publiques. Leurs maisons sont sales, leurs voix insupportables, sans

    parler de leur odeur.

    Si vous pass, vers midi, Mont-Saint-Martin ou Villerupt, prs dune des nombreuses tavernes

    italiennes, votre odorat est mis dure preuve par linsupportable exhalaison de cuisine. Des vielles

    dames, la peau rtrcie et aux cheveux clairsems, cuisinent dtranges fritures... Et les animaux

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    morts ne sont pas enterrs, mais trouvent leur tombe dans les estomacs des Italiens qui se lchent

    les moustaches en mangeant ces jus denfer2.

    A cet gard, un rapport, de 1912, du Bureau de limmigration au Congrs amricain est trs

    rvlateur : Normalement, ils sont de petite taille et de peau sombre. Ils naiment pas l'eau ;

    nombre dentre eux puent aussi parce qu'ils mettent les mmes vtements pour des semaines. Ils

    construisent des baraques en bois et aluminium dans les banlieues des villes o ils vivent, regroups

    entre eux. Quand ils arrivent se rapprocher du centre ville ils payent le prix fort pour la location

    dappartements dlabrs. Au dbut, ils arrivent deux pour louer une chambre avec cuisine. Aprs

    quelques jours ils deviennent quatre, sis ou dix. Ils parlent des langues incomprhensibles.

    Nombre d'enfants sont utiliss pour demander l'aumne, et souvent devant les glises des femmes

    habilles en noir et des hommes gs invoquent piti, avec des tons plaintifs. Ils font beaucoup

    denfants quils peinent nourrir et ils sont trs unis entre eux.

    On dit qu'ils pratiquent rgulirement le vol et, sils sont contrari, deviennent violents. Nos femmes

    les vitent, non seulement parce quils sont peu attrayants et sauvages, mais parce qu'ils violent

    normalement les femmes qui sortent du travail et traversent des rue isoles. Nos responsable

    politiques ont trop ouvert les portes de nos frontires mais et, surtout, nont pas su sparer ceux qui

    entrent dans notre pays pour travailler de ceux qui veulent vivre d'expdients ou de vraies activits

    criminelles.

    Nous proposons, alors, de privilgier larrive de Vnitiens et Lombards, retards mentalement et

    ignorants, mais plus que dautres disposs travailler. Dans le but de tenir unies leurs familles, ils

    acceptent les habitations que les Amricains refusent et ne font pas dhistoire sur les salaire quon

    leur donne. Les autres, ceux qui viennent du sud d'Italie, nous vous invitons contrler leurs

    papiers et les rapatrier en masse, car notre sret doit tre la premire proccupation 3.

    Comme explicit par le dernier paragraphe, lon dcrit ici les Italiens, mais tous les migrants de

    lhistoire peuvent tre (et lont t) prsents dans les mmes termes.

    2 Ltoile de lEst du 24-7- 1905, cit par MILZA, Pierre, Voyage en Ritalie. Paris, Plon, 1993, p. 122. 3 Cfr. www.memoteca.it/upload/dl/Appunti_di_Storia_Contemporanea/clandestini.pdf

  • Confrence pour Approches Cultures & Territoires, http://www.approches.fr/Le-temps-des-Italiens, 20 octobre 2009, Marseille 4

    3. Lmigration partie essentielle de lhistoire de lItalie

    Si les Cavour, Mazzini, Garibaldi, Victor Emmanuel II ont fait lItalie, ce sont les millions

    d'migrs qui, laissant le pays au moment de son unification politique ont contribu de faon

    particulire et souvent ignore, faire les Italiens, et ont port dans le monde les valeurs et

    traditions quils ont mis en relation (non sans conflits) avec les divers styles de vie des pays

    darrive ; ils ont cr de nouvelles identits et appartenances, souvent binationales. Qu'ils soient

    vnitiens, lombards, napolitains ou siciliens, ces migrs se sont dcouverts, en migration, surtout

    comme des Italiens, capables de redessiner de nouveaux liens avec le pays et la rgion dorigine.

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