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> Une nouvelle expression de l'environnement funérairepar Agnès Dossat, Marie-Christine Olmos, CAUE 64 Photographies de Sebastien Husté Agnès Dossat est paysagiste au CAUE des

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  • ll*4!l*:t4U* Pyrnes-Atlantiques

    > Une nouvelle expression de l'environnement funraire

    Cimetires paysagers basques,

    Suggestion d'itinraire des cimetires paysagers du Pays basque.

    De tout temps, le lieu o

    l'on dpose les

    dpouilles, cendres ou

    ossements des dfunts

    est le tmoin du rapport

    de chaque culture la

    mort. Les travaux du

    CAUC des Pyrnes-

    Atlantiques et de

    l'association Lauburu

    ont permis au cimetire

    basque de trouver une

    expression nouvelle qui

    s'aitirme l'aube du xxie

    sicle avec une nergie

    singulire.

    Bayonne

    .listoritz quartier Arraunlz

    S V #UtanT3-bourg

    -' St-Pe-sur-NiveHe

    As cein i

    J h o u LarressoTc

    | T | Cambo-les-Bains

    j f Itxassou Anhoa *Louho*soa Hlette

    BkJarray St-Martin^ d'Arrossa

    A OssAs

    le sens retrouv

    par Agns Dossat, Marie-Christine Olmos, CAUE 64 Photographies de Sebastien Hust

    Agns Dossat est paysagiste au CAUE des Pyrnes-Atlantiques. Marie-Christine Olmos est responsable de l'antenne du CAUE Bayonne.

    * * : :

    V i , f i

    L'extension paysagre du cimetire de Jatxou apparat en contrebas de la couronne du ci-metire initial cernant l'glise. Un doux tapis d'herbe couvre une ter-rasse festonne de ver-dure, sur laquelle s'ordonnent les monu-ments funraires. Sa situation dominante sur la campagne offre de belles chappes sur le paysage.

    Au Pays basque, le culte des morts relve d'une tradition trs ancienne o la spulture marque par l'emploi d'une pierre, brute ou taille, est une constante. Les lieux de spulture ont volu au fil des sicles : les dfunts (notamment les enfants d-cds sans baptme) sont parfois ensevelis devant la maison familiale, en continuit avec le jardin qui l'entoure ; puis dans l'glise, avant d'tre enterrs ct d'elle, dans le cimetire proprement dit.

    Primitivement, chaque maison possde sa s-pulture dans la nef de l'glise. Une dalle appele jar leku signale la tombe familiale et la matresse de mai-son accompagne de ses filles s'y tient durant les of-fices. Plus tard, cet endroit, chaque femme aura sa chaise. (...)

    LE FESTIN N '39 .71

    A Itxassou, la beaut des stles, de l'glise et des maisons proches, dans un site de montagnes d'une grande unit, confre au cimetire une am-biance intime et ma-jestueuse.

  • Cimetires paysagers basques, le sens retrouv

    partir des xvie-xvne sicles, faute de place ou pour des questions d'hygine, on enterre dans le ci-metire autour de l'glise. Chaque maison possde une ou plusieurs tombes sur un lopin de cimetire appel NI harriak ou NI herria spar de celui de la maison voisine par une petite alle. Une tombe, ou hilhobi, est signale par un monument dress, gn-ralement une stle. Une croix de bois indique la tombe d'un enfant baptis. La stle qui dsigne la s-pulture, est souvent peinte, la surface de la tombe est entretenue et modele sous la forme d'un petit tu-mulus par les jeunes filles et les enfants de la maison. Le cimetire lui-mme a l'aspect d'un jardin, orn de plantes et de fleurs au milieu desquelles se dressent les croix et les stles ; on y trouve des bancs sur les-quels on vient s'asseoir volontiers pour discuter. Les morts et les vivants se ctoient.

    Les enfants morts sans baptme sont enterrs dans un emplacement spcial contre l'glise (lur be-nedikatu gabea) ; les exclus (bohmiens, suicids) sont ensevelis dans un coin du cimetire ; les prtres, les benotes et, parfois, des gens fortuns sont ense-velis dans la nef ou sous le porche de l'glise i.

