Emile Zola

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DESCRIPTION

La Débâcle

Text of Emile Zola

  • Table des matires

    Premire partie......................................................................... 4

    I..................................................................................................... 4

    II ................................................................................................. 25

    III.................................................................................................51

    IV .................................................................................................73

    V.................................................................................................. 98

    VI ............................................................................................... 121

    VII..............................................................................................147

    VIII ............................................................................................172

    Deuxime partie ...................................................................200

    I.................................................................................................200

    II ............................................................................................... 222

    III.............................................................................................. 247

    IV .............................................................................................. 270

    V................................................................................................ 292

    VI .............................................................................................. 320

    VII............................................................................................. 349

    VIII ........................................................................................... 372

    Troisime partie ................................................................... 398

    I................................................................................................. 398

    II ............................................................................................... 424

    III.............................................................................................. 453

    IV .............................................................................................. 476

    V................................................................................................500

    VI .............................................................................................. 528

    VII..............................................................................................551

  • - 3 -

    VIII ........................................................................................... 580

    propos de cette dition lectronique .................................615

  • - 4 -

    Premire partie

    I

    A deux kilomtres de Mulhouse, vers le Rhin, au milieu de la plaine fertile, le camp tait dress. Sous le jour finissant de cette soire daot, au ciel trouble, travers de lourds nuages, les tentes-abris salignaient, les faisceaux luisaient, sespaaient rgulirement sur le front de bandire ; tandis que, fusils chargs, les sentinelles les gardaient, immobiles, les yeux perdus, l-bas, dans les brumes violtres du lointain horizon, qui montaient du grand fleuve.

    On tait arriv de Belfort vers cinq heures. Il en tait huit, et

    les hommes venaient seulement de toucher les vivres. Mais le bois devait stre gar, la distribution navait pu avoir lieu. Impossible dallumer du feu et de faire la soupe. Il avait fallu se contenter de mcher froid le biscuit, quon arrosait de grands coups deau-de-vie, ce qui achevait de casser les jambes, dj molles de fatigue. Deux soldats pourtant, en arrire des faisceaux, prs de la cantine, senttaient vouloir enflammer un tas de bois vert, de jeunes troncs darbre quils avaient coups avec leurs sabres-baonnettes, et qui refusaient obstinment de brler. Une grosse fume, noire et lente, montait dans lair du soir, dune infinie tristesse.

    Il ny avait l que douze mille hommes, tout ce que le gnral

    Flix Douay avait avec lui du 7e corps darme. La premire division, appele la veille, tait partie pour Frschwiller ; la troisime se trouvait encore Lyon ; et il stait dcid quitter Belfort, se porter ainsi en avant avec la deuxime division, lartillerie de rserve et une division de cavalerie, incomplte. Des feux avaient t aperus Lorrach. Une dpche du sous-prfet de Schelestadt annonait que les Prussiens allaient passer le Rhin Markolsheim. Le gnral, se sentant trop isol lextrme droite des autres corps, sans communication avec eux, venait de hter dautant plus son mouvement vers la frontire, que, la veille, la nouvelle tait arrive de la surprise dsastreuse de Wissembourg.

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    Dune heure lautre, sil navait pas lui-mme lennemi repousser, il pouvait craindre dtre appel, pour soutenir le 1er corps. Ce jour-l, ce samedi dinquite journe dorage, le 6 aot, on devait stre battu quelque part, du ct de Frschwiller : cela tait dans le ciel anxieux et accablant, de grands frissons passaient, de brusques souffles de vent, chargs dangoisse. Et, depuis deux jours, la division croyait marcher au combat, les soldats sattendaient trouver les Prussiens devant eux, au bout de cette marche force de Belfort Mulhouse.

