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Entre nature, culture et hydrocarbures

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  • UNIVERSIT DU QUBEC MONTRAL

    ENTRE NATURE, CULTURE ET HYDROCARBURES :

    LE CAS DU PROJET DEXPLORATION ET DEXPLOITATION PTROLIRE

    SUR LLE DANTICOSTI

    MMOIRE

    PRSENT

    COMME EXIGENCE PARTIELLE

    DE LA MATRISE EN SCIENCES DE LENVIRONNEMENT

    PAR

    ANNE-ISABELLE CUVILLIER

    FVRIER 2015

  • REMERCIEMENTS

    Nombreux sont ceux qui mont prvenue que le parachvement de la rdaction dun

    mmoire tait comparable un accouchement. Selon mon exprience, accoucher ne

    dure toutefois pas trois ans, et les quelques heures de souffrances que ce travail

    implique apportent du bonheur et des moments de vie sans gal. Que dire de ce

    mmoire alors que je fais face linconnu!

    Je dois avouer que ce fut tout un apprentissage que de me retrouver sur les bancs

    dcole dans la cinquantaine bien entame. Je me suis trouve emporte par la vague

    du Printemps rable avec cette grve tudiante mmorable qui a forc un dbat de

    socit. Jai t touche et merveille par la jeunesse montante daujourdhui,

    symbole dune gnration allume et brillante. Sans lnergie, lengagement, les

    changes et le support de mes collgues tudiants , ce travail aurait t des plus

    solitaires. On dit souvent que cela prend une communaut pour lever des enfants et

    bien, cela prend galement toute une Communaut autour de soi pour relever un dfi

    de cette envergure et pour naviguer travers la vie. Communaut avec un C

    majuscule, car effectivement, sans tous les membres de ces diverses communauts

    qui mentourent, je naurais pas accouch de ce troisime enfant.

    Au sein de cette communaut, je retrouve bien videmment ma directrice de

    recherche Lucie Sauv qui a si bien su mcouter, mencourager pousser ma

    rflexion et me guider dans cette dmarche rigoureuse et exigeante. Durant les hauts

    et les bas que la vie peut nous faire traverser, elle a t l, discrte et toujours

    prsente.

  • iv

    Sans la communaut de Port-Menier qui ma accueillie les bras grands ouverts, ce

    projet ne se serait tout simplement jamais matrialis. Les AnticostienNEs sont des

    gens de cur, chaleureux, accueillants et gnreux. Ils me rappellent ma propre

    communaut dans lnord , malgr que mon nord soit pour sa part, bien relatif

    comparativement la situation nordique dAnticosti, je dois lavouer. Mes amiEs de

    ma communaut Laurentienne ont t, eux aussi, infaillibles.

    Quant ma communaut familiale , ma famille, quen dire sinon que sans vous je

    ny serais tout simplement pas parvenue. Malgr le fait que jai d meffacer, me

    retirer, me concentrer sur ce travail au risque de tout perdre, de ne pas avoir pu jouer

    dehors comme nous aimons tant le faire, vous avez t l pour moi. Vous mavez

    encourage et supporte jusqu la dernire minute. Merci Andr, Frdrique et

    Genevive pour votre source de motivation et votre aide considrable. ma mre,

    mon pre, mon fils Sacha, ma fille Christel et son conjoint Geoff : vous tes mes

    piliers. Vous tiez l pour moi, inconditionnellement. Vous navez pas ide quel

    point vous mtes importants. Je vous en serai ternellement reconnaissante.

    A dream you dream alone is only a dream.

    A dream you dream together, is a reality.

    John Lennon

  • AVANT-PROPOS

    Lettre aux citoyens de Port-Menier

    Pour tre alle deux reprises sur votre fabuleux territoire avant dentamer cette

    aventure acadmique; pour mtre dlecte de vos extraordinaires histoires; pour y

    avoir dcouvert votre patrimoine que ce soit Baie Sainte-Claire, lAnse aux

    Fraises, ou Pointe-Ouest; pour avoir explor vos ctes en kayak et ses immenses

    baies refuges; pour y avoir taquin et got les truites dlicieuses des rivires

    cristallines; pour y avoir t duque sur les exclos, sur le phnomne karstique et sur

    les cours deau qui disparaissent et rapparaissent selon le gr de la nature, il serait

    malhonnte de ma part de ne pas avouer que dj, ds le dbut, la question de

    lexploration et de lexploitation des hydrocarbures sur lle minterpellait et me

    touchait tout particulirement.

    Lors de mes lectures et en suivant les reportages et les dbats propos de ces soi-

    disant milliards de barils de ptrole accessibles seulement par fracturation

    hydraulique et, alors que la socit qubcoise tait en pleine rflexion citoyenne sur

    la question des gaz de schiste, je me suis pose normment de questions face notre

    relation au territoire, notre culture, et aux hydrocarbures. Les propos gratuits de

    certains de nos dirigeants pour lesquels Anticosti nest habite que par 200 000

    chevreuils me rendaient malade ! Les citoyens et leur territoire sont les grands

    oublis et ngligs de ces projets de dveloppement o la question de la rentabilit

    conomique passe trop souvent avant les communauts et lenvironnement.

  • vi

    Le Qubec dans toute son immensit mrite dtre apprivois et dtre aim. Et vous

    avez tous votre manire, su apprivoiser ce fabuleux territoire quest Anticosti. Cest

    ce sentiment dappartenance que vous avez si bien su dcrire, expliquer et me faire

    vivre. Vos tmoignages et votre voix mritent dtre entendus et partags, car le

    territoire du Qubec en a grandement besoin!

    Cest donc vous que je ddie ce mmoire, il vous appartient.

    Il nous appartient tous.

    Une population dont le territoire est planifi par dautres,

    amnag par dautres, gr par dautres,

    expropri par dautres, dans un but et une perspective tablis par dautres

    et au profit des autres est rduite linsignifiance.

    Ren Lvesque

  • TABLE DES MATIRES

    AVANT-PROPOS ....................................................................................................... v!

    LISTE DES FIGURES ............................................................................................... xv!

    LISTE DES TABLEAUX ......................................................................................... xix!

    LISTE DES SIGLES ET ABRVIATIONS ............................................................ xxi!

    RSUM .................................................................................................................. xxv!

    ABSTRACT ........................................................................................................... xxvii!

    INTRODUCTION ........................................................................................................ 1!

    CHAPITRE I PROBLMATIQUE .................................................................................................... 5!

    1.1! Problmatique gnrale Hydrocarbures, environnement et socit ................. 6!

    1.1.1! Quest-ce que le ptrole, cet hydrocarbure? ......................................... 6!

    1.1.2! tat de la ressource ou le pic ptrolier ................................................ 11!

    1.1.3! Hydrocarbures et socits ................................................................... 13!

    1.1.4! Hydrocarbures et environnement ....................................................... 16!

    1.1.5! La ncessit dune approche territoriale rgionale du dveloppement .............................................................................. 22!

  • viii

    1.1.6! La ncessit de laprs-ptrole lments de conclusion .................. 24!

    1.2! Problmatique spcifique Les hydrocarbures au Qubec et sur lle dAnticosti ......................................................................................................... 25!

    1.2.1! Les hydrocarbures au Qubec et Anticosti Perspective historique ............................................................................................. 25!

    1.2.2! Processus des valuations environnementales stratgiques (ES) et du Bureau daudiences publiques sur lenvironnement (BAPE) ................................................................................................ 34!

    1.2.3! L'ES1 et l'ES2 portant sur l'exploration ptrolire dans l'estuaire et le Golfe du Saint-Laurent ................................................ 38!

    1.2.4! De la gouvernance au dbat collectif : limportance accrue du critre dacceptabilit sociale .............................................................. 46!

    1.3! Problmatique de recherche ............................................................................... 52!

    1.4! Synthse des principaux lments de la problmatique .................................... 54!

    1.5! Objectifs de recherche ....................................................................................... 55!

    CHAPITRE II CADRE THORIQUE ............................................................................................... 57!

    2.1! Le territoire et le dveloppement ....................................................................... 57!

    2.1.1! La notion de territoire ......................................................................... 58!

    2.1.2! Le territoire, milieu de vie .................................................................. 60!

    2.1.3! Le territoire et lidentit : terreau fertile dancrage, dappartenance et de rsistance ........................................................... 62!

    2.1.4! Le territoire et linsularit ................................................................... 66!

  • ix

    2.1.5! Le territoire et la ruralit ..................................................................... 69!

    2.1.6! Le territoire et la gouvernance ............................................................ 71!

    2.1.7! La notion de dveloppement .............................................................. 73!

    2.1.8! Lcodveloppement et le biorgionalisme ........................................ 75!

    2.2! Nature et culture ................................................................................................ 78!

    2.2.1! La nature et la culture ......................................................................... 78!

    2.2.2! La diversit bioculturelle .................................................................... 81!

    2.2.3! Lidentit cologique .......................................................................... 87!

    2.3! Les reprsentations sociales et la dynamique des controverses ........................ 89!

    2.3.1! Les reprsentations sociales ............................................................... 90!

    2.3.2! Les reprsentations sociales dans un contexte de dynamique des controverses ........................................................................................ 92!

    2.4! Lacceptabilit sociale et le consentement libre, pralable et clair ......... 95!

    2.4.1! Lacceptabilit sociale ........................................................................ 96!

    2.4.2! Le consentement libre, pralable et clair ................................ 102!

    CHAPITRE III MTHODOLOGIE .................................................................................................. 107!

    3.1! Ltude de cas ................................................................................................. 107!

    3.1.1! La pertinence de ltude de cas ........................................................ 108!

    3.1.2! Pourquoi Anticosti : Le choix du cas ............................................... 110!

  • x

    3.2! Choix pistmologiques et mthodologiques .................................................. 113!

    3.3! Stratgies de cueillette de donnes .................................................................. 116!

    3.3.1! La recension des crits, revue de presse et communications varies ............................................................................................... 116!

    3.3.2! Lobservation, le journal de bord et la photographie ........................ 119!

