Gazette italie

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  • La Gazette n 286-287 - Du 4 juillet au 28 aot 2013

    4 dossier

    te, Venise du Languedoc: les dpliants touris-tiques se plaisent tartiner ce clich. Canaux,lido: OK pour la Venise gographique, voirepour le look gnois. Mais allez suggrer unGiordano, un Buonomo, un Di Stefano, un Noccaou un Rinaldi quil est originaire de Venise. Ceserait comme dire dun Stois quil est alsacien.Car les vritables racines italiennes de Ste senichent au sud de la Botte. Autour de Naples, Gate (22000 habitants) et dans le village deCetara, mais aussi en Calabre, ou en Sicile. UnSud o les pcheurs et jardiniers, pousss parla pauvret, ont immigr Ste et Frontignan partir de 1870, avec ou sans tape par leMaghreb (voir p. 8). Ste, ils se sont installs prs du port, notam-ment au Quartier-Haut. Quon appelle dailleursla Petite Italie, du fait de ses petites maisonscolores sauf que ces couleurs ne doivent pasgrandchose sa population italienne (lire ci-contre).

    Un air de familleCertes, les tombes du cimetire marin regorgentde consonances transalpines. Selon Marie-AngeLiguori, lue aux jumelages, un tiers des Stoisauraient des origines italiennes. Malgr larrivedes no-Stois, ce chiffre semble circuler sansbroncher depuis une trois dizaines dannes.Et reste invrifiable administrativement.Paradoxalement, les Ftes italiennes, lances

    en 2006, nont suscit que peu denthousiasme(voir p. 10). linverse, dans les joutes aux ori-gines purement languedociennes, le microgrne foison des Espinosa, Principato, Moltoet autres vanglisti. En politique, en art, enpche, les Italo-Stois sont ultra-implants dansla vie publique. Mais, outre la tielle, que reste-t-il vraiment Ste de lItalie?Y voir une communaut organise et fermeserait artificiel. La synthse a opr, les Italiensse sont fondus dans le tissu social. Et si rseauxil y a, ils correspondent aux familles largies etamies. Et la ville ne regorge pas de noms delieux italiens: les immigrs ntaient pas re-connus avant les annes 1970. De lItalie, ilne reste pratiquement plus rien, juste une atmo-sphre, juge lartiste Aldo Biascamano, pas-sionn par ses racines.

    Fiert rinventePour des Italiens rcents comme la prof dita-lien Rosanna Primon, la ville transpire le vert-blanc-rouge: Ici, je ne suis pas dpayse! Leverbe haut, color et imag, la spontanit et lafaconde, les mots et la cuisine La vie dehors,lesprit trs ouvert Je me sens chez moi!, se r-jouit-elle. Et sur les ctes napolitaines, la proxi-mit frappe les visiteurs: L-bas, javais lim-pression dentendre laccent des pcheurs et desjouteurs de Ste, samuse Raymonde Commune,prsidente de lassociation Dante Alighieri.

    Aprs avoir t parfois touffe par les grands-parents, pour mieux sinsrer dans la socit, lamarque de lItalie devient valorisante pour lesjeunes gnrations, travers la mode, le design,la Formule 1. Sans en revendiquer le drapeau,les arrire-petits-enfants de migrants se retrou-vent crier victoire pour lItalie dans un matchde foot. Ils ne renient pas leurs origines, ni le che-min parcouru. Mais ce quil reste, cest une fiert,une exubrance, observe Magali Llopis, institu-trice et auteure dun mmoire sur limmigrationitalienne Ste. Exubrance? Il ny a pas pluspudique!, rtorque la sociologue Anne-FranoiseVolponi. La joute oratoire est un code trs napolitainpour aller vers lautre, avec finesse et ractivit.Mais sans lui raconter lintime. Et le lien aveclItalie fait justement partie de la sphre affective,intrieure. Par petites touches: le parler, les chan-sons, les petits muses familiaux, la macaronadedu dimanche. Les descendants dimmigrs restentitaliens dans leur tte. Cest une identit perdue etrinvente qui ne stale pas sur la place publique,analyse lhistorien Enzo Barnaba.Lors du dcs de ma grand-mre, jai perdu unparler et une cuisine. Cest l que je me suis renducompte de mes attaches italiennes, se souvientle plasticien Axel Di Chiappari. 40 ans, il pr-pare sa fille, Manon, le mme goter qui ra-vissait ses papilles denfant: De la tomate frottesur une tranche de pain avec un peu dhuile et desel. Cest totalement italien. Et elle adore a. !

    Des noms en i et o, une cuisine de ptes, des expressions napolitaineset une exubrance inne : la culture des immigrs italiens irrigue lidentitstoise. Hritages authentiques ou italianitude de pacotille ? La Gazette pisteles origines.

    SSte litalienne

    Cetara, un village de2250 habitants prs de

    Naples (Italie), d'osont originaires

    nombre defamilles stoises.

    Ste, ct port. LaConsigne, le Souras-Bas, la Perrire et le

    Quartier-Haut : c'estdans ces quartiers que

    les Italiens se sontinstalls lors de leur

    immigration.

