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Suaire de Turin

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Une enquête de Lauren Demaxey publiée en janvier 2011 dans Sciences et Avenir. Le dossier confirme l'origine médiévale du linceul de Turin.

Text of Suaire de Turin

  • DOSSIER

    JANVIER 2011 - SCIENCES ET AVENIR 4948 SCIENCES ET AVENIR - JANVIER 2011

    Suaire

    La fin de vingt ans de controverses p. 50

    Au cur du dbat, la bataille de limage p. 56

    Une rsurrection numrique p. 61

    Avec une datation entre 1260 et 1390, les derniers travaux dun chercheur britannique dmentent la thorie dun linge ayant envelopp le corps du Christ. Suffisant pour teindre la polmique ?

    Lanalyse qui confirme lorigine mdivale

    Dossier ralis par Lauren Demaxey

    de Turin

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    SA767_048-049.indd 48-49 15/04/15 12:11

  • Des sicles dhistoire tumultueuseVers 1357 Premires ostensions du suaire dans la collgiale de Lirey (Aube ) fonde par le chevalier Geoffroy de Charny. On ne sait rien de son origine ni de sa provenance mme si, une hypothse rcente, mise par deux historiennes italiennes convaincues de son origine remontant au Christ (lire S. et A. n 761), suppose que le linge aurait transit par les Templiers et aurait t rapatri en Europe en 1291 aprs la chute de Saint-Jean-dAcre. Lvque de Troyes le dclare dorigine rcente et interdit lostension.

    6 janvier 1390 Le pape Clment VII autorise lostension sous rserve que le public soit averti toute fraude cessant, que ladite figure ou reprsentation nest pas le vrai suaire de Notre Seigneur Jsus-Christ, mais [] une peinture ou tableau du suaire []

    6 juin 1418 Les chanoines de Lirey confient le linge Marguerite de Charny. Elle refusera de le restituer.

    1453 Marguerite de Charny change le suaire avec le duc Louis de Savoie contre un chteau. Il voyage frquemment et est aussi conserv dans la chapelle du chteau de Chambry (Savoie).

    4 dcembre 1532 Un incendie ravage la chapelle de Chambry et endommage le suaire. Des surs clarisses le raccommodent.

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    DOSSIER Suaire de Turin

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    Cest une mise au point qui devrait dcha-ner les passions : prs de vingt-deux ans aprs la parution dans Nature (1) dun ar-ticle retentissant datant le suaire de Turin entre 1260 et 1390, lun de ses 21 signa-taires, le Britannique Timothy Jull remonte au front. Spcialiste incontest de la data-tion par spectromtrie de masse (SMA), di-recteur du laboratoire de datation par le ra-diocarbone de luniversit de lArizona Tucson (Etats-Unis) lun des trois labora-toires choisis par le Vatican pour procder ces analyses en 1988 , il publie en d-cembre dans la revue comit de lecture Radiocarbon (2) de nouvelles analyses que Sciences et Avenir a pu consulter en avant-premire. Elles visent faire taire la cri-tique qui na jamais cess depuis que cette datation a brutalement douch les espoirs des tenants de la thorie dun linceul ayant envelopp le corps de Jsus aprs sa cruci-fixion. Acteur historique, plac un poste privil-gi, Timothy Jull dgaine aujourdhui une arme massive soit 12,39 milligrammes de lin, mesurant 0,5 centimtre sur 1 centi-mtre seulement. Il sagit, explique-t-il Sciences et Avenir, dun morceau de lchantillon du suaire, reu par [son] laboratoire de Tucson le 14 avril 1988 , quil avait dcoup, mis de ct, et dont il stait, en quelque sorte, instaur le gar-dien. Car pour ces premires analyses de 1988, le Vatican avait autoris que quelques milligrammes du linceul soient prlevs pour les laboratoires de Tucson, de Zurich (Suisse) et dOxford (Royaume-Uni). Tou-tefois, lpoque, une partie seulement de lchantillon confi au laboratoire amri-

    cain avait t dtruite pour tre date, une petite portion ayant t conserve, rvle aujourdhui Timothy Jull. Aux cts de Ra-chel Freer-Waters, spcialiste des tissus ar-chologiques, il dtaille lanalyse par micro-photographie de ce fragment de tissu. La publication, courte mais radicale, est illus-tre de sept photos avec, en exergue, quelques mots crits en franais : Une image vaut mieux que mille mots (pro-verbe). Timothy Jull a utilis deux m-thodes avres : un examen approfondi de lchantillon aux microscopes strosco-pique (permettant de restituer le relief) puis fluorescence. Il dmontre ainsi plusieurs points cls : tout dabord, il sagit quasi ex-clusivement de lin, peine pollu par des fibres de coton, mais aussi dpourvu de tout enrobage ou teinture. Ensuite, lchan-tillon a bien t prlev sur la partie origi-nale du suaire, un drap de 4 mtres de long. Il balaie ainsi la critique selon laquelle la da-tation sest effectue sur une partie du lin-ceul raccommode par des surs clarisses aprs lincendie de la chapelle de Chamb-ry, en 1532, o la relique a longtemps t conserve avant dtre transfre Turin (voir la chronologie p. 51). Car un article explosif, paru en 2005, tait venu branler les travaux de 1988. Publi dans Thermo-chimica Acta (2), une revue srieuse sou-mise rvision par les pairs, il affirmait que lchantillon radiocarbone ne faisait pas partie du tissu original et nest pas valide pour dterminer lge du suaire . Contrai-rement de multiples autres critiques (lire lencadr p. 54), cet article maintenait que la datation par SMA tait correcte mais avait t effectue sur une zone

    La fin de vingt ans de controverses

    Il fut de lquipe qui, en 1988, data le suaire de Turin du Moyen Age. Depuis, la polmique navait pas cess. Aujourdhui, Timothy Jull publie une analyse ralise partir dun chantillon du tissu original. Qui confirme les premiers rsultats.