    3.3.3! Le questionnaire ................................................................................ 122!

    3.2.4! Les entrevues semi-diriges .............................................................. 130!

    3.2.5! Les entretiens informels improviss ................................................. 132!

    3.2.6! Le groupe de discussion ou lentretien collectif ............................... 133!

    3.2.7! Communications par voie lectronique ............................................ 134!

    3.4! Validit et validation des donnes ................................................................... 134!

    3.5! Lanalyse des donnes dans le cadre dune tude de cas ................................ 136!

    3.6! Avantages et limites de cette recherche ........................................................... 138!

    3.7! Considrations thiques ................................................................................... 140!

    3.8! Synthse de la mthodologie ........................................................................... 141!

    CHAPITRE IV LE CAS DE LLE DANTICOSTI ......................................................................... 143!

    4.1! Portrait gographique de lle dAnticosti ....................................................... 143!

    4.1.1! Gographie ........................................................................................ 144!

    4.1.2! Gomorphologie ............................................................................... 146!

  • xi

    4.1.3! Gologie ........................................................................................... 153!

    4.1.4! Mtorologie et climat ...................................................................... 157!

    4.1.5! Biodiversit anticostienne ................................................................ 160!

    4.2! lments dhistoire .......................................................................................... 167!

    4.2.1! Lpoque avant Menier ..................................................................... 168!

    4.2.2! Lpoque Menier .............................................................................. 171!

    4.2.3! Lpoque de la Consol ...................................................................... 178!

    4.2.4! Lpoque gouvernementale .............................................................. 181!

    4.2.5! De la municipalisation aujourdhui ............................................... 185!

    4.3! Synthse du cas dAnticosti ............................................................................ 189!

    CHAPITRE V LES CITOYENS DANTICOSTI ET LEUR TERRITOIRE : NATURE, CULTURE, DVELOPPEMENT ET PROJET PTROLIER ............. 191!

    5.1! Lidentit cologique anticostienne ................................................................ 192!

    5.1.1! Le territoire ....................................................................................... 193!

    5.1.2! La nature ........................................................................................... 198!

    5.1.3! La culture et la vie communautaire .................................................. 202!

    5.2! Le dveloppement vu par les AnticostienNEs ................................................ 209!

    5.2.1! Reprsentation du dveloppement en gnral .................................. 210!

    5.2.2! Les reprsentations du projet ptrolier ............................................. 220!

  • xii

    5.3! Le projet ptrolier comme moteur de dveloppement? ................................... 223!

    5.4! Le positionnement des citoyens face au projet ptrolier ................................. 230!

    5.5! Les limites de lacceptabilit ........................................................................... 233!

    5.6! Synthse des rsultats et lments de discussion ............................................. 240!

    CHAPITRE VI ENTRE IDENTIT ET ENGAGEMENT : LES TENSIONS DU PROJET PTROLIER ............................................................................................................. 243!

    6.1! Identit cologique et territoire ........................................................................ 244!

    6.2! Identit cologique et engagement citoyen ..................................................... 250!

    6.3! Identit cologique, dveloppement et positionnement .................................. 254!

    6.4! Acceptabilit sociale et consentement libre, pralable et clair .............. 258!

    CONCLUSION ........................................................................................................ 261!

    ANNEXE A SQUELETTE GNRIQUE DU QUESTIONNAIRE VITEK ............................... 269!

    ANNEXE B QUESTIONNAIRE FINAL AVRIL 2013 ............................................................... 271!

    ANNEXE C QUESTIONNAIRE NOVEMBRE 2013 .................................................................. 281!

    ANNEXE D GUIDE DENTREVUE SEMI-DIRIGE ................................................................ 283!

    ANNEXE E CERTIFICATS THIQUE ....................................................................................... 285!

  • xiii

    ANNEXE F FORMULAIRE DE CONSENTEMENT ................................................................ 287!

    ANNEXE G RGLEMENTS ....................................................................................................... 291!

    ANNEXE H LOI RELATIVE LLE DANTICOSTI ............................................................. 297!

    RFRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ................................................................. 299!

  • LISTE DES FIGURES

    Figure page

    1. 1 Hydrocarbures gnrs en fonction de la profondeur denfouissement ......... 8

    1. 2 Processus migratoire de la roche-mre vers la roche-rservoir et puits conventionnels ............................................................................................... 9

    1. 3 volution des concentrations atmosphriques ............................................. 18

    1. 4 Principales menaces la biodiversit .......................................................... 21

    1. 5 Zones dtude ES1 et ES2 ....................................................................... 39

    1. 6 Carte des sondages et puits existants sur lle dAnticosti. .......................... 41

    3. 1 La communaut de Malartic divise par la mine ciel ouvert Osisko ...... 124

    4. 1 Situation gographique de lle dAnticosti ............................................... 145

    4. 2 Falaises le long du littoral nord-est. Baie de la Tour o leau suinte travers des strates. ...................................................................................... 146

    4. 3 Type de relief sur lle dAnticosti ............................................................ 147

    4. 4 Tourbires prs de Port-Menier. ................................................................ 147

    4. 5 La rivire Jupiter dans les collines anticostiennes. .................................... 148

    4. 6 Rseau hydrographique de lle dAnticosti. ............................................. 149

  • xvi

    4. 7 Cap Ottawa lembouchure de la rivire Jupiter et infiltrations des eaux le long des falaises. ............................................................................ 150

    4. 8 Formation gologique de lle dAnticosti ................................................. 155

    4. 9 Plan stratigraphique de la formation de la plateforme de lle dAnticosti et localisation du shale de Macasty ......................................... 156

    4. 10 Vitesse annuelle moyenne du vent Anticosti ............................................. 158

    4. 11 Exclos de Baie Sainte-Claire (construit en 1999) o lon distingue clairement la forme typique des sapins brouts ainsi que labsence de feuillus et autres types de vgtation du ct o les cerfs de Virginie ont libre accs. ............................................................................................ 163

    4. 12 Villa Chteau Menier . .......................................................................... 174

    4. 13 Le Chteau Menier incendi en 1954. .................................................. 175

    5. 1 Reprsentations du territoire Anticostien par les rsidents de Port-Menier. ....................................................................................................... 194

    5. 2 Anticosti : un milieu de vie exceptionnel ................................................... 197

    5. 3 Reprsentations de la nature par les rsidents de Port-Menier ................... 198

    5. 4 Limportance de la nature anticostienne pour les rsidents de Port-Menier ........................................................................................................ 200

    5. 5 Reprsentations de la culture par les rsidents de Port-Menier .................. 202

    5. 6 Lengagement citoyen au sein de la communaut de Port-Menier ............ 205

    5. 7 Reprsentations des valeurs chez les rsidents de Port-Menier ................. 206

    5. 8 Limportance de la culture anticostienne selon les rsidents de Port-Menier ........................................................................................................ 208

  • xvii

    5. 9 Reprsentations du dveloppement chez les rsidents de Port-Menier ..... 211

    5. 10 Reprsentations de la conservation chez les rsidents de Port-Menier ...... 215

    5. 11 Lavenir dAnticosti tel que peru par les rsidents de Port-Menier ......... 217

    5. 12 Le dpt ptrolier Port-Menier gr par la CCIA ................................... 220

    5. 13 Reprsentations du projet ptrolier chez les rsidents de Port-Menier ...... 221

    5. 14 La confiance et le climat envers le projet ptrolier chez les rsidents de Port-Menier au printemps 2013 ............................................................ 225

    5. 15 Limpact du projet ptrolier sur la qualit de vie et les emplois tel que peru par les rsidents de Port-Menier ....................................................... 228

    5. 16 Impacts environnementaux du projet ptrolier, tels que perus par les rsidents de Port-Menier ............................................................................ 229

    5. 17 Impacts du projet ptrolier sur la nature, la culture et le territoire tels que perus par les rsidents de Port-Menier .............................................. 229

    6. 1 Reprsentations du territoire anticostien par les rsidents de Port-Menier selon leur positionnement .............................................................. 246

    6. 2 Positionnement au regard du projet ptrolier selon le statut de natif versus non-natif des rsidents de Port-Menier ........................................... 248

  • LISTE DES TABLEAUX

    Tableau page

    1. 1 Profil socio-conomique des MRC et des rgions de la zone dtude ......... 44

    1. 2 Objectifs de recherche .................................................................................. 56

    2. 1 Analyse contraste des notions dacceptation et dacceptabilit sociales, selon Batellier (2012) .................................................................... 99

    2. 2 Dfinition de consentement, libre, pralable, clair selon le Conseil principal de la fort borale ....................................................................... 103

    3. 1 Portrait dmographique de la Municipalit de lle-dAnticosti 23 avril 2013 ............................................................................................................ 127

    3. 2 Dtail de la participation lenqute par questionnaire ............................. 128

    3. 3 Rpartition de la participation au groupe de discussion et au questionnaire de validation ........................................................................ 130

    3. 4 Rpartition de la participation aux entrevues semi-diriges. ..................... 131

    4. 1 Vitesse des vents Port-Menier ................................................................. 159

    6. 1 Les projets davenir Anticosti tel que perus par les rsidents de Port-Menier selon leur positionnement face au projet ptrolier ................ 255

  • LISTE DES SIGLES ET ABRVIATIONS

    ACFAS Association francophone pour le savoir

    AQLPA Association qubcoise de lutte contre la pollution atmosphrique

    AUCEN Association universitaire des tudes nordiques

    BAnQ Bibliothque des archives nationales du Qubec

    BAPE Bureau daudiences publiques sur lenvironnement

    CA Conseil dadministration

    CAF Convention damnagement faunique

    CBC Convention sur la diversit biologique

    CCIA Cooprative de Consommation de lle dAnticosti

    CCNUCC Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

    CLD Comit local de dveloppement

    CQDE Centre qubcois du droit de lenvironnement

    CRD Comit rgional de dveloppement

    CRNT Commission des ressources naturelles et du territoire

    CRSNG Conseil de recherches en sciences naturelles et en gnie

  • xxii

    EC Rponse dun citoyen de Port-Menier par envoi courriel

    ES valuations environnementales stratgiques

    EPTC2 : FER Lnonc de politique des trois Conseils : thique de la recherche avec des tres humains, Formation en thique de la recherche