    Aux xixe et xxe sicles, le Pays basque n'a pas chapp aux bouleversements de la socit rurale et l'explosion des villes qui modifirent profondment l'aspect des cimetires. Avec la rvolution industrielle, mergea un autre modle, contraint par de nouveaux

    paramtres : gain de place, dispersion des familles, enjeux commerciaux, facilit d'entretien, etc. L'exigut, la prdominance du minral, la disparition des monuments funraires traditionnels, la disposi-tion en tout sens des spultures, l'apparition des ca-veaux surlevs habills de pierre marbrire, la multiplication des revtements de sol en ciment, en-rob ou gravillons, le remplacement des fleurs natu-relles par des artificielles, etc., tmoignrent d'une transformation progressive de l'espace du cimetire entranant le risque de la perte de son sens initial.

    Une cration contemporaine

    Devant ce constat, quelques personnes runies au sein de l'association culturelle basque Lauburu s'levrent pour tenter, dans un premier temps, de sauvegarder les monuments : stles discoidales et ta-bulaires, croix, plates-tombes. Depuis la parution de l'ouvrage de Colas, en 1923, consacr aux monu-ments funraires basques2, force tait de constater qu'une grande partie d'entre eux avaient disparu - vols, jets, casss ou utiliss en maonne-rie comme simples pierres. Les tmoins d'un savoir-faire multi-sculaire taient en train de disparatre... Commande par l'urgence, l'association Lauburu se lana dans un vaste travail d'inventaire de ces monu-ments, lesquels furent photographis et dessins des fins de protection.

    Le cimetire d'Arrauntz, Ustaritz,

    jouit d'une belle vue sur la campagne et se dcouvre en contour-

    nant l'glise. Une simple haie spare le

    cimetire ordinaire du paysager : la respi-ration, dans la verdure

    du second, contraste avec la densit et la

    minralisation du pre-mier.

    1. Association Lauburu. Hil harriak - Dcouvrir et comprendre le patrimoine basque. Les sties discoidales et l'art funraire, livret d'accompagnement de la cassette vido, 1994.

    2. Louis Colas, La Tombe basque. Recueil d'inscriptions funraires et domestiques du Pays basque Franais. S A. Foltzer diteur. 3 Bayonne, 1923. ^

    ":"-.'''/-*

    7 2 . LE FESTIN H*J9

  • Cimetires paysagers basques, le sens retrouv I*MJM*#, ' I* Pyrnes-Atlantiques

    Nich auprs d'une glise de caractre, le cimetire paysager d'Itxassou semble ga-gner la campagne par un jeu de terrasses successives de faible hauteur, paliers de descente vers les prai-ries voisines.

    LE FESTIN N'S9 73

  • l*4;l**4il*i Cimetires paysagers basques, le sens retrouv Pyrnes-Atlantiques

    Le cimetire paysager d'Itxassou.

    Trs vite, devant la multiplicit et la qualit des trouvailles, il apparut comme une vidence que ces monuments devaient tre redcouverts. cette fin, on les scella dans les anciens cimetires, en dcor, tout en laissant la possibilit de les rutiliser sur les spultures. Avec la ncessit d'agrandir ces derniers, une interrogation germa : comment concevoir des espaces harmoniss avec la tradition funraire basque ? Les monuments qui en sont issus ne s'ac-commodent pas des contraintes des cimetires ordi-naires : leur taille modeste, leur sobrit, voire leur discrtion, ne conviennent pas un environnement dense et minralis. Symbolique et esthtique n'y trouvent pas leur compte. Avec la renaissance de l'art funraire basque amorce la fin des annes 1970, la reconsidration du cimetire s'imposait.

    Le rle de l'association Lauburu fut dterminant. Une profonde rflexion s'engagea sur ce que devait tre ce nouveau type de cimetire, assimilant les valeurs traditionnelles et s'adaptant aux exigences de notre poque. Avec la collaboration du CAUE des Pyrnes-Atlantiques, qui s'intressa la question ds sa cration en 1978, plusieurs critres furent tablis : orientation des stles, absence d'mergence des caveaux, installa-tion de monuments funraires s'inspirant de la tradi-tion, prsence accrue du vgtal, homognit de la surface... Alors put s'amorcer un long processus de sensibilisation des communes du Pays basque. Plusieurs d'entre elles adhrrent la dmarche et appliqurent leurs extensions de cimetires les principes originaux issus de cette recherche. De cette implication mergea une nouvelle expression du cimetire paysager basque.

    Un jardin pour les morts comme pour les vivants

    Implant au sein du bourg et ne disposant que d'un espace restreint, le cimetire paysager d'Ainhoa se caractrise par sa rigueur et son quilibre. Il se compose d'une petite terrasse formant un crin de verdure pour quatre ranges de spulture sobrement disposes.

