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  • La Thorie de lAttachement :

    Une approche conceptuelle au service de

    la Protection de lEnfance

    DOSSIER THMATIQUE

    Coordonn par Nathalie SAVARD

    2010

    www.oned.gouv.fr

    BP 30302 - 75823 PARIS Cedex 17 - Tl : 01 58 14 22 50 - Fax : 01 45 41 38 01

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    Dossier thmatique ONED 2010 La thorie de lAttachement

    I.LATTACHEMENT PARENT-ENFANT

    Stphanie PINEL-JACQUEMIN1

    Nathalie SAVARD2

    I.1 LES FONDEMENTS DE LA THEORIE DE LATTACHEMENT

    Le psychiatre et psychanalyste anglais John Bowlby (1969) a travaill, avant la guerre, sur les

    sparations, la perte et le deuil. Il va ensuite mettre en vidence les mcanismes de formation et de

    dveloppement des relations dattachement en intgrant, en 1969, les apports de la psychanalyse et

    ceux de lthologie dans sa thorisation des liens dattachement.

    En effet, la seconde guerre mondiale amne les psychiatres et les thologues de cette priode

    sintresser au lien mre-enfant et aux consquences des sparations prcoces. Les principaux

    travaux lorigine de cette thorie sont ceux du mdecin et psychanalyste viennois Spitz (1947), et

    des thologues Harlow (1958) et Lorenz (1970). Les tudes de Spitz (1947), connues sous le nom d

    hospitalisme , dmontrent limpact de la relation mre-enfant sur leur sparation. Il y parle pour la

    premire fois de symptmes dpressifs du nourrisson et montre que plus la relation mre-enfant a

    t chaleureuse et aimante, plus la rupture sera dramatique. Celles de Harlow (1958), ralises sur

    des singes macaques, spars de leur mre, vont rvler que la recherche de contacts (et donc du

    rconfort que ceux-ci impliquent) est plus importante que la recherche de nourriture. Enfin, celles de

    Lorenz (1970), connues sous le nom de phnomne de lempreinte , confirment la fonction

    adaptative du lien dattachement qui se cre entre le jeune animal et sa mre ou son substitut. Du

    cot franais, Myriam David, Genevive Appel et Jenny Aubry intgrent, en 1959, le groupe de

    travail organis par Bowlby sur lattachement et les effets de sparations prcoces. Elles ralisent

    1 Docteure en psychologie, Psychologue

    steph.jacquemin@worldonline.fr

    2Charge dtudes lONED, Psychologue, Doctorante lUniversit de Toulouse II, Le Mirail.

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    notamment des observations dans des pouponnires o des nourrissons ont t spars de leur

    mre ds la naissance et vont permettre la diffusion en France dides pour lamlioration des

    conditions daccueil du jeune enfant. Dans les annes 1960, Ainsworth, psychologue amricaine, se

    demande si la sparation est traumatique en elle-mme ou si cela dpend de la qualit relationnelle

    antrieure. Cest elle qui va oprationnaliser le concept thorique dattachement par lintermdiaire

    de la situation trange (voir plus loin). Il faudra attendre 1979 pour quune confrontation publique

    thologues-psychanalystes ait lieu, sous la forme dun "colloque imaginaire " organis par le

    psychologue franais Ren Zazzo. Il sagit dun recueil darticles o les tenants des deux positions

    acceptent dexprimer leurs points de vue et de se rpondre les uns aux autres. On y trouve Lorentz,

    Harlow, Bowlby, Spitz et des thologues comme Chauvin, mais aussi des psychanalystes comme

    Anzieu, Lebovici, Widlcher. Lorganisateur Ren Zazzo prend lui-mme position en faveur de la

    vision thologique de lattachement, critiquant au passage la position dogmatique de certains

    psychanalystes ; ce qui sera lorigine de diverses polmiques. Depuis les annes 1970, la thorie de

    lattachement ne cesse donc dvoluer et aprs avoir fait grand dbat avec la psychanalyse, elle fait

    maintenant partie intgrante de la psychologie du dveloppement (Pierrehumbert, 1998) et suscite

    de plus en plus lintrt des professionnels de protection de lenfance souhaitant se rfrer un

    modle thorique.

    I.2 DEFINITION DE LATTACHEMENT

    Bowlby (1969) dcrit lattachement comme tant le produit des comportements qui ont pour objet la

    recherche et le maintien de la proximit dune personne spcifique. Cest un besoin social primaire et

    inn dentrer en relation avec autrui. En ce sens, il sloigne de Freud pour lequel les seuls besoins

    primaires sont ceux du corps, lattachement de lenfant ntant quune pulsion secondaire qui staye

    sur le besoin primaire de nourriture.

