VENDREDI 15 MAI 2020 - Vanity Fair Pen£©lope Cruz £  Cannes en 2019. HORS-S£â€°RIE CANNES 2020. VENDREDI

  • View
    0

  • Download
    0

Embed Size (px)

Text of VENDREDI 15 MAI 2020 - Vanity Fair Pen£©lope Cruz £  Cannes en 2019....

  • VENDREDI 15 MAI 2020HORS-SÉRIE CANNES 2020 Grace Kelly à Cannes en 1955.

  • VENDREDI 15 MAI 2020 Sophia Loren à Cannes en 1966. HORS-SÉRIE CANNES 2020

  • VENDREDI 15 MAI 2020 Penélope Cruz à Cannes en 2019. HORS-SÉRIE CANNES 2020

  • VENDREDI 15 MAI 2020 Spike Lee à New York en 1989. HORS-SÉRIE CANNES 2020

  • Jim Jarmusch, Jack Lang, Spike Lee et Emir Kusturica au festival de Cannes, en mai 1990. Photographie Jean-Christian Bourcart (Rapho)

    Le masque et la palme par Joseph Ghosn

    Mais qu’est-ce donc que Cannes ? Plus que jamais,

    en pleine crise du Covid, confinés, déconfinés, reconfinés,

    les choses qui nous manquent ne sont pas si nombreuses

    que cela, mais ce sont bien celles qui structuraient

    imperceptiblement nos vies — ou tout du moins

    les scandaient — qui provoquent un manque terrible.

    Et ces jours-ci, nous aurions dû être à Cannes :

    physiquement ou virtuellement, nous aurions été amarrés

    à ce festival, le plus beau du cinéma, parce qu’il mixe

    tout et son contraire, le luxe et le DIY, le sublime

    et le vulgaire, les montées des marches et les descentes

    aussi, les films et les nuits, les salles de projo

    et les sous-sols, les kebabs et les terrasses scintillantes.

    Cannes, donc, aurait dû avoir lieu en ce moment

    et nous avons eu envie d’imaginer, de raconter,

    ce festival qui n’existe pas. À quoi Cannes 2020

    aurait-il ressemblé ? À quoi Cannes 2020 aurait-il tenu ?

    Dans ce hors-série numérique de Vanity Fair,

    nous explorons ce mystère en fantasmant un peu

    et en donnant des pistes de ce qui aurait pu être

    — et de ce qui adviendra, aussi, dans la foulée.

    Quels sont les films que la crise nous empêche de voir ?

    Qui sont les auteurs que nous aurions pu découvrir

    à Cannes ? Nous avons mis tout cela à nu, ici.

    Une discussion avec le délégué général du Festival,

    Thierry Frémaux, nous donne surtout des indices pour

    comprendre à quoi pourrait bien ressembler désormais

    un festival. Un portrait de Spike Lee, le président nommé

    d’une manifestation qui n’a pas lieu, nous permet de relier

    les époques, remonter à ce moment charnière des années

    1980, lorsque le réalisateur américain débarquait

    sur la Croisette pour y montrer son révolutionnaire

    Do the Right Thing, film qui bouleversa alors plusieurs

    de nos vies. Il pourrait y en avoir des centaines d’autres :

    Cannes est une épiphanie permanente. Et c’est parce

    cette lumière et ces apparitions annuelles, sous le soleil

    de la Méditerranée, nous manquent terriblement

    en 2020, que nous vous livrons aujourd’hui ce magazine

    d’un genre nouveau, qui mixe ce qui a été avec ce qui

    aurait pu être. En 2021, nous retournerons à Cannes,

    et en attendant, un seul mot d’ordre : do the right thing…

     5 L’ÉDITO de Joseph Ghosn

     6 ART DE VIVRE Les aventure de Cruchotte sur la Croisette

     7 LETTRE OUVERTE No Cannes this year, par Olivier Séguret

     8 ENTRETIEN Thierry Frémaux : « Cannes, d’une autre manière »

    11 PORTRAIT Un certain Spike Lee

    12 ENTRETIEN Mélanie Thierry : « Spike Lee cherche l’accident,

    l’état de fébrilité »

    En couvertures

    Grace Kelly en 1955, photographie Keystone (Getty Images) Sophia Loren en 1966, photographie Mario De Biasi (Getty Images) Penélope Cruz en 2019, photographie Julien Mignot Spike Lee en 1989, photographie Anthony Barboza (Getty Images)

    SOMMAIRE 13 FILMS Nous les aurions tant aimés

    14 24 HEURES À CANNES

    16 MODE La robe de distanciation sociale

    17 CANNES SANS DORMIR par Philippe Azoury

    et Camille Bidault-Waddington

    19 SÉLECTION Jeune cinéma, les réalisateurs que vous n’avez

    pas découverts à Cannes

  • C

    ’est drôle comme, parfois, les choses ne se passent pas comme on l’avait imaginé. Dimanche,

    après cinquante-quatre jours de confine- ment dont cinquante-deux à ne pas écouter les informations, on a enfin pris la route du sud, destination le festival de Cannes. Les fake news d’annulation en tous genre, très peu pour nous ! C’est pas parce qu’on est attachés de presse qu’il faut nous prendre pour des gogos. Ca fait huit ans que je descends, toutes les mois de mai, sur la Croisette, avec pas mal de beaux caill- loux à coller sur les stars. Parer les célébri- tés, c’est mon métier et, à Cannes, il faut que ça brille : hors de question de le rater. Pas d’Orly-Nice, cette année, on s’est fait place Vendôme-Le Martinez en utilitaire avec coffre-fort soudé au plancher, plan- qué sous ce qui nous restait de couvertures que les journalistes ne nous avaient pas carottées lors de notre événement presse de Noël dans les Tuileries privatisées.