    ESD Rponse provenant dune entrevue semi-dirige

    FAPAQ Socit de la faune et des parcs du Qubec

    GES Gaz effet de serre

    GIEC Groupe d'experts intergouvernemental sur l'volution du climat

    GRIDD Groupe de recherche en intgration et dveloppement durable

    HC Hydrocarbure

    HEC cole des hautes tudes commerciales Montral

    HQ Hydro-Qubec

    I Intervenant lors du groupe de discussion

    IRF Intervenant rencontres formelles

    ISE Socit internationale dethnobiologie

    ISE-UQM Institut des sciences de lenvironnement de lUniversit du Qubec Montral

    LCP Libre consentement pralable et clair

    MAMROT Ministre des Affaires municipales, Rgions et Occupation du territoire du Qubec

  • xxiii

    MAPAQ Ministre de l'Agriculture, des Pcheries et de l'Alimentation du Qubec

    MDDEFP Ministre du Dveloppement durable, de lEnvironnement, de la Faune et des Parcs

    MDDELCC Ministre du Dveloppement durable, de lEnvironnement et de la Lutte contre les changements climatiques

    MRN Ministre des Ressources naturelles

    NIMBY Not In My Back Yard

    OCDE Organisation de coopration et de dveloppement conomique

    OIT Organisation internationale du travail

    OMC Organisation mondiale du commerce

    PFA Produits Forestiers Anticosti

    PI Propos informels dans les cadres de porte ou tenus lors de rencontres informelles

    PNUE Programme des Nations Unies pour lenvironnement

    Q Rponse provenant du questionnaire

    QV Rponse provenant du questionnaire de validation

    RQ Ressources Qubec

    SCBD Secrtariat de la Convention sur la diversit biologique

    SPAQ Socit des tablissements de plein air du Qubec

    SET Savoirs environnementaux traditionnels

  • xxiv

    SOQUIP Socit qubcoise dinitiative ptrolire

    UNESCO United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization Organisation des Nations unies pour l'ducation, la science et la culture

    UQM Universit du Qubec Montral

    VITEK Vitality Index of Traditional Environmental Knowledge, ou Indice de vitalit des savoirs environnementaux traditionels ou ancestraux

  • RSUM

    Le Qubec ne pouvant combler actuellement de faon endogne ses besoins en hydrocarbures, veut dvelopper sa propre filire de gaz et ptrole de faon renforcer sa souverainet nergtique. cet effet, les gisements potentiels dans le Golfe du Saint-Laurent et sur lle dAnticosti, o certains indices laissent supposer la prsence dimportantes quantits de ces ressources, suscitent un vif intrt. Le dveloppement dun projet dexploitation dune telle envergure ncessite une valuation environnementale stratgique complte considrant non seulement les volets conomiques, environnementaux et sociaux, mais aussi les ralits bien concrtes et les aspirations des communauts qui sy trouvent. Or, bien quune telle valuation soit annonce, avant mme le dmarrage des travaux en ce sens, les foreuses explorent dj le sous-sol anticostien, sans tudes, sans consultations auprs des QubcoisES, mais surtout, sans offrir un espace de parole et de choix aux AnticostienNEs : se lancer dans lexploration et lexploitation des nergies fossiles est-il une chose souhaitable pour les habitants de lle? En lien avec lexamen de lacceptabilit sociale du projet ptrolier, cette recherche a pour objet le rapport dynamique que les Anticostiennes et les Anticostiens entretiennent avec leur milieu de vie et, plus spcifiquement, leur positionnement face au projet dexploration et dexploitation des hydrocarbures, dans le but de mieux comprendre cette ralit insulaire. Nous souhaitons contribuer ainsi au dbat en cours. Afin dy parvenir, la mthodologie de ltude de cas a t privilgie combinant les stratgies de lobservation, de lentrevue semi-dirige, du groupe de discussion et de lenqute via un questionnaire valid par la communaut, auquel 70 % des rsidents prsents au moment de lenqute ont rpondu (printemps 2013). Nous retrouvons une communaut divise qui cherche sa voie et son avenir. Une communaut forte dun pass unique, dun engagement citoyen exemplaire et qui est profondment attache ce territoire dont la rputation de paradis naturel est sans quivoque. Bien que pour certains, la venue des ptrolires soit associe la survie du village, lacceptabilit sociale de ce projet est loin dtre acquise. Mots-cls : Anticosti, acceptabilit sociale, identit cologique, territoire, dveloppement, libre consentement pralable et clair.

  • ABSTRACT

    Currently Quebecs hydrocarbon needs are dependant on importing the oil and gas it requires to meet demand. As a result, Quebec wants to develop its energy sector in order to become self-sufficient in the near future. To achieve this, the deposits of gas and oil found in the Gulf of St. Lawrence and on Anticosti Island, where there are indications that presuppose the presence of significant quantities of these resources, are attracting much attention. The development of a mining project of this magnitude would require a full strategic environmental assessment that considers not only economic, environmental and social dimensions, but should also take into account the human face and aspirations of the communities found there. All of this should take place before any work begins. However, exploratory drilling is already underway on Anticosti Island without studies, without consultation and without the knowledge of whether the citizens are prepared to live with and support the reality of fossil fuel exploration and development on their territory. Related to the examination of the social acceptability of the oil project, this research concerns the dynamic relationship that the citizens of Anticosti Island have with their way of life and, more specifically, their position relative to the project of exploration and development of hydrocarbons. The goal is to better understand their reality at this juncture between nature and culture, to contribute to the ongoing debate on the oil development project. To achieve this, the approach of this case study was to combine findings from observations, semi-structured interviews, focus groups and the data derived from the distribution of a questionnaire to the community where 70% of residents present at the time the survey was conducted, responded (spring 2013). We find a divided community in search of its true voice and path to the future. The community is strong with a unique past, whose citizens exhibit exemplary commitment to their territory that has an unequivocal reputation as a natural paradise. Although for some the arrival of the oil industry is associated with the survival of the community, the social acceptability of the project is far from certain. Key words: Anticosti, social acceptablity, ecological identity, territory, development, free and informed consent

  • INTRODUCTION

    Dans un contexte de changements climatiques o la combustion des nergies fossiles

    est une des causes primaires de la dgradation de lenvironnement, en lien avec

    lpuisement irrfutable de ces ressources non renouvelables, un changement de

    paradigme devient de plus en plus impratif. Hausse accrue des gaz effet de serre

    (GES) et dstabilisation des systmes climatiques ont pour effet de dtriorer sans

    prcdent la biodiversit, le territoire ainsi que de mettre les populations locales et

    leur culture en situation de prcarit. Nonobstant de nombreuses mises en garde du

    Groupe d'experts intergouvernemental sur l'volution du climat (GIEC), cest au nom

    de la prosprit conomique, de lindpendance nergtique et de la cration

    demplois, que lexploration et lexploitation des hydrocarbures suscitent un vif

    intrt au sein du gouvernement du Qubec qui veut aller chercher les connaissances

    ncessaires et cet gard, sy est investi part entire en devenant partenaire des

    ptrolires impliques.

    En particulier, bien ancr au cur de cette exploration, nous trouvons le projet de

    ptrole de schiste Anticosti, o le regard extrieur qui est port sur limmensit de

    ce territoire insulaire loign peupl de plus de 160 000 chevreuils sattarde rarement

    la population qui y habite. Or, nous y gagnerions tous mieux tendre nos

    connaissances au-del de ce cervid, et apprendre connatre non seulement

    Anticosti, son cologie, sa nature, son territoire, mais aussi sa culture, son histoire

    ainsi que cette communaut de Port-Menier, au-del des clichs qui lui sont associs.

    Par-dessus tout, il est imprieux de donner la voix ceux qui sont directement

  • 2

    impliqus et qui nont pas t rellement consults. Les cas dinvasions

    territoriales des grandes entreprises extractives qui simposent et divisent les

    communauts afin de les conqurir pour sy tablir, sont cet effet nombreux :

    Malartic, prs de Val DOr en Abitibi-Tmiscamingue avec sa mine ciel ouvert en

    tant un parfait exemple alors que la ville est ventre en son plein centre pour en

    extraire son minerai. Il en est de mme avec les ptrolires et gazires qui

    simplantent aux abords des villages pour forer sans gards la qualit de vie de ses

    habitants. Citons ici titre dexemple, les cas des villes de Restigouche et de Gasp

    en litige avec Gastem et Ptrolia. Dans la double perspective de mieux comprendre la

    situation Anticosti et de construire travers cette tude de cas un savoir transfrable

    des situations semblables, notre problmatique de recherche a trait limportance

    de dvelopper le champ de savoir relatif la dynamique dacceptabilit sociale, plus

    spcifiquement en ce qui concerne les liens entre lidentit cologique, le

    positionnement et lengagement des groupes sociaux habitant le territoire concern.

    Les objectifs de cette recherche sont de caractriser lidentit cologique de la

    population dAnticosti (le rapport au territoire, la nature, la culture et la vie

    communautaire); de clarifier la vision quont les AnticostienNEs du dveloppement

    sur lle; de caractriser les positionnements des habitants de lle lgard du

    dveloppement de la filire ptrolire sur lle; de vrifier si les conditions dun

    consentement libre, pralable et clair sont prsentes; et pour terminer, le dernier

    objectif est didentifier les liens potentiels entre identit cologique, engagement

    citoyen et positionnement dans le dveloppement dun projet forts impacts socio-

    cologiques.

