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Louise Labé - Sonnets (variantes)

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Text of Louise Labé - Sonnets (variantes)

LOUISE LABE

LOUISE LABESONNETS

(avec variantes et notes par les lycens di-voix)

REVUES ET CORRIGEESPAR LES LYCEENS DI-VOIX

En 1555, limprimeur Jean de Tournes publie Lyon un recueil des uvres de Louise Lab.

En 2015, les lycens di-voix dcouvrent Brest un manuscrit inconnu: les Sonnets de Louise Lab crits de la main de la Belle Cordire elle-mme!

Or ce manuscrit prsente dintressantes variantes par rapport au recueil alors publi.

Voici ces variantes enfin rvles, avec annotations par les lycens eux-mmes !

Lhumanisme numrique est le rsultat dune convergence entre notre hritage culturel complexe et une technique devenue un lieu de sociabilit sans prcdent , la fragmentation qui accompagne le numrique constitue un tournant culturel majeur car elle met en scne un imaginaire lettr, hrit de nos pratiques savantes, dsormais la porte de tous.

MILAD DOUEIHIPour un humanisme numrique

Sonnet 1 1555TraductionSi jamais il y eut plus clairvoyant qu'Ulysse,Il n'aurait jamais pu prvoir que ce visage,Orn de tant de grce et si digne d'hommage,Devienne l'instrument de mon affreux supplice.

Cependant ces beaux yeux, Amour, ont su ouvrirDans mon coeur innocent une telle blessure,-Dans ce coeur o tu prends chaleur et nourriture-Que tu es bien le seul pouvoir m'en gurir.

Cruel destin ! Je suis victime d'un Scorpion,Et je ne puis attendre un remde au poisonQue du mme animal qui m'a empoisonne !

Je t'en supplie, Amour, cesse de me tourmenter !Mais n'teins pas en moi mon plus prcieux dsir,Sinon il me faudra fatalement mourir.

Sonnet 21555Pas de variante beaux yeux bruns, regards dtourns, chauds soupirs, larmes pandues, noires nuits vainement attendues, jours luisants vainement retourne !

tristes plaints, dsirs obstins, temps perdu, peines dpendues, mille morts en mille rets tendues, pires maux contre moi destins !

ris, front, cheveux, bras, mains et doigts ! luth plaintif, viole, archet et voix ! Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant, En tant d'endroits d'iceux mon cur ttant,N'en ai sur toi vol quelque tincelle.

Sonnet 31555Variante longs dsirs, esprances vaines,Tristes soupirs et larmes coutumiresA engendrer de moi maintes rivires,Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ! cruauts, durts bien humaines (1),Ardents appels (2) des divines lumires,Du cur bless passions meurtrires (3),Pensez-vous enfin achever (4) mes peines ?Qu'encore Amour sur moi son arc essaie,Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,Qu'il se dpite, et pis qu'il pourra fasse :Douleur m'touffe et je pense aux dparts.Que vous viviez, ami cher, ne me plait.Las ! vous tuant ne trouverais grce. (5)

Sonnet 3NotesLes diffrences entre la version dite et la version manuscrite sont frappantes. On peut certainement affirmer que Louise Lab a d'abord crit sous le coup de ses peines amoureuses et crit les pires choses lui venant l'esprit et combien elle pensait ne pas se relever. Puis, elle a fini par prendre du recul et se rendre compte qu'elle est finalement plus forte que cela.

1- Avec "bien humaine", elle attaque directement son amant, elle se rvle pleine de haine envers lui.2- "Ardents appels" est une aspiration la mort devant la peine qui l'envahit.3- Mme chose qu'en 2 avec la blessure au cur cause par une passion "meurtrire".4- "Achever mes peines" est encore une fois une aspiration la mort.5- Le tercet entier sous-entend qu'elle aimerait voir son amant mourir, mais elle crit galement que cela ne changerait rien pour elle-mme, alors le mieux finalement est que ce soit elle qui meure et accde au repos ternel.

Variante longs dsirs, esprances vaines,Tristes soupirs et larmes coutumiresA engendrer de moi maintes rivires,Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ! cruauts, durts bien humaines (1),Ardents appels (2) des divines lumires,Du cur bless passions meurtrires (3),Pensez-vous enfin achever (4) mes peines ?Qu'encore Amour sur moi son arc essaie,Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,Qu'il se dpite, et pis qu'il pourra fasse :Douleur m'touffe et je pense aux dparts.Que vous viviez, ami cher, ne me plait.Las ! vous tuant ne trouverais grce. (5)

Sonnet 3 (bis)1555Variante longs dsirs, esprances vaines,Fatals soupirs et larmes familires, (1) engendrer en moi maintes rivires,Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ! cruauts peines inhumaines, (2)Perants regards des clestes lumires, (3)Du cur transi passions premiresEstimez-vous crotre encore mes peines ?Que ton Amour de son venin m'accable, (4)Que nouveaux feux me jette et nouveaux fards, (5)Qu'il se dpite face l'vidence : (6) Car je suis tant navre en toute partQue plus en moi une nouvelle plaie,Pour m'empirer, ne pourrait trouver place.