    La fonction de lattachement est pour Bowlby (1969) une fonction adaptative la fois de protection

    et dexploration. La mre, ou son substitut, constitue une base de scurit pour son enfant. Le

    nouveau-n dispose dun rpertoire de comportements instinctifs, tels que saccrocher, sucer,

    pleurer, sourire, qui vont pouvoir tre utiliss au profit de lattachement. Aprs 7 mois, une relation

    dattachement, franche et slective, une personne privilgie, stablit. Bowlby (1969) parle alors

    de monotropisme, cest--dire dune seule et unique relation.

    I.2.1 Figures dattachement

    La figure dattachement est la personne vers laquelle lenfant dirigera ses comportements

    dattachement. Selon Bowlby (1969), la mre est en gnral la premire personne pour tenir cette

    fonction. De nos jours, toute personne qui sengage dans une interaction sociale avec lenfant et qui

    sera capable de rpondre ses besoins sera susceptible de devenir une figure dattachement. Ainsi,

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    le principe dune seule figure dattachement privilgie apparat caduque dans ltude ralise par

    Schaffer et Emerson (1964) sur 60 bbs gs de quelques semaines 18 mois. La majorit dentre

    eux dveloppait bien une relation privilgie mais, par la suite, du fait de llargissement des

    interactions de lenfant avec son entourage, le nombre de figure dattachement augmentait. La mre

    reste la figure la plus importante, suivie du pre, puis, pour une bonne partie des enfants, dun

    grand-parent, dun autre membre de la famille ou encore dune personne familire. En se basant sur

    les donnes issues de la recherche fondamentale, les observations cliniques et le vcu des

    ducateurs, Montagner (1988) labore une grille de lecture qui intgre les particularits du

    dveloppement individuel, les processus dattachement et les rgulations comportementales de

    lenfant. Il indique notamment quun enfant qui dispose dune scurit affective satisfaisante va

    pouvoir librer pleinement ses motions, ses affects, son langage et ce quil nomme les comptences

    socles, cest dire les 5 socles (lattention visuelle soutenue, llan linteraction, les

    comportements affiliatifs, la capacit de reproduire et dimiter, lorganisation structure

    du geste) sur lesquels le bb installe et consolide les conduites et les rgulations indispensables

    la satisfaction de ses besoins fondamentaux, son dveloppement, ses attachements et son

    adaptation lenvironnement (Montagner, 1995). Ce concept de comptence-socle va ainsi

    permettre de mieux identifier les troubles, et dysfonctionnements en relation avec lhistoire et le

    vcu de chaque personne concerne (lenfant lui-mme, sa mre, son pre et les autres partenaires

    familiers) ainsi que ceux qui sont corrls aux vnements de vie majeurs (dcs, maladie, abandon,

    maltraitance, nouvelle naissance, changement dhabitat ...).

    Bowlby (1973) admet le principe dune hirarchie des figures dattachements (dfinie par Ainsworth

    (1967) avec la mre comme figure principale et le pre comme figure secondaire) plutt que celui de

    multiplicit. Pour Bowlby (1973), le pre est un compagnon de jeux de confiance et une figure

    dattachement subsidiaire.

    Lamb (1977) va montrer, quant lui, que le bb ne prsente pas davantage de recherches de

    proximit avec la mre quavec le pre. Pour lui (Lamb, 1996), le pre est dun point de vue

    constitutif, biologique, aussi bien prdispos que la mre pour ragir et rpondre un bb. Rien

    nempche donc -si ce ne sont les attentes sociales- quun attachement de qualit se forme avec le

    pre. Les tudes dobservation de la fameuse protestation la sparation , faites en laboratoire

    ou domicile, ne montrent pas de diffrences notables de manifestation de dsapprobation lors du

    dpart de chacun des parents, mme si les comportements de recherche de proximit se rvlent

    plus marqus en contexte maternel. Le primat de la mre, en particulier dans les situations

    stressantes, a t tabli mais ltude de Kromelow, Harding et Touris (1990) montre que le pre

    serait plus invigorant, cest--dire plus stimulant, en particulier pour son fils (gs dans ltude de 18

    21 mois) lors de lintroduction de ladulte inconnu dans le dispositif de la situation trange. Le pre

    est qualifi ici de catalyseur de prise de risques . Il stimule la sociabilit du jeune enfant en

    direction dune personne non familire, ce qui est gage de nouveaut et douverture vers lextrieur.

    Ces rsultats nont pas t retrouvs dans dautres tudes (Belsky, 1999).

    Zaouche-Gaudron (1995) a montr que, ds lge de 9 mois, des enfants de pres diffrencis se

    montraient plus scuriss et plus ouverts lenvironnement que des enfants de pres peu

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    diffrencis. Mme si cest le mode dimplication du pre qui est analys ici, on voit quun

    attachement scuris