    Le premier chapitre se consacre la problmatique des nergies fossiles dans un

    contexte de changements climatiques, tout en examinant le cas du Qubec et plus

    spcifiquement celui de lacceptabilit sociale du projet dexploration et

  • 3

    dexploitation des hydrocarbures sur lle dAnticosti. Le deuxime chapitre prsente

    le cadre thorique sur lequel sappuie cette recherche : y sont abordes les notions de

    territoire, de nature, de culture, de dveloppement et dacceptabilit sociale (plus

    spcifiquement dans un climat de controverse). Le troisime chapitre prsente ltude

    de cas comme pilier mthodologique de cette recherche. Bien quayant une

    composante quantitative, cette recherche de type qualitatif et interprtatif, sest

    appuye sur les stratgies de lobservation, le journal de bord, la photographie,

    lobservation participante, ainsi que sur la distribution porte--porte dun

    questionnaire co-construit en collaboration avec la communaut et la tenue

    dentrevues semi-diriges ainsi que nombreuses entrevues informelles et improvises.

    Cest dans le quatrime chapitre quAnticosti se dploie dans toutes ses dimensions,

    tant sur le plan gographique, que biophysique, quhistorique, que mythique et

    culturel. Quant au cinquime chapitre, il prsente les rsultats de notre tude afin de

    dresser le portrait socio-cologique actuel de la communaut de Port-Menier, seul

    village dAnticosti. Nous tenterons de saisir travers les paroles citoyennes et

    lanalyse des lments de reprsentation, lidentit cologique anticostienne telle que

    dfinie par les insulaires, en lien avec le territoire, la nature et la culture. Nous

    examinerons galement la vision du dveloppement que portent les habitants de lle

    et leur positionnement lgard du projet dexploration et dexploitation des

    hydrocarbures. Enfin, le sixime chapitre rejoint le 5e objectif de cette recherche : il

    se penche sur les liens potentiels entre lidentit cologique, lengagement citoyen et

    le positionnement dans le dveloppement dun projet forts impacts socio-

    cologiques. Ainsi se dessine ce voyage au cur du Golfe du Saint-Laurent sur cette

    fabuleuse le quest Anticosti.

    Il est noter que cette recherche autofinance nest en conflit dintrt avec aucune

    instance ou quelconque groupement.

  • CHAPITRE I

    PROBLMATIQUE

    Constatant lampleur et lacclration de limpact plantaire des changements

    climatiques, en cette poque marque par le pic ptrolier et la fin des rserves de cette

    ressource non renouvelable, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'volution

    du climat (GIEC - IPCC en anglais) exhorte les tats changer de paradigme

    nergtique (IPCC, 2014). Dans ce contexte, les Qubcois sont de plus en plus

    nombreux exprimer des rserves voire une opposition lgard des projets

    dexploration et dexploitation des hydrocarbures sur leur territoire. Si le dploiement

    dune telle industrie suscite lintrt de la sphre politico-conomique, elle soulve

    dimportants questionnements et de vives inquitudes au sein de la population, en

    particulier celles qui sont directement concernes par le dveloppement de projets

    gaziers ou ptroliers.

    Dans un premier temps, il nous faut, avant mme de se lancer dans ce dbat,

    comprendre do viennent ces hydrocarbures, quel est ltat de cette ressource et quel

    est son rle dans nos socits. On ne pourrait non plus passer sous silence limpact

    des hydrocarbures sur lenvironnement notamment en lien avec les changements

    climatiques et plus spcifiquement sur la biodiversit et la diversit culturelle. Nous

    aborderons enfin la question nergtique dans une approche biorgionale et

    soulignerons limportance de planifier laprs-ptrole.

  • 6

    Dans un deuxime temps, tout gardant le cap sur cas de lexploration et de

    lexploitation des hydrocarbures lle dAnticosti, nous nous attarderons brivement

    ltat de cette ressource au Qubec du point de vue historique. Nous poursuivrons

    avec un regard sur le processus dvaluation environnementale stratgique et sur celui

    du Bureau daudiences publiques sur lenvironnement (BAPE). Nous terminerons en

    abordant la dynamique de gouvernance, le dbat collectif ainsi que la question de

    lacceptabilit sociale du projet ptrolier en cours Anticosti. Cette question de

    lacceptabilit sociale est en effet reste dans lombre du dbat : elle est la grande

    absente des discours. Or il nous apparat essentiel de nous attarder la dynamique

    dacceptabilit sociale, plus spcifiquement en ce qui concerne les liens entre

    lidentit cologique et sociale, le positionnement et lengagement des groupes

    sociaux habitant ce territoire concern.

    1.1 Problmatique gnrale Hydrocarbures, environnement et socit

    Dans cette section, nous aborderons la nature du ptrole, ltat de la ressource, son

    rle dans la socit ainsi que son impact sur lenvironnement. Nous soulignerons

    galement limportance daborder le dveloppement selon une approche

    territoriale et ce, notamment dans une perspective de valorisation et de prservation

    de la diversit bioculturelle. Nous terminerons avec la ncessit de rflchir laprs

    ptrole.

    1.1.1 Quest-ce que le ptrole, cet hydrocarbure?

    Sans faire une analyse gochimique dtaille de ce que sont les hydrocarbures,

    laquelle se situe hors de nos champs de comptences spcifiques, il est toutefois

    essentiel de dresser un portrait de cette ressource afin den comprendre le rle ainsi

    que la prcarit. Sources dnergies fossiles non renouvelables composes de

  • 7

    matires organiques, le ptrole et le gaz naturel, que lon regroupe souvent sous

    l'expression de combustibles fossiles, sont des hydrocarbures qui brlent facilement

    (Smith et al. 2007, p. 1). On les retrouve sous forme de ptrole brut, lourd ( crude

    oil en anglais), de gaz liqufi, dessence carburant le plus vendu au monde

    (Union Ptrolire, 2005 p. 3), de propane, de krosne, de diesel, de mazout (pour le

    chauffage entre autres), de bitume qui recouvre nos chausses, de lubrifiants tels les

    huiles moteur ; ils sont aussi des produits de base pour lindustrie chimique. Voil

    donc les principales catgories de drivs de cette ressource non renouvelable qui a

    pris des dizaines voire des centaines de millions dannes se constituer (ALCEN,

    2011).

    Les hydrocarbures se sont forms par un processus de dgradation biochimique de la

    matire organique provenant de deux sources, soit de la charge terrigne venant

    daccumulation de dpt et drosion terrestre ou encore de la charge

    allochimique laquelle provient du bassin de sdimentation, plus particulirement

    de la couche de plancton (Bourque, 2004a). Au fil des sicles, ces couches

    saccumulent et sentassent sur des dizaines voire des centaines de mtres (ALCEN,

    2011).

    Dans les deux cas, les sdiments contiennent une certaine quantit de matire organique qui, dans le cas des terrignes, a t transporte avec les particules minrales et enfouie rapidement, se trouvant ainsi protge de l'oxydation. Dans le cas des allochimiques, cette quantit est reprsente par la fraction de la biomasse du plancton qui n'a pas t oxyde durant la sdimentation. Ces quantits de matire organique peuvent atteindre les 10, 15 et mme 20 % du volume du sdiment. Compte tenu du grand volume de sdiments dpos, le volume de matire organique est donc aussi trs important. (Bourque, 2004a)

    Une fois pige dans le sdiment, cette matire organique protge de loxydation

    sera la merci des bactries anarobiques o ces petits organismes iront se nourrir

    principalement de lazote et de loxygne rsiduels de la matire, processus de

  • 8

    dcomposition qui laissera en premier lieu ce que lon appelle le krogne. Le

    krogne est une substance compose de carbone et dhydrogne (do le terme

    hydrocarbure HC) qui sous la pression de lenfouissement graduel et de

    laugmentation de la pression thermique (chaleur) va se transformer graduellement en

    ptrole et en gaz (ALCEN, 2011; Wilkes et Schwarzbauer, 2010; Bourque, 2004a).

    (Figure 1.1)

    Figure 1. 1 Hydrocarbures gnrs en fonction de la profondeur denfouissement (ALCEN, 2011)

    Une des premires molcules se former est le CH4, le mthane (gaz naturel). Ce

    mthane se forme dans les couches suprieures du sdiment (Bourque, 2004a).

    Selon les rgions, les poques et les conditions de formation, la qualit et le type de

    ptrole varieront considrablement (Mousseau, 2008).

    Encore loin de se retrouver dans des puits conventionnels, le ptrole doit encore subir

    certains changements. Selon Bourque (2004a), jusqu prsent, seules les deux

    premires conditions ont t remplies : accumuler de la matire organique dans les

  • 9

    sdiments protgs de l'oxygnation, et avoir atteint les conditions d'enfouissement

    spcifiques sa transformation en ptrole (Ibid.). ce stade, les hydrocarbures se

    trouvent sous forme de petites bulles liquides et gazeuses parsemes dans la roche

    dite de roche-mre (Figure 1.2).

    Figure 1. 2 Processus migratoire de la roche-mre vers la roche-rservoir et puits conventionnels (Bourque, 2004a)

    Pour arriver obtenir un puits de ptrole, il faut que les conditions gologiques

    soient telles que les gouttelettes [par le processus de migration] en viennent tre

    expulses de la roche-mre, puis transportes dans une roche permable [jusqu] une

    roche-rservoir (Ibid.). Outre la roche-mre, la migration et la roche-rservoir, il

    faut aussi que la trajectoire des hydrocarbures puisse tre stoppe et pige ou encore,

    quun rservoir impermable soit disponible empchant ainsi les hydrocarbures de

    poursuivre leur chemin. Ce sont dans ces rservoirs que le gaz sur la couche

    suprieure, le ptrole sur la couche intermdiaire et leau en dernier, se trouvent

    emprisonns dans ces puits de ptrole dit conventionnel et facilement extractible

    (Ibid.).