    Le jour baissait, la retraite partit dun coin loign du camp,

    un roulement des tambours, une sonnerie des clairons, faibles encore, emports par le grand air. Et Jean Macquart, qui soccupait consolider la tente, en enfonant les piquets davantage, se leva. Aux premiers bruits de guerre, il avait quitt Rognes, tout saignant du drame o il venait de perdre sa femme Franoise et les terres quelle lui avait apportes ; il stait rengag trente-neuf ans, retrouvant ses galons de caporal, tout de suite incorpor au 106e rgiment de ligne, dont on compltait les cadres ; et, parfois, il stonnait encore, de se revoir avec la capote aux paules, lui qui, aprs Solfrino, tait si joyeux de quitter le service, de ntre plus un traneur de sabre, un tueur de monde. Mais quoi faire ? Quand on na plus de mtier, quon na plus ni femme ni bien au soleil, que le cur vous saute dans la gorge de tristesse et de rage ? Autant vaut-il cogner sur les ennemis, sils vous embtent. Et il se rappelait son cri : ah ! bon sang ! puisquil navait plus de courage la travailler, il la dfendrait, la vieille terre de France !

    Jean, debout, jeta un coup dil dans le camp, o une

    agitation dernire se produisait, au passage de la retraite. Quelques hommes couraient. Dautres, assoupis dj, se soulevaient, stiraient dun air de lassitude irrite. Lui, patient, attendait lappel, avec cette tranquillit dhumeur, ce bel quilibre raisonnable, qui faisait de lui un excellent soldat. Les camarades disaient quavec de linstruction il serait peut-tre all loin. Sachant tout juste lire et crire, il nambitionnait mme pas le grade de sergent. Quand on a t paysan, on reste paysan.

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    Mais la vue du feu de bois vert qui fumait toujours,

    lintressa, et il interpella les deux hommes en train de sacharner, Loubet et Lapoulle, tous deux de son escouade.

    Lchez donc a ! vous nous empoisonnez ! Loubet, maigre et vif, lair farceur, ricanait. Ca prend, caporal, je vous assure Souffle donc, toi ! Et il poussait Lapoulle, un colosse, qui spuisait dchaner

    une tempte, de ses joues enfles comme des outres, la face congestionne, les yeux rouges et pleins de larmes.

    Deux autres soldats de lescouade, Chouteau et Pache, le

    premier tal sur le dos, en fainant qui aimait ses aises, lautre accroupi, trs occup recoudre soigneusement une dchirure de sa culotte, clatrent, gays par laffreuse grimace de cette brute de Lapoulle.

    Tourne-toi, souffle de lautre ct, a ira mieux ! cria

    Chouteau. Jean les laissa rire. On nallait peut-tre plus en trouver si

    souvent loccasion ; et lui, avec son air de gros garon srieux, la figure pleine et rgulire, ntait pourtant pas pour la mlancolie, fermant les yeux volontiers quand ses hommes prenaient du plaisir. Mais un autre groupe loccupa, un soldat de son escouade encore, Maurice Levasseur, en train, depuis une heure bientt, de causer avec un civil, un monsieur roux denviron trente-six ans, une face de bon chien, claire de deux gros yeux bleus fleur de tte, des yeux de myope qui lavaient fait rformer. Un artilleur de la rserve, marchal des logis, lair crne et daplomb avec ses moustaches et sa barbiche brunes, tait venu les rejoindre ; et tous les trois soubliaient l, comme en famille.

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    Obligeamment, pour leur viter quelque algarade, Jean crut devoir intervenir.

    Vous feriez bien de partir, monsieur. Voici la retraite, si le

    lieutenant vous voyait Maurice ne le laissa pas achever. Restez donc, Weiss. Et, schement, au caporal : Monsieur est mon beau-frre. Il a une permission du

    colonel, quil connat. De quoi se mlait-il, ce paysan, dont les mains sentaient

    encore le fumier ? Lui, reu avocat au dernier automne, engag volontaire que la protection du colonel avait fait incorporer dans le 106e, sans passer par le dpt, consentait bien porter le sac ; mais, ds les premires heures, une rpugnance, une sourde rvolte lavait dress contre cet illettr, ce rustre qui le commandait.

    Cest bon, rpondit Jean, de sa voix tranquille, faites-vous

    empoigner, je men fiche. Puis, il tourna le dos, en voyant bien que Maurice ne mentait

    pas ; car le colonel, M De Vineuil, passait ce moment, de son grand air noble, sa longue face jaune coupe de ses paisses moustaches blanches ; et il avait salu Weiss et le sold