    Parce que les morts taient autrefois enterrs prs de la maison, puis symboliquement relis elle par le chemin de la spulture - le NI bide-\e cimetire reste, dans la sensibilit basque, attach au domaine fa-milial. Le cimetire paysager traduit cette disposition par une apparence domestique . De ce fait, la v-gtation entretenue, que l'on peut voir comme un h-ritage symbolique de l'ancien jardin familial, occupe une place prpondrante : l'allure soigne, l'herbe ton-due, les haies tailles ou les massifs de fleurs marquent la physionomie de ce type de cimetire.

    Quelle que soit sa taille, on y trouve les agrments de la promenade comme l'intimit propre la mdita-tion. Les cheminements pitonniers, les massifs fleuris, les arbres, les haies, les aplats de pelouse rase, les vues attirant le regard... invitent la marche contemplative. L'appel silencieux des stles, dont chacune, unique, peut raconter une existence, et la beaut des pierres aux crpuscules incitent au recueillement.

    Lieu de silence, le cimetire conserve cependant une discrte fonction sociale d'change et de ren-contre. Assez souvent, bancs ou murets bas offrent

    7 4 . LE FESTIN H - J !

  • Cimetires paysagers basques, le sens retrouv Pyrenees-Atlantiques

    i:t*4:t*:i4;i*i\

    leur assise pour quelques instants de repos ou de conversation. Toutefois, que le promeneur ne s'y trompe pas, s'il est un lieu ouvert , le cimetire reste fondamentalement, dans les esprits, un espace priv, en continuit avec le sige d'une famille dont la maison est proche.

    Un espace orient

    La spulture est marque traditionnellement par la prsence d'une pierre. Si une grande libert est don-ne au choix de celle-ci, qui peut tre taille - stles, croix-ou non, l'orientation de sa face principale vers l'est est essentielle : elle exprime le regard du d-funt tourn vers le soleil levant, symbole d'une renais-sance dans l'au-del. Ceci dtermine l'un des critres fondamentaux du cimetire basque : l'orientation des tombes, qui entrane rgularit et ordonnancement dans l'organisation de l'espace.

    Cette ouverture l'est conditionne la recherche d'un terrain qui permette cette disposition en minimi-sant le bouleversement du site : l'insertion douce dans le paysage reste une proccupation essentielle. L'absorption de la vgtation locale, dans cette pers-pective, est significative, de mme que la prmi-nence de grands aplats de pelouse rase, l'image des prairies de tonte si frquentes dans le terroir basque.

    Une surface pure

    La recherche d'une surface pure, unifie, o monuments funraires et couverture vgtale ressor-tiraient seuls, caractrise le cimetire : d'o l'efface-ment des infrastructures, qui se traduit par la sobrit des cheminements et la discrtion des accs aux ca-veaux. Afin de favoriser l'essor des plantations, qui doivent prendre leur ampleur sans drangement, la conception du cimetire prvient tout bouleverse-ment ultrieur de la surface, particulirement lors des inhumations. Les accs techniques aux caveaux sou-terrains respectent cette contrainte, et les ralisations de caveaux en srie sont privilgies afin de limiter les travaux d'enfouissement chelonns qui drange-raient la vgtation en place.

    Un effort particulier est consenti en faveur d'un emploi judicieux de la technique, quitte rflchir longtemps pour trouver les rponses les plus satisfai-santes aux diffrents problmes de fonctionnement qui ne manquent pas de se poser. Les techniques les plus rcentes sont adaptes au cimetire sans subor-donner l'esthtique aux aspects pratiques.

    La vgtation : symbole et lment structurant

    Depuis la nuit des temps, la vgtation est in-vestie d'une signification symbolique que l'arbre condense, quelles que soient les religions et les croyances. Image d'une crature complte

    r r . r" "

    Dans la tradition basque, l'arbre ex-prime, la fois, la re-lation de la terre au ciel par ses racines et ses branches, et l'al-ternance de vie et de mort par le cycle des saisons qu'il traduit chaque anne : la pr-sence d'arbres caducs est un pivot dans la composition du cime-tire. Ici, Jatxou.

    L'utilisation trs simple et naturelle du vgtal valorise les spultures rgulirement dispo-ses (cimetire d'Arrauntz, Ustaritz).

    LE F E S T I N N - 3 9 .75

  • t**4U*;l4ii*1 Pyrnes-Atlantiques

    Cimetires paysagers basques, le sens retrouv

    Le vaste cimetire pay-sager de Maulon-Licharre combine

    diffrents espaces d'ambiance varie :

    simples stles sous la lumire fluide des

    frondaisons d'arbres, ranges de spultures

    rythmes par des alignements, espaces

    plus intimes cerns de haies runissant

    quelques spultures.