    Pour ce qui est du ptrole non conventionnel tel les sables bitumineux et le ptrole de

    schiste aussi identifi comme tant un hydrocarbure de roche-mre, il sagirait

  • 10

    dhydrocarbures qui ne sont pas encore arrivs dans un puits1. Toujours prises dans la

    roche-mre et nayant pas encore achev leur long processus denfouissement, ces

    bulles dhydrocarbures particulires peuvent, dans le cas des schistes bitumineux,

    poursuivre leur migration jusqu la surface et se retrouvent ainsi mlanges au sol (le

    gaz et leau sen tant dissips et vapors durant la fin de la migration jusqu lair

    libre, non emprisonns par des couches de sols impermables). Le ptrole de schiste

    quant lui est encore emprisonn dans la roche-mre nayant pas complt son long

    processus migratoire. Le ptrole non conventionnel, comme lexploitation des sables

    bitumineux, ncessite un vaste dploiement technologique dsastreux pour

    lenvironnement (Parks, 2009; Tissot, 2001); lextraction du ptrole de roche mre

    requiert lusage de technique de forage controverse telle la fracturation2, quelle soit

    hydraulique ou au propane, pour laquelle on ne maitrise pas encore lheure actuelle

    toutes les difficults inhrentes son extraction du sol (problmes techniques,

    environnementaux, conomiques et sociaux) (ALCEN, 2011; ON, 2011; Mousseau,

    2010; Mousseau, 2008). Comme nous pouvons le constater, le processus de formation

    des hydrocarbures est complexe; il schelonne sur des millions dannes et requiert

    des conditions gologiques adquates. Cette ressource non renouvelable est

    consomme lchelle mondiale raison de (en million de tonnes annuellement)

    4 130,5 de ptrole, 2 987,1 de gaz et 3 730,1 de charbon (BP, 2013), cela alors que la

    1 Selon Mousseau (2010) du point de vue gologique il y aurait une diffrence entre les

    termes schiste et schale. En effet le schiste fait rfrence une roche mtamorphique daspect feuillet, cest dire une roche forme sous haute pression et haute temprature dans les profondeurs de la Terre. Or, ces processus de formation tendent liminer toute trace dhydrocarbures qui auraient pu se trouver dans les structures initiales. Il nexiste donc aucun gaz dans les schistes! Pour ce qui est du schale il reprsente quant lui, les structures argileuses feuilletes formes au fil du temps par laccumulation de sdiments la surface du globe et gorges, dans les bonnes conditions, de matires organiques qui deviendra, avec le temps, des hydrocarbures. (p. 3) Toutefois au Qubec le terme schiste prsance au terme gologique de schale (Office qubcois de la langue franaise, 2011).

    2 La fracturation (qui peut stendre jusqu 2 km lhorizontale sous le puits vertical) ncessite linjection sous pression, deau, de propane, dazote, de gaz carbonique, du sable ou des billes de cramique afin douvrir et de propager les fractures en place et ainsi forcer la libration des bulles de ptrole et de gaz (Mousseau, 2010).

  • 11

    Terre, au cours des millions dannes, nen a produit que lquivalent de 2 000 tonnes

    annuellement (Mousseau, 2008). O allons-nous ce rythme?

    1.1.2 tat de la ressource ou le pic ptrolier

    Peaking Is Natural When Discovery Declines, Production Declines Later (Hirsch, 2005)

    Qui dit dune ressource quelle est non renouvelable comprend bien quil sagit dune

    ressource dont les stocks spuiseront ventuellement un jour. Les rserves mondiales

    dhydrocarbures se font de plus en plus difficiles trouver, leur source de plus en

    plus complexe exploiter et la demande de plus en plus difficile combler. La notion

    de pic ptrolier nen est pas ses balbutiements et est largement accepte; seule la

    date relative de lpuisement de cette ressource est lobjet de dbat. Ce nest donc

    quune question de temps (Brchet et Van Brusselen, 2007). Sans vouloir dresser ici

    un portrait historique exhaustif, il est toutefois intressant de soulever que dj, ds

    les annes 1940, le gophysicien Marion King Hubbert sattarde la question du

    potentiel maximal de production des ressources avant dentamer sa chute vers son

    asschement invitable : il avait ainsi prdit le premier pic ptrolier vers les annes

    1970, lequel fut dune certaine faon confirm (Ibid.).

    Plus tard, les membres du Club de Rome (fond en 1968 par des personnalits issues

    des mondes scientifique, politique et des affaires soucieux de vouloir contribuer un

    monde meilleur) se penchent eux aussi sur la question du pic ptrolier. Ils avancent

    quau rythme actuel de la consommation, les rserves de charbon dureront environ

    120 ans alors que le ptrole et le gaz atteindront lpuisement dans 42 et 60 ans

    respectivement (Club of Rome, 2014). Ils soulignent que malgr lpuisement de la

    ressource et laugmentation des cots pour se procurer ces combustibles, la demande

  • 12

    augmentera de 30% dici 2030 et doublera dici 2050 alors que la population

    mondiale comptera 2 milliards dindividus additionnels (Ibid.). Aujourdhui, la notion

    de pic ptrolier est largement accepte (Aleklett et Lardelli, 2012; Czcz, Gathman et

    McPherson, 2010; Brchet et Van Brusselen, 2007; Hirsch, Bezdek et Wendling,

    2006) : entre autres, le rapport Hirsch command par le U.S. Department of Energy

    en 2005 en fait tat, ainsi que de nombreux groupes visant ltude de la question telle

    lAssociation pour l'tude des pics de production de ptrole et de gaz naturel (ASPO).

    Cette organisation scientifique fut cre en lan 2000 et compte aujourdhui des

    chapitres en Amrique du Nord et du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zlande ainsi

    quen Europe, et veille lintrt de nombreux gouvernements (Aleklett et Lardelli,

    2012; ASPO, 2008).

    Une premire remarque simpose ce stade. Quelles que soient les apprciations quantitatives sur leur ampleur, les ressources fossiles sont ncessairement limites et un principe, que lon pourrait qualifier de principe dconomie , doit conduire restreindre au maximum lappel ces ressources. (Combarnous et Prieur, 2003, p. 5, italique dans le texte)

    Chose certaine, le jour o les rserves3 cesseront de croitre et entameront leur dclin

    est invitable (Aleklett et Lardelli, 2012). La fin du ptrole abondant et peu couteux

    approche. Durant le sicle dernier, le dveloppement industriel est pass de lusage

    massif du charbon celui du ptrole, ressource lpoque abondante et peu

    dispendieuse. Au fil du temps, la population mondiale a su graduellement sadapter

    aux nouvelles ressources disponibles (du bois au charbon, du charbon au ptrole) non

    pas par ncessit de remplacement, mais par choix pratique, defficacit et de

    disponibilit. En revanche, le pic ptrolier sera abrupt et rvolutionnaire et

    3 Lindustrie ptrolire distingue les ressources et les rserves. Les premires correspondent aux quantits dhydrocarbures en place. Les rserves comprennent les quantits rcuprables dans les conditions techniques et conomiques du moment: on parle de rserves prouves si le taux de probabilit de leur mise en production est suprieur 90 %, de rserves probables sil est suprieur 50 %, de rserves possibles sil est de plus de 5 % (Houssin 2005, p. 466).

  • 13

    entranera des pnuries et des perturbations conomiques significatives. Le monde n'a

    jamais fait face un problme de ce genre. Sans mesures dattnuation pralables

    massives, le problme sera omniprsent et durable (Hirsch, Bezdek et Wendling,

    2006, p. 7, trad. libre).

    Quelques indicateurs dcisifs relatifs au pic ptrolier : arrivs ce point, nous pourrions nous servir de lanalogie dun pub. Le forage conventionnel de ptrole brut non corrosif, tel quil a cours en Arabie saoudite, serait comme se tenir un bar tandis quun barman vous verse des pintes de bire directement du tonneau dans la cave. Les sables bitumineux [et le ptrole non conventionnel tel le ptrole de schiste ou encore schiste bitumineux], cest un peu comme arriver au pub et sapercevoir quil ny a plus de bire; seulement, votre dsir de prendre un verre est tellement imprieux que vous vous mettez imaginer quau cours des trente ans que ce pub a t en affaires, lquivalent de 5 000 pintes ont t renvers sur le tapis; aussi inventez-vous un procd pour faire bouillir le tapis afin den extraire la bire. Cest l un acte futile et dsespr dun alcoolique incapable dimaginer la vie sans lobjet de sa dpendance. (Hopkins 2010, p. 24)

    1.1.3 Hydrocarbures et socits

    C'est une triste chose de penser que la nature parle et que le genre humain n'coute pas.

    Victor-Hugo

    1.1.3.1 La dpendance

    Notre socit a toujours t dpendante dune forme dnergie ou dune autre pour

    survivre, que lon pense au bois qui alimentait le feu de nos anctres prhistoriques,

    au charbon, la combustion dnergies fossiles ou mme au nuclaire. Comme le

    soulignait Christina Figuers, Secrtaire excutive de la Convention-cadre des

    Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) suite la Confrence de

    Doha en 2012,

  • 14

    Lenjeu principal de ces ngociations nest rien de moins que le plus grand virage nergtique que le monde n'ait jamais connu. Dans le pass, ce type de transformation s'oprait sur une trs longue priode. Le bois, premire source dnergie de lhumanit, na t remplac par le charbon quau XVIIIe sicle. Avec lacclration des progrs technologiques, le ptrole a eu besoin dun sicle pour clipser le charbon. (Figuers, 2012)

    Notre dpendance aux produits du ptrole est toutefois remarquable. Il suffit

    dimaginer une journe complte du lever au coucher pour raliser quel point le

    ptrole et ses produits drivs se sont infiltrs dans nos vies, car non seulement celui-

    ci est un carburant qui nous permet de nous dplacer, mais il possde aussi, une fois

    transform par procd chimique, une multitude de fonctions auxquelles nous

    sommes assujettis. Ds le rveil, nous faisons notre toilette avec des objets fabriqus

    base de ptrole (brosse dents, savon, shampoing, etc.). Nous enfilons chemise et

    vtements synthtiques base de ptrole. Nous djeunons dans une maison chauffe

    et/ou climatise prenant rarement le temps de dguster les aliments souvent traits

    base dengrais ptrochimiques, se trouvant dans des contenants en plastique, qui ont

    parcouru de nombreux kilomtres avant de se retrouver dans notre assiette. Cela alors

    que nous lisons le journal imprim et livr notre porte, que nous vrifions nos

    courriels sur nos portables ou tlphones cellulaires contenant non seulement des

    terres rares, mais aussi conus dans des usines carburant des nergies, en gnral,

    non renouvelables. Puis, avant de prendre le transport en commun, denfourcher nos

    vlos, de monter dans nos voitures (eux aussi conus grce au ptrole) pour nous

    rendre notre lieu de travail, dtudes ou ailleurs, certains dentre nous doivent

    prendre vitamines et mdicaments qui, sans laide du ptrole et de la filire

    ptrochimique, nexisteraient pas sous la forme que nous leur connaissons

    aujourdhui (Czard et Mathieu-Nolf, 2005; Desclaux et Lvy, 2003). Nous pourrions

    continuer ainsi jusqu la fin de la journe pour raliser queffectivement le ptrole

    est aujourdhui la base de tout ce qui nous entoure, que nombre de ses drivs nous

    sont devenus essentiels et quil fait rouler lconomie mondiale (Hopkins, 2010;

  • 15

    Centre canadien dinformation sur lnergie, 2009; Smith, et al., 2007; Union

    Ptrolire, 2005).