Sonnet 3 (bis)Notes1. Louise Lab avait l'origine crit Tristes soupirs. Cependant ce mot n'tait sans doute pas assez fort pour exprimer sa douleur face l'attente. Tout en restant dans l'expression d'une infinie tristesse, l'auteur a alors dcid de lui donner une dimension plus forte, une dimension mortelle. Le mot fatals a ainsi t utilis afin d'insister sur la douleur qu'elle ressent et qui la ronge chaque jour. Cette ide de quotidiennet est d'ailleurs reprise la fin du mme vers. D'abord exprim par le mot coutumires, Louise Lab a srement souhait utiliser une expression voulant la fois exprimer l'habitude mais aussi la familiarit. C'est pour cela qu'elle a hsit avec larmes familires . En effets, Lab nous confie que ses larmes ne sont pas seulement quotidiennes, ne sont pas seulement une habitude, elles sont galement familires, comme si elles la connaissaient, l'accompagnaient, comme si elles faisaient au final partie intgrante de son tre.2. Peines vient remplacerdurts afin de contrebalancer l'impact assez violent du mot cruauts en dbut de vers. Ainsi l'auteur, en utilisant un mot plus doux, exprime sa grande souffrance. En effet, sa souffrance est telle que mme les peines les plus insignifiantes lui procurent un sentiment d'une immense dtresse qu'elle qualifie par la suite d'inhumaines.3. Le mot perants vient appuyer sur l'effet des regards des clestes lumires. Ces regards qui viennent littralement vous transpercer comme le fait la lumire.4. Que ton Amour de son venin m'accable : l'intgralit du vers a t modifi, nous retrouvons ici l'ide de mortalit. L'auteur a sans doute souhait faire rsonner ce vers aux fatals soupirs que l'on retrouve un peu plus haut.5. Dards a t remplac par fards afin de relier l'amour passionnel et les feux qui en dcoulent. Le mot fard dsigne en effet le rouge qui nous monte aux joues lorsque nous sommes gns ou embarrasss. Ce mot dsigne galement la chaleur qui nous envahit lorsque nous sommes compltement chambouls par l'amour qui nous submerge l'gard d'une personne.6. Face l'vidence : expression qui exprime quelque chose de beaucoup plus clair que la prcdente et pis qu'il pourra fasse. Louis Lab veut bien nous faire comprendre que ce qui suit est l'vidence, la triste ralit des faits : les dgts engendrspar l'amour.

Variante longs dsirs, esprances vaines,Fatals soupirs et larmes familires, (1) engendrer en moi maintes rivires,Dont mes deux yeux sont sources et fontaines ! cruauts peines inhumaines, (2)Perants regards des clestes lumires, (3)Du cur transi passions premiresEstimez-vous crotre encore mes peines ?Que ton Amour de son venin m'accable, (4)Que nouveaux feux me jette et nouveaux fards, (5)Qu'il se dpite face l'vidence : (6) Car je suis tant navre en toute partQue plus en moi une nouvelle plaie,Pour m'empirer, ne pourrait trouver place.

Sonnet 41555VarianteDepuis qu'Amour cruel empoisonnaPremirement de son feu ma poitrine,Toujours brlai de colre1 divine,Qui un seul jour mon cur n'abandonna.Quelque travail, dont assez me donna,Quelque danger2 et prochaine ruine,Quelque penser de mort qui tout termine,De rien mon cur actif3 ne s'tonna.Tant plus qu'Amour nous vient fort accabler4,Plus il nous fait nos forces assembler5,Et imbriquer, forces qui la font natre6 ;Mais ce n'est pas qu'en rien nous favorise,Cil qui des Dieux et des hommes mprise,Mais pour plus fort contre les forts paratre.

Sonnet 4NotesVarianteDepuis qu'Amour cruel empoisonnaPremirement de son feu ma poitrine,Toujours brlai de colre1 divine,Qui un seul jour mon cur n'abandonna.Quelque travail, dont assez me donna,Quelque danger2 et prochaine ruine,Quelque penser de mort qui tout termine,De rien mon cur actif3 ne s'tonna.Tant plus qu'Amour nous vient fort accabler4,Plus il nous fait nos forces assembler5,Et imbriquer, forces qui la font natre6 ;Mais ce n'est pas qu'en rien nous favorise,Cil qui des Dieux et des hommes mprise,Mais pour plus fort contre les forts paratre.

Sonnet 5

Sonnet 5

Sonnet 61555Pas de varianteDeux ou trois fois bienheureux le retour De ce clair Astre, et plus heureux encoreCe que son il de regarder honore. Que celle-l recevrait un bon jour,

Qu'elle pourrait se vanter d'un bon tour, Qui baiserait le plus beau don de Flore, Le mieux sentant que jamais vis Aurore, Et y ferait sur ses lvres sjour !

C'est moi seule qui ce bien est d, Pour tant de pleurs et tant de temps perdu ; Mais, le voyant, tant lui ferai de fte,

Tant emploierai de mes yeux le pouvoir, Pour dessus lui plus de crdit avoir, Qu'en peu de temps ferai grande conqute.

Sonnet 71555VarianteOn voit mourir toute chose anime,Lors que du coeur1 l'me subtile part.Je suis le corps, toi la plus belle2 part :O es-tu donc, me bien-aime ?

Ne me laissez par si long temps perdue3,Pour me sauver aprs viendrais trop tard.Las ! ne mets point ton corps en ce brouillard :Rends-lui sa part et moiti si tnue3.

Mais fais, Ami, que ne soit sulfureuse4Cette rencontre et revue amoureuse,Place, non sous le signe du pch 5,

Ni des soupirs, mais de grc

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