Lucrece Extraits de Lucrece Avec Un Commentaire Par Henri Bergson

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Text of Lucrece Extraits de Lucrece Avec Un Commentaire Par Henri Bergson

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    CLASSIQUES LATINS

    EXTRAITS

    DE LUCRCEPRi-ci':Diis d'une

    TUDE SUR LA POSIELA PHILOSOPHIE, LA PHYSIQUE, LE TEXTE

    ET LA LANGUE DE LUCRCE

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  • Librairie Delagra\5e, i5, rue Soufflot, Paris.

    Majoration Temporaire

    20 o/o du prix marqu

    (Dcision du Syndical des Editeurs. - ;* mai Jgj)

  • EXTRAITS DE LUCRCE

  • EXTRAITSDE

    LUCRCEAVEC UN COMMENTAIRE, DES NOTES

    LT

    UNE ETUDE SUR LA TOESIR, LA PHILOSOPHIE, LA PHYSIQUE,LE TEXTE ET LA LANGUE DE LUCUCE

    PAR

    Henri BERGSONProfesseur au Collge de France

    DIXIEME EDITION

    PARISLIBRAIRIE DELAGRAVE

    15, RUE SOUFFFLOT, 15

  • Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation

    rservs pour tous pays.

    ^/^^

  • AVANT-PROPOS

    Liicroce est peut-tre, de tons les niifeiirs qu'on ex-

    plique en rhtorique, celui dont il est le plus (liKcile

    de publier des morceaux: choisis. Se bornera-i-on c

    extraire du pome de la Nature^ comme on le faitquelquefois, les descriptions effet? on risque de

    donner l'lve une ide singulirement fausse deTauteur qu'il Iraduit. Il se reprsentera Lucrcecomme un pote qui a dcrit la vie des premiers

    hommes, ou les effets de la foudre, ou la peste d'A-thnes, pour le plaisir de les dcrire. Au contraire,Lucrce n'a jamais dcrit que pour prouver; sespeintures les plus saisissantes sont uniquement des-tines nous faire comprendre, nous faire acceptefquehjio grand principe philosophique. Si on les endtache, elles vivent moins ; les vers de Lucrce sontbeaux encore, assurment, mais ils n'ont plus cetteforce oratoire qui en faisait la principale originalit.

    C'est pour donner aux lves une ide juste, sinoncomplte, du gnie de Lucrce, que nous avons cru

  • TI AVANT-PROPOS.

    devoir rattacher chacun de nos extraits l'ensembledu pome. Nous nous sommes astreint a ne citei- queles pages pureuient littraires ; mais nous essayons,par des sommaires placs en tte de chaque livre_, papdes commentaires placs en tte de chaque morceau,par le titre mme que nous lui donnons_, de l'airecomprendre au lecteur l'intention philosophique dupote, et ce qu'il a voulu prouver. Nos explications

    n'ont rien qui ne puisse tre lacilement entendu d'un'est un fait remarquable qu'aprs vingt sicles de tton-nements, la chimie n'ait pu que revenir la thorie deLucrce, expose par lui avec la dernire prcision. Lascience moderne a couimenc en effet par montrer quetous les corps, en multitude indfinie, que la nature nousprsente, sont composs d'un petit nombre d'lments,de corps siuiples. Et pour expliquer les combinaisons deces corps simples entre eux, il a fallu admettre qu'ilstaient composs d'atomes. Deux corps simples, parexemple, se trouvent-ils en prsence, dans des conditionsdtermines? un atome du premier appelle lui, pourainsi dire, un, deux, trois atomes du second; ainsi seforment des molcules complexes qui contiennent, dansun rapport dtermin, des atomes du second corps et desatomes du premier ; l'ensemble de ces molcules est uncorps nouveau, rsultat de la combinaison chimique desdeux corps simples.

    Mais tandis que Lucrce ne peut fonder la thorie desatomes que sur des observations vagues, et choue ainsi,en dpit de son loquence, nous la faire accepter pourautre chose qu'une explication vraisemblable, la sciencemoderne en donne une vritable dnjonstration. Et com-ment s'y prend-elle? Prcisment en tirant les cons-quences de l'hypothse qu'elle a faite, et en s'assurantque l'exprience les vrifie. Remarquons en effet que si

  • LA PHYSIQUE DE LUCliCE. XXVIl

    les choses se passent comme nous l'avons admis, deuxcorps simples se combineront, pour former un compos,dans des proportions dtermines et invariables. Si unatome du corps A s'agrge par exemple deux atomes ducorps B pour donner une molcule du compos G, et quele compos G contienne n atomes de A, il ne saurait ad-mettre plus ou moins de 2n atomes de B. Ds lors, mettezune cei'taine quantit du coips A en pn^sence d'une quan-tit indtermine du corps B, les n atomes de A appelle-ront eux 2w atomes de B. et laisseront le reste en dehorsde la combinaison.