    1.1.3.2 Ptrole source de tensions

    Limportance du ptrole dans les relations internationales va au-del de sa position dj exceptionnelle comme tant lune des denres les plus importantes transiges sur le march mondial. Le ptrole joue un rle nvralgique tant au niveau du dveloppement conomique que social et est source dominante de pouvoir et de puissance mondiale; la question du ptrole est instigatrice de coopration (ou de conflit) dans les relations internationales. (Palazuelos 2012, p. 301, trad. libre)

    Source de tensions et de ngociations entre pays producteurs et consommateurs

    dhydrocarbures, lenjeu ptrolier ne date pas dhier. Que ce soit durant la Seconde

    Guerre mondiale o larme amricaine prit des mesures pour protger les raffineries

    contre les offensives allemandes, ou encore la protection des champs de ptrole et des

    raffineries durant la guerre dAlgrie, sans compter les conflits au Moyen-Orient, en

    Afrique et dans les pays occidentaux, nous pouvons rapidement nous rendre compte

    de la sensibilit de la question ptrolire au sein des relations internationales (Bonin,

    2013). En effet, comme nous avons pu le constater jusqu prsent, le dveloppement

    conomique des pays industrialiss (et de plus en plus des pays mergents qui y

    aspirent) sappuie sur cette ressource au point den crer une dpendance critique. La

    scurit de son approvisionnement devient alors un enjeu gopolitique loin dtre

    ngligeable. De par la nature stratgique de cette ressource, de son importance

    conomique et sociale indniable, les enjeux politiques et sociaux sont de taille.

    lment de pouvoir, contrle (des gisements, du march) et puissance financire sont

    les ingrdients parfaits pour nourrir le climat de tensions qui existe suscitant mme

    lintrt des services secrets, car toute pnurie de ptrole est une menace significative

    pour la scurit, lconomie et la stabilit mondiales (Bonin, 2013; Aleklett et

  • 16

    Lardelli, 2012; Palazuelos, 2012). Les sources de tensions quant elles, ne sarrtent

    pas au niveau international, mais percolent lintrieur mme dun pays o les

    gouvernements, les institutions, les multinationales et les ptrolires se lancent dans

    lexploration et lexploitation des hydrocarbures sur un territoire donn, sans grande

    considration pour les populations qui habitent ce territoire. Limpact sur le march

    des cots dexploitation grandissants, que ce soit en Irak, au Venezuela, en Ukraine

    ou en Afrique, est galement source de tensions internes (Ahmed, 2014; Chapelle,

    2014; Kirdar, 2013). Citoyens et groupes environnementaux se trouvent alors

    rgulirement confronts au dsir de ltat et des grandes entreprises ptrolires et

    gazires de dvelopper cette filire. Inutile de chercher bien loin pour dresser n bref

    portrait de quelques organisations engages cet effet : Fondation David Suzuki,

    Greenpeace, quiterre, Association qubcoise de lutte contre la pollution

    atmosphrique (AQLPA), sans oublier les 120 comits de citoyens du Regroupement

    Vigilance Hydrocarbure Qubec (2015)4. Les hydrocarbures font non seulement

    lobjet de vives critiques, de conflits, de convoitises, de controverses et de dbats,

    mais aussi de concertation et de coopration au sein des parties prenantes et des

    institutions qui sattardent la gestion (conomique et spculative) de cette ressource.

    1.1.4 Hydrocarbures et environnement

    1.1.4.1 Hydrocarbures, gaz effet de serre (GES) et changements climatiques

    Quel est le lien entre hydrocarbures et changements climatiques? En quoi cela nous

    intresse-t-il ici, et pourquoi suscitent-ils autant dinquitudes et de soulvements au

    sein de la population? Le lien entre la consommation croissante des nergies

    fossiles (charbon, ptrole, gaz) depuis environ 150 ans et le changement climatique

    4 https://www.rvhq.ca/?page=historique

  • 17

    est maintenant tenu pour probable par une large majorit des scientifiques

    concerns , affirmait Tissot en 2001 (p. 787). Un tel lien est maintenant confirm

    dans le rcent rapport du GIEC (IPCC, 2014). Selon les scientifiques de ce groupe

    international de recherche, bien que les priodes de rchauffement soient cycliques

    naturellement, la forte hausse des changements climatiques actuels est incontestable.

    Comprendre les variations climatiques est fort complexe. Nous pouvons malgr tout

    affirmer que ces changements sont observs entre autres du point de vue de

    laugmentation globale des tempratures, des variabilits extrmes de certains

    systmes mtorologiques, du rchauffement des ocans, de lacclration de la fonte

    des glaciers, de laugmentation du niveau de la mer ainsi que des plus fortes

    concentrations des GES dans latmosphre (Houghton, 2004). Qui plus est,

    les concentrations atmosphriques de dioxyde de carbone, de mthane, et doxyde nitreux ont atteint des niveaux ingals depuis les 800 000 dernires annes. Les concentrations de C02 ont augment de 40% depuis lre prindustrielle dont la cause principale sont les missions de combustibles fossiles. (IPCC, 2013, p. 11)

    Rappelons que cest grce une couche de protection naturelle de gaz effet de serre

    qui enveloppe la plante que la vie sur Terre telle que nous la connaissons y est

    possible. Cette couche atmosphrique permet de maintenir la plante une

    temprature confortable et suffisamment chaude pour que la vie y prolifre.

    Cependant laugmentation exponentielle des GES dans latmosphre a pour effet

    dpaissir cette couche en y emprisonnant les GES additionnels, brisant ainsi

    lquilibre existant depuis des millnaires et crant une augmentation acclre de la

    temprature (Nations-Unies, 2014). La concentration de gaz carbonique dans

    latmosphre ne cesse daugmenter un rythme ingal passant de 280 parties par

    million en 1880 au tout dbut de lre industrielle, 340 ppm en 1980, 370 en 2002,

    391 ppm en 2011 et se situant au-dessus de 400 ppm aujourdhui (seuil atteint en

    mai 2013) (IPCC, 2013; Planetscope, 2012; Tissot, 2003; Hansen et al., 1981).

  • 18

    Cest entre autres par lanalyse de carottes de glace que lon peut apprcier les cycles

    glaciaires et interglaciaires jusqu aujourdhui et ainsi mesurer laugmentation des

    taux de concentration de dioxyde de carbone dans latmosphre (Petit et al., 1999

    dans Henda, 2011). Les glaces des calottes polaires, archives uniques de notre

    plante (Raynaud et Lorius, 2004, p. 648) ont absorb durant des milliers dannes

    non seulement les concentrations de dioxyde de carbone (CO2), mais aussi de

    mthane (CH4) et doxyde nitreux (N2O) et autres composantes atmosphriques,

    enregistrant ainsi les variations climatiques passes. Ces variations des taux de

    concentration depuis le dbut de lre industrielle sont effectivement hors-normes

    (Figure 1.3).

    Figure 1. 3 volution des concentrations atmosphriques (Le Treut et al., 2004, p. 15)

  • 19

    Avec lapparition de lre industrielle aujourdhui nomme lre gologique de

    lanthropocne terme propos par Paul Crutzen (dans Broecker, 2010), les chiffres

    et les graphes illustrent laccroissement exponentiel des taux de concentrations

    dorigines anthropiques. La combustion de C02 pour la production dlectricit, de

    chauffage et son utilisation dans les transports, reprsente elle seule presque les

    deux tiers des missions globales de GES en 2010 (IEA, 2012).

    Lors de son discours douverture de lvnement de haut niveau sur les changements

    climatiques tenu au Sige des Nations Unies le 24 septembre 2007, le Secrtaire

    Gnral des Nations Unies Ban Ki-Moon soulignait que quinze ans se sont couls

    depuis l'adoption de la Convention-cadre sur les changements climatiques Rio.

    Voil 10 ans que le Protocole de Kyoto a t adopt. Pourtant les missions de la

    plupart des pays industrialiss continuent augmenter encore 5. lui dexhorter

    le 24 janvier 2014, lors du Forum conomique mondial tenu Davos en Suisse, le

    secteur priv s'engager davantage dans la lutte contre les changements climatiques

    et promouvoir le dveloppement durable [...] en ralentissant les flux financiers vers

    les industries polluantes et les technologies obsoltes (Nations Unies, 2014b).

    1.1.4.2 Impacts des changements climatiques sur la perte de biodiversit et de la diversit culturelle

    Les impacts des changements climatiques sont nombreux, visibles et se vivent dune

    anne lautre partout dans le monde. Record de temprature, variabilit extrme des

    5 La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) fut ratifie en 1992 par les Nation-Unies interpelle alors par la question des changements climatiques et des impacts de ceux-ci sur les cosystmes et lhumanit do en dcoule une rsolution de trouver des moyens de prserver le climat pour les gnrations futures (Nations Unies, 1992). Le protocole de Kyoto (1997) quant lui est un accord international, bti sur la CCNUCC, qui met en place des objectifs lgalement contraignants et des dlais pour rduire les missions de gaz effet de serre des pays industrialiss (Nations Unies, 2014a).