    La stle regarde le soleil se lever sur

    sa face principale, elle exprime le regard

    du dfunt vers un au-del. La face arrire

    de la stle est galement sculpte,

    avec quelquefois 3 l'image de la lune i

    (cimetire paysager t d'Ainhoa).

    %

    car lie aux quatre lments - il se nourrit des trois premiers et alimente le quatrime -, il relie la terre et le ciel. De l'quilibre des forces jaillit symboliquement le processus saisonnier : l'arbre exprime le temps cy-clique, l'alternance vie/mort, veille/sommeil... refor-mule en vie/rsurrection dans la perspective chrtienne. La place de l'arbre - ncessairement ca-duc dans ce contexte - devient particulirement ex-pressive en ce lieu de ritualisation du grand sommeil . Aussi est-il l'honneur, soit isol, soit ml aux haies, voire sous forme de boisement ar sous lequel sont dissmines les spultures.

    Tout en reliant la spulture et le paysage, la v-gtation structure physiquement le cimetire. Les haies pousent les alignements funraires, accen-tuent les axes ou matrialisent les limites... Les arbres rythment l'espace, appellent le regard... Une grande

    A Maulon-Licharre, les tombes s'grnent sous la fluidit des frondaisons d'un jeune bois.

    7 6 . LE FESTIN N '19

  • Cimetires paysagers basques, le sens retrouv

    homognit est donne par la pelouse qui recouvre en gnral l'essentiel de sa surface. Vritable crin de verdure, ce tapis d'herbe valorise les stles, croix et plates-tombes, sur lequel elles sont disposes. Elles mergent seules du sol : tombes et caveaux ont perdu leur prsence emphatique pour disparatre sous terre, sous l'uniformit de la couverture vg-tale. L'air circule entre les monuments, dont la faible emprise au sol attnue l'effet de densit si coutumier dans les cimetires ordinaires. Les pierres couches elles-mmes (les plates-tombes) sont de dimensions plus modestes que les dalles marbrires et accen-tuent l'effet de tapis vert .

    De tous les monuments, il en est un qui se dis-tingue par son anciennet, son originalit et la varit des ses motifs : la stle - discodale ou tabulaire - est insparable de l'espace funraire basque.

    La stle : un monument cosmique orient

    aaazBBBrj jBi Pyrenees-Atlantiques

    ,.J,l)f>fiN 3SK0

    En haut : mergence de la pierre taille, sobre et frap-pante (cimetire de Jatxou).

    Pierres et tapis de verdure jouent avec la lumire qui rythme le temps (cimetire d'Anhoa).

    Fleuron du monument funraire basque, la stle discodale basque apparat, en comparaison avec les autres types connus en Europe, d'une grande varit de styles et possdant le plus riche rpertoire d-coratif. Tout en elle relve du symbole : taille, forme, volume, proportions, motifs... Souvent taille en champlev, la stle ne convient pas la lumire crue qui l'crase : elle vibre et prend tout son relief en lumire rasante. Elle s'illumine aux lumires du levant et du couchant, une pour chaque face, au moment des visites des proches.

    Fruit d'un savoir transmis de pre en fils depuis des sicles, elle est l'oeuvre des hargin - de harriegin, faiseurs de pierre . Sa codification orale n'a jamais empch la crativit du sculpteur : aujourd'hui en-core, il s'inspire de l'existence du dfunt pour compo-

    ser ses uvres, excutes la demande des familles. Cr partir d'un patrimoine ancien, le cime-

    tire paysager basque constitue un espace adapt notre poque. L'intrt dont il bnficie est li autant la cohrence de sa structure symbolique - qui l'ouvre d'ailleurs aux diffrents cultes - qu' la grande qualit des espaces qu'il offre. Son intgration trs douce dans le paysage, son aspect de jardin sem de belles pierres , la richesse de ses monuments mar-quant de manire discrte l'emplacement des spul-tures, les jeux avec la lumire du soleil... contribuent le distinguer comme un lieu fort en adquation sur le fond et la forme. Aujourd'hui, plus d'une quinzaine de cimetires paysagers contemporains ont t rali-ss, et d'autres sont en projet.

    LE FESTIN N'39 . 7 7

    Caue 64

    22 Ter rue J.J. de Monaix - 64 000 Pau, T. : 05 59 84 53 66. Fax: 05 59 84 22 31.

    I [email protected]

    Associat ion Lauburu

    BP314 64 103 Bayonne Cedex T./Fax : 05 59 50 28 14

    mailto:[email protected]