    On avait bien pensé louer une ambu- lance, mais, finalement, on s’est dit qu’une attestation pour assistance à personne vul- nérable suffirait : vous n’avez pas idée de ce que peut être une comédienne sans bijoux devant les marches du Palais. On est partis au lever du soleil avec Gégé de la sécu et ses gars planqués dans un Dus- ter Dacia aux fesses, en leur promettant une pause bidoche à L’Hippopotamus de Saint-Rambert-d’Albon – qui, finalement, était fermé. Y avait peu de monde sur les routes et j’avais vu sur les Insta que nos actrices avaient l’air branchées coupette sur Houseparty plutôt que sur la terrasse d’Albane, mais vous savez qu’elles peuvent changer d’avis. Et leurs agents aussi.

    En voyant les camions immatriculés en Espagne foncer cap au Sud, je me suis dit qu’il y avait là-dedans la concurrence. Pas sotte, la Cruchotte ! Il n’y avait pas de temps à perdre : j’ai dit à Gégé d’appuyer

    Pendant ce temps-là… ...la biensensée Cruchotte, théoricienne du glam priority, a quand même pris la route de la Croisette. Texte Pierre Groppo

    sur le champignon et on a mis sept heures à la place des neuf annoncées, sans se faire arrêter. À croire qu’on avait dégagé l’A6 et l’A7 pour les go-fast couture-bijou-coiffure du mai festivalier. C’est ce que j’appelle la « glam-priority » : priorité au glamour.

    Comme annoncé sur son site, le Mar- tinez était fermé, ce qui était une demi-su- prise, mais Gégé nous a installé chez sa tante retraitée du côté de La Bocca, tan- dis que ses gars s’occuppaient des bijoux (qui n’étaient pas dans le coffre pour d’évi- dentes raisons de sécurité.) La tante doit être un peu niçoise et surtout très flippée car elle nous a servi une socca en disant « bonne dégustation dans les distances de sé- curité », ce qui m’a changé, niveau calories, de la « fraîcheur de melon » de la plage du festival. Mais bon. J’ai appelé Paris en les laissant écouter Il est où, le bonheur : per- sonne ne répondait. Du coup, je me suis aussi posé la question.

    Le lendemain sur la Croisette, il n’y avait pas un rat, mais on a croisé un sanglier qui léchait les vitrines d’une boutique de luxe. Sans doute un teaser pour un long-métrage, genre L’Ours de Jean-Jacques Annaud ou les oiseaux baladeurs de Jacques Perrin. S’il faut mettre des boucles d’oreilles à un pélican, ça ne me dérange pas. Mais, dans le secret de moi-même, je me suis dit : « Un sanglier, quand même, ça craint. » Après j’ai réalisé : peut-être qu’il s’était échappé. Et que ce sera une édition last minute sur- prise très engagée écolo-animaux. Pas de stars flippées par le Covid mais leurs chats, leurs chiens, des chevaux, des lamas qu’on peigne dans les villas privées de la Califor- nie et derrières les portes des hôtels fer- més. Peut-être est-ce pour ça qu’il n’y a pas de tapis rouge cette année : parce qu’ils risquent d’y faire caca. Je réfléchis beau- coup à force de m’ennuyer, car rien pour l’instant n’a encore commencé et les bijoux, c’est sympa, mais c’est mieux en porté. & 

    Food for soul par Constance Dovergne

    S’il convient d’affirmer que le festival

    de Cannes est un étrange monde parallèle

    tourné vers lui-même, s’y alimenter relève

    carrément de l’expérience disruptive tant

    les prix de ses établissements (essentiellement

    des trattorias) semblent stratosphériques

    au regard de la qualité de la cuisine qu’on

    y sert. On appelle ça des « restaurants à notes

    de frais », c’est très à la mode dans les villes

    dont l’économie repose sur ses nombreux

    salons professionnels attirant des estomacs

    équipés de la carte bancaire de la société.

    Pour bien manger au festival, il faut donc

    le fuir : direction le quartier de la gare,

    paisible fief nord-africain qui, en dehors

    de ses vitrines décorées de photos fanées

    de Marilyn Monroe et de Brad Pitt, n’affiche

    aucune espèce d’intérêt à l’égard

    de ce qu’il se passe sur la Croisette.

    Rue Jean-Haddad-Simon, une échoppe

    anonyme vend des böreks dégoulinants

    de jaune d’œuf et d’épinards, chefs-d’œuvre

    de street food turque, parfaits pour sustenter

    le critique de cinéma en plein bou