    Timothy Jull, dans son laboratoire de luniversit de lArizona (Etats-Unis). Il a procd de nouvelles analyses sur un fragment du suaire de Turin dont on reconnat le tissage caractristique chevrons ( gauche). Le microscope rvle quil sagit quasi exclusivement de lin, peine contamin par de rares fibres de coton (ci-contre). Sous fluorescence ( droite), les fibres ne montrent aucune trace denrobage, gomme ou teinture, preuve de lintgrit du tissu. >>>

    Timothy Jull, dans son laboratoire de luniversit de lArizona (Etats-Unis). Il a procd de nouvelles analyses sur un fragment du suaire de Turin dont on reconnat le tissage caractristique chevrons ( gauche). Le microscope rvle quil sagit quasi exclusivement de lin, peine contamin par de rares fibres de coton (ci-contre). Sous fluorescence ( droite), les fibres ne montrent aucune trace denrobage, gomme ou teinture, preuve de lintgrit du tissu.

    PHOTO

    S : TIMOTH

    Y JULL/NSF ARIZONA AM

    S LABORATORY

    S. MECKLER

    /SIPA/POUR SCIEN

    CES ET AVENIR

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    Des traces et des signes aux multiples interprtations >>>

    rajoute postrieurement la pice principale. Lauteur du papier, le chimiste amricain Raymond Rogers (dcd en 2005), du laboratoire de Los Alamos (Nou-veau-Mexique, Etats-Unis), ntait pas un nophyte sur la question. Il tait membre du STURP (Shroud of Turin Research Pro-ject), un comit de scientifiques (au-jourdhui dissous) cart, lpoque, des travaux de datations mais autoris tu-

    dier le suaire ds 1978. A ce titre, Raymond Rogers avait effectu des prlvements sur la surface du linceul avec des bandes adh-sives spcialement conues pour ne pas le contaminer. Le chimiste amricain a eu aussi en main un morceau de la toile de Hollande utilise pour renforcer le drap en 1534, aprs lincendie ; mais aussi des fils dun autre chantillon prlev par Gilbert Raes, de luniversit de Gand (Belgique), en

    1973, dans une zone adjacente celle de lchantillon ayant servi la datation radio-carbone de 1988 (chantillon 14C). Raymond Rogers aurait mme eu accs comment ? nul ne le dit aujourdhui un morceau de lchantillon 14C lui-mme. Quobserve-t-il alors la loupe ? Que les chantillons prle-vs en bordure du tissu, dont le 14C, sont couverts dune couche de gomme vgtale brun-jaune. Ce qui nest pas le cas, selon lui,

    des fibres prleves par adhsif sur len-semble du suaire. Cette teinture de laliza-rine, un colorant extrait de la racine de ga-rance, dont lemploi en Italie remonte 1291 seulement indiquerait que les parties da-tes auraient t colores a posteriori pour masquer ingnieusement leur rapiage, ou rajout au suaire original : Lchantillon ra-diocarbone a des proprits chimiques compltement diffrentes de la partie prin-

    cipale de la relique du suaire , dclare-t-il ainsi, triomphalement, la BBC. Et ce nest pas tout ! Raymond Rogers mesure gale-ment les taux de vanilline, un produit de d-gradation naturelle de la lignine prsent au nud de croissance du lin, dont le taux di-minue avec le temps. Le test est ngatif pour les fibres prleves par adhsif sur len-semble de la surface du suaire mais positif sur lchantillon de Gilbert Raes,

    1578 Le linceul est transfr Turin, capitale des ducs de Savoie depuis 1562.

    1898 Secondo Pia photographie le linceul qui rvle une image en positif. Les clichs dclenchent la polmique sur son origine.

    1978 Longue ostension du suaire. Des tudes sont menes par des chercheurs regroups au sein du STURP.

    1981 Le STURP conclut : limage nest pas une peinture et sa formation reste inexplique. Il dtecte des traces de sang surle linceul (lire p. 59).

    Avril 1988 Des prlvements ont lieu en vue de datations au carbone 14 par trois labos internationaux.

    13 octobre 1988 Lanalyse radiocarbone, publie dans Nature, date les chantillons entre 1260 et 1390. Elle est aussitt conteste.

    1989 Le Symposium scientifique International de Paris, assemble de sindonologistes du monde entier, conclut que le linceul est authentique .

    1990 Le chimiste amricain Walter McCrone dtecte la prsence de pigments et non de sang sur le linceul.

    1993 Le mme symposium conclut lunanimit que l'homme du linceul est bien Jsus de Nazareth .