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  • La Gazette n 286-287 - Du 4 juillet au 28 aot 2013

    ralis par Raquel Hadida /photos Giuseppe Imperato - Guillaume Bonnefont - Cline Escolano - Raquel Hadida -

    Service communication de la Ville d'Agde - Frdric Grafft - Hlne Petit -Amanda Rougier - Archives Espace-Brassens - Archives Tielles Dass - Dessin Paul Mailh/

    5! ITALIELes Italo-Stois

    Les insultes du genre feu de pailleaffectueux , et la cuisine. Ces motsqui drivent de litalien, ou pluttde dialectes siciliens, napolitains, voirespcifiquement du cetarese, donnentune couleur supplmentaire au voca-bulaire stois. Du stois originaire desquartiers italiens.En ville, on ne me comprenait pas!, ra-conte Axel Di Chiappari: dans les annes1970-80, comme tous les gamins duQuartier-Haut, il tait imbib des ex-pressions italo-stoises. Je tiens entre-tenir le langage de mes grands-parents.Install rue Louis-Blanc,le traiteur italienMelo fait office de catalyseur dorigines: partir des plats, mes clients italiensse souviennent, petit petit, dexpressionsdirectement traduites de lItalie du sud.Et ils arrivent trs bien me comprendreen calabrais!

    Prcaution: vocabulaire oral, ortho-graphe non garantie! Pour un vocabu-laire largi, lire Ste dire de RaymondCovs (d. Espace Sud). Il est schem = Il est fou!, de scemo(idiot).State Tzit ou Tzit = Tais-toi! Je vais te mettre une schiaffe = unegifle, de schiaffo (claque, gifle). Il a le nez comme une scarchioffe= comme un artichaut, de carciofo. Mama mei, demama mia Que cazz? = quest-ce que tu racontes,jai rien compris De litalien Que cazzo?

    Il est engats ou engatsado = Il estnerv. Viendrait de cats en gabe, qui napas de sens lintrieur. Cest chabide = cest fade, insipide, deschipito. Tes tcheugade (ou tcheugate) = tu voismal, tu as un problme aux yeux.Viendrait de scioccato (boulevers). Il est tsope = boteux, de zoppo. On est de groupade = on va prendre lapluie. Va fangoule = laisse faire, laissetomber. Visiblement sans rapport directavec le vulgaire Vaffanculo. Brout(e) = laid, moche. De bruto. employer dans Les fatchabrouts = lesgens qui font la gueule (littralement: lesgens qui font la figure laide). Ou pourtout objet, mme une culture debactries: une biologiste arrive lhpitalde Ste a pris lhabitude avec ses collguesde dire cest brout Mais quand jai prisun poste lhpital de Montpellier, jairalis que personne ne comprenait!

    En cuisine: Je vais manger la pizz. Les mouligiane = aubergines marinesdans un mlange dal, dhuile et devinaigre, de melanzana. Paste chiche = ptes aux pois chiches. Paste patane ou paste bademe = ptesaux pommes de terre. Paste fasoule = tagliatelles aux fayots ouaux choux-fleurs (encore de mise Cetara).

    Do vient le look italien de Ste?C

    En comparant les paysages de Ste avec ceux de Cetara ou Gate(voir p. 11), la similitude est frappante. Une colline qui surplombe la

    Mditerrane, des petites maisons colores dans des ruelles tortueuses arcades, un port de pche, un cimetire qui domine la mer Et mme des nomsde ville trs proches* Les Italiens immigrs Ste ont-ils voulu reproduire leurenvironnement lidentique ? Pas vraiment.Si les pcheurs ont d se sentir un peu chez eux Ste, ils lont surtout choisiepour son port florissant et ses eaux poissonneuses. Et si, la fin du XIXe sicle,les Italiens se sont installs au Quartier-Haut (de la dcanale Saint-Louis aucimetire marin), la Perrire (sous la place de lHospitalet), au Souras-Bas ou la Consigne (la Marine), cest surtout parce que ces quartiers dj vtustes,proches de leur bateau, affichaient des loyers biens plus accessibles que lecentre-ville bourgeois. Les Italiens investissent les lieux, mais les faades restentgrises : loin deux lide de transformer la ville leur image ! Une faade peinteen rose au Quartier-Haut par une Biascamano, et ce fut mme un scandale dansles annes 70.

    Couleurs des annes 80Cest en fait Yves Marchand, alors jeune maire en 1983, qui dcide daccentuer lect italien des quartiers proches du port, sans aucune demande de lapopulation. Il subventionne la rfection de faades en couleur et, la place descabanes du Souras-Bas, fait difier le grand ensemble de la Marine par un mmepromoteur, avec des arcades colores qui donnent un certain cachetmditerrano-italien. Rsultat : Ste fait figure d'exception. "Partout dansl'Hrault, c'est la pierre qui domine, sauf Ste, note Gabriel Jonqures d'Oriola,l'architecte des Btiments de France. Alors, j'ai dcid de conserver des couleurs,dans les ocres, pour la rnovation des faades." Aujourdhui, le style italien deSte ravit entre autres les Italiens, comme Carmelo, le traiteur calabrais installici depuis deux ans : Je my trouve bien, car a ressemble mon pays.* Le nom de Ste ne vient pas de Cetara, ou inversement (ni dun ctac !). Les deuxnoms viendraient-ils de set, montagnette en langue indo-europenne ?

    Le parler italo-stois

    Georges Brassens.Pas si franchouillard, notremoustachu national ! Ses grands-parents maternels se sont exilsde Marsiconuovo, un village duBasilicate (Italie du sud), pourrejoindre Cette en 1881, avant de

    donner naissance sa maman, Elvira Dagrosa(photo). De quoi immerger Brassens, enfant, dansles chants populaires napolitains. Et linspirer pourgratter ses propres chansons, comme