    G'estprcismentce que l'exprience vrifie. Si dans unmlange d'hydrogne et d'oxygne on fait passer unetincelle lectrique, ces deux corps se combinent invariablement dans la proportion de 1 8 pour former del'eau : mettez 10 gi-ammes d'oxygne en prsence de1 gramme d'hydrogne, vous verrez que 2 grammes d'oxy-gne resteront en dehors de la combinaison. La thorieatomique est ainsi vrifie exprimentalement.Ce n'est pas tout. Si 1 atome de A forme avec -2 atomps

    de B une molcule de G, ne pourrait il pas, avec 3, 4,5 atomes de B donner des corps nouveaux D, E. F parexemple? Et puisque dans chaque molcule o il y avaittout l'heure 2 atomes du corps B il y en a maintenant3, 4, 5, les quantits de ce corps qui entrent dans lescombinaisons nouvelles ne seront-elles pas k celle quientrait dans la premire comme 3,4, 5soni h 2? G'estencore ce que l'exprience vrifie. L'azole, se < ombinantavec l'oxygne, donne naissance cini] corps principaux.Si on les analyse, on trouve que pour l4giammes d'azotele premier contient 8 grammes d'oxygne, le second IH,le troisime 24, le quatrime 32, le cinquime 40. Et crpeut noncer celte loi gniale: Il y a toujours un rapportMmple entre les diffrentes qtiantits d'un mme corpsijuisecombinentavec une quantit dtermine d'un autre;orps donn.

    C'est ainsi que la science moflerne, en tirant les cons-quences de la thorie alomicjue, en les vrifiant par l'e-

  • XVIIl INTRODUCTION.

    piicnce, est venue donner aux hypothses de Dnfiocrile,d'picure et de Lucrce une clatante confirnialion.

    Il -erait facile de montrer comment, sur d'autres points,notamment sur la question de l'origine des tres vivants,Lucrce a eu comme un pressentiment des grandes tho-ries de notre temps. On a plus dune lois remarqu l'ana-logie des ides exposes dans le cinquime l.vre aveccelles du grand naturaliste Darwin. On nous permettra designaler cette ressemblance, et de ne pas insister, letransformisme n'tant aujuuid'hui encore qu'une hypo-ihose.

    Il faudrait maintenauL faire voir comment Lucrce setrompe presque invariablement lorsque, laissant dt3 ctles vues gnrales et les irrandts hypothses, il pi'lendxplii^uer les faits particuliers. C'est ainsi que l.i lumireserait j-.roduite, selon lui, par des particules lumint-uses,des simulacres^

  • LE TEXTE DE LUCRCE. XXIX

    nature de l'me, origine de la croyance aux esprits, ph-nomnes clestes, premiers principes de la philosophienaturelle, production naturelle des choses, etc., et cha-cun de ces sujets est en effet trait dans le pome, telqu'il nous est rest. Du reste Lucrce dclare formel-lement au dhut du sixime livre que ce sera le dernier.

    D'autre part, si l'ouvrage est complet, il est certain queLucrce n'y a pas mis la dernire main. Le premier livreest le seul o les divers arguments soient mthodique-ment disposs. Comme le pote nous parle en plus d'unendroit de l'extrme importance qu'il attache un arran-gement systmatique des parties, un groupement m-thodique de preuves, il faut croire qu'il et transposdes paragraphes entiers, intercal des transitions, sup-prim des redites, s'il en avait eu le temps.Le pome ne fut publi qu'aprs la mort de Lucrce.

    D'aprs saint Jrme, c'est Cicron qui en aurait tl'diteur. Il faut dire que rien, dans les crits de Cicron,ne vient confirmer le tmoignage de saint Jih'me; sacorrespondance est muette sur ce point, et on sait qu'iln'a pas coutume de tair ce qu'il a fait. Peut-on admettre,comme le veulent quelques-uns, que saint Jrme aitfait allusion, non Cicron l'orateur, mais son frreQuintus? Dans les crits de saint Jrme, le nom deCicron n'est jamais donn qu' l'orateur. Conckionque l'diteur de Lucrce est inconnu, que cet diteur apu tre Cicron, qu'une tradition vague le dsignait, maisque rien ne la confirme.

    Il est difficile de savoir si le pome de Lucrce fut dsl'abord apprci sa juste valeur. Cicron en parle bienfroidement^. Ce qui est certain, c'est que les grandscrivains du sicle d'Auguste connaissent le De rer>.mnalura par cur, et imitent constamment Lucrce sans lejiummer. Virgile craindrait de dplaire Auguste en

    1. Il crit Quintus : Lucreti poematn ut scrihi^ ita sunt : multisinmiiiibus ingenii, non multa tamen art is... [Ad Quint, fr., II, 11, 4).Le texte de ce passage est d'ailleurs controvers.

    3 -

  • XXX INIUODUCTION.

    pronoii(,'ant le nom du vieux pole; une seule lois il arisqu une allusion timide :

    Flix qui potuit rerum cognoscei'e causas,Atqiie metus omnes et inexorahile fatumSubjecit pedibus, strepiturn

  • LE TEXTE DE LUCRCE. XXXI

    Ce qui est plus intressant, c'est de voir commentVirgile, dans plus d'un passage, imite [jicrce sanspresque s'en douter. Lucrce parle quelque part desbienfaits de la pluie; par elle les arbres se couvrent debranches :

    Bamiqiie vireacuntArboribus; creaciint ipsse^ fetuque gravantur^.

    Virgile, faisant exprimer Gallus une ide bien diirente,plare au commencement d'un vers le moi a? boribus. Aus-sitt le mot cre&cunt se prsente son esprit, sans qu'ilsache peut-tre pourquoi: le reste de son vers embote,pour ainsi dire, le rythme du vers de Lucrce, et ilcrit :

    Arboiibus; crescent lUae^ crescotis amores*.

    On citerait bien de^ vers de Virgile qui reproduisont ainsile rythme et le mouvement de certains vers de Lucrce,sans en rpter les mots. Ces imitations, trs probable-ment inconscientes, tmoignent chez Virgile d'une tudeapprofondie de Lucrce et d'une complte possession decet auteur. Les anciens s'en taient dj aperus: on litdans Aulu-Gelie : Nous savons bien q