  • 20

    systmes mtorologiques, scheresses, tsunamis, etc. Ces fluctuations climatiques

    ont aussi un impact direct sur la biodiversit et sur les socits. La diversit

    biologique est reconnue comme tant une composante essentielle de la vie sur Terre.

    Elle est primordiale pour lquilibre cologique, la sant humaine, les socits, leur

    culture et leur conomie (CBD, 2010a; CBD, 2010b; CBD, 1992). Toutefois, malgr

    la valeur inestimable de la biodiversit, notre mode de vie engendre sa perte et de

    facto, conduit une forte dtrioration des cosystmes et des habitats ainsi que de

    toutes les espces qui sy trouvent (Primack, 2010). Les principales menaces la

    biodiversit sont, en lien avec les changements climatiques, laugmentation de la

    population et de la consommation (incluant lempreinte cologique requise pour

    subvenir cette hausse de consommation), la perte, la destruction, la dgradation des

    habitats ainsi que la surexploitation, lesquelles sont directement associes une

    activit humaine extractive. Toutes ces menaces sont troitement relies entre elles et

    alimentent le processus de dtrioration de la biodiversit (Ibid.) (Figure 1.4).

  • 21

    Figure 1. 4 Principales menaces la biodiversit (daprs Primack, 2010, p. 174. trad. libre)

    Depuis 1992, alors que la Convention sur la diversit biologique fut adopte par les

    tats parties lors de la Confrence des Nations Unies sur lenvironnement et le

    dveloppement, la perte de la biodiversit lchelle plantaire en raison des activits

    anthropiques (o lon retrouve la combustion des nergies fossiles : hydrocarbures,

    ptrole, gaz, charbon) est reconnue comme tant lun des plus graves problmes

    environnementaux auquel doit faire face lhumanit (CBD, 1992). Cette dgradation

    se fait sentir non seulement lchelle biologique, mais aussi lchelle sociale (dont

    la dimension culturelle). La perte de la diversit biologique associe la perte de la

    diversit culturelle, ou diversit bioculturelle, est devenue un enjeu de plus en plus

    Augmentation de la population mondiale et de la consommation

    Agriculture Foresterie Pche Industries et Urbanisation et Commerce combustion construction de International des nergies routes fossiles

    Perte dhabitat Fragmentation de lhabitat Dgradation de lhabitat (incluant la pollution)

    Surexploitation

    Espces invasives Maladies

    Changements climatiques

    Perte de biodiversit

    Extinction des espces et des populations Dgradation des cosystmes Erosion de la diversit gntique et du potentiel dvolution Perte des services cosystmiques rosion des systmes supportant la vie humaine

    Figure 5 : Menaces principales la biodiversit (daprs Primack, 2010, p.174. Trad. Libre)

  • 22

    reconnu par les organisations internationales tels les Nations Unies et le Secrtariat de

    la Convention sur la diversit biologique (SCBD). En effet, les liens entre ces deux

    formes interrelies de diversit sont reconnus comme tant des lments cls

    prendre en compte dans la perspective dun dveloppement plus durable , tout

    comme sur le plan de la conservation de la nature, du territoire, de la culture et du

    patrimoine (CBD, 2010; UNESCO, 2008; UNESCO-MAB, 2005; UNESCO-PNUE,

    2003).

    On ne saurait en effet comprendre ni conserver son environnement naturel sans apprhender les cultures humaines qui lont faonn. Chaque culture possde son propre ensemble de reprsentations, connaissances et pratiques. Lintervention humaine sur lenvironnement, y compris sa gestion, est un acte social et une expression culturelle. (UNESCO-PNUE, 2003, p. 8)

    1.1.5 La ncessit dune approche territoriale rgionale du dveloppement

    Alors que nous vivons dans un monde o la mondialisation tend assimiler et

    uniformiser nature et culture au dtriment de lenvironnement et des individus qui sy

    trouvent, pourquoi ne pas laisser le choix des modes de dveloppement aux

    communauts qui habitent et connaissent mieux que quiconque leur territoire?

    lgard du dveloppement rgional, il serait intressant dvaluer la prise en

    considration du savoir traditionnel, des connaissances et du regard que la population

    locale pourrait apporter quant sa vision de lusage de son territoire. Selon Lucie

    Sauv et ses collaborateurs (2003), le concept de biorgionalisme inclut cette

    dimension dans lapproche de dveloppement prconis. En effet,

  • 23

    le biorgionalisme s'appuie sur les possibilits pour chaque biorgion (ou milieu de vie) de se dvelopper avec le plus d'autonomie possible. Les lments naturels et culturels du milieu sont considrs comme des ressources prcieuses. En les utilisant adquatement, la communaut peut en profiter, sans les dtriorer ni les puiser. Cela est possible dans la mesure o les gens reconnaissent et valorisent leurs talents, connaissent leur milieu et les lments qui le composent, et les interactions entre ces derniers. Une communaut peut apprendre identifier et combler ses besoins partir des ressources disponibles dans son propre milieu, en faisant preuve de crativit et de solidarit. Il est alors possible d'en arriver un dveloppement appropri, stimul par un sentiment d'appartenance son milieu de vie et appuy par une thique de la responsabilit. (Sauv et al., 2003, p. 100)

    En encourageant et en autorisant les communauts et les populations locales devenir

    plus autonomes et libres de choisir la forme de dveloppement qui leur semble la plus

    pertinente, ladoption d'une approche biorgionale, permet de crer des conditions

    adquates pour interagir avec lextrieur et y tablir des changes plus quilibrs, et

    pour s'intgrer judicieusement l'conomie rgionale, nationale, voire mondiale,

    (Ibid., p. 100). Lapproche par biorgion6 est importante voire essentielle, car selon

    Tonn et ses coll. (2006), sans elle, la protection de ces rgions est pratiquement

    impossible. Trop souvent, les dcisions affectant les rgions sont prises leur gard

    par les dcideurs, les institutions ou les gouvernements sans que jamais, ceux-ci ou

    les individus qui sont derrire les institutions ou qui forment le gouvernement ny

    mettent les pieds. Or il faut reconnatre que dans le cas de la protection de la

    biodiversit, la meilleure faon de la protger ou de choisir dexploiter ou non un

    territoire est de prendre en compte le savoir local (Ibid.). Le biorgionalisme peut

    donc aussi sexprimer par un souci du territoire et un lien profond entre la

    communaut et le milieu biophysique qui renforce lthique et la responsabilit

    environnementale (Gray, 2007, p. 791. trad. libre).

    6 Une biorgion selon Bruce Tonn et ses collaborateurs (2006) se dfinit par ses

    caractristiques naturelles et non pas par des frontires cres par les hommes.

  • 24

    Personne nest contre le dveloppement. Nous voulons simplement quil seffectue dans le respect de lenvironnement et dans le respect des peuples actuels et de ceux qui taient l avant. [] Le moment est venu de repenser le dialogue [] il faut repenser notre manire de grer ensemble le territoire et trouver un quilibre. dith Cloutier. (dans Bazzo et al., 2013, p. 80-82)

    1.1.6 La ncessit de laprs-ptrole lments de conclusion

    Dans la mesure o notre plante vient datteindre le 7 milliards dhumains, la

    question de la gestion des ressources naturelles, lesquelles se font de plus en plus

    rares, constitue probablement le dfi le plus imposant auquel lhumanit doit faire

    face aujourdhui. Les ramifications de la gestion des ressources unissent les nations

    lune lautre ainsi que lune contre lautre (Raghunandan, 2010, p. 57, trad. libre).

    Le dfi de la communication, du transfert de linformation et de lacquisition des

    connaissances, sajoute celui de la gestion, tant au niveau international que national,

    rgional et local.

    Devant la pnurie latente des ressources ptrolifres combine la lutte aux

    changements climatiques qui simpose, une simple solution technologique ou de

    goingnierie ne suffit plus. Les dimensions politique, conomique et sociale sont

    profondment interpelles alors que nous nous devons de changer de paradigme et de

    modifier nos choix et comportements. Elle demandera une volont et une

    dtermination passer en mode de transition de la dpendance au ptrole la

    rsilience locale (Hopkins, 2010) en sengageant conjointement, en toute

    responsabilit collective.

  • 25

    1.2 Problmatique spcifique Les hydrocarbures au Qubec et sur lle dAnticosti

    Un vrai voyage de dcouverte nest pas de chercher de nouvelles terres, mais davoir un il nouveau.

    Marcel Proust

    Dans cette section, nous nous intresserons plus particulirement ltat de la

    situation en ce qui a trait au potentiel nergtique en hydrocarbures dans le contexte

    qubcois et plus particulirement sur lle dAnticosti. Aprs une brve perspective

    historique nous aborderons les processus dvaluation environnementale stratgique

    et celui du Bureau daudiences publiques sur lenvironnement (BAPE) sur la

    question, deux outils destins examiner des projets de grande envergure au Qubec.

    Nous prsenterons un compte rendu des deux premires valuations

    environnementales stratgiques (ES1 et ES2) qui ont port sur lexploration et de

    lexploitation des hydrocarbures dans lestuaire et dans le Golfe du Saint-Laurent.

    Nous terminerons cette section en soulignant limportance accrue de lacceptabilit

    sociale dans des projets de cette envergure.

    1.2.1 Les hydrocarbures au Qubec et Anticosti Perspective historique

    Bien que le Qubec occupe une place de choix en ce qui concerne la consommation et

    la production dnergies renouvelables avec sa richesse hydrolectrique et le

    dveloppement de sa filire olienne, il nen reste pas moins quil est totalement

    dpendant des ressources extrieures pour son approvisionnement en hydrocarbures,

    qui totalisent plus de la moiti de sa consommation nergtique (Gouvernement du

    Qubec, 2009a).

  • 26

    Dans la conjoncture actuelle o les hydrocarbures occupent une place trs importante (51 %) dans le bilan nergtique du Qubec, o les besoins en transport sont presque exclusivement combls par les produits ptroliers, o les prvisions indiquent que cette situation changera peu dans les prochaines dcennies, o le march fera de plus en plus face des rserves et une production mondiale en dcroissance et une comptition pour cette ressource de plus en plus forte, il devient imprieux pour le gouvernement du Qubec de procder une valuation de son potentiel en hydrocarbures et de soutenir lexploration ptrolire et gazire sur son territoire dans le but dassurer la scurit de ses approvisionnements. La logique conomique, politique, sociale et technologique commande quon procde en urgence linventaire de ce potentiel. (Bourque, 2004b, p. iii)

    Cest donc dans cette perspective et dans lespoir de limiter sa dpendance aux

    hydrocarbures et daugmenter son autonomie et sa scurit, que le gouvernement du

    Qubec dmontre un intrt grandissant en faveur des marchs de lexploration

    gazire et ptrolire notamment dans le Golfe du Saint-Laurent et sur lile

    dAnticosti, cela malgr dambitieuses cibles de rduction de 25 % de ses missions

    de gaz effet de serre par rapport celles de 1990 quil sest donnes (Gouvernement

    du Qubec, 2013a).

    Pourtant, contrairement aux tats ptroliers reconnus comme tels, le Qubec na pas

    dvelopp dexpertise dans ce domaine, mais plutt dans les mines (bien quau dpart

    une telle expertise soit relativement secondaire, alors que les intrts et le savoir-faire

    miniers appartenaient des intrts anglo-saxons et/ou amricains), et surtout dans le

    domaine de lhydrolectricit avec le dploiement de ses projets de grands barrages

    sur la Manicouagan et la Baie-James suite la nationalisation de la ressource en

    1962, alors quelle passa aux mains de la socit dtat Hydro-Qubec (Mousseau,

    2010).

    Cependant, les premires traces de dcouverte de potentiel ptrolier datent dj du

    XIXe sicle alors que la premire tache dhuile se fait voir en Gaspsie en 1836.

  • 27

    Vers les annes 1873, un premier forage exploratoire fut creus. Ce chiffre passe

    plus dune quarantaine de puits la fin du XIXe, puis plus de 110 entre 1954 et

    1969 (Bourque, 2004b, p. 5). Les activits dexploration seffectuent en premier lieu

    dans les Basses-Terre-du-Saint-Laurent et vers 1960; celles-ci (qui consistaient

    essentiellement de leves sismiques et de forage) se ralisent par la suite Anticosti

    et dans le bassin des les-de-la-Madeleine (Bourque, 2004b). Cest en 1970 quun

    premier puits creus dans le shale de Macasty est for Anticosti. Un potentiel

    ventuel dhydrocarbures lgers y est dcel, alors que lle appartient la

    Consolidated Bathurst Ltd. (aussi nomme La Consol par les AnticostienNEs)

    dont le principal actionnaire tait Power Corporation. La Consol connaissant des

    difficults dopration et de rentabilit, mis en vente lle dAnticosti qui fut achete

    par le Gouvernement du Qubec en dcembre 1974 afin den viter la vente par

    Power Corporation au Gouvernement Fdral (Cournoyer, 2014). Ce nest pas avant

    les annes 1998 et 1999 que le bruit des foreuses se fait de nouveau entendre sur lle

    dAnticosti. En effet, la compagnie ptrolire Shell, en partenariat avec Corridor

    ressources7, fore cinq puits avant dabandonner linitiative faute davoir trouv du

    ptrole (Ibid.).

    Selon Bertrand Schepper (2013), chercheur lIRIS (Institut de recherches et

    dinformation socio-conomiques), dans son article Le ptrole qubcois : de

    ressource publique bien priv, cest en 1969, dans la mouvance de la

    nationalisation des ressources, que le gouvernement Johnson met sur pied la Socit

    qubcoise dinitiative ptrolire (SOQUIP), une socit dtat ayant pour mandat de

    7 Corridor Resources Inc. (CDH - ASE) announced today that it has executed a formal

    agreement with Shell Canada Limited whereby Shell has committed to drill and operate four exploration wells and conduct 500 kilometres of seismic on exploration licenses held by Corridor on Anticosti Island, Quebec, at Shell's sole risk and expense, up to a maximum earning expenditure of $20 million. The first two earning wells are to be drilled in 1998, with the third well to be spudded by the end of 1999, and a fourth well by the end of 2000. Communiqu du 1 dcembre 1997 Halifax, Nouvelle-cosse (Corridor Resources Inc., 1997).

  • 28

    dvelopper lexpertise en hydrocarbures en ralisant des tudes gophysiques, de

    caractrisation du territoire et de cration de banques de donnes gotechniques afin

    de connatre le sous-sol qubcois. Lobjectif de cette dcision tait de sassurer

    que la dcouverte de ptrole ou de gaz sur le territoire profite lensemble des

    QubcoisES travers une politique de gestion des ressources naturelles contrle

    par ltat (Ibid., p. 32).

    Avec la monte des prix du carburant en 1980, le gouvernement accorde la

    SOQUIP le droit dexploiter les hydrocarbures et de ce fait, acquiert Gaz

    Mtropolitain, une socit qui permettra au Qubec de contrler la distribution du

    gaz naturel (Ibid., p.32). La SOQUIP quant elle sera dissoute en 2004 pour faire

    place Hydro-Qubec Ptrole et Gaz, cr en 2002.

    Notons que Gaz Mtropolitain sera dirige entre 1987 1996 par Andr Caill qui sera nomm par la suite PDG dHydro-Qubec. Larrive de monsieur Caill chez Hydro-Qubec aura un impact majeur sur les politiques nergtiques publiques. Hydro-Qubec fera dsormais de lexploration dhydrocarbures dans sa division Hydro-Qubec Ptrole et Gaz. Cette division conduira une multitude dtudes sur le territoire qubcois, entre autres en Gaspsie et sur lle dAnticosti. Dailleurs en 2002, 30 millions de dollars seront investis dans la recherche gologique au Qubec (dont 9,8 millions entre 2002 et 2007 sur lle dAnticosti). En 2007, lorsque Andr Caill fait le saut chez Junex et lAssociation ptrolire et gazire du Qubec, il cde sa place Thierry Vandal, qui dissoudra la section Ptrole et Gaz dHydro-Qubec [HQ]. (Schepper, 2013, p. 32)

    Le dmantlement en 2006 dHydro-Qubec Ptrole et Gaz aura pour consquence

    doffrir des compagnies prives, dont la plupart sont formes par danciens

    employs de la SOQUIP et dHQ Ptrole et Gaz, sur un plateau dargent, les permis

    dexploration dtenus durant plus de 40 ans par Hydro-Qubec (Mousseau, 2010,

    p. 130). Ces entreprises prives sont Ptrolia, Junex et Gastem. La vente des droits

    dexploration sur lle dAnticosti Ptrolia en 2008 a dailleurs suscit de vives

  • 29

    critiques et de houleux dbats lAssemble Nationale vu la nature secrte de

    lentente liant les deux parties prenantes.

    Depuis, nombreux articles de journaux relatent lvolution de la situation Anticosti

    indiquant que non seulement l'le d'Anticosti pourrait bien renfermer des dizaines de

    milliards de barils de ptrole, mais il semble aussi que le sous-sol de la plus grande

    le de la province se classerait parmi les gisements de classe mondiale (Shields,

    2011a). Qualifie de vol du sicle par certains mdias (Duchesne, 2012; Blair-

    Cirino, 2011), les termes de la vente des droits dexploration Ptrolia furent

    finalement rvls en septembre 2013 aprs une rsistance questionnable de la part de

    Ptrolia et des gouvernements en place (Baril, 2013). Bertrand Schepper (2013)

    ajoute :

    Que lon soit pour ou contre lexploitation de cette forme dnergie, il est triste de voir que ltat qubcois sest dtourn du contrle dune des ressources nergtiques les plus importantes (ou stratgiques) et en mme temps des plus polluantes au monde pour la laisser sous le contrle de lentreprise prive. Dans ce type de modle, les contribuables ne peuvent tre que perdants. (p. 33)

    Avec une Loi sur les Mines alors dsute, une politique nergtique quasi inexistante

    alors que nous carburons et continuons de carburer de plus en plus aux nergies

    fossiles, la question qui se pose est la suivante : comment le Qubec peut-il atteindre

    ses cibles de rduction de GES tout en diminuant sa dpendance au ptrole alors que

    le sous-sol qubcois dtiendrait peut-tre des rserves intressantes? En 2013, la

    ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet annonce la mise sur pied dune

    commission de consultation publique sur les enjeux nergtiques du Qubec, ayant

    pour mission de susciter une rflexion commune sur l'ensemble de ces enjeux

    nergtiques et de mettre en place une nouvelle politique nergtique ambitieuse et

    tourne vers l'avenir (Ouellet, 2013). En participant aux sances publiques ou en

    soumettant un mmoire (plus de 800 citoyens du Qubec se sont prvalus de ce droit)

  • 30

    les QubcoisES ont eu lopportunit de sexprimer sur le sujet. Alors que le rapport

    final ntait pas encore rendu public par les entits gouvernementales, une premire

    analyse dudit rapport ainsi que le rapport complet furent dvoils par le journal Le

    Devoir le 22 fvrier 2014 (Shields, 2014a). priori, outre la ncessit de rviser la

    stratgie dHydro-Qubec qui doit absolument revoir en profondeur [sa] stratgie de

    dveloppement [] et freiner les projets hydrolectriques, mais aussi lolien, qui

    font perdre des milliards de dollars ltat (Shields, 2014b), ce rapport soulve

    limportance de rduire notre dpendance aux nergies, nous implorant de revoir

    notre mode de consommation. En effet,

    [] les Qubcois consomment, en moyenne, lquivalent de 15 litres dessence par jour par personne en nergie, ce qui les place parmi les plus gros consommateurs dnergie de la plante. Cette consommation laisse une marge propice lutilisation mieux contrle de lnergie. (Gouvernement du Qubec 2014a, p. 19)

    Malgr les enjeux nergtiques et la tenue de cette commission de consultation

    publique et avant que ses rsultats ne fusse